L’origami ADN est une technique qui consiste à réaliser des formes arbitraires à partir de morceaux d’ADN. Elle fut développée par Paul Rothemund, du California Institute of Technology, qui en fit l'objet d'une publication dans la revue Nature, en 2006[1].

En A, on voit une nanostructure d'ADN constituée de quatre segments joints à 90°. Cela constitue un «bloc» pour la structure visible en B. En B, on voit l'image prise au microscope à force atomique d'une nanogrille bidimensionnelle d'ADN.

Principe

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Les propriétés chimiques des molécules qui composent l’ADN, les bases nucléiques, sont bien connues. On sait que telle pièce se lie à telle autre par des liaisons Watson-Crick, et partant de ce principe, on peut arriver à modeler des structures bi- ou tridimensionnelles. La technique de Rothemund utilise une longue chaîne d’ADN de virus, présentant une structure linéaire et peu complexe, dont on connait exactement la séquence. Ensuite, par ordinateur, on localise les endroits précis où la molécule d’ADN doit être pliée pour arriver à la forme désirée. On synthétise alors de petites pièces qui iront d’elles-mêmes se lier exactement là où on le désire, pour «brocher» le génome viral. C’est de ce pliage que provient le nom original d’origami ADN (DNA origami).

Applications

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La première publication de Rothemund sur le sujet, en 2006, présentait des images de constructions aux formes diverses, qu'il a réalisées. Les plus originales sont sans doute la carte du monde, le flocon de neige et le bonhomme sourire. Bien sûr, il n'y a pas que des dessins que l'on peut reproduire avec l'ADN.

En 2011, par exemple, l'équipe de Hao Yan a créé des formes tridimensionnelles fermées[2]. Les applications sont donc multiples, de l'enveloppe dans laquelle on pourrait mettre un médicament qui serait libéré directement dans les cellules[3], à des processeurs informatiques minuscules et performants, en passant par la calibration de microscopes à fluorescence à super-résolution[4].

En 2022, l’origami ADN permet de produire un Nanomoteur moléculaire. À cette échelle de taille, l’agitation thermique rend les déplacements aléatoires, et un mouvement directionnel ne peut être maintenu qu’en conditions hors équilibre thermodynamique. Les chercheurs ont ainsi conçu un moteur rotatif en ADN origami reposant sur un cliquet brownien (un mécanisme où une asymétrie structurelle permet de rectifier les fluctuations diffuses pour générer une rotation orientée. Ce principe, similaire à celui de moteurs biologiques tels que F₁F₀‑ATPase $, s’appuie sur les avancées de la nanotechnologie ADN, qui a déjà permis de créer des pivots, charnières et systèmes rotatifs activables par déplacement de brins ou par des stimuli environnementaux). Le moteur obtenu a des capacités mécaniques comparables à celles de certains moteurs biologiques[5].

En 2025, Zhou et al. présentent des nanostructures déformables en Origami ADN, capables de remplir une fonction mécanique programmable. Alors que les architectures classiques en origami ADN étaient généralement rigides, les auteurs montrent qu'il est possible de fabriquer des structures conformes exploitant l’élasticité entropique de segments d’ADN simple brin, utilisés pour courber localement des faisceaux d’ADN double brin et obtenir des géométries ajustables par la longueur de ces segments. Une grande diversité de formes peut être atteinte rien qu'en modifiant quelques brins dans le design. Un modèle mécanique prédictif, validé expérimentalement, décrit la géométrie et les propriétés de ces nanostructures, établissant une base pour le développement de dispositifs et matériaux en origami ADN dotés de fonctions mécaniques (capteurs, actionneurs ou éléments de nanorobotique)[6].

L'année suivante (2026), dans la revue Science, une équipe d'universitaires allemands décrit un « commutateur bistable en ADN origami », capable de transitions mécaniques rapides et réversibles entre deux états stables, contrôlé par champ électrique, et conçu comme un élément fonctionnel pour la nanorobotique. Il repose sur un mécanisme de snap-throug (c'est à dire, un basculement mécanique instantané entre deux états stables), inspiré des structures macroscopiques, assurant une stabilité prolongée en l'absence de stimulus tout en permettant des basculements en quelques millisecondes[7]. Ces nanoswitches supportent des centaines de milliers de cycles sans dégradation majeure, offrant une plateforme pour analyser l'endurance et les modes de défaillance de ce type de systèmes biomoléculaires. Comme interface électromécanique, ce commutateur peut traiter de l'information moléculaire, et être utilisé en nanophotonique, dont via la modulation optique dépendante de la polarisation grâce à des « nanorods » d'or (un nanorod est un nano‑objet en forme de petit bâton, fait d'or, d'argent ou d'un semi‑conducteur. Sa longueur [de 10 à 100 nanomètres] et sa forme lui confèrent des propriétés optiques et électroniques particulières, utiles pour la plasmonique, la modulation de polarisation, l'imagerie, certains capteursn, etc.)[7]. Il peut aussi être utile en « chimie dynamique » (une chimie où les réactions sont activées, modulées ou arrêtées en temps réel par un stimulus externe, de sorte que l'état réactionnel n'est jamais figé mais piloté dynamiquement) ; là, l'accessibilité contrôlée d'un site de liaison permet de réguler électriquement la cinétique d'une réaction pour créer des dispositifs bioélectroniques robustes et polyvalents[7].

Références

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  1. Rothemund, Paul W.K. (2006) Folding DNA to create nanoscale shapes and patterns, Nature 440:297-302.
  2. Dongran Han, Suchetan Pal, Jeanette Nangreave, Zhengtao Deng, Yan Liu, and Hao Yan (2011) DNA Origami with Complex Curvatures in Three-Dimensional Space, Science 332 (6027):342-346.
  3. Hanying Li, Thomas H. LaBean and Kam W. Leong (2011) Nucleic acid-based nanoengineering: novel structures for biomedical applications, Interface Focus 1(5):702-724.
  4. A.M. Hung, C.M. Micheel, L.D. Bozano, L.W. Osterbur, G.M. Wallraff, J.N. Cha (2010) Large-area spatially ordered arrays of gold nanoparticles directed by lithographically confined DNA origami, Nature Nanotechnology 5("):121–126.
  5. (en) Anna-Katharina Pumm, Wouter Engelen, Enzo Kopperger et Jonas Isensee, « A DNA origami rotary ratchet motor », Nature, vol. 607, no 7919, , p. 492–498 (ISSN 0028-0836 et 1476-4687, DOI 10.1038/s41586-022-04910-y).
  6. Lifeng Zhou, Alexander E. Marras, Hai-Jun Su et Carlos E. Castro, « DNA Origami Compliant Nanostructures with Tunable Mechanical Properties », ACS Nano, vol. 8, no 1, , p. 27–34 (ISSN 1936-0851, DOI 10.1021/nn405408g).
  7. 1 2 3 Florian Rothfischer, Lennart J. K. Weiß, Sonja K. Schinko et Niccolò Tedeschi, « A high-endurance DNA origami snap-through switch for functional nanoscale control », ScienceRobotics, vol. 11, no 115, , eaec7796 (DOI 10.1126/scirobotics.aec7796).

Voir aussi

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Articles connexes

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Liens externes

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Bibliographie

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  • K. Wang, A. Hardikar, W. Chen, Q. Huang, B. Guo, G. Zhu, H. Ni, R. Sha, N. C. Seeman, P. M. Chaikin, Control and synchronization of rapid nanoscale DNA heat engine by local heating. Sci. Adv. 11, eadx6316 (2025).
  • L. Zhou, A. E. Marras, H.-J. Su, C. E. Castro, DNA origami compliant nanostructures with tunable mechanical properties. ACS Nano 8, 27–34 (2014) ; https://pubs.acs.org/doi/10.1021/nn405408g.
  • (en) Anna-Katharina Pumm, Wouter Engelen, Enzo Kopperger et Jonas Isensee, « A DNA origami rotary ratchet motor », Nature, vol. 607, no 7919, , p. 492–498 (ISSN 0028-0836 et 1476-4687, DOI 10.1038/s41586-022-04910-y).