Orgues d'Ille-sur-Têt

cheminées de fée situées à Ille-sur-Têt dans les Pyrénées-Orientales

Les Orgues d'Ille-sur-Têt sont des cheminées de fée situées sur un site géologique et touristique de la commune d'Ille-sur-Têt, dans le département français des Pyrénées-Orientales.

Orgues d'Ille-sur-Têt
Les Orgues et Força Real au loin
Présentation
Type
Patrimonialité
Site classé (1981)
Localisation
Pays
Département
Commune
Altitude
185 mVoir et modifier les données sur Wikidata
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Elles résultent de l'érosion de roches sédimentaires vieilles de quatre millions d'années.

Géographie

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Localisation

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Le site des Orgues se situe au nord de la commune d’Ille-sur-Têt, sur la rive gauche de la Têt. L’accès se fait depuis la route nationale 116 vers le nord par la route départementale D2 qui monte en direction de Montalba-le-Château, puis vers l'est en direction du monastère Saint-Clément de Reglella pour la partie ouverte au public. Un autre site se situe à l'ouest de la route départementale D2[1].

Le site des Orgues d’Ille-sur-Têt présente un relief particulier désigné sous le nom de cheminée de fée. Le site varie en altitude, entre ses points les plus bas et les plus élevés, d'environ 140 à 220 mètres d'altitude pour la partie orientale du site, et jusqu'à 244 mètres pour la partie occidentale[1].

Une cheminée de fée est un modelé d’érosion différentielle : il se présente sous la forme d’une colonne de roche tendre surmontée par une coiffe plus résistante. L’action des agents d’érosion est plus intense sur la partie tendre, donc sur la colonne ; son diamètre diminue au fil du temps. L’érosion aidant, le chapeau perd progressivement ses assises. Il finira par s’effondrer, d’un bloc ou en morceaux selon sa morphologie. Une fois sa coiffe perdue, la colonne s’érode beaucoup plus vite[2].

Toponymie

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Les cartes anciennes, jusqu'à la moitié du XXe siècle, ne mentionnent jamais le site des Orgues d'Ille-sur-Têt[1]. Il n'était pas, sans doute, un but d'excursion connu. L'appellation des Orgues semble récente : le terme est donné, par exemple, en 1947 pour désigner la partie orientale du site sous le nom des Orgues de la Sibylle, par analogie avec des tuyaux d'orgue[3].

La partie occidentale des Orgues, située entre le lieu-dit de Casesnoves et la route de Montalba-le-Château, ne semble pas avoir eu de nom particulier. Dans la partie orientale, certains secteurs ont abrité différentes activités : le lieu-dit est mentionné sous le nom de Els Terrers. Ce terme, issu du latin terra suivi du suffixe de collectif -ariu, désigne généralement un dépôt de terre cultivable (qui serait le résultat de l'érosion), soit une carrière d'argile, souvent exploitée dans des tuileries[4]. La carte IGN de 1950 mentionne le site sous le nom de Les Tuileries[1].

Le nom Orgues de la Sibylle reprend le nom d'un petit château situé au nord du site, le château de La Sibylle. Il évoque peut-être la légende de Sibylle de Narbonne, morte assassinée par son mari André de Fenouillet, vicomte d'Ille au XIVe siècle[4].

Histoire géologique

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Mise en place des matériaux

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Aux alentours de -14 Ma, le Roussillon est une vaste plaine d’accumulation, une surface uniforme dominée par des reliefs résiduels, tels le Piton de Força Réal. Le niveau de la mer est 100 m plus haut qu'aujourd'hui ; le climat est nettement tropical. Les paysages du Roussillon évoquent le Sahel ou les savanes du Kenya[5].

De −5,96 à - 5,3 Ma, le détroit de Gibraltar se referme sous les effets de la tectonique (dérive des continents). La mer Méditerranée est privée des apports en eau de l’océan Atlantique, son niveau chute de plus de 1 500 m. Cet épisode est appelé « crise messinienne ». Pendant cette période, le Roussillon est entaillé de profonds canyons par des fleuves qui gagnent en vigueur du fait de l’important dénivelé qui les sépare désormais du niveau de base.

Il y a 5,3 Ma, la remise en eau de la mer Méditerranée s’effectue sous le coup d’un nouveau mouvement des plaques ; l'eau envahit des reliefs différenciés. Le Roussillon se transforme en un golfe marin. La vallée de la Têt ressemble à un bras de mer, limité au sud par les collines des Aspres et au nord par l’escarpement granitique du plateau de Montalba. Le rivage atteint le col de Ternère, ce qui correspond à une intrusion marine de + 80 m par rapport au niveau actuel.

Avec la remontée des eaux, les fleuves vont déposer des matériaux qui soutiennent aujourd’hui ou arment les falaises du site des Orgues. Le remplissage au Pliocène des vallées creusées au Messinien présente un faciès caractéristique de deltas de type Gilbert que le professeur Clauzon a mis en évidence[6],[7].

  • Le pliocène marin argileux s’est déposé dans les zones de plus forte profondeur, suivant de grandes obliques de 10° de pendage.
  • Le pliocène marin sableux s’est déposé dans des profondeurs moindres. Il est essentiellement constitué d’éléments fluviatiles bien arrondis, non cimentés, qui créent par « système d’avalanche » de grandes obliques qui peuvent atteindre 35° de pendage.
  • Le pliocène continental s’est déposé en amont, dans la partie émergée. Il regroupe un ensemble de formations qui sont d’amont en aval : des cônes alluviaux, avec blocs arrachés par l’érosion dans l’arrière-pays, des faciès palustres, des faciès sableux alluviaux de structure planaire et des faciès marins sableux qui correspondent à d’anciens niveaux de plage.         

Pendant le Pliocène, le comblement se poursuit sur des millions d’années. Au fur et à mesure des apports sédimentaires, le rivage est repoussé vers sa limite actuelle ; le paysage évolue en conséquence : la baie se transforme en un marais maritime, puis en une zone palustre aux eaux douces et stagnantes ; enfin, le fleuve prend possession de l’espace, s'étale dans la vallée en chenaux anastomosés, formant des cours d'eau en tresses.

À cette époque, le paysage ressemble à la savane africaine, des étendues de hautes herbes, jaunies par le soleil et battues par les vents s’étalent jusqu’aux collines arborées. Quelques grands arbres, de la famille des acacias, émergent tels des parasols. Y évoluent des singes, des rongeurs, des éléphants (Anancus arvernensis), des rhinocéros, des hippopotames, des tortues terrestres, des gazelles, des renards, des lynx, mais aussi des espèces telles que Hipparion (ancêtre du cheval actuel) ou Machairodus (grand félin)[8].

C’est une époque charnière dans l’évolution climatique de la planète, l’aridification progressive de ce climat tropical permet l’apparition du climat méditerranéen et préfigure le refroidissement du Quaternaire.

Au Quaternaire, la Têt étage un ensemble de terrasses alluviales. Elles résultent de l’enfoncement du réseau fluviatile dans les dépôts pliocènes puis de remblaiements successifs liés aux variations eustatiques de la mer méditerranée.

Lors des pics glaciaires, l’eau monopolisée sous forme de glace continentale fait baisser le niveau marin. Il y a 18 000 ans par exemple, la méditerranée est 120 m sous son niveau actuel. Lors des périodes de réchauffement, la glace fond, les eaux remontent, les fleuves déposent leurs alluvions.

Matte roudoune

À Ille-sur-Têt, la plus ancienne terrasse (T5) date du Villefranchien, elle couronne les sédiments de la Matte Roudoune.

Le site des Orgues doit sa coiffe aux premiers froids quaternaires : en chapeautant les couches plus tendres du Pliocène cette nappe de blocaille a permis aux terrains plus fragiles sous-jacents d'être protégés de l'érosion et de durer jusqu’à nous.

Évolution du site

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De nos jours, l’évolution du site est rapide, les falaises de matière sédimentaire sont à nu. Quelques îlots de végétation subsistent sur les sommets, trop disséminés pour préserver les sols de l’érosion.

L’intensité des pluies méditerranéennes favorise le ruissellement : les incisions linéaires sont vives, les pentes dévégétalisées sont entaillées de ravines, les sols s’appauvrissent puis partent avec le lessivage. Sur les parois verticales, du fait de l'érosion, les plantes ne peuvent plus recoloniser l’espace, à part quelques mousses et lichens.

Les pentes les plus douces sont encore végétalisées et donc protégées. Elles sont recouvertes d’essences méditerranéennes qui résistent à l’aridité estivale : chênes verts, chênes pubescents, pistachiers lentisques, arbousiers, lavande stoechas, immortelles communes, thym, romarin, cistes cotonneux, cistes à feuilles de laurier, cistes de Montpellier, bruyère arborescente, asparagus etc.

Histoire humaine

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Gestion et administration

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Le site est classé en 1981 dans le cadre de la loi du relative à la protection « des monuments naturels et des sites à caractère artistique, historique, scientifique, légendaire ou pittoresque »[9]. Il se présente sous la forme d’un verger de pêchers situé dans un amphithéâtre naturel. L’exploitant poursuit son activité agricole jusqu’en 1992. Aujourd’hui encore, la visite s’articule autour des trois terrasses qu’il a aménagé pour planter ses arbres.

En 1992, la mairie d’Ille-sur-Têt rachète le site. Du personnel s’occupe de l’accueil et de la sécurité. L’entretien est régulier, un parking est mis en place, l’accès est réglementé par un droit d’entrée.

En 1996, le site est rattaché au « Pôle d’économie du patrimoine », un EPIC qui a pour mission de développer le tourisme dans l’arrière-pays catalan. Il travaille en collaboration avec une trentaine de communes et d’autres lieux touristiques : le château musée de Bélesta, l’hospice d’Ille-sur-Têt, la tour des parfums de Mosset ou le musée de l’agriculture de Saint-Michel-de-Llotes.

L’EPIC dépose le bilan en 2001. Depuis, la commune d’Ille-sur-Têt assume la gestion et l’entretien du site.

Notes et références

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  1. 1 2 3 4 Carte IGN sous Géoportail
  2. ↑ (en) « Géologie : Les hoodoos », National Park Service, (consulté le )
  3. ↑ Émile Delonca et Léon Delonca, Un village en Roussillon : Illa, terra de Rosselló, Perpignan, Impr. du Midi, , 436 p. (BNF 32012190)
  4. 1 2 Lluís Basseda, Toponymie historique de Catalunya Nord, t. 1, Prades, Revista Terra Nostra, , 796 p.
  5. ↑ Jean Claude Bousquet, La géologie du Languedoc Roussillon, p. 79[réf. incomplète]
  6. ↑ Clauzon G. 1990. Restitution de l’évolution géodynamique néogène du bassin du Roussillon et de l'unité adjacente des Corbières d'après les données écographiques et paléogéographiques. Paléobiologie Continentale, 17, 125-155.
  7. ↑ Elisabeth Le Goff, Marc Calvet, Anne-Marie Moigne, Curiosités Géologiques des Pyrénées-Orientales, Orléans : BRGM Éditions, 2018, (ISBN 978-2-7159-2660-8), site 8, pages 70-71.
  8. ↑ Charles Depéret, Les animaux pliocènes du Roussillon [réf. incomplète]
  9. ↑ Site officiel du site des Orgues

Voir aussi

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Articles connexes

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Liens externes

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