Opération Matateh

opération du plan Daleth

L'opération Matateh (מבצע מטאטא, Mivtza Matateh, littéralement opération Balai) est une opération de nettoyage ethnique de la Haganah lors de la guerre de Palestine de 1948. Elle est lancée dix jours avant la fin du mandat britannique en Palestine, comme opération dépendant de l'opération Yiftah. Son objectif est de s'emparer des plaines entre le lac de Tibériade et le lac Houla et de nettoyer la zone des Bédouins. Elle est menée par les unités d'élite du Palmach commandées par Yigal Allon.

Opération Matateh
Description de cette image, également commentée ci-après
Carte de 1944 montrant trois des zones bédouines expulsées pendant l'opération Matateh (Samakiya, Shamalina et Zanghariyya)
Informations générales
Date
Lieu Palestine mandataire
Issue Conquête de la zone et expulsion des populations arabes
Changements territoriaux Annexion par Israël
Belligérants
Palmah Armée de libération arabe
Commandants
Drapeau d’Israël Yigal Allon Drapeau du Liban Fawzi al-Qawuqji

Guerre israélo-arabe de 1948

Batailles

Opération Yiftah

L'interprétation globale de l'opération fait l'objet de débats historiographiques[réf. nécessaire] : des historiens comme Ilan Pappé et Walid Khalidi la qualifient d'opération de « nettoyage ethnique » planifiée[1].

Arrière-plan

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L'édition de 1942 du "Palestine Guide" de Steimatzky's décrit la région de Houla district comme suit : « La route traverse quelques hameaux arabes. Il y a des camps de Bédouins partout. Ils récoltent des roseaux dont ils font des nattes. Vendues sur les marchés, elles constituent une source importante de revenus. Ils tissent à côté de leurs tentes. Ils élèvent aussi des buffles qui se prélassent dans les marais. Il y a beaucoup de buffles dans cette partie du pays[2]. »

Dans un rapport au quartier général de la Haganah du , Allon recommande « d'essayer de nettoyer les camps bédouins entre la vallée du Jourdain et Jubb Yusuf et le lac de Tibériade[3] ». La zone était habitée par cinq tribus de Bédouins : al-Qudayriyya, 'Arab as Samakiya, 'Arab as Suyyad, Arab al-Shamalina et al-Zanghariyya[4]. Pendant des mois, ils ont harcelé le trafic entre Tibériade et Rosh Pina[5].

Opérations

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Les ordres opérationnels étaient :

  1. la destruction des bases arabes, qui sabotaient et harcelaient les liaisons du Yichouv en Galilée ;
  2. la destruction des points de regroupement des forces d'invasion venant de l'est ;
  3. relier la haute et la Basse-Galilée par une bande relativement large et sûre.

L'opération commence le par l'expulsion de Ghuwayr[6]. Les commandants de compagnie devant attaquer Zanghariya, Tabgha et la zone des 'Arab ash Shamalina' avaient aussi pour ordre d'« expulser leurs habitants et de détruire leurs maisons »[7], les Arabes amicaux et les églises ne devant être atteints en aucun cas[8],[9]. L'attaque est lancée le . L'attaque contre Zanghariya commence par un bombardement au mortier, et les Arabes fuirent vers l'est et la Syrie. Le lendemain, les unités du génie du Palmach détruisirent méthodiquement plus de 50 maisons dans la zone.

Le journal d'opérations de Yiftah indique pour le que l'opération se déroule selon les plans et à 9 heures (du matin) toutes les unités avaient atteint leurs objectifs et étaient en train de démolir les maisons et de brûler les tentes des Bédouins[10].

Un câble destiné au Foreign Office, daté du et citant des sources syriennes, indique que 2000 réfugiés ont franchi la frontière. Selon Yigal Allon, l'opération Balai a eu un effet psychologique considérable sur la population de Safed et de la vallée de la Houla plus au nord[11].

Communautés visées par l'opération Matateh

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Les chiffres de population sont basés sur les estimations des statistiques de Village publiées en 1945[12].

CommunautéDateForces de défenseBrigadePopulation
Arab al-Shamalina 4 mai 1948 Habitants en fuite Palmach 650
Al-Butayha 4 mai 1948 Habitants en fuite Palmach 650
Al-Qudayriyya 4 mai 1948 Armée de libération arabe[réf. nécessaire] Palmach 390
Al-Zanghariyya 4 mai 1948 n/a Palmach 840

Historiographie

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Jusqu'aux années 2000, l'historiographie occidentale envisageait la guerre de 1948 sous ses aspects militaires. C'est le cas de Benny Morris et Yoav Gelber, pour qui Matateh répondait principalement à des impératifs tactiques, dans le contexte de harcèlement des convois juifs et face à la perspective d'une intervention imminente des armées régulières arabes[13]. L'expulsion des Bédouins et la destruction des campements visaient selon eux à empêcher toute réinfiltration des Palestiniens expulsés et à contrôler l'accès vers la Haute-Galilée[14].

Depuis la publication du Nettoyage ethnique de la Palestine d’Ilan Pappé, relayé par les ouvrages de Rosemarie Esber et Sandrine Mansour-Mérien, le cadre d'analyse du nettoyage ethnique préparé est admis par les historiens. Il avait été auparavant introduit par des Palestiniens comme Walid Khalidi et Nur Massalah. Ilan Pappé relève les directives du Plan Daleth (également publiées par Morris) ordonnant la dépopulation et l'expulsion de la population arabe palestinienne[1]. Ils soulignent que les ordres opérationnels donnés le 4 mai contenaient des consignes explicites d'expulsion et de démolition (notamment envers la tribu des al-Zanghariyya)[15].

Voir aussi

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Articles connexes

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Bibliographie complémentaire

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Sur le nettoyage ethnique de la Palestine

Notes et références

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  1. 1 2 (en) Ilan Pappé, The Ethnic Cleansing of Palestine, Oneworld Publications, (ISBN 978-1851684670), p. 120-123
  2. ↑ Steimatzky, p. 237.
  3. ↑ "an attempt to clear the beduins encamped between the Jordan, and Jubb Yusuf and the Sea of Galilee", cité par Morris, 1987, p. 121.
  4. ↑ Morris, 1987, p. 121, probablement d'après les archives du kibboutz Meuhad.
  5. ↑ Morris, 1987, p. 121.
  6. ↑ Ilan Pappé, Le Nettoyage ethnique de la Palestine, Paris : La Fabrique éditions, 2024 (2e édition en français). (ISBN 978-2-35872-280-3), p. 117.
  7. ↑ "their inhabitants [be] expelled and houses blown up"
  8. ↑ "should on no account be harmed.", cités par Morris, 1987, p. 122, tirées des archives du Palmach.
  9. ↑ Morris, 2004, p. 250, note #695, p. 302.
  10. ↑ Morris, 1987, p. 159, citant les archives du kibboutz Meuhad.
  11. ↑ Morris, 1987, p. 122.
  12. ↑ 'All that Remains', p. xvii, xviii.
  13. ↑ (en) Benny Morris, The Birth of the Palestinian Refugee Problem Revisited, Cambridge University Press, (ISBN 978-0521009676), p. 249-251
  14. ↑ (en) Yoav Gelber, Palestine 1948: War, Escape and the Emergence of the Palestinian Refugee Problem, Sussex Academic Press, (ISBN 978-1845190750), p. 134-136
  15. ↑ (en) Walid Khalidi, All That Remains: The Palestinian Villages Occupied and Depopulated by Israel in 1948, Institute for Palestine Studies, (ISBN 978-0887282249), p. 512-514

Bibliographie

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