PGM-11 Redstone

missile balistique sol-sol à courte portée américain
(Redirigé depuis PGM-11A)

Le PGM-11 Redstone est le premier grand missile balistique sol-sol tactique à courte portée[a] américain. En service dans l'armée américaine en Allemagne de l'Ouest de à , il servit dans le cadre de la défense de l'Europe occidentale par l'OTAN pendant la guerre froide. Lors du test nucléaire de Hardtack Teak en , il devient le premier missile américain à faire exploser une ogive nucléaire. Employé a titre provisoire, le Redstone est par la suite remplacé par le missile Pershing.

PGM-11 Redstone
Missile balistique
PGM-11 Redstone
Lancement d'un missile Redstone (CC-43), à la base de lancement de Cape Canaveral, .
Présentation
Type de missile Missile balistique à courte portée sol-sol
Constructeur Chrysler Corporation, Rocketdyne (division de North American Aviation), Reynolds Metals Company, Ford Instrument Company (division de Sperry Corporation)
Développement 1951-1958
Statut Retiré du service (1964)
Coût à l'unité 1 994 000 USD
Déploiement 85 déployés
Caractéristiques
Nombre d'étages 1
Moteurs NAA 75-110 A-7
Ergols Oxygène liquide / Alcool éthylique
Masse au lancement 27 980 kg
Longueur 21,13 m
Diamètre 1,78 m
Envergure 4,19 m
Vitesse 5 650 km/h
Portée 325 km
Apogée 90 km
Charge utile Ogive nucléaire W39
Guidage Guidage inertiel ST-80
Précision ECP 300 m
Détonation Aérienne (à proximité) ou au sol (à l'impact)
Plateforme de lancement Plateforme de lancement mobile XM74
Version décrite Block II
Autres versions R&D, Block I
Pays utilisateurs
Drapeau des États-Unis États-Unis

Le missile Redstone est un descendant direct du missile allemand V2, développé durant la Seconde Guerre mondiale par une équipe d’ingénieurs allemands sous la direction de Wernher von Braun. Après la guerre, ce dernier est transféré aux États-Unis avec une partie de son équipe et, sous les directives de l'US Army, se voit confier le développement du missile Redstone à l’arsenal de Redstone. Ce dernier donnera d'ailleurs son nom au missile. Le Redstone constitue l’aboutissement des travaux menés dans le cadre du programme Hermes, dont le missile Hermes C1, qui s'appuyait sur les recherches des ingénieurs allemands. Le Redstone permettait de transporter l'ogive nucléaire W39 sur une portée d'environ 282 km. Cependant insatisfaite de cette portée, jugée limitée pour maîtriser la profondeur sur le champ de bataille, l'US Army décida de faire du Redstone une base pour le développement vers un missile plus puissant, donnant naissance au missile Jupiter. Le Redstone reste avant tout un missile tactique et mobile, pouvant être facilement transporté en plusieurs sections, et lancé à des points stratégiques lors d'opérations.

En 1956, l'Army Ballistic Missile Agency (ABMA) fut fondée afin d'assurer la production industrielle, la formation des troupes et le déploiement du missile Redstone sur le sol européen, en parallèle du développement du Jupiter. Pour son industrialisation, le missile Redstone repose sur un réseau de sous-traitants spécialisés, coordonnés par la Chrysler Corporation qui assure le rôle de maître d’œuvre. De ce fait, North American Aviation fournit ainsi le moteur-fusée NAA 75-110, chargé de la propulsion du missile. De son côté, la Reynolds Metals Company produit le fuselage, devant résister aux contraintes mécaniques et thermiques du vol. Enfin, la Ford Instrument Company développe le système de guidage y compris la plateforme stabilisée ST-80, essentiel pour assurer la trajectoire et la précision du missile.

Le Redstone est à l'origine de la famille de lanceurs du même nom qui a joué un rôle majeur dans les débuts du programme spatial américain, réalisant le rêve de Wernher von Braun d'utiliser les fusées pour l'exploration spatiale. Ses différentes variants comme le Jupiter-A et Jupiter-C, utilisés pour tester les composants du missile Jupiter, aboutissent au Juno I permettent notamment la mise en orbite du premier satellite américain Explorer 1, en . Adapté en Mercury-Redstone, il sert ensuite aux premiers vols suborbitaux habités américains en , dont celui d'Alan Shepard. Le Redstone sert d'ailleurs à la conception des étages S-I des lanceurs Saturn I et Saturn IB. Retiré du service militaire en , il est réutilisé comme missile cible et dans le projet australien SPARTA, avant de placer en orbite en le premier satellite australien WRESAT, marquant la fin de sa carrière.

Sa grande fiabilité et son utilisation intensive lors de vols expérimentaux et en tant que l'un des lanceurs piliers du programme spatial américain lui a valu le surnom d'« Old Reliable » (en français : « Vieux fidèle »). Au cours de son existence, il a servi de banc d'essai pour de nombreuses technologies liés au guidage, à la propulsion et à la rentrée atmosphérique, et les données et l'expérience acquises grâce au Redstone ont contribué au développement de nombreux missiles américains. Le Redstone constitue surtout le chaînon entre les premiers missiles balistiques V2 et les grands lanceurs spatiaux de la famille Saturn dont la Saturn V, marquant la transition entre les domaines militaire et spatial. Aujourd'hui encore, des vestiges de missiles Redstone sont conservés et exposés aux États-Unis.

Dénomination

modifier

En , un système de désignation des missiles guidés est adopté par l'US Army, l'US Air Force et l'US Navy, et reste en vigueur jusqu'en . Selon cette nomenclature, le missile est initialement désigné « SSM-G-14[b] ». En , lorsque l'US Air Force abandonne ce système de désignation, l'US Army récupère la lettre A, jusque-là attribuée à l'US Air Force. Le missile est alors redésigné « SSM-A-14 ». De ce fait, le premier lancement d'un Redstone fut sous cette désignation[1]. À partir de , l'US Army adopta sa propre nomenclature pour désigner ses missiles. Celle-ci consistait simplement en la lettre M, suivie d'un numéro de référence. Le missile reçut ainsi la désignation « M8 ». Quant à la version d'entraînement du Redstone, elle fut désignée « XM9[c] »[2]. Par la suite, lorsque le système de désignation des aéronefs inhabités du département de la Défense des États-Unis fut instauré en , le missile doit recevoir la désignation de « PGM-11[d] »[3]

Issu du programme Hermes, le missile reçut initialement le nom « Hermes C1 ». Toutefois, comme il ne répondait plus aux objectifs initiaux de ce programme, il fut décidé de lui attribuer une nouvelle appellation. Il fut d'abord rebaptisé « Ursa », avant d'être nommé de manière officieuse « Major » en , un nom sous lequel il fut plus couramment connu que par son nom de code[4]. Ce n'est que le que le missile reçut son nom définitif « Redstone », faisant référence à l'arsenal de Redstone où le missile fut conçu et développé[JB 1].

Chiffrement du numéro de série des missiles Redstone
X H U N T S V I L E
0 1 2 3 4 5 6 7 8 9

La séquence de fabrication des Redstone (qui ne sont pas nécessairement lancées dans l'ordre) a été considérée comme un secret militaire. Ainsi la désignation peinte sur la façade de plupart des fusées n'était pas un numéro de série, mais employait un simple chiffrement par transformation que le personnel serait sûr de ne pas oublier. La clé a été tirée du nom de la ville où se situe l'arsenal de Redstone, étant Huntsville (Alabama), ce qui donne HUNTSVILE, avec la lettre double L supprimée et la lettre X rajoutée au codage, représentant le 0[5],[6]. Au numéro de série s'ajoute le constructeur : RS signifiant que la fusée est construite à l’Arsenal De Redstone, tandis que CC signifie construite par Chrysler Corporation[JB 2].

Origine et développement

modifier

Le programme Hermes

modifier
Un missile Hermes II sur son pas de tir.

Le missile Redstone trouve son origine dans le programme Hermes. Le , le Corps du matériel de l'US Army confie à General Electric (GE) l'étude des missiles allemands V-2 capturés pendant la guerre, ainsi que des technologies qui leur sont associées comme les systèmes de guidage. L'objectif était avant tout de permettre à l'armée américaine d'acquérir la technologie des missiles guidés, encore émergentes à cette époque[JB 3]. Au milieu de l'année 1945, dans le cadre de l'opération Paperclip, 118 ingénieurs allemands spécialistes des fusées, dirigés par Wernher von Braun, sont transférés d'Allemagne à Fort Bliss (Texas). Une partie des ingénieurs ont supervisé les essais et les lancements des V-2 depuis le White Sands Proving Ground, (Nouveau-Mexique)[7]. À mesure que le programme Hermes prend de l'ampleur après la Seconde Guerre mondiale, il bénéficie de l'expertise de l'équipe de Wernher von Braun à partir d'avril 1946[JB 4], et avec une partie de son équipe, von Braun entrevoit la possibilité d'améliorer les performances de son missile V-2[7]. Le missile de croisière Hermes II en constitue un exemple, et il permit d'ailleurs de mettre au point des systèmes de propulsion et de guidage plus avancés, dont ces travaux trouvent notamment un prolongement dans le programme Navaho de l'US Air Force[8],[9]. Le site, qui devint connu sous le nom d'« Ordnance Research and Development Division Suboffice (Rocket) »[e] à Fort Bliss, fut créé principalement pour fournir des locaux de travail aux experts allemands. Doté de ses propres laboratoires, il permit au groupe de concentrer ses travaux sur le projet Hermes II. Ce site revêtit une importance majeure pour le développement du prochainement missile Redstone[JB 5].

En parallèle, les efforts se portèrent sur le développement d'un missile balistique sol-sol, le Hermes C1, considéré comme le précurseur direct du Redstone[11]. Cependant, le Hermes C1 souffrait d'une priorité moindre que les autres projets du programme Hermes, ce qui freine considérablement son étude. Ce n'est que quatre ans plus tard, en , que ces travaux retrouvent toute leur importance lorsque le Corps du matériel ordonne la reprise de l'étude du projet. Le Hermes C1 était initialement conçu comme un missile à trois étages. Le premier étage, équipé de 6 moteurs-fusées, devait développer une poussée de 2 669 kN pendant une minute. Les moteurs du deuxième étage fourniraient une poussée supplémentaire de 445 kN pendant également une minute. Le troisième étage, une charge utile de 454 kg, planerait jusqu’à la cible. Au total, la masse au décollage du missile serait d’environ 113,4 tonnes[JB 6]. L'US Army a par la suite recentré ce programme sur le développement des moteurs uniquement, avant de l’annuler définitivement en , supplanté par le missile connu plus tard sous le nom de Redstone[12].

Transfert vers l'arsenal de Redstone

modifier
L'arsenal de Redstone, avec un missile Redstone exposé à l'entrée du site.

Dès , le colonel Holger Toftoy signala que l'armée manquait d'infrastructures, de personnel qualifié et de financements pour soutenir le développement des missiles, et recommanda la création d'un centre spécialisé[JB 5]. En réponse, l'armée décida de réactiver le l'arsenal de Redstone à Huntsville (Alabama), afin d'y établir un centre de recherche consacré aux fusées[JB 7]. Estimant que les activités de recherche étaient trop décentralisées, Toftoy entreprit la même année de trouver un site permettant de les regrouper. Après une visite de l'arsenal de Redstone en août 1949, il proposa d'y transférer l'équipe de Wernher von Braun. Le , le secrétaire de l'Armée approuva, et le premier contingent d'experts allemands arriva en . L'installation à Huntsville concernait non seulement les experts allemands, mais aussi quelque 800 employés de General Electric et de la fonction publique, ainsi que 500 militaires. Enfin, l'Ordnance Guided Missile Center (OGMC) y fut officiellement établie le [13]. Pour Wernher von Braun, il s'agissait non seulement d'une occasion de contribuer à la mise en place d'un programme d'armement américain, mais également réaliser son rêve personnel : concevoir des fusées capables de lancer des satellites et des hommes dans l'espace[14]. La création de l'OGMC, la construction de nouvelles installations et le recrutement de personnel ont permis de préparer l’équipe qui allait bientôt être chargée de concevoir et développer le missile qui deviendra le Redstone[JB 8].

Du Hermes C1 au Redstone

modifier
Wernher von Braun en compagnie du major général John Medaris (à gauche) et Holger Toftoy (à droite).

Le , le Corps du matériel charge l’Ordnance Guided Missile Center (OGMC) de mener une étude portant sur missile d’une portée initiale de 800 km (500 miles). Le but était de soutenir les forces terrestres de l’armée américaine[JB 9], en parallèle des autres missiles Hermes et Corporal[15]. La mission a été confiée à Wernher von Braun et son équipe[WvB 1], et les exigences incluent notamment une charge utile de 1 361 kg d'un diamètre de 1,12 m, avec une vitesse minimale de Mach 2 (2 470 km/h), et une portée de l’ordre de 926 km, ainsi qu’une erreur circulaire probable (CEP) de 0,9 km[JB 10]. La propulsion pourrait être assurée soit par des ergols liquides, des propergols solides, ou un statoréacteur. Une variante de même portée est aussi envisagée, avec une ogive allégée à 635 kg ou 680 kg et un diamètre réduit à 0,81 m[JB 11].

Afin d’accélérer le développement, l’OGMC examine l’utilisation de composants déjà disponibles développés dans le cadre d’autres programmes[JB 10] , et de ce fait, les ingénieurs allemands voyaient en ce projet une simple nouvelle version du missile V-2[15]. Face aux besoins urgents de l'US Army, le missile reçoit la priorité sur les travaux en cours au sein de l’OGMC[JB 11], et l'explosion de la première bombe nucléaire soviétique, le , puis le déclenchement de la guerre de Corée, le , conduisent le Congrès à augmenter les dépenses militaires. Ces nouveaux financements permettent au Corps du matériel de transférer le l'ensemble de l'équipe du White Sands Missile Range vers l'arsenal de Redstone[16]. Le même jour, le Corps du matériel modifie également le contrat du programme Hermes de General Electric, en confiant à l'OGMC la responsabilité du missile Hermes C1, ainsi que l'ensemble des résultats des études antérieures[JB 11]. La priorité reste centrée sur le développement du missile de 800 km, lequel récupère alors la désignation de « Hermes C1 »[JB 12]. La configuration retenue était une fusée à ergols liquides à un étage, propulsée par le moteur XLR-43-NA-1 dérivé du V-2, et d'une portée de 740 km. Son guidage inertiel, complété par un système de radionavigation, doit permettre une erreur circulaire probable (CEP) de 450 mètres, pouvant être réduit à 150 mètres avec un système de guidage amélioré[JB 13]. Le développement nécessite environ 330 personnels supplémentaires pour un budget estimé à 26 millions de dollars, dont 9 millions de dollars pour le développement et 17 millions de dollars pour les essais[JB 14].

Modification et accélération du projet

modifier
Le colonel Holger Toftoy tenant une maquette à échelle réduite du missile Redstone.

En , le colonel Holger Toftoy a fait la requête de modifier les performances du missile Hermes C1 : Alors que le missile devait initialement emporter une ogive nucléaire de 680 kg à 1 360 kg, la masse passe désormais à 3 130 kg, au prix d'une portée plus faible avec le même moteur-fusée. Cette modification vise à développer rapidement un missile capable d'emporter les plus puissantes ogives nucléaires de l'époque[JB 15].

À la suite d'une inspection menée le même mois par Kaufman T. Keller[f] à l'arsenal de Redstone, le département de l'Armée réorganise le programme autour de trois missiles tactiques sol-sol : le Corporal, l'Hermes A3 et l'Hermes C1. Leur développement est accéléré, l'accent est mis sur leur précision et leur fiabilité.[JB 16], et l'Hermes C1 reçoit alors la priorité « 1A »[WvB 2]. Le coût estimé de la production et des essais en vol des quatre premiers missiles était de 18 millions de dollars, avec un total de 100 missiles à construire[JB 17]. Le , le secrétaire à l'Armée Frank Pace propose à Keller un programme visant à accélérer le développement du Hermes C1[JB 18]. Le , ce programme devient rapidement connue sous le nom de « programme accéléré Keller » après que Keller l'ait modifié, et prévoit la production de 12 missiles d'essai avant pour un coût estimé à 76,5 millions de dollars[JB 19]. Wernher von Braun expliqua que ses travaux sur le missile Redstone avaient grandement bénéficié de l'aide de Keller : « Je dirais que, lorsqu'il est arrivé, les choses ont commencé à bouger. [...] M. Keller était l'homme qui a dit : “Construisons un missile balistique opérationnel.” ». Il ajouta que Keller mit l'équipe allemande sous une forte pression, « demandant soudainement l'impossible »[18].

Lorsque l'OGMC prend en charge l'Hermes C1, elle conserve les travaux principaux sous contrôle gouvernemental comme la conception et les essais, tout en confiant une partie croissante de la production à l'industrie.[JB 20]. Elle prévoit d'ailleurs de construire 12 missiles en trois lots de quatre exemplaires, destinés à tester progressivement la propulsion, la rentrée atmosphérique et le guidage. À l'été 1951, la responsabilité du développement fut officiellement confiée à l'arsenal de Redstone et à son Ordnance Guided Missile Center[JB 21].

Développement des composants

modifier
Conception du fuselage du missile Redstone.
Conception de la section de l'ogive du missile Redstone. Contrairement au missile Redstone opérationnel, la première version de la section de l'ogive présentait une forme de cylindre et de cône, au lieu d'un cône tronqué.

Le développement initial du Redstone a commencé sérieusement le avec un financement initial de 2,5 millions de dollars[JB 22], et s'est poursuivi pendant les 7 ans et demi, jusqu'au . Au cours de son développement, le , le missile reçoit officiellement le nom de « Redstone »[WvB 2], après d'avoir reçu les noms provisoires « Ursa » puis « Major ». Bien que le missile Navaho de l'US Air Force ait été abandonné, son moteur XLR-43-NA-1 de North American Aviation[g] (NAA) fut le moteur qui répondit le mieux aux exigences du Redstone, plus que tout autre moteur envisagé. En passant un contrat en 1951 avec NAA, l'équipe de Wernher von Braun aboutit au développement du NAA 75-110[WvB 2], générant une poussée de 75 000 livres (334 kN) pendant 110 secondes[19]. Son développement se fait en parallèle des essais du missile, ce qui permet une une amélioration progressive et continue à travers plusieurs versions du moteur, de A-1 à A-7, interchangeables et légèrement modifiées selon les composants[JB 23]. Le design prototype du fuselage a été quant à lui finalisé en , en s’appuyant principalement sur le moteur-fusée comme « pierre angulaire » pour établir tout autour la structure du missile[JB 24]. Reynolds Metals Company a obtenu un contrat en pour concevoir le fuselage du missile[JB 25]. Le contrat comprenait aussi l’adaptation industrielle du fuselage : en plus d'avoir produit les premières sections du fuselage, l'entreprise a apporté plusieurs modifications telles que allongement de certaines sections, ou encore l'adaptation pour la version A-4 du moteur[JB 26].

Hermann Oberth en compagnie de membres importants de l'ABMA. Derrière Oberth, de gauche à droite : Ernst Stuhlinger, Holger Toftoy, Wernher von Braun, Robert Lusser. Derrière eux, des maquettes de missiles Redstone et Hermes.

Un contrat est confié en à la Ford Instrument Company, division de Sperry Corporation, pour la conception du système de guidage[JB 27], dont le montant total fut de 6,6 million de dollars. Le système serait un système inertiel doté d'une plate-forme stabilisée avec plusieurs accéléromètres. L'équipe de Wernher von Braun a privilégié cette technologie car elle est simple, fiable, précise et accessible[WvB 2]. Enfin, en raison des délais de développement du système de guidage principal ST-80, les essais en vol du missile commencent plus tôt que prévu en utilisant temporairement le pilote automatique LEV-3. Cela permet de tester rapidement les autres éléments du missile comme la propulsion et le fuselage, tout en poursuivant le développement du système de guidage en parallèle[JB 28]. En printemps 1956, l'ogive W39 fut envisagé comme ogive pour le missile Navaho mais cette proposition fut annulée fin juillet, suivie avec l'annulation du programme Navaho l'année suivante. Toutefois, Le , un comité conjoint entre l'armée et la commission de l'énergie atomique des États-Unis (AEC) demanda l'utilisation du W39[h] sur le Redstone, exigée 7 semaines plus tard par le secrétaire adjoint à la Défense. Les essais en vol de Redstones armés avec des maquettes d'ogives W39 acommencèrent à Cap Canaveral le , et la conception de l'ogive W39 pour le Redstone a été publiée le [20].

Le , le Département de l’Armée fonde l’Army Ballistic Missile Agency (ABMA) à l'arsenal de Redstone, et se voit confier la gestion des programmes relatifs au Redstone et au Jupiter, tandis que l'Ordnance Guided Missile Center est rebaptisé « Development Operations Division ». Cepedant, elle reprend un programme déjà largement avancé : la production initiale du Redstone ayant commencé, elle se concentre principalement sur l’industrialisation, la formation militaire et le déploiement opérationnel du missile[JB 29].

Industrialisation

modifier
Photographie d'un PGM-11 Redstone en fabrication.
Un missile Redstone assemblé.

À l’origine, les missiles Redstone devaient être conçus sur une ligne d’assemblage au sein de l’arsenal de Redstone. Cependant, le Corps du matériel désapprouva ce choix[JB 30], indiquant que la production de masse serait réalisée en dehors de l’arsenal, par l’intermédiaire d’un entrepreneur agissant comme maître d’œuvre[JB 31]. La sélection de l’entrepreneur principal du missile Redstone s’est déroulé entre et . Plusieurs entreprises issues notamment de l’automobile et des locomotives ont été examinées, tandis que l’industrie aéronautique a été écartée en raison de son orientation prioritaire vers l’US Air Force. Après une phase de sélection complexe, marquée par des refus et des candidatures jugées insuffisantes, la Chrysler Corporation est progressivement retenue, notamment grâce à la disponibilité de ses installations industrielles issues d’un programme naval annulé[JB 32]. En , Chrysler reçoit le contrat principal de maître d’œuvre. Elle est chargée de coordonner l’ensemble des activités liées au missile,de la conception aux essais, tout en participant à la refonte des composants pour la production industrielle[JB 33]. Pour éviter les retards, les principaux sous-traitants déjà engagés sur le programme sont maintenus : North American Aviation pour le moteur-fusée, Ford Instrument Company pour le guidage, et Reynolds Metals Company pour le fuselage. Après de nombreuses modifications et extensions, le contrat se termine en avec un coût total d’environ 24,5 millions de dollars[JB 34].

Usine de Chrysler Corporation à Détroit (Michigan), où les missiles Redstone furent conçus à échelle industrielle (film d'actualité du de Universal Newsreel).

Le programme partage les missiles d’essai selon leur évolution et les responsabilités de l’OGMC[i] et Chrysler : dans un premier temps, l'OGMC fabrique les premiers missiles de test, les RS-01 à RS-12, utilisés pour tester les bases du système comme la propulsion, structure, ou le guidage. En raison des retards de mise en production industrielle, elle continue ensuite à assembler d’autres missiles, du RS-18 à RS-29. Parallèlement, Chrysler commence à produire ses propres missiles de série CC-13 à CC-17, puis à partir de CC-30. Cette transition marque le passage vers l’industrialisation du missile, même si les deux acteurs travaillent encore en parallèle pendant une période. À l’origine, le programme devait couvrir environ 75 missiles de test, mais le Redstone CC-45 devient finalement le dernier exemplaire de recherche et développement (R&D). À partir du Redstone CC-46, le programme bascule officiellement vers la production industrielle, avec des missiles destinés en plus à l’usage opérationnel et à la formation. Au total, environ 50 missiles sont consacrés aux essais en vol, et environ 25 utilisés pour la formation, les tests et les expérimentations techniques[JB 35],[JB 36]. Il est estimé que 60 ogives W39 (MK 39-Y1 Mod 1 et MK 39-Y2 Mod 1) ont été fabriquées pour le missile Redstone[20].

Phase de test

modifier
Décollage du missile Redstone RS-6.
Tir du missile Redstone RS-6 à la Cap Canaveral (Floride), le . Une erreur de lacet commise à la 80e seconde du vol a entraîné la perte de contrôle du missile.
noicon
Enregistrement de la salle de contrôle lors du décompte et du décollage du Redstone RS-6.

Les essais en vol ont joué un rôle central dans le développement du missile Redstone[JB 37]. Durant cette période, 37 missiles ont volés à des fins de test, dont 17 furent assemblés par l'arsenal de Redstone et 20 par Chrysler Corporation. Les essais ont conduit à des modifications des systèmes de propulsion, de guidage, de contrôle et d'éjection. Ils ont également entraîné une évolution de la forme du missile : sa longueur a été augmentée de 1,6 mètre, et son corps est passé d'une structure épaisse de type cône-cylindre à un conique allégée.[WvB 3].

Le premier vol d'un missile Redstone à lieu le au LC-4 de Cap Canaveral (Floride)[21]; mais ce vol d'essai n'a duré que 80 secondes avant que son système de guidage ne tombe en panne, provoquant une défaillance du moteur-fusée. Un deuxième lancement, le , fut un succès total, et sa charge utile est retombée à 89 km du site de lancement. Le troisième vol eut lieu le , mais il ne dura qu'une seconde avant que le moteur ne s'éteigne, ce qui fit retomber le missile sur la plateforme de lancement où il explosa[22]. Le Redstone Interim Test Stand (en français : banc d'essai provisoire Redstone), utilisé de à , a été mis au point par Wernher von Braun et ses collaborateurs afin de tester le moteur-fusée du Redstone. Construit pour un coût de 25 000 dollars à partir de matériaux récupérés à l'arsenal de Redstone, le banc d’essai provisoire a permis de réaliser 362 essais statiques, dont 200 ont directement conduit à des améliorations de la fusée Redstone pour le programme Mercury[23].

En raison de l'utilisation de missiles Redstone pour tester les composants du missile Jupiter, seuls 12 de ces 37 missiles ont été utilisés uniquement aux fins du programme Redstone. Les 25 autres missiles ont été désignés comme Jupiter-A[WvB 4]. 3 missiles Redstone modifiés ont été désignés Jupiter-C et utilisés comme véhicules d'essai de rentrée composite pour le programme du missile Jupiter. Ils ont propulsé un modèle réduit Jupiter, un cône nasal protégé contre la chaleur, le long d'une trajectoire spécifiée pour reproduire les conditions de rentrée d'un cône Jupiter à grande échelle[JB 38]. Dans d'autres utilisations spéciales, six missiles Redstone ont été utilisés comme lanceurs spatiaux pour placer des satellites artificiels en orbite autour de la Terre. Et dans un autre cas, deux missiles Redstone ont été tirés avec succès lors de l'opération Hardtack. Pour les 10 derniers tirs de missiles, l'opération a atteint un record de 80 % de lancements réussis, avec seulement 2 échecs. De plus, les deux lancements réussis auxquels les troupes ont participé ont démontré la fiabilité du système. Cela a été confirmé par la décision d'aller de l'avant avec le déploiement du Redstone pour l'appui des troupes à l'étranger[JB 39].

Histoire opérationnelle

modifier
Préparation au lancement d'un Redstone (CC-2008) à Fort Wingate, le

Le missile Redstone entre en service en au sein des Field Artillery Missile Groups (FAMG, en français : groupes d'artillerie de missiles de campagne). Il équipe alors les 40eet 46e FAMG, stationnés en Europe, ainsi que le 209e, basé aux États-Unis. Le rôle du missile Redstone était d'étendre la portée ou la puissance de feu de l'artillerie et des missiles à plus courte portée, compensant les dimensions alors croissantes des théatres militaires. Parmi les cibles envisagées figuraient les concentrations de troupes, les postes de commandement, les sites de lancement de missiles, les aérodromes, les centres de communication, les installations logistiques ainsi que les zones de passage stratégiques du terrain. Chaque batterie de tir exploitait un seul lanceur, et en raison de sa forte mobilité et de sa transportabilité aérienne, chaque bataillon pouvait être engagé comme une unité de tir unique. Il pouvait être redéployé rapidement après un lancement ou maintenu en position de tir pour une durée indéterminée.

Déploiement en Europe

modifier

En mai 1958, le 40e groupe de missiles d’artillerie de campagne est jugé partiellement prêt[JB 40], mais aucune de ses batteries n’ayant encore procédé à des tirs et une partie de son armement n’étant pas encore livrée. Le 16 mai, la batterie A réalise néanmoins le premier tir tactique d’un missile Redstone depuis Cap Canaveral, suivi le 2 juin par la batterie B, qui effectue plusieurs tirs d’essai marquant de nombreuses premières opérationnelles. Après achèvement de sa formation, le groupe est déployé en Europe en juin 1958 et rejoint la 7e armée au début du mois de juillet. Il ne dispose alors que d’un missile sur quatre, les autres étant livrés ultérieurement en [JB 41].

Le 46e Groupe de missiles d’artillerie de campagne est déployé en Europe en 1959, environ un an après le 40e groupe, en bénéficiant de l’expérience acquise lors du premier déploiement. Transporté jusqu’à Bremerhaven, il rejoint ensuite Neckarsulm (Allemagne de l'Ouest) et est intégré aux forces de la 7e armée américaine et de l’OTAN. Formé à Fort Sill, le groupe participe à des essais de 2 missiles Redstone au White Sands Missile Range avant son déploiement, et est équipé de quatre missiles. Il comprend plusieurs unités de commandement, d’artillerie, d’ingénierie et de soutien logistique. Une fois en Europe, ses batteries effectuent régulièrement des tirs d’entraînement annuels aux États-Unis, notamment avec des versions améliorées du missile Redstone[JB 42].

Déploiement aux États-Unis

modifier

Le 209e Groupe de missiles d’artillerie de campagne est une unité de soutien basée aux États-Unis contigus, formée à Fort Sill à la fin de 1958[JB 43]. Sa mission principale est d’assurer le soutien logistique et opérationnel des autres groupes de missiles Redstone, ainsi que l’organisation des tirs annuels d’entraînement au White Sands Missile Range. Ces exercices impliquent les différentes batteries des groupes opérationnels, bien que le 209e n’effectue pas lui-même de tirs de combat, mais participe principalement à la planification et aux tirs[JB 44].

Organisation

modifier
Diagramme en « croix de Malte » de l’organisation militaire du déploiement du Redstone.

Le Field Army Missile Group « Redstone » (FAMG, en français : Groupe de Missiles d'Artillerie de Campagne « Redstone ») constituait l'organisation militaire chargée de diriger le déploiement du Redstone. Chaque FAMG comprenait environ 600 soldats[24], et se composait généralement d'un état-major et d'une batterie de quartier général, de deux batteries périphériques, d'une compagnie du génie et d'une compagnie du matériel[25],[26] :

  • La batterie du quartier général assurait les fonctions administratives, de communication, de sécurité et autres missions de commandement et de soutien ;
  • La compagnie du génie fournissait l’oxygène liquide et le soutien technique global aux batteries périphériques ;
  • La compagnie du matériel fournissait les missiles, les ogives, les outils, les pièces détachées et le soutien à la maintenance des armes et des équipements spécifiques au missile.
  • Chaque batterie périphérique disposait d’un un missile Redstone, étant mobile et transportable par voie aérienne.

Auparavant, la première unité à avoir été constituée fut le 217e Field Artillery Missile Battalion « Redstone » (en français : Bataillon de Missiles d’Artillerie de Campagne « Redstone »), mis en service en avril à l’arsenal de Redstone. Le bataillon était composé d’un quartier général et d’une batterie de service, de deux batteries de tir et d’une section médicale. Cependant, certaines faiblesses ont été remarquées lors des essais de ce bataillon, et l’unité a été réorganisée en pour devenir le 40e FAMG « Redstone » de type « Lourd ».

Déploiement du missile Redstone[27],[26]
Armée Corps Field Artillery Missile Group (FAMG)

(Groupe d'artillerie de campagne)

Batterie, bataillon, régiment Localisation Activation Désactivation
7e VIIe 40e Groupe d'artillerie de campagne Batterie A et B, 2e bataillon de missiles, 217e régiment d'artillerie Wackernheim (Drapeau de l'Allemagne de l'Ouest Allemagne de l'Ouest)
46e Groupe d'artillerie de campagne Batterie A et B, 2e bataillon de missiles, 333e régiment d'artillerie Neckarsulm (Drapeau de l'Allemagne de l'Ouest Allemagne de l'Ouest)
209e Groupe d'artillerie de campagne Batterie A et B, 333e Drapeau des États-Unis États-Unis

Équipement de soutien

modifier
Le Redstone avec une partie du cortège.

Le Ground Support Equipment (GSE) comprend tout l'équipement utilisé pour transporter, manipuler, tester, entretenir et lancer le missile. L'un des principaux avantages du missile Redstone d'un point de vue tactique est que le missile est mobile à 100 %[28.1]. Il s'agissait d'un facteur primeur dans la conception et la sélection des équipements qui devaient également être robustes, faciles à utiliser et autosuffisants. Le missile et ses équipements peuvent être transportés par voie aérienne, terrestre ou maritime.

L'érecteur XM748 s'appretant à ériger le Redstone (CC-1004) sur sa plateforme de lancement XM74.

Le transport et le stockage du missile s’effectuent au moyen de trois remorques spécialisées, chacune dédiée à une section distincte : la section de l'ogive, la section arrière et l'unité propulsive du missile Redstone, et l’ensemble est acheminé par des camions. La mise en position de tir est assurée par un érecteur, permettant le passage du missile en position verticale et son installation sur une plateforme de lancement mobile. Celle-ci assure les connexions électriques, pneumatiques et du système d’allumage, tout en intégrant une plaque de déflexion. L'apport énergétique du système repose sur un groupe électrogène mobile, complété par une station de distribution d’énergie assurant l’alimentation des équipements au sol et des systèmes du missile. Les besoins en air comprimé sont pris en charge par un camion compresseur et par des unités de stockage et de régulation de l’air. L’approvisionnement en ergols est assuré par des semi-remorques-citernes dédiées pour l’éthanol et l’oxygène liquide, utilisés respectivement comme carburant et comburant. Enfin, une station mobile de test et de programmation permet la vérification des composants du système de guidage, l’établissement des paramètres de trajectoire et la préparation du missile avant le lancement[CCMD 2],[28.2].

La nouvelle conception du Redstone Block II a nécessité l’adaptation des équipements de soutien au sol initialement développés pour le Block I, étant donné que les deux variants ne sont pas compatibles sur ce point[JB 45]. Pour cela, l'ABMA a fourni des kits de conversion et de modification indispensables aux troupes afin que ces équipements puissent être remplacés rapidement[JB 44].

Entraînement des troupes

modifier
Démonstration du Redstone d'entraînement durant l'Armed Forces Day

Les composants du missile Redstone ne pouvaient pas être soumis régulièrement à des entraînements réguliers — sans risquer l’usure ou des dommages — il a été décidé de limiter l’utilisation des véritables missiles Redstone. Ceux-ci n’étaient employés à des fins bien précises, notamment à l'US Army Artillery and Missile School de Fort Sill (Oklahoma) et à l’Ordnance Guided Missile School (OGMS) de l’arsenal de Redstone (Alabama)[29]. L'OGMS, sous la supervision de l'ABMA, proposait des formations liées à l’approvisionnement et à la maintenance du missile Redstone, mais aussi son installation sur le terrain, son lancement et son guidage. La plupart des cours étaient assurés par des instructeurs militaires. Cependant, des civils de la fonction publique et des contractuels qualifiés intervenaient aussi[JB 46].

L'US Continental Army Command (CONARC) avait toutefois besoin de missiles Redstone d’entraînement pour la formation des troupes, et l’ABMA s'en assurer l'acquisition. Construits par le principal contractant du missile Redstone, Chrysler Corporation, 6 exemplaires ont été acquis pour un coût de 3,5 millions de dollars. En , chacun des trois groupes de missiles d’artillerie de campagne Redstone en possédait 1, l’Army Artillery School de Fort Sill en avait 2, et l'Ordnance Guided Missile School en avait 1[JB 47]. Tout en restant compatibles avec les équipements militaires réels, ces versions d’entraînement étaient pratiquement identiques au Redstone opérationnel, arborant une silhouette semblable avec des composants similaires et un assemblage en tout point pareille. Toutefois, elles présentaient quelques différences : un lest permettait de conserver un centre de gravité identique à celui du missile opérationnel, mais leur masse était environ trois fois plus faible avec un fuselage entièrement en aluminium. Le système pneumatique fonctionnait également à des pressions réduites. De plus, ces missiles ne disposaient pas de réservoir d’alcool. Ainsi, la procédure de remplissage impliquait le retour du carburant vers les citernes. Ils conservaient néanmoins un petit réservoir d’oxygène liquide (LOx) ainsi qu’un réservoir de peroxyde d’hydrogène[30].

Fin de vie

modifier
Photographie du missile MGM-31 Pershing.
Comparaison entre le missile Pershing et Redstone.

A partir du déploiement en 1964 du missile Pershing, plus rapide et plus mobile, le Redstone commença à être progressivement retiré en tant que missile tactique de l'armée de terre américaine. Cela était prévu dès le départ, le département de l'Armée considérant officiellement le Redstone comme un simple missile provisoire, destiné à rester en service jusqu'à l'entrée en service du Pershing. À la fin de , le Redstone fut classé comme obsolète, retiré des troupes et renvoyé d'outre-mer. Le missile Redstone reste néanmoins à disposition d'autres agences du département de la défense [JB 48].

Lors d'une cérémonie à l'arsenal de Redstone le , le missile Redstone a été officiellement retiré du service. Ce jour-là, Le major général John Zierdt a fait l'éloge du Redstone comme[JB 49] :« Un autre soldat accomplissant un long et honorable service après avoir répandu le nom et la réputation de cet arsenal et de ses habitants à travers le monde » . Tout en rejetant la sentimentalité sur une arme que « la technologie de pointe a dépassée », il a souligné que[JB 50] : « (Le Redstone) nous a beaucoup appris, servi l’armée avec distinction et contribué au maintien de la paix. Aucun soldat ne pourrait aspirer à davantage ».

En mai 1964, une unité du commandement chargée de la recherche et développement (R&D) a demandé six missiles Redstone, avec leur équipement au sol, afin de potentiellement les utiliser comme cibles dans le cadre du développement du missile Hawk. Le , le bureau du secrétaire à la Défense a demandé l'attribution de huit, puis le 6 avril quinze missiles Redstone pour une utilisation par l'Advanced Research Projects Agency (ARPA) dans le cadre d'un programme d'essais expérimentaux. L'ARPA avait l'intention de lancer cinq des missiles Redstone depuis l'île San Nicolas dans le cadre du programme de test Data Assist à la fin de , et 10 des missiles au début de à Woomera dans le cadre du programme Sparta. Le , Chrysler Corporation signe un contrat indiquant que l’entreprise est chargée de recenser, inspecter et sélectionner les missiles Redstone, ainsi que les équipements et pièces détachées, afin de les remettre en état pour les utiliser pour 23 lancements[JB 51]. En attribuant les 15 missiles Redstone à l'ARPA et en prévoyant d'utiliser 8 missiles dans le cadre du développement du missile Hawk, plus de 62,7 millions de dollars d'équipements sont évalués dans le cadre des programmes de R&D[JB 49].

Héritage

modifier

En tant que missile tactique de campagne de l'armée américaine, le missile Redstone a connu une carrière opérationnelle relativement courte. Déployé pour la première fois le et retiré du service à la fin du mois de juin 1964, il est resté en service pendant environ six ans. Cette durée est inférieure à celle de son développement, mené par le Corps du matériel entre et . Au cours de son existence, il a été à l'origine de plusieurs réalisations techniques et a servi de banc d'essai pour de nombreuses technologies liées au guidage, à la propulsion et la rentrée atmosphérique. Les données et l'expérience acquises grâce au Redstone ont contribué au développement de plusieurs missiles américains, notamment le Jupiter, Pershing, Honest John, Little John et Sergeant. La fiabilité démontrée du missile lors des essais conduisit également à son utilisation dans plusieurs programmes scientifiques et spatiaux. Les différentes versions dérivées du Redstone furent employées pour des expériences de haute altitude, des essais de rentrée atmosphérique et les premiers programmes spatiaux américains, faisant du Redstone l'un des principaux lanceurs des débuts du programme spatial américain[JB 52]. En raison de son importance, le Redstone a reçu les surnoms d’« Old Reliable » (en français : « Vieux fidèle »), d'« Army's Workhorse »[31] (en français : « Le pilier de l'armée ») ou encore de « Sunday Punch »[32] (en français : « Coup ultime »). Selon Ernst Stuhlinger, Wernher von Braun envisageait dès l'été 1951 d'utiliser le Redstone comme lanceur de satellite. Interrogé par Stuhlinger sur cette possibilité, il lui aurait répondu : « Lancer un satellite, bien sûr ! »[33].

La famille Redstone

modifier
La famille Redstone (de gauche à droite) : missile Redstone, Jupiter-A, Jupiter-C, Juno I, Mercury-Redstone, Redstone SPARTA.
William Pickering, James Van Allen et Wernher von Braun après le lancement réussi du premier satellite américain Explorer 1, lancé par un Redstone modifié Juno I.

En , un groupe d'experts comprenant Wernher von Braun proposa de combiner le missile Redstone avec des étages supérieurs constitués de missiles Loki ou de Sergeant miniatures, afin de disposer d'un lanceur capable de placer un satellite artificiel en orbite. Cette proposition fut retenue sous la forme d'un projet conjoint de l'US Army et de l'US Navy, baptisé projet Orbiter[34]. Présenté dans le cadre de l'Année géophysique internationale, le projet souffrit toutefois du caractère militaire du Redstone, tandis que le lanceur Vanguard, développé pour de la recherche à haute altitude[35], fut finalement retenu par le président Dwight Eisenhower. Le projet Orbiter fut alors officiellement abandonné[WvB 4].

Parallèlement, Wernher von Braun poursuivait le développement du missile Jupiter, notamment de sa tête de rentrée, destiné à résister aux contraintes thermiques extrêmes de la rentrée atmosphérique. Pour les essais, les ingénieurs de l'Army Ballistic Missile Agency (ABMA) et du Jet Propulsion Laboratory (JPL) reprirent le concept de lanceur proposé pour le projet Orbiter et développèrent un véhicule d'essai désigné Jupiter-C. Celui-ci reposait sur un premier étage dérivé du Redstone, allongé et propulsé par le carburant Hydyne, portant la poussée du moteur à 369 kN. Il était surmonté de deux étages à propergol solide constitués de grappes de fusées Sergeant miniaturisées[36],[WvB 5]. Après les lancements de Spoutnik 1 () et Spoutnik 2 (), ainsi que les échecs du programme Vanguard, le secrétaire à l’Armée propose en octobre 1957 un programme de satellites fondé sur le Jupiter-C[JB 53]. Le 31 janvier 1958, l’ABMA place avec succès le premier satellite américain en orbite, Explorer 1. Plusieurs lancements ultérieurs du Jupiter-C modifié, rebaptisé Juno I, sont ensuite réalisés, avec des succès et des échecs. Ces missions permettent de recueillir d’importantes données scientifiques, notamment la découverte de la ceinture de Van Allen[JB 54].

Joachim Kuettner, responsable du programme Mercury, en compagnie d'astronautes et d'un booster Redstone d'un Mercury-Redstone.

En janvier 1958, des discussions portent sur une proposition du département de l’Armée visant à un programme conjoint de l’US Army, de l'US Navy et de l’US Air Force pour envoyer un homme dans l’espace et le ramener sur Terre, dans le cadre du programme « Man Very High ». En , l’US Air Force décide de se retirer du programme. L’US Army redéfinit alors le projet sous le nom de « Project Adam » et propose de le poursuivre seule. Le projet visait à envoyer un homme à une altitude comprise entre 278 et 282 km à bord d’une capsule montée sur un missile Redstone[JB 55]. En raison des objectifs du programme, la NASA choisit le Redstone comme lanceur pour les essais de la capsule et les premiers vols suborbitaux habités, en raison de sa fiabilité éprouvée. Le , la NASA a demandé à l'ABMA 8 missiles Redstone pour le programme, tous assemblés par la Chrysler Corporation[37] Environ 800 modifications ont été apportées aux Redstone, notamment l’allongement de la section de propulsion de 2 mètres afin d’accueillir des réservoirs plus volumineux. Cela porte la longueur totale du lanceur à 25,3 m, capsule Mercury comprise, et ajoute environ 20 secondes de temps de combustion supplémentaire, pour une masse totale au décollage d’environ 30 tonnes[JB 2]. De plus, le carburant toxique Hydyne initialement utilisé sur le Juno I n'est pas retenu, pour des raisons de sécurité de l'astronaute[38].

À la suite du retrait des missiles Redstone en , ceux qui étaient auparavant déployés en Europe furent réaffectés comme cibles dans le cadre d’un programme de défense par missile mené en coopération avec l’US Navy, s’inscrivant dans le projet Defender conduit par l’ARPA. Ce programme incluait par exemple l'interception d'un missile Redstone le par un missile mer-air Terrier. 11 missiles Redstone restants sont toutefois affectés à un autre volet étant le programme SPARTA (SPecial Anti-missile Research Test-Australia). Ce programme, mené conjointement par les États-Unis, le Royaume-Uni et l'Australie, vise à observer le comportement de différentes ogives lors de leur rentrée atmosphérique, afin de contribuer au développement de systèmes antimissiles tels que le Nike-Ajax. 10 Redstone sont reconditionnés par la Chrysler Corporation, et équipés d'étages supérieurs à propergol solide Antares et BE-3[39],[40]. Prévoyant que les Redstone SPARTA remplireraient tous ses objectifs en plus d'un Redstone en réserve, les responsables américains ont proposé de faire don de la fusée SPARTA en excès afin que l’Australie puisse mettre son propre satellite WRESAT en orbite. Le lancement, réalisé le , met en orbite le premier satellite australien WRESAT et marque, dans le même temps, le dernier vol de l'histoire d'un Redstone[39].

Le missile Jupiter

modifier
Comparaison entre le missile Redstone, Juno I, Mercury-Redstone et le missile Jupiter.

Le missile Redstone constitua le précurseur immédiat du Jupiter, dont de nombreux composants n'étaient que des versions améliorées de ceux du Redstone. À l'origine, le développement du missile Redstone visait une portée de 500 milles (800 km). Toutefois, à la fin des années 1950, une augmentation de la masse de l'ogive réduisit sa portée à moins de 200 milles (320 km) avec les moteur-fusées alors disponibles. Bien que les forces terrestres de campagne ait ainsi obtenu un vecteur nucléaire, cette portée reste insuffisante[41]. En effet, l'armée envisageait depuis longtemps une « zone d'opérations de combat » d'une certaine profondeur et, par conséquent, avait besoin d'un missile à plus longue portée[42]. Le Redstone fut donc considéré comme une solution provisoire, permettant uniquement de frapper des objectifs situés à courte distance. Il était envisagé d'accroître les performances du Redstone en modifiant plusieurs de ses composants[43].

En , il est proposé de réduire la masse de l'ogive afin de porter la portée du missile à 386 km. L'OGMC étudia également la question et proposa un missile à deux étages dérivé du Redstone, d'une portée de 1 600 kilomètres. Au fur et à mesure du développement, la technologie progressa, et un moteur-fusée plus puissant et une réduction de la masse de l'ogive permirent de concevoir un missile d'une portée de 2 400 km[42]. Cependant, en mai 1954, le Département de l'Armée décide de poursuivre le développement du Redstone afin de doter rapidement les forces d'une capacité de frappe nucléaire. Cette décision met fin provisoirement aux projets de missile longue portée dérivé du Redstone. Par la suite, l'armée lance le développement d'un nouveau missile d'environ 800 km de portée pour le remplacer, et répondre aux besoins de frappes à grande distance. Après que l’Union soviétique eut réussi à mettre au point un missile d’une portée d'environ 2 900 km, au printemps 1955, l’armée accéléra le développement. Pour atteindre cela, il est estimé que le Redstone pouvait être modifié et, à l’automne 1955, l’US Army est autorisé à développer un missile balistique à portée intermédiaire, qui recevra la désignation « Jupiter », basé sur la technologie du missile Redstone. L’US Army et l'US Navy devaient mener ce projet conjointement, mais la Navy se retira du projet au profit du missile Polaris[44].

Le développement des missiles Jupiter et Redstone est étroitement lié : le Jupiter reprend de nombreux composants déjà éprouvés sur le Redstone[45]. Afin d'accélérer le développement du Jupiter, 25 missiles Redstone sont modifiés et renommés « Jupiter-A » afin de tester en vol certains équipements destinés au nouveau missile avant leur intégration. Par la suite 3 Redstone désignés « Jupiter-C », sont utilisées pour tester la tête de rentrée du missile Jupiter. De cette manière, tout en améliorant la fiabilité du missile Redstone, l'équipe de Wernher von Braun mène simultanément le développement du Jupiter[WvB 6].

Les lanceurs Saturn

modifier
Un réservoir provenant du Redstone (à gauche) en présence du réservoir central provenant du Jupiter (à droite), lors de la conception d'un étage S-I.

En avril 1957, l'ABMA commença le développement d'un lanceur moyen, nommé le Super-Jupiter, plus tard devenant les Saturn I et Saturn IB. Le volume des réservoirs posait un problème particulier : la fabrication et le soudage d’un unique réservoir de 6 mètres de diamètre auraient nécessité de nouvelles techniques et outils, et le temps et les coûts risquaient de devenir prohibitifs. Une autre approche du problème apparut alors : utiliser des réservoirs partiellement rejetés ou inachevés, dont des réservoirs de 1,78 mètre de diamètre provenant du missile Redstone et des réservoirs de 2,67 mètres du missile Jupiter. Comme l’expliqua Willy Mrazek : « Le besoin urgent nous rendait plus inventifs, et nous avons regroupé les réservoirs destinés à contenir les ergols. » Ainsi, le premier étage était constitué de huit réservoirs Redstone disposés autour d’un réservoir central Jupiter. L'aérodynamisme et l'apprence n'étant pas une prioriété, l’ABMA se contenta de cet assemblage pour vérifier qu’un énorme lanceur pouvait faire fonctionner ses huit moteurs simultanément[46]. De ce fait, tout en conservant leur diamètre d’origine, les réservoirs ont pu être conçus et allongés de 12 à 16 mètres grâce aux outillages et aux équipements de soudage encore disponibles à Huntsville (Alabama)[47].

Utilisations expérimentales

modifier

Opération Hardtack I

modifier
Décollage du Redstone (CC-50) de l'opération Teak, largage et explosion de l'ogive W39.

En , l'Armed Forces Special Weapons Project (AFSWP) et le département de la Défense décidèrent d'étudier les effets des détonations nucléaires à très haute altitude, aboutissant à l'opération Hardtack. En janvier puis , des membres de l'Army Ballistic Missile Agency (ABMA) assistent à des conférences sur l'opération Hardtack et tentent de persuader l'AFSWP d'utiliser les missiles Redstone dans le cadre de l'opération. Ils ont fait valoir la fiabilité et la précision éprouvées du Redstone pour justifier son utilisation pour transporter les bombes nucléaires, tout en faisaient partie de la phase finale du programme de développement du Redstone et devaient également servir à valider l'utilisation du W39 sur le Redstone[48]. Convaincu, l'AFSWP a demandé à l'ABMA de participer à l'opération et, ce faisant, de tirer deux missiles Redstone qui feraient exploser des ogives nucléaires à des altitudes spécifiées. À l'origine, l'île How dans l'atoll de Bikini a été choisie pour les tirs d'essai des deux missiles Redstone. Toutefois, ce choix a ensuite été remplacé par l'île Johnston[JB 56]. En vue de l'opération, l'ABMA a modifié trois missiles Redstone, les CC-50, 51 et 53, pour les utiliser lors des essais. Les missiles CC-50 et CC-51 étaient prévus pour une utilisation réelle tandis que le CC-53 était de réserve. Chaque missile transportait quatre modules d’instruments appelés « pods » qui étaient éjectés à des moments prédéterminés du vol des missiles, et servant recueillir des données sur les effets de l'explosion nucléaire. L'opération s'est terminée avec succès avec les lancements du CC-50 le et du CC-51 le . Le premier missile a fait exploser son ogive à une altitude de plus de 70 kilomètres tandis que le second a explosé à une altitude de plus de 30 kilomètres. Lors de cette opération, le Redstone est devenu le premier missile balistique américain à faire exploser une ogive nucléaire[JB 57].

Projet T-1 TV

modifier
Photographie du PGM-11 Redstone CC-2022 contenant la capsule de télévision.
Le missile Redstone (CC-2022) contenant la capsule de télévision. ()
Vidéos externes
Lancement du missile Redstone CC-2014
Lancement du missile Redstone CC-2011

En , l'Army Ballistic Missile Agency (ABMA) proposa un programme visant à étudier l'utilisation de caméras embarquées sur des missiles, afin d'évaluer les dommages causés aux cibles. La responsabilité a été confiée à l'Army Ordnance Missile Command, tandis que l'ABMA est devenue le directeur du projet. Le Signal Corps s'est quant à lui chargé du développement de la caméra, de l'émetteur et des composants du récepteur au sol. Et comme le Redstone était disponible pour des démonstration, il a été choisi pour le projet puisque l'objectif global était de montrer que la télévision pouvait être utilisée dans un missile pour évaluer ses performances[JB 58]. Chrysler Corporation a conçu et construit l'appareil télévisuel en modifiant une tête de rentrée de missile Jupiter, et la RCA a développé et équipé les capsules avec le matériel de télévision. La technique consistait essentiellement à éjecter la capsule (contenant la caméra de télévision et l'émetteur) du Redstone. La capsule traînait alors derrière le corps du missile de sorte qu'au moment de l'impact, la capsule se trouvait encore à une altitude d'environ 13 kilomètres. Cinq essais en vol ont prouvé la faisabilité du système. Les deux premiers essais ont utilisé des modèles expérimentaux tandis que les trois derniers étaient des modèles prototypes. Le premier essai en vol, le à la base aérienne d'Eglin, en Floride, a utilisé un avion B-57 pour larguer la capsule. Quatre missiles Redstone Block II, CC-2011, CC-2014, CC-2021 et CC-2022, ont été utilisés lors des autres essais. Le projet s'est avéré être un succès[JB 59].

Transport logistique par missile

modifier

L'Army Missile Transport Program est lancé à la fin des années 1950 par l'ABMA afin d'étudier l'utilisation du missile Redstone pour le transport logistique de fret et de personnel. Bien que l'idée suscite d'abord peu d'intérêt au sein de l'armée américaine, plusieurs études menées par l'ABMA concluent que les fusées de transport pourraient offrir une mobilité accrue et un soutien logistique rapide aux forces déployées. Certaines analyses estiment même que le transport par missile pourrait, à terme, concurrencer ou compléter le transport aérien conventionnel. Malgré des recommandations favorables de plusieurs organismes militaires, le projet ne reçoit pas le soutien nécessaire pour passer au stade du développement et est finalement abandonné[JB 60],[JB 61].

Caractéristiques

modifier

Description générale

modifier
Comparaison entre un missile Redstone et des soldats.

Le Redstone est un missile balistique à courte portée, considéré comme le premier missile de grande taille mis en service par l'armée américaine. Sa portée est comprise entre 320 km et 370 km, ce qui était considéré comme de moyenne portée à l'époque mais de courte-portée selon les normes actuelles. Haut de 21,3 m pour un diamètre de 1,8 m sans inclure les ailerons de l'empennage, il pouvait transporter une charge utile d'environ 2 860 kg pour un temps de vol de 375 s[49]. À vide, il pèse 7,5 tonnes, et 28 tonnes lorsque le missile est rempli. Il était propulsé par un unique moteur-fusée NAA 75-110 développant une pousée de 347 kN. Le moteur fonctionnait grâce à des ergols liquides, comprenant 11 340 kg d'oxygène liquide (LOx) et 4 082 kg d'éthanol coupé à 25 % d’eau[28.1]. Le missile était à guidage inertiel, utilisant des gyroscopes et des accéléromètres.

Deux types d'ogives W39 pouvaient être installés dans le missile Redstone : une ogive thermonucléaire dite « à haut rendement » de 3,75 MT et une ogive thermonucléaire dite « à faible rendement » de 500 KT. Il était possible de choisir entre une explosion aérienne (à proximité) de l'ogive, et une explosion au sol (à l'impact). À l'époque, l'explosion aérienne était qualifiée de « propre » et l'explosion au sol de « sale »[28.3]. Le Redstone tactique, en tant que missile opérationnel, se différencient en deux versions « Block I » et une version améliorée « Block II ». Les deux Block se distinguent notamment par la méthode de refroidissement du système de guidage et de contrôle : à la place de la glace carbonique (CO2), le Block II employait de l'azote liquide (LN2)[50],[51]. De plus, le Block I utilisait la version A-6 du moteur-fusée NAA 75-110, tandis que le Block II était équipé d'un A-7[52].

Schéma d'une vue en coupe du missile Redstone.
1 - Fusée de proximité 2 - Ogive W39 / Charge utile 3 - Système de guidage et de contrôle 4 - Plateforme stabilisée ST-80 5 - Sphères sous pression 6 - Ailettes 7 - Réservoir d'alcool 8 - Corps du missile (fuselage) 9 - Réservoir d'oxygène (LOx) 10 - Turbopompe d'ergols 11 - Générateur de gaz 12 - Vanne d'oxygène 13 - Chambre de combustion du NAA 75-110 14 - Échangeur thermique et conduit d'échappement de la turbine 15 - Gouvernes 16 - Réservoir de peroxyde d'hydrogène (H2O2) 17 - Sphères sous pression 18 - Conduite et vanne de carburant 19 - Empennages (ailettes arrière) 20 - Déflecteurs de jet en carbone

Structure

modifier

Le missile est composé de deux ensembles principaux : le corps (body unit) et l'unité propulsive (thrust unit). Le corps se divise en deux parties[CCMD 3] :

  • la section de l'ogive (warhead unit), située à l'avant ;
  • la section arrière (aft unit), qui renferme le compartiment des instruments de contrôle et de navigation.

L'unité propulsive comprend également deux éléments :

  • la section centrale (center unit), dans laquelle sont installés les réservoirs d'éthanol et d'oxygène liquide ;
  • la section de l'empennage (tail unit), qui abrite le moteur-fusée.

Le fait que le corps du missile ne reste pas solidaire de l'unité propulsive s'explique par les travaux menés lors des premières phases de développement du Redstone. Les ingénieurs ont constaté que la séparation de l'ogive après la phase de propulsion permettait d'améliorer à la fois la portée et la précision du missile. Cette conception marquait une différence avec le V2, prédécesseur du Redstone, dont l'ogive était attachée au corps du missile pendant toute la durée du vol[53].

Structure du missile Redstone
Nom des sections Corps du missile Unité propulsive
Section de l'ogive Section arrière Section centrale Section d'empennage
Rôle Transporter et protéger l'ogive nucléaire W39 Localisation de la section de l'ogive dans le missile Redstone. Guider le missile et son ogive grâce au ST-80 Localisation de la section arrière dans le missile Redstone. Transporter les ergols (éthanol et oxygène liquide) dans ses réservoirs. Localisation de la section centrale dans le missile Redstone. Loger le moteur-fusée NAA 75-110 et servir interface avec les équipements au sol Localisation de la section d'empennage dans le missile Redstone.
Dimensions (hauteur × largeur) 4,62 m × 1,60 m 2,84 m × 1,78 m 9,78 m × 1,78 m 2,82 m × 2,90 m
Composition Acier; surfaces peintes en chromate de zinc Acier Aluminium Aluminium

Section de l'ogive

modifier

La section de l'ogive (aussi connu sous le nom de section de nez[28.3]) contient la charge utile, notamment l'ogive nucléaire W39[54]. D'une masse de 3 583 kg[28], d'une hauteur de 4,62 m, d'un diamètre à la base de 1,60 m, d'un diamètre intermédiaire de 1,37 m et d'un diamètre au sommet de 0,61 m, la section est construit d'un revêtement en acier rivetée et soudée à une structure d'anneaux, de cloisons et de longerons. Toutes les surfaces extérieures ont été peintes avec du chromate de zinc pour assurer une protection contre la corrosion, permettant de supporter des températures de 538 °C de et une pression de 6,6 bar. L'anneau avant de la section était conçu pour recevoir la fusée de proximité (dispositif de détonation), fixée au nez de la section au moyen de six vis. L'anneau arrière servait quant à lui de surface de fixation pour l'assemblage du nez et de la section arrière pour former le corps du missile, dont les deux sections restaient solidaires pendant toute la durée du vol. Un joint en caoutchouc de silicone a été installé entre le nez et la section arrière pour assurer l'étanchéité, en plus des deux portes d'accès[CCMD 4],[55].

Section arrière

modifier

La section arrière contient le système de guidage et de contrôle, comprenant 4 ailettes et des RCS pour diriger l'ogive vers sa cible. D'une hauteur de 2,84 m, d'un diamètre de 2,64 m[49] avec les ailettes, d'une largeur de 1,78 m à sa base et 1,60 m à la jonction avec la section de l'ogive, il était constituée d'un revêtement en acier riveté à une structure d'anneaux. La section est ainsi nommée car elle correspond à la partie arrière du corps du missile, c'est-à-dire la partie du missile qui effectue la rentrée atmosphérique. Elle ne doit donc pas être confondue avec la section d'empennage, qui constitue l'arrière de la fusée dans son ensemble. La section arrière était constitué de 2 parties, qui sont distinguées par une cloison étanche renforcée[56] :

  • Situé en haut, le compartiment des instruments comprenait les instruments de guidage et de contrôle et abritait la plate-forme stabilisée ST-80 du système de guidage inertiel. Deux grandes trappes, équipées de joints en caoutchouc de silicone assurant l'étanchéité à l'air, permettaient d'accéder au compartiment des instruments. Une porte d'accès aménagée dans la section de la jupe permettait d'atteindre ces équipements lorsque la section arrière était accouplée à la section de poussée.
  • Situé en bas, la section de jupe abritait deux sphères d'air à haute pression de 207 bar à qui alimentaient les systèmes pneumatiques de la section arrière : le premier, d'une capacité de 28,3 L, alimentait le palier à air, tandis que le second, d'une capacité de 42,5 L, alimentait les RCS installés sur les contreforts des ailerons. L'air sous pression servait également à l'alimentation en air et le contrôle de la température du ST-80. Quatre actionneurs qui animaient les ailerons étaient situés à l'extrémité arrière de la section de jupe.

Section centrale

modifier

Étant la plus grande partie du missile, la section centrale héberge les réservoirs d'oxygène liquide (LOx) et d'alcool, alimentant en carburant et comburant le moteur-fusée. D'une hauteur de 9,78 m[57] pour une largeur de 1,78 m, il est réalisé en aluminium léger, n'étant pas conçu pour survivre à une rentrée atmosphérique lors de sa séparation. La section s'assemble entre la section de queue, grâce à 20 points de fixation, et la section arrière, au moyen de 6 attaches sphériques équipées de boulons explosifs permettant la séparation de la section de poussée et de la section de corps. Elle contient toute la plomberie des réservoirs d'ergols : le réservoir d'alcool, situé en haut de la section, était desservi par un conduit qui traversait tout le réservoir d'oxygène. La conduite d'évent d'oxygène liquide remontait le long de la paroi du réservoir d'oxygène et se terminait juste avant la cloison séparant les deux réservoirs. Quant à la conduite de remplissage et de vidange d'oxygène liquide, elle était située en bas du réservoir. Un autre conduit traversait également les deux réservoirs, afin d'acheminer les câbles électriques et pneumatiques à la section arrière[58],[CCMD 5].

Section d'empennage

modifier

La section d'empennage loge le moteur-fusée, les ailettes, et les aubes en carbones, ces deux derniers servant au contrôle de la fusée durant la phase d'ascension dans l'atmosphère . C'est une structure en aluminium riveté large de 2,90 m sans compter les petites ailettes[49], et haute de 2,82 m[57]. La section abrite aussi des composants électriques et deux groupes de 3 sphères à haute pression qui servaient au système pneumatique. Numérotés de I à IV, les ailerons étaient chacun équipés de prises, soit huit au total, permettant de relier le système électrique du missile aux équipements au sol. La section comporte deux raccords, situés à l'opposé l'une de l'autre : la première était une prise de maintien à niveau en oxygène liquide (LOx) au fur et à mesure que l'oxygène liquide s'évaporait, et le second étant le balcon de couplage pneumatique[59].

Moteur-fusée

modifier
Le NAA 75-110 du missile Redstone, lors d'un cours de maintenance.

Le moteur-fusée du missile Redstone est un NAA 75-110 à propergol liquide fabriqué par la division Rocketdyne, à l'époque une filière de North American Aviation. Ce moteur, qui est une amélioration du moteur allemand V2 par l'intermédiare du XLR-43-NA-1 (aussi connu sous le nom de NAA 75-65), a une poussée d'environ 347 kN (78 000 livres). Cette poussée peut être générée pendant une période de 121 secondes, si nécessaire, mais son utilisation réelle est moindre. L'énergie de cette poussée est fournie par de l'éthanol (coupé à 25 % d'eau) et de l'oxygène liquide. Ces ergols sont transférés des réservoirs du missile à la chambre de combustion du moteur par des turbopompes à haute pression entraînées par une turbine à vapeur[CCMD 6].

Système de guidage et de contrôle

modifier

Le système de guidage du Redstone reposait sur un guidage inertiel, et une fois le missile lancé, l’équipe au sol ne pouvait plus intervenir pour corriger sa trajectoire. Pour atteindre sa cible avec précision, le missile devait donc disposer d’un système capable de déterminer sa position et son orientation pendant le vol.

Cette fonction était assurée par la plate-forme inertielle stabilisée ST-80 (qui servira de base au ST-90 du missile Jupiter et, plus tard, au ST-124 des fusées Saturn[60]), qui constituait le cœur du système de guidage. Avant le lancement, la plate-forme était alignée sur le site de tir puis maintenait pendant toute la phase de vol un repère fixe par rapport à l’espace, servant de référence pour mesurer les mouvements du missile. La trajectoire prévue était calculée à l’avance puis introduite dans le système de guidage et de contrôle. La ST-80 intégrait trois gyroscopes et deux accéléromètres. Les gyroscopes mesuraient les variations d’attitude du missile selon les trois axes de rotation : tangage, roulis et lacet. Les accéléromètres enregistraient quant à eux les accélérations selon deux axes : latéral et longitudinal. En combinant ces informations, le système pouvait déterminer la position et l’orientation du missile dans l’espace. L’ordinateur de guidage comparait ensuite en permanence la trajectoire réelle avec la trajectoire programmée et, en cas d’écart, calculait les corrections nécessaires afin de ramener le missile sur sa trajectoire nominale.

Pendant la propulsion, le contrôle de la trajectoire était assuré des les ailettes en carbone placées dans le flux d’éjection du moteur-fusée, complétées par les ailettes de contrôle du missile. Après l’épuisement des ergols, le contrôle de la dernière phase était repris par les ailettes de la section arrière et par les RCS, qui permettaient d’orienter l’ogive jusqu’à sa cible[61],[62],[CCMD 7].

Système pneumatique

modifier
Le système pneumatique du Redstone.

Afin d'assurer la pressurisation, la commande des vannes, le contrôle du vol, la séparation en vol, ainsi que le fonctionnement des paliers à air du système de guidage pour réduire les frottements des gyroscopes, le Redstone est équipé d'un système pneumatique. Celui-ci est alimenté par six sphères d'air haute pression, dont quatre sont installées dans la section d'empennage et deux dans la section arrière. L'air utilisé doit respecter plusieurs conditions précises : être sec, avec un point de rosée inférieur à −54 °C, et stocké à une pression comprise entre 207 bar et 1,45 bar[CCMD 8].

Avant le lancement, le système pneumatique du missile Redstone était alimenté par un panneau de raccordement situé à la base de la section d'empennage, comportant neuf connecteurs pneumatiques destinés à desservir l'ensemble du missile. Ces connexions assuraient notamment le remplissage des sphères d'air haute pression, la pressurisation du réservoir d'oxygène liquide (LOx), ainsi que le système de régulation du maintien du niveau de LOx. Elles comprenaient également les circuits associés au carburant : mise sous pression du réservoir d'alcool, alimentation du réservoir d'alcool d'allumage, et ligne de vidange de l'alcool. Le panneau regroupait enfin les conduites de purge de l'injecteur d'alcool et de vidange du joint d'étanchéité à l'alcool[63],[CCMD 9].

Déroulement d'un lancement

modifier

Assemblage du missile

modifier
Érection du Redstone (CC-1004).

Avant le lancement, le commandant de batterie devait sélectionner un site adapté avec l'aide d'une équipe de reconnaissance. Le terrain devait permettre le déploiement des nombreux véhicules et équipements nécessaires à la mise en œuvre du missile, tout en offrant des conditions favorables aux opérations de préparation et de guidage. Après validation du site, des travaux d'aménagement et des relevés topographiques étaient réalisés avant l'assemblage du missile[CCMD 10].

Opération d'un missile Redstone.

L'assemblage du missile débute à l'horizontale sur l'aire de lancement par l'accouplement de la section de l'ogive et de la section arrière, formant le corps du missile. Cette opération est réalisée à l'aide d'un portique de levage en forme de A ou, selon la méthode employée, de l'équipement de levage du camion de dépannage. Le corps du missile est ensuite assemblé à la unité propulsive par six boulons explosifs, qui comprend les réservoirs et le moteur-fusée. Le missile faisait ensuite l'objet d'une vérification avant son érection, afin de s'assurer du bon fonctionnement des systèmes de guidage et de propulsion. Parallèlement, les câbles électriques et les conduites pneumatiques étaient raccordés à la base du missile, au niveau de l'unité propulsive. Celle-ci recevait ensuite les quatre gouvernes de jet en carbone. En raison de leur masse importante et de leur fragilité, leur installation constituait une opération critique, tant pour la sécurité de l'assemblage que pour le bon déroulement du vol.

Les vérifications consistaient en essais, portant notamment sur les calculateurs de portée et de correction latérale, le calculateur de contrôle ainsi que l'enregistreur embarqué. La plateforme inertielle ST-80 était également testée : ses trois gyroscopes étaient mis en rotation, puis le système était désolidarisé de son verrouillage afin de vérifier son comportement lors de sa mise en position de référence. En cas de problème, le compte à rebours du test était alors interrompu et les procédures de dépannage étaient lancées, en s'assurant d'abord que les étapes étaient respectés, puis par la vérification des circuits électriques, jusqu'au calculateurs qui pouvaient être alors changés. Après la phase d'essais, les connexions électriques sont retirés, de même pour le ST-80. Pour la mise en position verticale du missile, deux structures de levage sont misent en jeu. À l'aide du portique en forme de A, le missile est mis en place sur le pas de tir, et le portique en forme de H est destiné aux opérations de maintenance et d'accès au missile après son érection[28].

Préparation au lancement

modifier
Remplisasge des réservoirs du Redstone (CC-2008).

Le missile Redstone était dans un premier temps aligné selon son azimuth de tir, grâce à l'aide de deux théodolites afin d'obtenir la direction, puis le missile est orienté vers celui-ci en orientant la plateforme de lancement. S'en suit une série de vérification et de montage : les connexions électriques et pneumatiques sont de nouveaux établis, les ailettes installées, ainsi que la plateforme inertielle ST-80.

À la suite des vérifications à la verticale, le remplissage du résevoir d'alcool débute en s'éffectuant avec un débitmètre et une pompe, alors que les tuyaux de remplissage et de trop plein d'oxygène liquide sont déjà installés. Le remplissage du réservoir d'oxygène liquide se fait de manière plus délicate : tout en prenant compte la densité de l'oxygène liquide dépendant principalement de la pression atmosphérique ambiante du site, la quantité correcte d'oxygène transférée était indiquée par le débordement provenant du tuyau de trop-plein du réservoir. Enfin, le peroxyde d'hydrogène nécessaire au fonctionnement des turbopompes était versé dans un réservoir de 295 litres (78 gallons), jusqu’à ce qu’un débordement soit observé au niveau du réservoir. Après le remplissage des réservoirs, l'alignement du missile est vérifié encore une fois[28]. Le contrôle du missile est enfin confié à un panneau de tir à une distance d'environ 180 mètres, situé dans une tranchée solidement fortifiée à l'aide de sacs de sable.

Allumage et décollage

modifier
Tir d'un Redsone tactique.

À l'activation du missile, après la fermuture des vannes de gazage, le réservoir de peroxyde d'hydrogène et d'éthanol sont mis d'abord sous pression, suivi par le réservoir d'oxygène liquide (LOx), dont la pressurisation dure environ 7,5 à 8 secondes. Après quoi, le missile commence en douceur le transfert de l'alimentation électrique, et s'achève par le larguage du réservoir de refroidissement du missile. C'est à ce moment que ce produit le début de la séquence d'allumage du moteur-fusée.

Bien que la combustion de l'éthanol et du LOx soit autosuffisante une fois amorcée, ce couple d'ergols n'est pas hypergolique, c'est-à-dire qu'il ne s'enflamme pas spontanément au contact. L'allumage est donc assuré par une cartouche pyrotechnique fixée à la plaque d'injection du moteur-fusée, qui brûle pendant une dizaine de secondes. Cependant, ce type d’allumeur est en général loin d’être idéal : Ils doivent être installés manuellement avant chaque test ou lancement, et de plus, ces allumeurs sont souvent dotés de boîtiers métalliques qui se brisaient lors de l’allumage et étaient éjectés de la cartouche, projetés lors de la combustion, ce qui pouvait parfois endommager la chambre du moteur-fusée[52].

Parallèlement, la vanne d'oxygène s'ouvre et une petite quantité d'alcool d'allumage est injectée dans la chambre de combustion par l'anneau central de la plaque d'injection. Une fois la combustion correctement établie, les gaz d'échappement rompent un fil installé sous la tuyère. La rupture de ce fil transmet un signal électrique qui commande l'ouverture des vannes principales d'alimentation en éthanol ainsi que la mise en marche des turbopompes. La vanne du réservoir de peroxyde d'hydrogène s'ouvre alors à son tour ; le peroxyde est décomposé dans le générateur de vapeur, dont les vapeurs entraînent les turbopompes. Afin de maintenir une pression constante dans le réservoir de LOx, une partie de l'oxygène est dérivée vers un échangeur thermique, où elle est vaporisée avant d'être réinjectée sous forme d'oxygène gazeux dans le réservoir. Les turbopompes atteignent alors une vitesse d'environ 4 800 tr/min, et lorsque la poussée développée devient supérieure au poids du missile, le Redstone décolle. À cet instant, le système de guidage et de contrôle est mis en route[28.4],[64],[CCMD 11].

Vol et trajectoire

modifier
1 - Décollage 2 - Coupure du moteur 3 - Séparation 4 - Rentrée atmosphérique 5 - Impact

Le vol du missile Redstone est divisé en quatre phases[CCMD 12],[JB 39] :

  • La phase I est la partie du vol qui s'étend du lancement à la coupure du moteur. Dès le lancement, le missile s'élève verticalement et est ensuite incliné pour intercepter sa trajectoire de référence. Le missile est contrôlé par quatre aubes en carbone situées dans le souffle du moteur. Lorsque la vitesse est suffisante pour devenir aérodynamiquement stable, les ailettes de la section d'empennage prennent alors le relais. Au moment de la coupure qui se produit généralement entre T+96 secondes et T+107 secondes, au maximum T+117 secondes, le missile est hors des couches les plus denses de l'atmosphère terrestre.
  • La phase II commence avec la coupure du moteur et se termine avec la séparation du corps de l'unité propulsive; la séparation du missile a lieu entre T+125 secondes et T+135 secondes après le lancement.
  • La phase III commence à la séparation et se termine à un point appelé Q, le point où le missile rentre dans les couches denses de l'atmosphère terrestre. Cette partie du vol se déroule en dehors de l'atmosphère terrestre et est donc la phase de vol spatial. Pendant cette période, le contrôle du missile doit être assuré par un dispositif utilisant le principe d'action-réaction, car tout dispositif aérodynamique serait inutile en raison de l'absence d'air pour la portance. Ces dispositifs de contrôle sont des jets d'air qui sont situés autour de la circonférence de la section de la jupe.
  • La phase IV est la phase entre le point Q à l'impact et est généralement appelée « phase de plongée ». En fonction de la portée, elle se produit entre T+260 secondes et T+340 secondes.

Exposition et exemplaires survivants

modifier

Exposition dans le Grand Central Terminal

modifier
Le missile Redstone dans le Grand Central Station, 7 juillet 1957

En 1957, un missile Redstone fut installé pendant environ trois semaines dans le hall de la gare de Grand Central Terminal à New York. Cette exposition, ordonnée par l’armée américaine et la organisée par la Chrysler Corporation dans le cadre de l’Année géophysique internationale, visait à une démonstration de puissance technologique en réponse au lancement du Spoutnik par l’Union soviétique. Cette exposition a toutefois donné naissance à une rumeur tenace, disant que le missile était si grand qu’il aurait percé le plafond de la gare, en raison d’une erreur de calcul d’un ingénieur. En réalité, cette histoire est fausse, puisque la hauteur du plafond, d'environ 38,1 mètres, est presque deux fois supérieure à celle du Redstone, d'environ 20 mètres. Le véritable trou observé dans le plafond existait bien même après rénovation, mais il a été causé par un câble de fixation utilisé pour maintenir le missile durant l’exposition[65],[66].

Un missile Redstone au White Sands Missile Range Museum.

Exemplaires survivants

modifier

Plusieurs exemplaires du missile Redstone sont aujourd'hui conservés et exposés aux États-Unis.

L'État de l'Alabama conserve plusieurs exemplaires du missile Redstone. Deux exemplaires sont exposés à Huntsville. Le premier est exposé au Rocket Park de l'U.S. Space & Rocket Center[67]. Le Rocket Park a rouvert en 2024 après une campagne de restauration du missile Redstone et des autres missiles exposés[68]. L'autre Redstone est situé au Marshall Space Flight Center[69]. De plus, un autre Redstone est exposé avec un moteur NAA 75-110 A-7 au Battleship Memorial Park, à Mobile[70]. Un missile Redstone est également present au Evergreen Aviation Museum, à McMinnville (Oregon)[71] , à l'US Army Field Artillery Museum, à Fort Sill (Oklahoma)[72], et au Pima Air and Space Museum par emprunt de l'US Army, à Tucson (Arizona)[73].

En 1971, la ville de Warren (New Hampshire) reçut en don un missile Redstone évidé. Il fut installé en hommage à l'astronaute Alan Shepard, premier Américain envoyé dans l'espace et originaire du New Hampshire[31]. En 1978, un missile Redstone est donné de la part de l'US Army au National Air and Space Museum au Centre Steven F. Udvar-Hazy (Washington, DC)[74]. De plus, un corps de missile Redstone (section d'ogive et section arrière) est en exposition au Kansas Cosmosphere, à Hutchinson (Kansas)[75]. La section arrière provient du Redstone CC-2025, tandis que la section d'ogive est issue du Redstone CC-2013[76]. Enfin, un missile Redstone est exposé dans le Hangar C du Air Force Space and Missile Museum, à la Base de lancement de Cap Canaveral (Floride). Il a été initialement exposé dans son portique en 1966. Il subit une rénovation en 2009[16].

Le Kalamazoo Aviation History Museum, aussi appelé Air Zoo, à Portage (Michigan), entrepose dans son East Campus building la section arrière du missile Redstone CC-2031[77],[78]. Le musée possède également la section centrale et d’empennage du Redstone CC-2007, qui étaient auparavant exposés au Michigan Space & Science Center. Celui-ci se serait vu attribuer ce Redstone en 1977[79]. Ces éléments ont été restaurés et reconfigurés visuellement afin de représenter un lanceur Mercury-Redstone,[80].

Un missile Redstone est exposé au National Museum of Nuclear Science and History, à Albuquerque (Nouveau-Mexique)[81]. Une polémique a éclaté lorsque le musée s'est installé dans le quartier des musées d'Old Town et a érigé son missile Redstone à l'angle de la 20e Street and Mountain Road NW[82],[83]. Certains ont vu dans l'installation de cette fusée, dans un quartier de la ville fréquenté par les amateurs d'art et les familles avec enfants, le symbole de l'influence omniprésente du complexe militaro-industriel à Albuquerque et au Nouveau-Mexique. D'autres ont estimé que cette fusée contribuait à donner une image fidèle de l'implication du Nouveau-Mexique dans l'ère nucléaire[84]. Avec l'ouverture du nouveau musée, la fusée Redstone a été transférée sur le site d'Eubank. Toujours au Nouveau-Mexique, un missile Redstone est également en exposition au White Sands Missile Range Museum (désert de White Sands)[85]. Enfin, un missile Redstone est entreposé dans le Museum Support Center du Musée de l’histoire spatiale du Nouveau-Mexique (Alamogordo), en attente de restauration parmi d’autres objets[86].

Annexes

modifier

Historique des vols

modifier
Historique des vols
Vol n° Numéro de série Date de lancement Site de lancement Pad de tir Charge utile particulière Notes Résultat Image
1 RS-01 /
RS-XH
Cap Canaveral LC-4 Échec : environ 80 secondes après le décollage, le système de contrôle LEV-3 subit un dysfonctionnement. Commande de coupure au sol donnée. causant l'échec du test Échec sans cadre
2 RS-02 /
RS-XU
Cap Canaveral LC-4 Succès
3 RS-03 /
RS-XN
Cap Canaveral LC-4 Échec
4 RS-04 /
RS-XT
Cap Canaveral LC-4 Échec : Un dysfonctionnement du régulateur du générateur de vapeur a causé une chute de la pression de combustion. Échec sans cadre
5 RS-06 /
RS-XV
Cap Canaveral LC-4 Échec : La manœuvre de lacet programmée au sol a causé une perte de contrôle du missile à 80 secondes, provoquant un comportement erratique de la centrale. Erreur humaine dans la sélection des impulsions de manœuvre de lacet. Échec sans cadre
6 RS-08 /
RS-XL
Cap Canaveral LC-4 Échec sans cadre
7 RS-09 /
RS-XE
Cap Canaveral LC-6 Échec : environ 310 secondes après le décollage, le système de guidance subit un dysfonctionnement dû à une perte de pression, causant l'échec du test Échec sans cadre
8 RS-10 /
RS-HX
Cap Canaveral LC-6 Échec
9 RS-07 /
RS-XI
Cap Canaveral LC-6 Échec
10 CC-46 /
CC-TV
Cap Canaveral LC-6 Note : Test du kit d'adaptation Hardtack Succès
11 CC-43 /
CC-TN
Cap Canaveral LC-6 Succès sans cadre
12 RS-1002 Cap Canaveral LC-5 Note : Tiré par le 217e bataillon. Succès sans cadre
13 CC-1004 Polygone d'essais de missile de White Sands LC36 Note : Tiré par le 217e bataillon. Succès sans cadre
14 CC-48 /
CC-TL
Cap Canaveral LC-6 Échec
15 CC-50 /
CC-SX
Atoll Johnston LC-1 Hardtack-1 Teak (Ogive W39) / 4 Capsules Note : Premier essai d'arme nucléaire lancé par fusée. Nike-Zeus ABM pris en charge Échec
16 CC-51 /
CC-SH
Atoll Johnston LC-2 Hardtack-1 Orange (Ogive W39) / 4 Capsules Échec sans cadre
17 CC-56 /
CC-SV
Cap Canaveral LC-6 Note : Manœuvre programmée à la rentrée et à l'impact en eau profonde. Enquête précise impossible Échec sans cadre
18 CC-57 /
CC-SI
Cap Canaveral LC-6 Succès
19 CC-1010 Polygone d'essais de missile de White Sands ALA-3 Note : Aussi la première fusée à tir statique à Polygone d'essais de missile de White Sands ? Tiré par le 46e groupe de missiles d'artillerie de campagne Échec sans cadre
20 CC-1011 Polygone d'essais de missile de White Sands ALA-3 Note : Tiré par le 46e groupe de missiles d'artillerie de campagne Échec
21 CC-1016 Polygone d'essais de missile de White Sands ALA-3 Succès
22 CC-1013 Polygone d'essais de missile de White Sands ALA-3 Échec sans cadre
23 CC-2003 Cap Canaveral LC-26A Échec sans cadre
24 CC-2004 Cap Canaveral LC-26A Échec
25 CC-1018 Polygone d'essais de missile de White Sands ALA-3 Transport d'une capsule TV-1 Succès
26 CC-2011 Polygone d'essais de missile de White Sands ALA-3 Transport d'une capsule TV-1 Succès
26 CC-2014 Polygone d'essais de missile de White Sands ALA-3 Transport d'une capsule TV-1 Note : Tiré par la 46e batterie A du FAMG Succès
28 CC-2020 Cap Canaveral LC-6 Échec sans cadre
29 CC-2021 Polygone d'essais de missile de White Sands ALA-3 Transport d'une capsule TV-1 Succès
30 CC-1019 Fort Wingate LC-1 Succès
31 CC-2023 Cap Canaveral LC-6 Échec
32 CC-2037 Cap Canaveral LC-6 Échec sans cadre
33 CC-2022 Polygone d'essais de missile de White Sands ALA-3 Transport d'une capsule TV-1 Note : Tiré par la 46e batterie B du FAMG. Le missile possède une unité de poussée d'un missile Redstone tactique et d'une unité arrière avec une section d'ogive de missile Redstone R&D. Échec sans cadre
34 CC-2038 Cap Canaveral LC-6 Succès
35 CC-2040 Cap Canaveral LC-6 Succès sans cadre
36 CC-2042 Cap Canaveral LC-6 Succès
37 CC-2043 Cap Canaveral LC-6 Échec sans cadre
38 CC-1005 Fort Wingate LC-1 Succès sans cadre
39 CC-1009 Fort Wingate LC-1 Échec sans cadre
40 CC-1006 Fort Wingate LC-1 Succès
41 CC-1012 Fort Wingate LC-1 Succès
42 CC-1008 Polygone d'essais de missile de White Sands ZURF Succès
43 CC-1014 Fort Wingate LC-1 Succès
44 CC-1017 Fort Wingate LC-1 Succès
45 CC-1007 Fort Wingate LC-1 Semi-échec
46 CC-1015 Fort Wingate LC-1 Semi-échec
47 CC-2033 Fort Wingate Succès
48 CC-2015 Fort Wingate LC-1 Échec
49 CC-2044 Fort Wingate LC-1 Succès
50 CC-2005 Fort Wingate LC-1 Succès sans cadre
51 CC-2008 Fort Wingate LC-1 Succès sans cadre
52 CC-2036 Île San Nicolas LC-1 Succès
53 20?? Île San Nicolas LC-1 ?

Opérateurs

modifier
Drapeau des États-Unis États-Unis
United States Army
  • 40e Field Artillery Group 1958–1961 – West Germany[87]
    • 1er Battalion, 333 rd Artillery Regiment
  • 46e Field Artillery Group 1959–1961 – West Germany[87]
    • 2e Battalion, 333 rd Artillery Regiment
  • 209e Field Artillery Group – Fort Sill, Oklahoma[JB 62]
    • 4e Bn, 333 rd Artillery Regiment

Données techniques

modifier
Comparaison des données techniques entre la conception préliminaire du missile Redstone et la version tactique Block II[JB 63],[JB 39],[JB 64]
Version Redstone préliminaire (1951) Redstone tactique Block II (1960)
Portée 287 km 93 à 324 km
Masse Masse à vide 7 843 kg 7319 kg
Masse au décollage 25 623 kg 27 763 kg
Masse d'alcool 7 711 kg 8 543 kg
Masse de peroxyde d'hydrogène 308 kg 434 kg (air inclus)
Masse d'oxygène liquide (LOx) 9 761 kg 11 467 kg
Dimensions Longueur 19,2 m 21,1 m
Largeur 1.8 m 1.8 m
Phase Coupure 110 s 98 à 119,5 s
Impact 370 s 288 à 375 s
Altitude 94,5 km 91,7 km
Vitesse à la coupure du moteur 5 325 km/h (4,3 Mach) 3 581 km/h (2,9 Mach) à 5 927 km/h (4,8 Mach)
Pousée du moteur 347 kN

Besoin en fonds

modifier
Besoins en fond du programme (en million d'USD)[JB 65]
Années fiscales Développement Achat d'équipements et de missiles pour l'armée Total
Recherche, développement, essais et évaluation Achat d'équipements et de missiles pour l'armée
Antérieur à 1957 78,1 126,3 204,4
1957 7,0 9,7 73,8 90,5
1958 4,4 6,6 104,2 115,2
1959 1,0 81,9 82,9
1960 4,3 12,5 16,8
1961 1,9 2,2 (dont 4.9 reportés) 9,0
1962 5,4 (dont 0,3 reportés) 5,7
1963 0,4 0,4
Total 96,7 142,6 285,6 524,9

Achats et livraisons

modifier
Achats et livraisons[JB 66]
Années fiscales Missile Équipement au sol
Recherche et développement Production Non-tactique Tactique
Approvisionnement Livraison par assemblage Approvisionnement Livraison par assemblage Approvisionnement Livraison Approvisionnement Livraison
Ingénierie Assemblage Ingénierie Assemblage
Antérieur à 1957 57 52 16 16 2
1957 5 19 17 7 2 3
1958 16 20 10 6 1 1
1959 6 9 45 15 1 3
1960 31 1
1961 1 10
1962
1963
Total 57 62 63 3 4

Chiffres de production et usage

modifier
Tableau récapitulatif de la production par fabriquant, version, et de l'usage du missile Redstone[JB 65]
Version Total construit Construit par Usage
Arsenal de Redstone Crysler Corporation Missile Division Lancement Autre
R&D 43 20 23 37 6, dont 1 essai de transport (mis à la ferraille), 2 essais de fiabilité (misent à la ferraille), 1 essai d'hivernisation (mis à la ferraille), 1 conservé par l'ATRSA et 1 d'entraînement (mis à la ferraille).
Spécialisé Jupiter-C 12 5 7 9 3, dont 1 mis à la ferraille et 2 essais de la structure
Mercury 8 2 6 6 2 misent à la ferraille
Hardtack 2 2 2
Block I 19 19 2, dont 1 d'entraînement du Michigan Ordnance Missile Plant (MOMP) et 1 détruit lors d'un essai d'explosion
Block II 44 44 18 26, dont 12 affectés au stock MOMP, 10 déployés, 1 d'entraînement du MOMP, 1 au centre d’essais du MOMP, 1 d'entraînement à Fort Sill et 1 mis à la ferraille

Ouvrages historiques

modifier

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • (en) John W. Bullard, History of the Redstone Missile System, , 199 p. (lire en ligne Accès libre). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • (en) James M. Grimwood et Frances Strowd, History of the Jupiter Missile System, , 182 p. (lire en ligne Accès libre). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • (en) Julian H Braun, History of Rocketry and Astronautics, (lire en ligne Accès libre), chap. 5 The Legacy of Hermes »). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • (en) Robert E. Bilstein et Stephen P. Waring, Power to Explore : A History of Marshall Space Flight Center 1960-1990, NASA, coll. « The NASA History Series » (no SP-4313), , 707 p. (lire en ligne). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • (en) Wernher von Braun, The Redstone, Jupiter, and Juno, vol. 4, coll. « Technology and Culture », , 707 p. (DOI 10.2307/3101379 Accès limité, lire en ligne). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • (en) Ermt Stuhtlinger, The Story of Explorer 1, Huntsville, Alabama, , 21 p. (lire en ligne Accès libre). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • (en) Chuck Hansen, US Nuclear Weapons : the Secret Historys, , 232 p. (ISBN 0517567407, lire en ligne Inscription nécessaire). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • (en) Janice E. McKenney, History of U.S. Field Artillery 1775-2003, , 394 p. (ISBN 979-8321615348, lire en ligne Accès libre). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • (en) Harry Craft, Technology for the Stars: Extending Our Reach, George C. Marshall Space Flight Center, coll. « Technical Memorandum (TM) » (no 108501), , 199 p. (lire en ligne Accès libre)
  • (en) Robert E. Bilstein, Stages to Saturn a technological history of Apollo/Saturn Launch vehicles, University Press of Florida, (ISBN 0-16-048909-1, lire en ligne). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • (en) Bill Gunston, The Illustrated Encyclopedia of the World's Rockets & Missiles : A Comprehensive Technical Directory and History of the Military Guided Missile Systems of the 20th Century, Crescent Books, , 264 p. (ISBN 0517268701, LCCN 78011174, lire en ligne). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • (en) David Baker, The Rocket: The History and Development of Rocket & Missile Technology, Crown, , 276 p. (ISBN 0517534045, LCCN 78000273, lire en ligne)

Ouvrages techniques

modifier

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • (en) Chrysler Corporation Missile Division, This is Redstone, 260 p. (lire en ligne Accès libre), Extrait 1/3, 2/3 & 3/3. Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • (en) US Army, The Redstone Missile System, Fort Sill, Oklahoma, US Army, , 39 p. (lire en ligne)
  • (en) US Army, The Redstone Missile System, Fort Sill, Oklahoma, US Army, , 38 p. (lire en ligne). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • (en) George C. Marshall Space Flight Center, National Aeronautics and Space Administration, Umbilical System, V2 to Saturn V, Huntsville, Alabama, , 165 p. (lire en ligne), Section II
  • (en) US Army, Ground Handling Equipment for Redstone Missile System, , 50 p. (lire en ligne)

Field Manual (FM)

modifier
  • (en) Headquarters, Department of the Army, Field Artillery Missile Redstone, US Army, coll. « Department of the Army Field Manual » (no FM 6-35), , 20 p. (lire en ligne)
  • (en) Headquarters, Department of the Army, Field Artillery Missile Redstone, US Army, coll. « Department of the Army Field Manual » (no FM 6-35), , 36 p. (lire en ligne)
  • (en) U.S. Army War College, Field Artillery Missile Groupe (Redstone) (U), US Army, coll. « Department of the Army Field Manual » (no FM 6-25), , 140 p. (lire en ligne)
  • (en) U.S. Army War College, Field Artillery Missile Battalion (Redstone) (U), US Army, coll. « Department of the Army Field Manual » (no FM 6-25), , 140 p. (lire en ligne)
  • (en) Headquarters, Department of the Army, Field Artillery Missile Redstone Firing Procedures, US Army, coll. « Department of the Army Field Manual » (no FM 6-36), , 142 p. (lire en ligne)

Articles

modifier
  • (en) DE NOYA, LOUIS L., « Engineers in the Redstone Missile System. », The Military Engineer, vol. 29, no 332, (JSTOR 44560675, lire en ligne Accès limité)
  • (en) The Florence Time, « Two Indictments Against Miss Foust Thrown Out », Journalière, , p. 12 (lire en ligne)

Page 3, section 2 : Présentation de la production du fuselage du Redstone dans les locaux de Reynolds Metals Company.

modifier

Articles connexes

modifier

Liens externes

modifier

Notes et références

modifier
  1. En tant qu’arme à proprement parler, le Redstone était classé comme un projectile balistique de type fusée sol-sol à longue portée. Toutefois, il était généralement considéré comme un missile de moyenne portée (Medium Range Ballistic Missile, ou MRBM), inférieur à 500 miles (805 km).
  2. Les trois premières lettres SSM (Surface-to-Surface Missile[CCMD 1]), indiquent qu'il s'agit d'un missile sol-sol, tandis que la lettre G identifie l'organisme opérateur, en l'occurrence l'US Army.
  3. La lettre X indiquant qu'il s'agissait d'un modèle expérimental ou destiné aux essais.
  4. la première lettre P provient de Soft Pad (voulant signifier que plateforme de lancement fixe en surface, mais non protégée) indiquant donc que le missile peut être lancé depuis une plateforme de lancement. La seconde lettre G indique que le missile doit attaquer un objet au sol. La troisième lettre M signale que c'est un drone, cible ou non, ou en l’occurence ici d'un missile guidé.
  5. L'Ordnance Research and Development Division Suboffice (Rocket) posa les fondations de ce qui deviendra l'Ordnance Guided Missile Center[10].
  6. Kaufman Thuma Keller (1885-1966) est un dirigeant industriel américain, principalement connu pour avoir présidé la Chrysler Corporation de à , après une carrière dans l'industrie automobile commencée au début du XXe siècle. Après la Seconde Guerre mondiale, il dirige l'US. Guided Missile Program, chargé d’accélérer la production des missiles, de soutenir leur développement et de coordonner les recherches dans ce domaine. L’ensemble des activités américaines liées aux missiles est alors placé sous la supervision de Keller[17].
  7. Vers 1947, une partie l'équipe de von Braun se rendirent chez North American Aviation (NAA) pour participer à l'élaboration d'un programme de conception de moteurs-fusées à propergol liquide de grande taille. Ce programme mena à la création de la division Rocketdyne de NAA, ayant conçue les moteurs-fusées de la firme.
  8. Les ogives W-15, W-27 et XW-46 furent également considérées pour le missile Redstone.
  9. À partir du , l'Ordnance Guided Missile Center (OGMC) est désormais connu sous le nom de Guided Missile Development Division (GMDD).

Références

modifier

History of the Redstone Missile System, John W. Bullard, 1965

modifier
  1. Bullard 1965, p. 23-24.
  2. 1 2 Bullard 1965, p. 162.
  3. Bullard 1965, p. 7.
  4. Bullard 1965, p. 14.
  5. 1 2 Bullard 1965, p. 17.
  6. Bullard 1965, p. 13.
  7. Bullard 1965, p. 18.
  8. Bullard 1965, p. 24-25.
  9. Bullard 1965, p. 22.
  10. 1 2 Bullard 1965, p. 23.
  11. 1 2 3 Bullard 1965, p. 24.
  12. Bullard 1965, p. 25.
  13. Bullard 1965, p. 32.
  14. Bullard 1965, p. 35.
  15. Bullard 1965, p. 35-36.
  16. Bullard 1965, p. 36-37.
  17. Bullard 1965, p. 38-39.
  18. Bullard 1965, p. 39-40.
  19. Bullard 1965, p. 45-46.
  20. Bullard 1965, p. 47-48.
  21. Bullard 1965, p. 54-55.
  22. Bullard 1965, p. 58.
  23. Bullard 1965, p. 59-61.
  24. Bullard 1965, p. 61-62.
  25. Bullard 1965, p. 62-64.
  26. Bullard 1965, p. 65.
  27. Bullard 1965, p. 67.
  28. Bullard 1965, p. 69.
  29. Bullard 1965, p. 102.
  30. Bullard 1965, p. 79.
  31. Bullard 1965, p. 80.
  32. Bullard 1965, p. 81-82.
  33. Bullard 1965, p. 82-83.
  34. Bullard 1965, p. 83.
  35. Bullard 1965, p. 92-93.
  36. Bullard 1965, p. 93.
  37. Bullard 1965, p. 90.
  38. Bullard 1965, p. 97-98.
  39. 1 2 3 Bullard 1965, p. 98.
  40. Bullard 1965, p. 125-126.
  41. Bullard 1965, p. 126-127.
  42. Bullard 1965, p. 129.
  43. Bullard 1965, p. 129-130.
  44. 1 2 Bullard 1965, p. 130.
  45. Bullard 1965, p. 103.
  46. Bullard 1965, p. 105 - 106.
  47. Bullard 1965, p. 112.
  48. Bullard 1965, p. 136-138.
  49. 1 2 Bullard 1965, p. 140.
  50. Bullard 1965, p. 142.
  51. Bullard 1965, p. 139-140.
  52. Bullard 1965, p. 144.
  53. Bullard 1965, p. 148.
  54. Bullard 1965, p. 150-151.
  55. Bullard 1965, p. 160-161.
  56. Bullard 1965, p. 154.
  57. Bullard 1965, p. 155.
  58. Bullard 1965, p. 151-152.
  59. Bullard 1965, p. 152-154.
  60. Bullard 1965, p. 155-156.
  61. Bullard 1965, p. 156.
  62. Bullard 1965, p. 115.
  63. Bullard 1965, p. 54.
  64. Bullard 1965, p. 100.
  65. 1 2 Bullard 1965, p. 173.
  66. Bullard 1965, p. 104.

The Redstone, Jupiter, and Juno, Wernher von Braun, 1963

modifier
  1. von Braun 1963, p. 453.
  2. 1 2 3 4 von Braun 1963, p. 454.
  3. von Braun 1963, p. 455.
  4. 1 2 von Braun 1963, p. 456.
  5. von Braun 1963, p. 457.
  6. von Braun 1963, p. 456-458.

This is Redstone, Chrysler Corporation Missile Division, 1965

modifier

Autres sources

modifier
  1. (en) Andreas Parsch, « Chrysler SSM-A-14/M8/PGM-11 Redstone », sur designation-systems.net (consulté le ).
  2. (en) Andreas Parsch, « Pre-1963 Designations Of U.S. Missiles And Drones » Accès libre, sur www.designation-systems.net (consulté le )
  3. (en) Andreas Parsch, « Current Designations of U.S. Unmanned Military Aerospace Vehicles » (consulté le ).
  4. (en) Marshall Space Flight Center, Test Stand (Redstone Missile Test Stand) (The Interim Test Stand), coll. « Historic American Engineering Record (HAER), No. AL-129-A », , 79 p. (lire en ligne), p. 34
  5. (en) Cliff Lethbridge, « Jupiter-C fact sheet » (consulté le )
  6. (en) NASA, « SP-4402 Origins of NASA Names », sur history.nasa.gov (consulté le )
  7. 1 2 Braun 1997, p. 135-136.
  8. Braun 1997, p. 137.
  9. Braun 1997, p. 138.
  10. (en) Matthew J. Seelinger, « The PGM-11 Redstone », On Point, vol. 19, no 4, , p. 15 (JSTOR 26364228, lire en ligne Accès limité)
  11. Braun 1997, p. 138-139.
  12. (en) Susan I. Enscore, « Operation Paperclip at Fort Bliss: 1945-1950 » Accès libre, sur wsmrmuseum.com, (consulté le )
  13. Bilstein 1999, p. 14.
  14. (en) Cliff Lethbridge, « Redstone Fact Sheet » Accès libre, sur spaceline.org (consulté le )
  15. 1 2 Bilstein 1999, p. 19.
  16. 1 2 (en) « Redstone » Accès libre, sur ccspacemuseum.org (consulté le )
  17. (en) « Kaufman Thuma Keller » Accès libre, sur ktkeller.weebly.com (consulté le )
  18. (en) Christopher John Gainor, The United States Air Force and the Emergence of the Intercontinental Ballistic Missile 1945 - 1954, Edmonton, Alberta, University of Alberta, , 350 p. (DOI 10.7939/R3593N, lire en ligne), p. 235
  19. Craft 1995, p. 213.
  20. 1 2 Hansen 1988, p. 195.
  21. (en) John Uri, « 70 Years Ago: First Redstone Launch From Cape Canaveral » Accès libre, sur nasa.gov, (consulté le )
  22. (en) Kimble D. McCutcheon, « U.S. Manned Rocket Propulsion Evolution, Part 4.1: The Redstone Missile » Accès libre, sur enginehistory.org (consulté le )
  23. (en) « Marshall Space Flight Center, Redstone Rocket (Missile) Test Stand, Dodd Road, Huntsville, Madison County, AL » Accès libre, sur loc.go (consulté le )
  24. Gunston 1979, p. 37.
  25. McKenny 2007, p. 217.
  26. 1 2 US Army Artillery and Missile School mars 1961, p. 42-43.
  27. (en) « Redstone MRBM Bases » Accès libre, sur geocities.com (consulté le )
  28. 1 2 3 (en) « Appendix A: The Redstone Missile In Detail » Accès libre, sur myarmyredstonedays.com (consulté le )
    1. 1 2 Characteristics
    2. The Redstone Handling Equipment
    3. 1 2 Missile Description
    4. Rocket Engine Operation
  29. US Army Artillery and Missile School juillet 1960, p. 42.
  30. The Redstone Missile System 1960, p. 30-31.
  31. 1 2 (en) « Redstone Missile » Accès libre, sur atlasobscura.com (consulté le )
  32. (en) « Redstone missile result of army-industry teamwork », Electrical Engineering, vol. 76, no 10, , p. 936 (DOI 10.1109/EE.1957.6442783, lire en ligne Accès limité [PDF])
  33. Stuhlinger 1978, p. 4.
  34. Stuhlinger 1978, p. 5-6.
  35. Stuhlinger 1978, p. 8.
  36. Stuhlinger 1978, p. 10-11.
  37. Bullard 1965, p. 161-162.
  38. (en) Mitchell R. Sharpe et Bettye B. Burkhatler, History of Rocketry and Astronautics, American Astronautical Society, coll. « AAS History Series » (no 17), (lire en ligne), chap. 20 Mercury-Redstone: The First American Man-Rated Space Launch Vehicle »)
  39. 1 2 (en) Andrew LePage, « Australia's First Satellite & The Last Redstone » Accès libre, sur drewexmachina.com, (consulté le )
  40. (en) Michael Getler, « Navy Firing at Redstone targets », Missiles and Rockets, , p. 16-17 (lire en ligne Accès libre [html])
  41. Grimwood et Strowd 1962, p. 1.
  42. 1 2 (en) Robert V. Gates, Missile Development 1945-1960: A Winding Path, vol. 71, coll. « Journal of the Air Force Historical Foundation » (no 2), , 139-145 p. (JSTOR 48786360, lire en ligne Accès limité)
  43. Grimwood et Strowd 1962, p. 2-3.
  44. McKenny 2007, p. 218.
  45. (en) « Missiles for the Army », Ordnance, vol. 41, no 218, , p. 219 (JSTOR 45361433, lire en ligne Accès limité)
  46. Bilstein 1980, p. 30.
  47. Bilstein 1980, p. 77.
  48. Hansen 1988, p. 75.
  49. 1 2 3 (en) « Redstone Missile Overview » Accès libre, sur heroicrelics.org (consulté le )
  50. (en) Kimble D. McCutcheon, « U.S. Manned Rocket Propulsion Evolution : Part 4.1: The Redstone Missile » Accès libre, sur enginehistory.org, (consulté le )
  51. (en) Umbilical Systems : V2 to Saturn V, NASA, , 166 p. (lire en ligne), p. 46
  52. 1 2 (en) « Redstone Rocket Engines (A-6 and A-7) » Accès libre, sur http://heroicrelics.org/info/redstone/redstone-engines.html (consulté le )
  53. (en) Andrew J. LePage, « Old Reliable: The story of the Redstone » Accès libre, sur thespacereview.com, (consulté le )
  54. (en) « Complete List of All U.S. Nuclear Weapons » Accès libre, sur nuclearweaponarchive.org (consulté le ).
  55. (en) « Redstone Missile Warhead Section » Accès libre, sur heroicrelics.org (consulté le )
  56. (en) « Redstone Missile Aft Unit » Accès libre, sur heroicrelics.org (consulté le )
  57. 1 2 [image] Comparaison entre le Missile Redstone, Jupiter-C et Mercury-Redstone
  58. (en) Mike Jetzer/heroicrelics.org, « Redstone Missile Center Unit (Propellant tanks) » Accès libre, sur heroicrelics.org (consulté le ).
  59. (en) Mike Jetzer/heroicrelics.org, « Redstone Missile Tail Unit » Accès libre, sur heroicrelics.org (consulté le ).
  60. (en) Roger E Bilstein, Stages to Saturn: A Technological History of the Apollo/Saturn Launch Vehicles, National Aeronautics and Space Administration (NASA), , 511 p. (ISBN 9780160489099, lire en ligne), p. 243
  61. (en) « Redstone ST-80 Stabilized Platform » Accès libre, sur heroicrelics.org (consulté le )
  62. US Army août 1960, p. 13-14.
  63. (en) « Redstone Missile Tail Unit » Accès libre, sur heroicrelics.org (consulté le )
  64. US Army août 1960, p. 8-13.
  65. (en) Michelle Young, « Daily What?! The False Myth of the Redstone Rocket in Grand Central Terminal » Accès libre, sur untappedcities.com, (consulté le )
  66. (en) « ATOMIC MISSILE ON DISPLAY HERE; Army's Supersonic Redstone, 63 Feet Tall, Begins 3-Week Show at Grand Central », The New York Times, (lire en ligne Accès libre)
  67. (en) « Rocket Park » Accès libre, US Space and Rocket Center (consulté le ).
  68. (en) « Rocket Row ribbon cutting marks return of rocket center's 'spaceline' » Accès libre, sur collectspace.com, (consulté le )
  69. (en) « MSFC Rocket Garden » [archive du ], sur Heroic Relics (consulté le ).
  70. (en) « Battleship Park » [archive du ], sur Heroic Relics (consulté le ).
  71. (en) « Space Flight » [archive du ], Evergreen Aviation Museum (consulté le ).
  72. (en) « U.S. PGM-11 Redstone Missile » Accès libre, sur hmdb.org (consulté le )
  73. (en) « PGM-11 Redstone » Accès libre, sur pimaair.org (consulté le )
  74. (en) « Redstone Missile » Accès libre, sur airandspace.si.edu (consulté le )
  75. (en) « Redstone Nuclear Warhead » [archive du ], Kansas Cosmosphere (consulté le ).
  76. (en) « Redstone Aft Unit and Warhead Section » Accès libre, sur heroicrelics.org (consulté le )
  77. (en) « Redstone Aft Unit » Accès libre, sur heroicrelics.or (consulté le )
  78. (en) « dsca1410.jpg » Accès libre, sur heroicrelics.org (consulté le )
  79. (en) « dscc0610.jpg » Accès libre, sur heroicrelics.org (consulté le )
  80. (en) « Mercury-Redstone » Accès libre, sur heroicrelics.org (consulté le )
  81. (en) « Bomarc, Mace, Snark, Redstone, Minuteman II missiles » [archive du ], National Museum of Nuclear Science and History (consulté le ).
  82. (en) « Albuquerque War Missile Protest Alert! », sur Global Network Against Weapons and Nuclear Power in Space, (consulté le )
  83. (en) « Vue Street View du National Atomic Museum montrant la base de la fusée Redstone », sur Google Maps (consulté le )
  84. (en) « Expect balanced history at new Atomic Museum », sur Albuquerque Tribune, (consulté le )
  85. (en) « Redstone » [archive du ], White Sands Missile Range Museum (consulté le ).
  86. (en) « Redstone Ballistic Missile (M8) » Accès libre, sur nmspacemuseum.org/ (consulté le )
  87. 1 2 (en) « USAREUR Units & Kasernes, 1945 - 1989 », sur usarmygermany.com.