Origine des Étrusques

Les hypothèses sur l'origine des Étrusques constituent l'un des débats les plus anciens et les plus complexes de l'historiographie antique et moderne. Les théories exposées par les sources historiques à partir du Ve siècle av. J.-C., soit environ cinq siècles après les premières manifestations en Italie de la civilisation étrusque, apparaissent fort contradictoires. Les spécialistes modernes ont conclu qu'il s'agissait dans de nombreux cas de constructions narratives entièrement artificielles, élaborées à des fins politiques. Le consensus actuel parmi les archéologues, les linguistes et les paléogénéticiens penche fortement en faveur d'une origine autochtone des Étrusques en Italie.

Femme étrusque, statue en terre cuite, IIe siècle av. J.-C., trouvée à Chiusi, conservée à Karlsruhe
Canthare janiforme (deuxième moitié du Ve siècle av. J.-C.), Paris, musée du Louvre.

La phase la plus ancienne de la civilisation étrusque est la culture de Villanova, attestée à partir du IXe siècle av. J.-C.. Deux études d'archéogénétique de 2019 et de 2021 ont confirmé, par l'analyse de génomes anciens, que les Étrusques étaient génétiquement proches des Latins du Latium vetus du premier âge du Fer.

Valeur historique des sources antiques

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Les thèses sur l'origine des Étrusques élaborées dans l'Antiquité peuvent être regroupées en deux grands filons principaux : une origine orientale et une origine autochtone. Un troisième filon, concernant une origine septentrionale, repose sur quelques considérations de Tite-Live à propos des Rhètes des Alpes, mais n'a été développé par les historiens qu'aux XVIIIe et XIXe siècles siècles.

Les spécialistes modernes ont mis en doute que ces récits antiques contiennent toujours des faits réellement advenus, et ont conclu qu'il s'agissait dans de nombreux cas de constructions narratives entièrement artificielles[1],[2],[3]. L'étruscologue français Dominique Briquel a montré que toutes les versions de l'historiographie grecque sur l'origine des Étrusques sont à considérer comme des constructions narratives élaborées en milieux helléniques ou hellénisés pour des raisons d'ordre politique, et qu'elles ne doivent donc pas être traitées comme des documents historiques[4],[5],[6],[7].

« Les traditions transmises par l'Antiquité sur les origines du peuple étrusque ne sont que l'expression de l'image que ses alliés ou ses adversaires voulaient diffuser. Pour aucune raison, des récits de ce genre ne doivent être considérés comme des documents historiques. Cependant, le discours visait un objectif bien précis. Et comme les Modernes ont relancé la controverse de manière acritique, en suivant les traces des Anciens, l'étruscologie a longtemps été alourdie par la fameuse question des origines, qui a finalement été reconnue comme non pertinente dans les termes où elle avait été posée. »

 Dominique Briquel[8].

Les récits des auteurs grecs sur les origines des Étrusques, outre qu'ils sont contradictoires, ont été rédigés plusieurs siècles après les premières attestations archéologiques de la civilisation étrusque en Italie. Les sources les plus anciennes, comme la Théogonie d'Hésiode et un hymne homérique, ne font aucune mention d'une origine allochtone. Comme l'a montré Roberto Sammartano, ces récits grecs, fondés sur le modèle du récit colonial, sont le résultat d'une relecture de mythes à des fins propagandistes : les thèses de l'origine orientale (pélasgique ou lydienne) visaient à rattacher les Étrusques à un horizon culturellement proche du monde grec, tandis que la thèse de l'autochtonie soulignait au contraire, avec une connotation péjorative, la distance ethnique et culturelle séparant Étrusques et Grecs[7].

Traditions antiques

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Hésiode et les premières mentions

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Le plus ancien témoignage sur les Tyrrhéniens (nom grec des Étrusques) se trouve dans la Théogonie d'Hésiode (VIIIe et VIIe siècles av. J.-C.), trois siècles avant Hérodote et Hellanicos de Lesbos. Hésiode les mentionne simplement comme les habitants de lointaines îles sacrées, sans aucune indication d'une origine étrangère. L'interprétation la plus communément admise est que chez Hésiode le terme désigne de façon générique l'ensemble des habitants de l'Italie centro-méridionale, et non les Étrusques proprement dits[7].

Hypothèse pélasgique (Thessalie)

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La première thèse d'une provenance orientale fut soutenue par Hellanicos de Lesbos, historien grec du Ve siècle av. J.-C., et est rapportée par Denys d'Halicarnasse. Hellanicos rattachait les Tyrrhéniens au peuple des Pélasges de Thessalie : chassés par les Grecs, ceux-ci auraient débarqué dans le delta du Pô, puis occupé Cortone, avant de s'étendre dans la région appelée ensuite Tyrrhénie[9].

Cette thèse, comme l'a montré Dominique Briquel, fut élaborée dans un contexte politique précis : à la fin du Ve siècle av. J.-C., Étrusques et Athéniens étaient alliés contre Syracuse et les villes sicéliotes. La tentative de démontrer une origine grecque du peuple étrusque visait à légitimer, aux yeux des citoyens athéniens, la relation d'amitié récemment établie avec un peuple si éloigné géographiquement et culturellement[4],[7]. Denys d'Halicarnasse lui-même réfuta nettement cette thèse, en soulignant que la langue et les coutumes des Tyrrhéniens et des Pélasges ne montraient pas la moindre ressemblance[10].

Hypothèse anatolienne (Lydie)

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Couple de danseurs, tombe du Triclinium, vers

Selon Hérodote, les Étrusques auraient émigré de Lydie, en Asie Mineure, à cause d'une longue famine qui aurait poussé leur roi Atys à envoyer la moitié de son peuple à Smyrne, d'où ils se seraient embarqués pour l'Ombrie sous l'autorité de son fils Tyrrhenus.[11],[12] Cette tradition fut reprise par Strabon, qui y associe la figure de Tarconte, premier roi désigné de la dodécapole étrusque.

Dès l'Antiquité, Denys d'Halicarnasse critiqua cette thèse en soulignant que Lydiens et Étrusques ne partageaient ni la langue, ni la religion, ni les coutumes, et que l'historien lydien Xanthos de Lydie ne faisait nulle mention d'une telle colonisation[13]. La linguistique moderne confirme cette critique : le lydien était une langue indo-européenne, sans aucun lien avec l'étrusque, langue pré-indo-européenne[14].

Selon Dominique Briquel, la thèse de l'origine lydienne fut une fabrication propagandiste délibérée, élaborée à la cour hellénisée de Sardes entre la fin du VIe siècle av. J.-C. et le début du Ve siècle av. J.-C.[5] Le classiciste américain Robert Drews a estimé que les Grecs n'avaient jamais entendu parler d'une telle origine avant le récit hérodotéen, et que cette tradition n'était pas davantage connue des Lydiens eux-mêmes, au point de ne pas être rapportée par leur principal historien local[15]. Aucune preuve archéologique ou linguistique n'est venue étayer la thèse d'une migration lydienne en Étrurie[14],[5].

Virgile affirmait dans l'Énéide qu'Énée et ses compatriotes Troyens auraient fondé Rome, mais qu'ils auraient eux-mêmes été descendants d'un certain Dardanos originaire de Cortone, en Étrurie.[12]

Bernard Sergent fit l'hypothèse en 1995 que les Étrusques quittèrent la Troade à la fin du XIIIe siècle av. J.-C., les identifiant parmi les peuples de la mer appelés Turša par les Égyptiens.[16] Toutefois, les artéfacts trouvés ont pu voyager au gré des échanges commerciaux, ce qui infirme cette démonstration.[17]

Robert Stephen Paul Beekes, de l'université de Leyde, estimait en 2003 que le territoire d'origine des Étrusques se situait un peu plus au nord que la Lydie souvent proposée par les étruscologues[18]. Cette thèse reste toutefois minoritaire et sans confirmation archéologique.

Hypothèse autochtone

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Selon une tradition défendue par Denys d'Halicarnasse, les Étrusques seraient autochtones :

« Ceux qui se rapprochent probablement le plus de la vérité déclarent que la population n'a émigré d'aucun autre endroit, mais qu'elle est indigène, car on la considère comme un peuple très ancien, différent de tout autre tant par la langue que par le mode de vie. »

 Denys d'Halicarnasse, Antiquités romaines, I, 30

Denys précise en outre que les Étrusques se désignaient eux-mêmes sous le nom de Rasenna, et non par les ethnonymes grecs ou latins, ce qu'il considère comme un indice supplémentaire d'ancienneté et d'autochtonie.

Hypothèse septentrionale

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Selon une tradition soutenue par Tite-Live, les Étrusques seraient venus du nord[19],[20]. Une hypothèse proche, émise en 1753 par Nicolas Fréret et reprise par Theodor Mommsen au siècle suivant, suggère que les Étrusques viendraient des Rhètes, implantés dans les Alpes orientales et linguistiquement apparentés aux Étrusques d'après les inscriptions connues. Cette thèse est rejetée par Dominique Briquel.[21] Elle est par ailleurs rarement retenue par les chercheurs modernes.[17]

La linguistique moderne apporte toutefois un éclairage nouveau : l'étrusque et le rhétique font bien partie de la même famille linguistique tyrrhénique (pré-indo-européenne), mais leur séparation est datée à une époque très ancienne, antérieure à l'âge du Bronze, ce qui invalide toute hypothèse de migration récente dans un sens ou dans l'autre[22],[23].

Archéologie

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La question de l'autochtonie des Étrusques a été définitivement fondée sur des bases scientifiques non par l'étruscologie classique au sens strict, mais par l'archéologie préhistorique et protohistorique. Comme l'a précisé l'étruscologue Enrico Benelli, Massimo Pallottino avait eu un rôle avant tout méthodologique : avant lui, les différents aspects de la civilisation étrusque étaient étudiés séparément par des spécialistes qui ne pouvaient saisir le tableau d'ensemble[24]. Pallottino n'était d'ailleurs pas autochtoniste au sens strict : il estimait que la civilisation étrusque s'était formée en Étrurie à partir d'un substrat local, à travers la fusion de composantes diverses, tout en rejetant l'hypothèse d'une migration massive depuis l'Orient.[25] Ce fut la génération suivante des préhistoriens et protohistoriens, à commencer par les travaux de Renato Peroni (Protostoria dell'Italia continentale, 1989)[26],[27],[28], qui consolida sur des bases empiriques rigoureuses un autoctonisme plus net, fondé sur l'évidence matérielle.

« Nous devons considérer le terme d'« Étrusque » comme un concept se rapportant à la nation qui s'est développée en Étrurie entre les VIIIe et Ve siècles av. J.-C. Nous pouvons discuter de la provenance de chacun de ses éléments mais le concept le plus approprié serait celui de sa formation. Le processus de formation de la nation ne peut avoir eu lieu sur le seul territoire des Étrusques, et nous sommes en mesure d'assister à la phase finale de ce processus. »

 Massimo Pallottino, Les Étrusques, p. 68-69, 1942.[25]

Les archéologues s'accordent sur la continuité substantielle entre la culture étrusque de la période orientalisante et la culture de Villanova qui l'a précédée, attestée à partir d'environ 900 av. J.-C. et considérée comme la phase initiale de la civilisation étrusque[29],[30],[31]. Les manifestations culturelles de la culture villanovienne dérivent à leur tour, sans aucune discontinuité, de la culture protovillanovienne (1200-900 av. J.-C.) de la fin de l'âge du Bronze[26],[27],[28]. Les fouilles des trente dernières années confirment cette continuité dans les principales cités étrusques entre la dernière phase de l'âge du Bronze et l'âge du Fer.[32]

Rien dans la culture matérielle de l'Étrurie, entre l'âge du Bronze et l'âge du Fer, ne soutient un modèle migratoire depuis l'Orient[26],[27],[28]. Le changement le plus marqué documenté archéologiquement, à partir d'environ le XIIe siècle av. J.-C., est l'adoption du rite funéraire de la crémation en urnes de terre cuite : il s'agit d'un phénomène d'origine euro-continentale, lié à la culture des champs d'urnes, et non d'un apport ethnique depuis l'Asie Mineure[26],[27],[28]. Les influences orientales visibles durant la période orientalisante (VIIe siècle av. J.-C.) s'expliquent par des échanges commerciaux intenses avec la Méditerranée orientale, un phénomène commun à toute l'Italie et à une grande partie de l'Europe, et non par une migration de population[33],[34].

Linguistique

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La langue étrusque est une langue isolée, pré-indo-européenne et paléo-européenne, sans lien démontré avec aucune langue indo-européenne connue[14]. Le linguiste allemand Helmut Rix proposa en 1998 une famille tyrrhénique, regroupant l'étrusque, le rhétique et le lemnien, toutes trois pré-indo-européennes[35],[23]. Cette famille a obtenu un consensus croissant parmi les linguistes, notamment grâce aux travaux de Stefan Schumacher, Norbert Oettinger, Carlo De Simone et Simona Marchesini[36],[22].

Le rhétique

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Le rhétique était une langue parlée dans les Alpes orientales, documentée par environ 280 inscriptions datées du Ve siècle av. J.-C. au Ier siècle av. J.-C., trouvées principalement dans le nord de l'Italie, le sud de l'Allemagne, la Suisse orientale et l'Autriche occidentale[23]. La parenté entre le rhétique et l'étrusque est aujourd'hui considérée comme établie par la grande majorité des linguistes, sur la base de similitudes morphologiques, phonologiques et syntaxiques[37]. La séparation entre les deux langues est cependant datée à une époque très ancienne, antérieure à l'âge du Bronze, ce qui invalide toute hypothèse de migration récente entre Étrurie et Alpes dans un sens ou dans l'autre, et implique que les ancêtres linguistiques des Étrusques et des Rhètes étaient présents dans leurs territoires respectifs bien avant les expansions indo-européennes[23],[37].

Le lemnien et la stèle de Lemnos

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La stèle de Lemnos, découverte en 1885 sur l'île de Lemnos en mer Égée, atteste d'une langue, le lemnien, qui présente des ressemblances frappantes avec l'étrusque archaïque au niveau de la morphologie et du vocabulaire[38],[39]. La présence du lemnien en mer Égée a parfois été interprétée comme un indice d'une origine égéenne des Étrusques. Cette interprétation est cependant rejetée par la grande majorité des spécialistes : elle inverserait le sens du mouvement. Carlo De Simone, Simona Marchesini et Robert Drews considèrent que la communauté lemnienne représente la trace d'un établissement commercial ou piratesque d'origine étrusque ou tyrrhénique antérieur à 700 av. J.-C., et non un foyer d'origine[36],[22]. Cette interprétation est confirmée par la génétique : les études sur l'ADN ancien ne montrent aucun apport récent venu de la mer Égée en Étrurie[40].

Génétique

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Visage féminin étrusque

À partir du début des années 2000, plusieurs études fondées sur l'ADN de populations modernes ont relancé la thèse d'une origine orientale des Étrusques. La plus médiatisée, publiée en 2007 par Alessandro Achilli et ses collègues dans l'American Journal of Human Genetics, analysa l'ADN mitochondrial de trois localités de Toscane centro-méridionale et conclut à des affinités avec des populations proche-orientales[41]. Cette conclusion reposait cependant pour l'essentiel sur les données de la seule localité de Murlo, un petit bourg de moins d'un millier d'habitants, où la fréquence d'haplotypes proche-orientaux atteignait 17,5 %, alors que les deux autres populations toscanes de l'étude ne présentaient pas la même singularité[41],[42].

Ces études ont fait l'objet de critiques méthodologiques fondamentales. Le problème de principe est qu'utiliser l'ADN de populations modernes comme proxy pour des populations antiques est une démarche scientifiquement intenable : l'Italie centrale a connu des apports génétiques massifs et bien documentés lors de la période impériale romaine, puis au haut Moyen Âge avec les Lombards et d'autres migrations (y compris, localement, des mouvements de population aux époques modernes), rendant impossible toute distinction fiable entre une composante génétique héritée de l'âge du Fer étrusque et des apports ultérieurs[42],[43]. Posth et al. (2021) confirment précisément ce point en montrant que le profil génétique de l'Italie centrale a subi une transformation à l'époque impériale, avec un apport d'ascendance est-méditerranéenne, suivi d'un nouvel apport nord-européen à l'époque lombarde.[40] Ces transformations successives rendent les populations toscanes actuelles inadéquates comme témoins des populations étrusques de l'âge du Fer. Les études reposant sur l'ADN ancien extrait de restes humains datés ont depuis lors supplanté cette approche, et leurs conclusions vont dans le sens inverse.[réf. nécessaire]

ADN mitochondrial

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Une analyse de l'ADN mitochondrial de 80 individus ayant vécu en Étrurie entre le VIIe et le IIe siècle av. J.-C. av. J.-C., réalisée par l'équipe du département de biologie de l'université de Ferrare sous la direction du professeur Guido Barbujani et publiée en 2004 dans l'American Journal of Human Genetics, révèle que ces individus formaient un groupe génétiquement homogène[44].

Deux études complémentaires publiées en 2013 par le même groupe de l'université de Ferrare (Barbujani, Caramelli, Ghirotto, Tassi) réfutent sur deux fronts distincts la thèse d'une origine anatolique fondée sur le DNA moderne. La première, dirigée par Silvia Ghirotto et portant sur l'ADNmt de spécimens étrusques datés, conclut que les liens génétiques entre Étruria et Anatolie remontent à plus de 5 000 ans, c'est-à-dire au Néolithique, et non à l'âge du Bronze ou du Fer comme le supposait la thèse hérodotéenne ; de plus, seuls quelques isolats toscans modernes, Volterra et le Casentino, présentent une continuité génétique partielle avec les Étrusques anciens, et non l'ensemble de la population[45]. La seconde, dirigée par Francesca Tassi, teste par simulation informatique des modèles alternatifs d'origine et conclut que les similarités observées entre le DNA mitochondrial des Toscans modernes et celui des Anatoliens ne peuvent pas être attribuées à une vague migratoire depuis l'Orient à l'origine de la civilisation étrusque[46]. Ensemble, ces deux études démontrent que les populations toscanes modernes sont inadéquates comme proxy pour les Étrusques de l'âge du Fer, et que le data génétique disponible, y compris l'ADN ancien, ne soutient pas une origine anatolique récente.[réf. nécessaire]

ADN autosomal

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Une étude coordonnée par l'université Stanford et publiée dans Science en 2019 analysa le génome de 127 individus anciens provenant de Rome et de ses environs sur une période de 12 000 ans. Parmi ces individus figuraient des spécimens de l'âge du Fer provenant de sites du Latium vetus et d'Étrurie méridionale. L'étude observe deux grandes transitions d'ascendance préhistoriques avant la fondation de Rome, la première liée à l'introduction de l'agriculture, la seconde antérieure à l'âge du Fer et associée à des apports des steppes pont-caspiennes (culture Yamna), et relève l'absence de différence génétique significative entre les individus de l'âge du Fer de la région étrusque et ceux du Latium vetus[47],[40].

Une étude dirigée par Cosimo Posth et coordonnée par l'Institut Max-Planck d'anthropologie évolutionniste de Leipzig, les universités de Tübingen, Florence et Iéna, publiée le 24 septembre 2021 dans Science Advances, analyse pour la première fois des génomes complets (ADN autosomique) de 82 individus du centre et du sud de l'Italie ayant vécu entre 800 av. J.-C. et 1000 ap. J.-C., dont 48 de l'âge du Fer[40],[48]? Les résultats de cette étude ont été synthétisés et commentés par les mêmes auteurs dans un chapitre de 2024[49].

Les résultats confirment que les Étrusques ne présentent aucune trace d'ascendance anatolienne récente, et que leur profil génétique est étroitement lié à celui de leurs voisins italiques, notamment les Latins du Latium vetus[40],[49]. Comme pour les autres populations de l'Italie centrale à l'âge du Fer, leur ascendance comprend une composante génétique liée aux steppes pont-caspiennes (culture Yamna), arrivée en Europe avec la culture campaniforme, aux côtés d'une composante issue des agriculteurs anatoliens du Néolithique et de chasseurs-cueilleurs européens. Le patrimoine génétique local se maintient de façon largement stable tout au long du premier millénaire av. J.-C., en dépit de la présence d'individus d'origines diverses parmi les Étrusques[40].

La coexistence d'une composante génétique liée aux migrations indo-européennes et d'une langue pré-indo-européenne chez les Étrusques représente l'un des rares exemples documentés de continuité linguistique malgré une discontinuité génétique partielle, dans une situation comparable à celle de la région basque[40],[49].

L'étude révèle d'importants changements génétiques associés à des événements historiques postérieurs à la période étrusque : au cours de la période impériale romaine, un apport massif d'ascendance est-méditerranéenne; puis, à partir du haut Moyen Âge, un apport d'ascendance nord-européenne lié aux Lombards. La comparaison entre les populations médiévales et la population toscane actuelle suggère une forte continuité génétique depuis le Moyen Âge[40].

Notes et références

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  1. Benelli 2021
  2. Smith 2018
  3. Bagnasco Gianni 2012
  4. 1 2 Dominique Briquel, Les Pélasges en Italie. Recherches sur l'histoire de la légende, Rome, École française de Rome,
  5. 1 2 3 Dominique Briquel, L'origine lydienne des Étrusques. Histoire du thème dans la littérature antique, Rome, École française de Rome,
  6. Dominique Briquel, Les Tyrrhènes, peuple des tours. L'autochtonie des Étrusques chez Denys d'Halicarnasse, Rome, École française de Rome,
  7. 1 2 3 4 (it) Roberto Sammartano (dir.), « Le tradizioni letterarie sulle origini degli Etruschi: status quaestionis e qualche annotazione a margine », dans Le origini degli Etruschi. Storia Archeologia Antropologia, Rome, "L'Erma" di Bretschneider, , 49-84 p.
  8. Dominique Briquel, Le origini degli Etruschi: una questione dibattuta sin dall’antichità, in M. Torelli (ed.), Gli Etruschi, Milano, 2000, p. 43-51
  9. Denys d'Halicarnasse, Antiquités romaines, I, 28.
  10. Denys d'Halicarnasse, Antiquités romaines, I, 30.
  11. Hérodote, Histoires, I, 94.
  12. 1 2 Thuillier 2006, p. 31.
  13. Denys d'Halicarnasse, Antiquités romaines, I, 28-30.
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Bibliographie

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  • (it) Renato Peroni, Protostoria dell'Italia continentale. La penisola italiana nelle età del bronzo e del ferro, Rome, Biblioteca di storia patria,
  • Dominique Briquel, L'origine lydienne des Étrusques, histoire du thème dans la littérature antique, École française de Rome, n° 139, Rome, 1991.
  • (en) Robert Drews, « Herodotus 1.94, the Drought ca. 1200 BC, and the Origin of the Etruscans », Historia: Zeitschrift für Alte Geschichte, vol. 41, no 1, , p. 14-39
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Voir aussi

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