Ordre de Chéronée
L'Ordre de Chéronée (en anglais : Order of Chaeronea) était une société secrète homosexuelle. Il a été fondé par George Cecil Ives (en)[1],[2] en 1897, convaincu que les homosexuels ne seraient pas acceptés au grand jour dans la société et devaient donc disposer d'une organisation clandestine pour communiquer.
Il s'agit de l'une des premières associations d'homosexuels du Royaume-Uni[3]. Montague Summers, Laurence Housman, ou encore Oscar Wilde[4] en auraient fait partie. La société porte le nom du lieu de la bataille où le Bataillon sacré de Thèbes a été anéantie en 338 av. J.-C.[4]. Elle regroupe de nombreux poètes dit uraniens.
Contexte historique pour les homosexuels en Grande-Bretagne
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Dans les années 1860, l'avocat allemand Karl Heinrich Ulrichs serait peut-être le premier Européen moderne à déclarer publiquement son homosexualité. Ulrichs écrivit des dizaines d'ouvrages et de brochures dans lesquels il affirmait que la préférence pour l'amour entre personnes du même sexe était héréditaire et ne devait donc pas être considérée comme un crime. Il introduisit le terme « uranien » comme synonyme de relations homosexuelles, et alla jusqu'à réclamer que les homosexuels se voient accorder le droit de se marier[5].
Des penseurs moins radicaux en Allemagne, en Autriche et en France commencèrent à soutenir que l’attirance pour le même sexe et les relations entre hommes constituaient un trouble psychologique à traiter par des médecins, plutôt qu’un crime à punir par les tribunaux. En conséquence, dès 1876, le terme « psychologique » était devenu un terme qu’Oscar Wilde et ses pairs utilisaient pour décrire tout ce qui se rapportait à la sexualité gay[6]. En parallèle nait une forme d'esthétisme vers la fin des années 1870 propagé clandestinement dans les groupes d'hommes attirés sexuellement par d'autres hommes. Il s’agissait d’« un mélange enivrant d’art, d’idéalisme et de politique, qui cherchait à propager un nouvel évangile de la Beauté »[7].
Établissement de l'Ordre de Chéronée
modifierEn 1893, peu après avoir rencontré Wilde, George Cecil Ives (en), fonda une société secrète qu'il nomma l’Ordre de Chéronée, visant à promouvoir « la Cause »[6]. Ce nom a été choisi en référence « [à] la bataille au cours de laquelle les amants masculins [du Bataillon sacré] de Thèbes furent massacrés en 338 av. J.-C. »[8]. Ives et d’autres membres dataient leurs lettres et autres documents de l’année de la bataille, de sorte que 1900 s’écrivait C.2238[9].
Organisation
modifierSelon Neil McKenna, les « Rules of Purpose » de l'association stipulaient que l'Ordre devait être « une religion, une théorie de la vie et un idéal de devoir », malgré le fait qu'il ait avant tout un objectif politique[10]. Ses membres, appelés « Frères de la Foi »[10] devaient prêter serment, lors de la cérémonie d'initiation, de « ne jamais tourmenter ni persécuter les amoureux » et de considérer « tout amour véritable comme un sanctuaire »[6]. L'Ordre réunit des membres de classe aisée et des ouvriers[11]. Les nouveaux membres étaient coopté par deux membres en place[10].
Quelques lesbiennes « Sœurs de la Foi »[10] faisaient partie de cette organisation majoritairement masculine. À son zénith, elle aurait compté deux ou trois cents membres, mais il n'a été retrouvé aucune liste d’adhérents[10]. Oscar Wilde fut probablement parmi les premiers à rejoindre l’Ordre, comme Lord Alfred « Bosie » Douglas[10]. Parmi les autres membres figuraient peut-être Charles Kains Jackson (en), Samuel Elsworth Cottam (en), Montague Summers et John Gambril Nicholson (en).

Un système élaboré de rituels, de cérémonies, d’un service d’initiation, de sceaux, de codes et de mots de passe fut mis en place. Selon les carnets d’Ives, l’Ordre avait un objectif spécifique, des prescriptions et une philosophie distinctes, ainsi qu’un symbolisme particulier : le « mot-signe » AMRRHAO et « le sceau de la double couronne ». Les conditions préalables à l’adhésion étaient, selon les indications, « le zèle, l’érudition et la discipline ». Le principe du secret était véhiculé par la métaphore de « La Chaîne », soulignant qu’il ne fallait jamais révéler aucune information concernant l’Ordre ou ses membres. Les écrits de Walt Whitman étaient particulièrement vénérés[12].
Ives défendait le projet d'un Ordre ascétique et non un lieu de rencontres sexuelles[10]. Il acceptait cependant une certaine « sensualité passionnée ». L'Ordre réclame que « justice soit rendue à toutes les personnes qui sont lésées et opprimées par des individus, par la foule ou par la loi. »[13]. Puis l'Ordre est devenu une organisation mondiale qui respecte encore les rituels et les idéaux des fondateurs[14].
Références
modifier- ↑ (en) « George Cecil Ives : An Inventory of His Papers at the Harry Ransom Center », sur utexas.edu (consulté le ).
- ↑ (en) « George Ives : queer lives and the family », sur Archives Media Player, The National Archives, (consulté le ).
- ↑ (en-GB) M. M. Staff, « The Order of Chaeronea: Salford artist jets off to Texas to study poet behind world’s first secret gay society », sur Mancunian Matters, (consulté le )
- 1 2 (en) Joe, « The Order of Chaeronea », sur The Closet Professor, (consulté le ).
- ↑ (en) Ralph Matthew Leck, Vita sexualis : Karl Ulrichs and the origins of sexual science, University of Illinois Press, (ISBN 978-0-252-09818-5)
- 1 2 3 (en) Neil McKenna, The Secret Life of Oscar Wilde, Basic Books, (ISBN 9780786734924, lire en ligne)
- ↑ (en-US) Charles Kaiser, « Rebel With a Cause », Washington Post, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Joshua J. Mark, « Bataille de Chéronée dans Diodore de Sicile », World History Encyclopedia, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) Louis Crompton, Homosexuality and Civilization, (ISBN 9780674030060, lire en ligne)
- 1 2 3 4 5 6 7 McKenna 2003, p. 201.
- ↑ Coulombel 2019, p. 91.
- ↑ (en) Keth Stern et Ian McKellen, Queers in History : The comprehensive encyclopaedia Lesbians and Bisexuals, Dallas, Texas, BenBella Books, (ISBN 978-1-933771-87-8 et 1933771879, lire en ligne)
- ↑ McKenna 2003, p. 356.
- ↑ (en-GB) « The Order », sur Order of Chaeronea (consulté le )
Bibliographie
modifier- (en) Matt Cook, « George Ives: queer lives and the family », sur webarchive.nationalarchives.gov.uk, (consulté le ).
- Francesca Coulombel, L’homosexualité masculine pendant les ”naughty nineties” (mémoire de master 2), Sciences de l’Homme et Société, (lire en ligne [PDF]).
- (en) Neil McKenna, The Secret Life of Oscar Wilde, Basic Books, (ISBN 9780786734924, lire en ligne).