Pair-aidance
La pair-aidance est une trajectoire de rétablissement qui repose sur une entraide entre personnes étant ou ayant été atteintes d'une maladie somatique, psychique ou vivant une problématique sociale.
Si le domaine de la psychiatrie en fut précurseur, on considère aujourd'hui plus largement comme « pair-aidant » un individu ayant vécu les situations subies par et/ou faisant encore partie d'un groupe stigmatisé ou minoritaire, et souhaitant apporter son aide dans les situations qu'il connaît, envers une communauté pour laquelle il se sent concerné et par laquelle il est au moins théoriquement accepté. On trouve ainsi des pair-aidants dans des domaines aussi variés que la maladie (somatique ou psychique), la toxicomanie, la grande précarité ou encore la prostitution.
Cette pratique est de plus en plus recommandée dans le cadre de l'autonomisation des patients en santé mentale, d'une amélioration du respect des droits de l'homme en santé mentale ainsi que d'une condition pour accomplir l'idée de rétablissement en santé mentale (officiellement depuis 2005 au Québec, en lien avec plusieurs universités)[1].
La pratique peut se faire dans des cadres plus ou moins formels et encadrés (centres médicaux, associations, groupes d'entraide...).
Histoire
modifierL'entraide existe depuis que l'humanité existe, mais la notion de pair-aidance semble s'être formalisée et développée aux États-Unis dans les années 1970, dans le contexte de la vague d'une révolte de patients envers les pronostics fatalistes de médecins et avec une volonté de reprendre le pouvoir sur leurs vies[2].
La pair-aidance a continué à se développer en Amérique du Nord. Apparentée ou associée à la psychothérapie, elle est dans certains pays (Canada par exemple) devenue un métier reconnu, de soutien à la prévention, à la guérison et à la réadaptation, explicitement incluse et valorisée dans certaines stratégies nationales (ex : Plan d’action interministériel en santé mentale 2022-2026 ; Programme québécois pour les troubles mentaux ou PQPTM)[1]. Aux États-Unis, l'Obamacare a permis que le pair aidant soit remboursé par les compagnies d'assurances[1].
Dans ces cas, le pair-aidant est une personne qui a transformé son expérience vécue en savoir expérientiel, mais qui a aussi reçu une formation complémentaire, et généralement effectué des stages de pair-aidance (préparant par exemple au travail en contexte hospitalier)[1].
En France:
2009, Le programme « médiateurs de santé-pairs »
Le programme des médiateurs de santé-pairs (MSP) est une expérimentation française visant à intégrer, au sein des équipes de psychiatrie, des personnes ayant une expérience personnelle des troubles psychiques et du rétablissement. Leur savoir expérientiel est mobilisé pour accompagner les usagers des services de santé mentale et favoriser leur pouvoir d'agir.
Mis en place à partir de 2009 par le Centre collaborateur de l'Organisation mondiale de la santé pour la recherche et la formation en santé mentale (CCOMS, Lille, France), en partenariat notamment avec la Fédération Nationale des Associations d'Usagers en Psychiatrie (FNAPSY), le programme s'inscrit à l’origine du développement de la pair-aidance professionnelle en France.
Contexte
Programme des médiateurs de santé publique
Le terme médiateur de santé publique qui désigne des personnes intervenant à l'interface entre le système de santé et les publics rencontrant des difficultés particulières d'accès à la prévention et aux soins. Il a notamment été employé par l'Institut de médecine et d'épidémiologie appliquée (IMEA).
Entre 2000 et 2005, l'IMEA a conduit un programme expérimental de formation et de suivi de médiateurs de santé publique en Île-de-France, en Guyane, à Marseille et à Nice. Environ 150 personnes auraient bénéficié d'une formation et d'un contrat à durée déterminée de trois ans renouvelables. Une partie de leur rémunération était prise en charge par l'État dans le cadre du dispositif Adultes-relais de la Délégation interministérielle à la ville.
Une évaluation publiée en 2006 par la Direction générale de la Santé a souligné le rôle de ces médiateurs dans l'amélioration de la compréhension entre les institutions sanitaires et leurs publics. Leur intervention était alors rapprochée de celle des médiateurs sociaux et culturels.
Le 5 juin 2009, un amendement présenté au Sénat a proposé de soumettre les fonctions de médiateur en santé publique et de médiateur en santé à un référentiel de métier et de formation. Le texte visait à préciser leurs missions et leur statut au sein des établissements de santé, des associations et des autres organismes participant à l'éducation thérapeutique des patients. Sénat
Résilience et participation des usagers
Au début des années 2000, le CCOMS cherche à explorer les applications possibles de la notion de résilience dans le champ de la santé mentale communautaire. Dans ce contexte, le Centre organise du 19 au 21 septembre 2001 avec le Groupement d'Etude et de Prévention du Suicide un colloque intitulé Résilience et facteurs de santé : à l'école, au travail, au lendemain du geste suicidaire. Les échanges, notamment avec Boris Cyrulnik auteur de référence dans ce champs, portent sur les relations entre la résilience et la valorisation de la participation sociale des personnes ayant des troubles psychiques suite à des traumatismes au sein de la vie de la cité.
La même année, Jean-Pierre Piel et Jean-Luc Roelandt remettent au ministre de la Santé Bernard Kouchner le rapport De la psychiatrie vers la santé mentale. Celui-ci est élaboré avec la participation de représentants des usagers, des familles et des élus, notamment la FNAPSY, l'Union nationale de familles et amis de personnes malades et/ou handicapées psychiques (UNAFAM) et l'Association des Maires de France (AMF). Le rapport défend notamment une participation accrue des personnes concernées à l'élaboration des politiques de santé mentale et met en avant leur pouvoir d'agir.
En octobre 2004, Patrick Le Cardinal et Agathe Kergall chargé de mission au CCOMS lancent dans la suite du colloque de 2001 une recherche-action participative consacrée à la résilience et à l'engagement associatif des usagers en santé mentale. Un groupe composé pour moitié d'usagers ou de proches et pour moitié de professionnels est constitué afin d'étudier les liens entre engagement associatif et processus de résilience[3].
En 2005, la loi du 11 février 2005 établit le cadre légal du financement des groupes d'entraide mutuelle (GEM). Ces structures associatives permettent notamment aux personnes concernées par des troubles psychiques de développer un réseau social, d'exercer des responsabilités et de participer à la vie collective.
Historique
Émergence de la notion de pair-aidance
Les 1er et 2 février 2006, la FNAPSY et le CCOMS organisent les Journées Régionales, Nationales et Européennes des Clubs à Mons-en-Baroeul. L'événement réunit plus de 300 participants, dont de nombreux usagers français mais aussi de plusieurs pays européens.
En juillet 2006, Patrick Le Cardinal soutient, à la suite de deux années de recherche-action un mémoire intitulé Résilience et engagement associatif des usagers en santé mentale. L’auteur met en évidence le concept d’« expert par expérience ». La personne ainsi qualifiée pourrait alors jouer un rôle spécifique basé sur un savoir expérientiel personnel et/ou associatif et devenir un « facilitateur de résilience » identifié à même d’intervenir dans un cadre institutionnel défini. L’apport principale de ce travail est de faire passer le regard de : « Qu’est ce qui ne va pas chez cette personne ? vers « qu’est-ce que cette personne peut apporter aux autres grâce à son expérience ? »
En mai 2006, une délégation composée de Patrick Le Cardinal, et deux usagers du groupe de recherche jeunes présidents de GEM, Marie-Christine Thibaut et Claude Ethuin participe au congrès de l'Association Québécoise pour la Réadaptation Psychosociale (AQRP) sur le thème : « Rétablissement et Citoyenneté ». Le trio français y entend parler de la notion de rétablissement (recovery) issue des premières associations d’anciens buveurs au XIXe siècle et repris dans les années 90’ par le mouvement militant de défense des droits des usagers. Le rétablissement désigne un processus personnel par lequel une personne construit une vie qu'elle juge satisfaisante, avec ou sans persistance de symptômes. Cette notion ne correspond pas nécessairement à la guérison clinique.
Ils découvrent par le même temps le métier de « pair-aidant professionnel » (peer support worker) par l’intermédiaire de Roy Muise, l'un des premiers canadiens formés aux États-Unis.
En septembre 2006, Jean-Luc Roelandt engage une réflexion au sein du CCOMS sur la mise en place de la pair-aidance professionnelle en France. Il missionne Patrick Le Cardinal pour coordonner une « recherche-action pair-aidant » consacrée à l'intégration du savoir expérientiel à l’intérieur du système de soins psychiatriques. La première action de ce dernier est d’intégrer Stéphanie Roucou, usagère des services de santé mentale à l’équipe avec le statut de « chargée de mission associée ». Un groupe de travail est ensuite mise en place et composé pour moitié d'usagers qui en tant qu’expert d’expérience sont considérés en tant que « chercheurs associés ».
Consultation et sensibilisation, de 2006 à 2008
Le 16 novembre 2006, une journée marque le lancement de la recherche-action sur la pair-aidance. Elle réunit des représentants du CCOMS, de la FNAPSY, de l’UNAFAM et d'organisations européennes d’usagers ayant de l’expérience dans le domaine.
Les 19 et 20 juin 2007, la première formation sur la pair-aidance en France est organisée à l'Établissement Public de Santé Mentale (EPSM) Lille-Métropole à Armentières. Elle est animée par le canadien Roy Muise et rassemble 70 personnes, dont 50 usagers et 20 professionnels. Des organisations d’usagers françaises, belges, néerlandaises et britanniques y participent.
Le 15 décembre 2007, la notion de pair-aidant est présentée au conseil d'administration de la FNAPSY. Plusieurs réunions sont ensuite organisées en collaboration avec cette fédération nationale afin d'étudier les modalités de financement, de formation et de recrutement. Une première fiche de poste de pair-aidant est élaborée en février 2008.
Le 15 décembre 2008, un colloque national destiné aux décideurs publics est organisé à Mons-en-Barœul sous le titre « Les pairs-aidants : un nouveau type d'intervenant dans les équipes de santé mentale ». Il réunit notamment des représentants de la Direction Générale de l'Action Sociale (DGAS), de la Caisse Nationale de Solidarité pour l'Autonomie (CNSA) et du programme québécois Pairs-Aidants Réseau (PAR).
Mise en place du programme, de 2009 à 2014
La seconde phase de la recherche-action commence en janvier 2009. Elle vise à créer une expérimentation nationale assortie d'une évaluation. Un comité de pilotage réunissant des représentants du CCOMS et de la FNAPSY est constitué. Le programme doit être déployé en partenariat avec les agences régionales de santé du Nord-Pas-de-Calais, de l'Île-de-France et de Provence-Alpes-Côte d'Azur[4].
Le 21 juin 2010, la CNSA accorde un financement trisannuel au programme expérimental. Le mois suivant, Claude Finkelstein et Karim Khair, membres de la FNAPSY sont embauchés pour copiloter le lancement du programme en tant que « chargés de mission associés ».
En octobre 2010, une délégation du CCOMS composée de Jean-Luc-Roelandt, Patrick Le Cardinal, Massimo Marsili, Véronique Vaxin et Claude Finkelstein effectue une visite d'étude en Amérique du Nord. La visite commence au Québec ou le groupe rencontre les responsables de l’AQRP et de l’association d’usager l’Association des Personnes Utilisatrices de Services en santé mentale de la Région de Québec (APUR) ; puis à l'Université de Yale aux Etats-Unis où Larry Davidson, un des pionniers dans la recherche médicale sur les pairs-aidants, leur présente le « Program for Recovery and Community Health ».
Le 12 octobre 2010 à Québec, l'appellation Médiateur de Santé-Pair est créée par le groupe par la combinaison des termes « médiateur de santé » et « pair-aidant » pour définir ce nouveau métier en France.
Au début de l'année 2011, Stéphanie Dupont, experte d’expérience et Guillaume François, cadre de santé, prennent en charge la mise en œuvre opérationnelle du programme. En janvier 2012, la première formation de médiateurs de santé-pairs est lancée à l'hôpital Sainte-Anne, dans le cadre de l'Université Paris-VIII. Elle réunit 29 étudiants, qui disposent chacun d'un poste identifié et suivent une formation en cours d'emploi. Les équipes chargées de les accueillir bénéficient également d'un accompagnement par les chargés de mission.
Le Plan psychiatrie et santé mentale 2011-2015, présenté en Conseil des ministres le 29 février 2012, mentionne les expérimentations consacrées à l'évaluation de la pair-aidance en référence au programme « MSP » et au programme « Un chez soi d’abord » porté par Vincent Girard incluant l’embauche de travaileurs-pairs[5].
« Les travaux visant une meilleure connaissance des représentations sociales de la santé mentale et de la stigmatisation des personnes atteintes de troubles psychiques et mentaux seront encouragés, ainsi que les expérimentations sur l’évaluation de la pair-aidance conduites dans le cadre de la recherche. »
Evaluation et diffusion des résultats
En janvier 2015, le CCOMS publie le rapport final de l'expérimentation. Celui-ci conclut à la faisabilité de l'intégration de pairs-aidants professionnels au sein des équipes psychiatriques et recommande la pérennisation ainsi que la reconnaissance du métier. La CNSA prolonge alors son financement de deux ans.
En 2016, Jean-Luc Roelandt et Bérénice Staedel alors le publient « L'expérimentation des médiateurs de santé-pairs : une révolution intranquille », consacré au déroulement du programme et à ses effets sur les pratiques professionnelles.
Pérennisation et extension
Une deuxième expérimentation est lancée en décembre 2017. Elle repose sur une formation universitaire intégrée à une licence de sciences sanitaires et sociales de l'université Paris-XIII, devenue par la suite l'université Sorbonne-Paris-Nord, en partenariat avec le CCOMS.
En novembre 2022, une nouvelle licence professionnelle consacrée aux médiateurs de santé-pairs ouvre à l'université de Bordeaux. Plus de 200 médiateurs de santé-pairs exerçaient comme salariés en France au début de l'année 2025.
2011, le programme « Un chez-soi d’abord »
Origine et objectifs du programme
Le programme « Un chez-soi d’abord » est un dispositif français destiné aux personnes sans domicile fixe qui présentent des troubles psychiques sévères et, fréquemment, des problèmes de santé associés, notamment des addictions.
Il repose sur un principe fondamental : permettre à une personne d’accéder directement à un logement ordinaire, sans exiger au préalable qu’elle soit stabilisée sur le plan médical ou qu’elle ait suivi un parcours d’hébergement progressif.
Cette approche s'inspire du modèle international Housing First, développé notamment aux États-Unis dans les années 1990 par le psychologue Sam Tsemberis, avec le programme Pathways to Housing à New York.
Elle rompt avec les parcours traditionnels qui conditionnaient souvent l'accès à un logement autonome à la résolution préalable des difficultés sociales, psychiatriques ou addictives. Le logement devient ainsi le point de départ de l'accompagnement, et non la récompense d'un parcours de soins réussi.
Les grandes étapes historiques en France
1990–2000
L'émergence du modèle « Housing First » à l'international
Aux États-Unis, des expérimentations montrent qu'un accès direct au logement, associé à un accompagnement médico-social intensif, peut favoriser la stabilité résidentielle des personnes sans domicile présentant des troubles psychiques sévères.
2007–2009
La préparation et l'expérimentation en France
Les réflexions sur le Housing First se développent dans le contexte français de lutte contre le sans-abrisme et d'amélioration de l'accès aux soins psychiatriques. Le principe d'un logement immédiat accompagné par une équipe pluridisciplinaire commence à être expérimenté.
2010
En janvier 2010, Vincent Girard psychiatre de rue à Marseille remet aux pouvoirs publics, avec Pascale Estecahandy et Pierre Chauvin, un rapport sur la santé et l'accès aux soins des personnes sans domicile. Ce rapport préconise notamment d'expérimenter une approche inspirée du modèle américain Housing First (« Logement d'abord »).
Il défend le principe selon lequel il faut d'abord permettre aux personnes de disposer de leur propre logement, sans exiger au préalable qu'elles suivent un traitement psychiatrique ou cessent leurs consommations. Les soins et l'accompagnement social sont ensuite adaptés à leurs besoins.
2011
Le lancement de l'expérimentation nationale
L'État engage le programme français « Un chez-soi d'abord » dans quatre villes pilotes : Lille, Marseille, Toulouse et Paris. L'objectif est d'évaluer les effets de l'accès direct au logement sur la santé, la stabilité résidentielle et la qualité de vie des personnes concernées.
2011–2016
L'expérimentation et l'évaluation scientifique
Le programme fait l'objet d'un suivi évaluatif visant notamment à comparer cette approche aux dispositifs habituels. Les résultats contribuent à documenter la capacité du logement accompagné à améliorer la stabilité résidentielle et certains aspects de la santé et du recours aux soins.
2016–2017
La pérennisation et la reconnaissance institutionnelle
À la suite de l'expérimentation, le dispositif entre dans une phase de pérennisation. Le décret du 28 décembre 2016 fixe le cadre réglementaire des appartements de coordination thérapeutique « Un chez-soi d'abord », précisant leur organisation et leur fonctionnement.
2018–2022
L'extension du dispositif
Le programme se déploie progressivement dans de nouveaux territoires. Une attention croissante est portée aux personnes présentant des besoins complexes, à la coordination entre le logement, la psychiatrie, les soins somatiques et l'accompagnement social, ainsi qu'à la diversité des publics concernés.
Depuis 2023
La consolidation et la poursuite du développement
« Un chez-soi d'abord » s'inscrit dans les politiques publiques de lutte contre le sans-abrisme et de logement d'abord. Le dispositif poursuit son développement territorial et l'adaptation de ses modalités d'accompagnement, avec des déclinaisons visant notamment certains publics spécifiques, dont les jeunes.
Les principes fondateurs du programme
L'histoire du dispositif correspond à une évolution importante des politiques publiques françaises : passer d'une logique de parcours par étapes à une logique d'accès direct au logement.
Les principaux principes sont les suivants :
- Le logement comme droit et point de départ : l'accès au logement ne dépend pas de la réussite préalable d'un parcours de soins.
- L'accompagnement global : une équipe pluridisciplinaire intervient auprès de la personne dans les domaines sanitaire, psychologique, social et résidentiel.
- Le rétablissement : la personne est actrice de son projet et définit ses propres objectifs.
- La réduction des risques : l'accompagnement s'adapte à la situation de la personne, notamment en présence de conduites addictives.
- La continuité de l'accompagnement : l'équipe soutient le maintien dans le logement et l'accès aux droits et aux soins.
Ces principes sont cohérents avec le cadre réglementaire du dispositif, qui prévoit l'accès sans délai au logement, son maintien et un accompagnement médico-social adapté.
Le tournant de 2016-2017 : de l'expérimentation au dispositif pérenne
Une date essentielle dans l'histoire française du programme est le 28 décembre 2016, date du décret n° 2016-1940.
Ce texte inscrit les dispositifs « Un chez-soi d'abord » dans le cadre des appartements de coordination thérapeutique (ACT) comportant des logements accompagnés. Son entrée en vigueur intervient le 1er janvier 2017.
Cette évolution marque trois changements majeurs :
- La reconnaissance institutionnelle d'une approche expérimentale.
- L'inscription du dispositif dans un cadre réglementaire pérenne.
- La possibilité d'organiser son développement territorial au-delà des quatre sites initiaux.
Le rapport d'évaluation du programme expérimental, publié en 2016, a également contribué à éclairer les conditions de son déploiement et les enseignements à transférer à d'autres politiques publiques.
Principes
modifierSi le médecin peut soigner la maladie d'une personne, seule celle-ci peut en définitive accéder au rétablissement, car il relève du devenir de la personne en question, contrairement à son pronostic. Puisque seule la personne peut « se rétablir », il importe que les médecins reconnaissent le savoir expérientiel des patient-es, et promeuvent leur autonomisation[2]. Les pair-aidants sont des personnes qui accompagnent les personnes concernées dans leur rétablissement, suivant la notion de Rétablissement en santé mentale[6].
La pair-aidance affecte la reconstruction de la personne dans toutes les dimensions de sa vie, personnelle, affective et sociale, professionnelle, spirituelle, citoyenne[2], des autosoins à une démarche plus systémique de psychothérapie[1].
Les trois piliers de la pair aidance
modifierLes missions du pair aidant
modifierCollaborer avec les professionnels, ce n’est pas toujours facile pour le pair-aidant. Il s'agit de trouver sa place auprès des soignant-es, et pour les soignants, de lui laisser une place. En effet le pair-aidant va passer de statut de patient, usager… à celui de collègue : « il va passer de l’autre côté de la vitre » (Petit, 2021, p 44). Dujardin et Jamoulle (2017) rapportent que l’intégration des pairs-aidants au sein des institutions a engendré des troubles, notamment par la confrontation entre les savoirs académiques détenus par les professionnels et les savoirs expérientiels des pairs-aidants.
Aider les pairs : le pair-aidant se retrouve dans le principe du don et du contre don, il a été aidé quand il en avait besoin et souhaite venir en aide, maintenant qu'il va mieux.
S’engager dans une relation : Bastin et al. (2018) décrit l’ambivalence de cette relation qui doit à la fois permettre la mise en place d’une confiance réciproque, et être assez distante pour prévenir l'identification entre l’aidant et l’aidé. En effet les problèmes ou encore la souffrance de l’un ne doit pas devenir celle de l’autre.
Communiquer : c'est-à-dire savoir écouter, échanger, partager, questionner et être questionné-e.
S’informer : Petit (2021) précise que cette idée divise les pairs-aidants. En effet certains identifient une plus-value à maîtriser les pathologies et la pharmacologie dans la compréhension de la situation de l’aidé, alors que d’autres estiment que la formation aux savoirs académiques risque de leur faire perdre leur authenticité, issue des savoirs expérientiels.
S’aider soi–même : faire des allers-retours sur sa propre histoire et sur la situation de l’aidé, pour mieux aider l’Autre et se comprendre soi-même. Dans cette perspective, Dujardin et Jamoulle (2017) préconisent la mise en place d’un espace de consultation et de supervision pour le pair-aidant, qui constitue une « soupape de sécurité » quand le travail d’introspection est difficile.
Communication et langage « aidant »
modifierSouvent, le langage employé dans le contexte médical est dépendant d'un rapport de pouvoir, et peut être susceptible de rendre pathologiques des réponses normales à des évènements considérés par la personne comme traumatiques[10].
Il est recommandé au pair-aidant de définir la personne aidée selon des termes non-stigmatisants (la personne victime d'une expérience douloureuse ou d'un handicap ou d'autres facteurs d'exclusion sociale a souvent tendance à s'auto-accuser ou s'« auto-stigmatiser »)[1] et choisis par celle-ci, de ne pas formuler de pronostics définitifs quant à la condition de la personne ou à son obligation de médicamentation et de consultation médicale, et d'utiliser un langage aux structures ouvertes plutôt que fermées en se référant à ces sujets[10]. Le pair-aidant cherche à établir une relation d'égal à égal avec le pair-aidé, et ce, en partageant avec ce dernier des éléments de son vécu personnel en tant que personne en rétablissement[11].
Les bénéfices de la pair-aidance
modifierD'après certaines études à confirmer par des revues de la littérature ou des revues systématiques plus récentes, les potentiels bénéfices de la pair-aidance peuvent être :
- Augmentation de l'espoir et de l'inspiration[12] ;
- Sentiment que le traitement est inclusif et approprié aux besoins[13] ;
- Augmentation de l'empathie et de l'ouverture[14],[12] ;
- Augmentation du soutien social et du fonctionnement social[15],[16],[17],[18],[19];
- Augmentation des indicateurs de l'autodétermination[20],[17] ;
- Augmentation du sentiment de contrôle sur sa vie et de sa capacité de faire des changements[13] ;
- Estime de soi et confiance accrue[13],[21] ;
- Augmentation de l'engagement dans l'autogestion et le bien-être[13] ;
- Diminution des symptômes psychotique[13] ;
- Diminution de la consommation de substances et de la dépression[13] ;
- Diminution du taux d'hospitalisation et maintien accru dans la communauté[13],[22],[23].
Une compilation des différents articles que l'on peut trouver sur les plateformes Pubmed ou Google Scholar a été réalisée par l'association Pair-aidance Québec[24].
La formation à la pair-aidance
modifierEn France
modifierFormation universitaire parcours Licence
modifier- Licence professionnelle Sciences Sanitaires et Sociales (SSS), Parcours : Médiateurs de Santé-Pairs , CCOMS et Université Bobigny-Paris 13, Paris[25] ;
- Licence professionnelle Intervention sociale accompagnement de publics spécifiques : Médiateur de santé-pair, Université de Bordeaux.
Formation universitaire type DU
modifier- DU « Pair-aidance professionnelle en psychiatrie et santé mentale », Faculté de médecine de l’Université Grenoble Alpes ;
- DU « Pair-aidance croisée : théories et pratiques situées » , Université de Tours ;
- DU « La pair-aidance dans la médiation en santé mentale », Aix-Marseille Université, conçu par ESPER Pro et le Centre de Formation au Rétablissement (CoFoR) ;
- DU « Formation à la pair-aidance professionnelle pour favoriser le rétablissement en Santé Mentale”, à Limoges, en partenariat avec le CH Esquirol ;
- DIU “Construire le partenariat patients- professionnels” qui forme en binôme Professionnel de santé et Patient/Usager, Université de Bretagne Occidentale ;
- DU de Pair-aidance en santé mentale et neurodéveloppement , Université Claude Bernard Lyon 1.
Formation par des associations
modifierLa formation et un parrainage pour devenir pair aidant, peuvent être proposés par des associations. Par exemple la Maison Des Personnes handicapées de Seine-et Marne, précise dans sa page d’accueil les missions du pair-aidant et la nécessité pour lui d’être parrainé par une structure ou une association de pair-aidance.
La startup Tomo propose également la sélection et la formation (certifiée QUALIOPI) de pairs aidants. Leur sélection des patients aidants est la plus sécurisante de l’écosystème afin de permettre à leurs utilisateurs d’échanger avec des interlocuteurs formés et encadrés, pour être en mesure de les aider au mieux. La sélection se fait d’abord en amont puis en continue tout le long de l’exercice de leur pratique.
Emmanuel Foy de l'association PAGO répertorie également les différentes formations[26].
Amérique du Nord
modifierUn diplôme sur la pair-aidance et le rétablissement en santé mentale est proposé. Il a été élaboré en partenariat avec la faculté de l'éducation permanente de l’Université de Montréal, au Canada et celle de l'université Yale[27], aux États-Unis.
Des avantages à la formation pair-aidance ?
modifierSelon Petit (ibid.), la formation à la pair-aidance constitue un réel avantage pour les futurs pairs-aidants en santé mentale. La formation leur permet d'acquérir les bases utiles pour devenir pair–aidant, d'avancer dans la connaissance de soi et de créer des liens sociaux.
« Se former pour devenir pair–aidant » signifie pour commencer que les personnes en formation vont prendre conscience qu’ « un cercle vertueux se crée : se rendre compte de l’impact d’un pair-aidant auprès des patients renforce l’envie de devenir pair-aidant ». La formation leur permet aussi d’appréhender les difficultés qu’ils peuvent rencontrer lors de leurs missions et donc se sentir renforcés.
Elle contribue, pour les futurs pair-aidants, à « acquérir une connaissance de soi » : à travers les contenus de la formation, les personnes sont amenées à poser un regard réflexif sur leur propre parcours de santé et de soins, à réaliser un travail d’introspection sur leur maladie et leur rétablissement. Cela permet à chacun-e de « se (ré-)approprier son vécu, son parcours de vie et d’en avoir une vision plus positive » (ibid., p 38).
Enfin, en ce qui concerne « créer des liens sociaux » Petit explique que « ce soutien créé permet de surmonter les moments de vulnérabilité pouvant être déclenchés par la formation. Se former à la pair-aidance permet de s'ouvrir à l'autre et de se réintégrer socialement[27] » (p 40).
Il suggère également que les compétences acquises en formation pourraient permettre aux pairs-aidant de prétendre à rémunération. Néanmoins pour le moment il n’y a pas encore consensus en France sur ce statut et la reconnaissance par la formation, que certains jugent paradoxale au sens où les savoirs sur lesquels s'appuient la pair-aidance sont issus justement de l'expérience et non d'un apprentissage formatif conventionnel. Maurice et al. (2020) répondent que la formation à la pair-aidance ne constitue pas un paradoxe, au sens où elle permet au futur pair-aidant non pas tant d'acquérir que de valoriser son savoir expérientiel, et de l'ajuster aux contextes en vigueur pour mieux venir en aide aux pairs-aidés[28].
La pair-aidance en France
modifierLe milieu institutionnel
modifierLA HAS dans une fiche datant de 2023[29] déclare que le recours à des pairs-aidants est « particulièrement pertinent pour entrer en lien avec les personnes en situation de grande précarité et présentant des troubles psychiques car elles sont souvent très éloignées des soins et des dispositifs d’accompagnement ». Elle semble soutenir l'intégration des pairs-aidants dans différents établissements de soins mais souligne que « leur action est complémentaire à celle des professionnels et ne s’y substitue pas ».
En France et en Belgique, on retrouve ce qu'on appelle plus couramment « Médiateur de santé-pair » dans des structures de réhabilitations[30],[31]. Un carnet destiné aux usagers a été rédigé par des pairs-aidants exerçants dans une clinique bruxelloise[32].
Aussi une fiche a été éditée par le GHU Paris[33]sur la pair-aidance au sein de son établissement, dans l'article il est noté que le métier de pair-aidant différents noms ce qui n'aide pas pour s'y retrouver : « Médiateurs de santé pairs (principalement dans le domaine de la santé mentale et de la psychiatrie), Accueillants (principalement en addictologie), Patients experts (pour des maladies chroniques dans le cadre essentiellement de l’éducation thérapeutique du patient : cancérologie, diabétologie, néphrologie, etc.) ».
Les associations
modifierPAGO
modifierL'association des pair-aidants du Grand-Ouest[34] regroupe les acteurs de la pair-aidance de la région Grand-Ouest en ayant pour but de rassembler, promouvoir et représenter cette profession[35]. L'association est reconnu par le CReHPsy des Pays de Loire[36], ses objectifs sont de renforcer les liens entre les pairs-aidants du Grand-Ouest, s'entraider via l'intervision et la formation[35].
La Maison Perchée
modifierC'était un café associatif créé en 2022 à Paris, par quatre jeunes adultes eux‑mêmes concernés ; devenu une structure non médicalisée, qui privilégie l’entraide entre pairs et l'accompagnement en ligne. La Maison Perchée, soutenue par le programme « Maladies psychiques » de la Fondation de France[37], accompagne de jeunes adultes de 18 à 40 ans (et leur entourage)[38] en mettant en avant le savoir expérientiel, comme levier de rétablissement et de lutte contre l’isolement. L’association propose une plateforme numérique, et un lieu physique (à Paris), favorisant les échanges et la déstigmatisation des troubles mentaux. La pair‑aidance y est centrale : les membres partagent leurs expériences, offrent écoute et soutien via des groupes de paroles (Les Perchoirs, Les Cafés Sans Thé) ; des ateliers (accompagnement du projet de vie, ateliers créatifs, connaissance de soi et de la maladie) ; un podcast (la Perche)[39] ; des conférences et des animations, coordonnées sur un serveur Discord. L'association cherche à contribuer à une meilleure compréhension et accompagnement de maladies telles que la schizophrénie, le trouble bipolaire ou borderline[40],[41].
Notes et références
modifier- 1 2 3 4 5 6 Jean-François Pelletier, « Conférence : Pair-aidance et auto-soins en santé mentale », (consulté le )
- 1 2 3 Alice Vignaud, « La pair-aidance en psychiatrie : se rétablir, innover et donner du sens », Annales médico-psychologiques, revue psychiatrique, vol. 175, no 8, , p. 736–740 (ISSN 0003-4487, DOI 10.1016/j.amp.2017.08.006, lire en ligne, consulté le ).
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Voir aussi
modifierArticles connexes
modifierBibliographie
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: document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.
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Vidéographie
modifier- [vidéo] « Conférence : Pair-aidance et auto-soins en santé mentale », Jean-François Pelletier, (consulté le )
- [vidéo] « 7- Partages de pratiques & conclusions ; ESPAIRS : Association de pairs-aidants en santé mentale, Le Vinatier », , 48:32 min (consulté le )