Paolo Mantegazza

médecin, écrivain et homme politique italien
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Paolo Mantegazza, né le à Monza et mort le à San Terenzo, une frazione de la commune de Lerici, est un médecin, physiologiste, anthropologue et écrivain italien.

Paolo Mantegazza
Paolo Mantegazza.
Fonctions
Député
XIIe législature du royaume d'Italie
-
Député
XIe législature du royaume d'Italie
-
Député
Xe législature du royaume d'Italie
-
Député
IXe législature du royaume d'Italie
-
Sénateur du royaume d'Italie
Biographie
Naissance
Décès
(à 78 ans)
San Terenzo, Lerici (Italie)
Nationalité
Formation
Activité
Médecin, anthropologue, physiologiste, écrivain, homme politique
Mère
Conjoint
Jacobina Tejada Montemajor
Autres informations
A travaillé pour
Université de Pavie
Institut d'études supérieures de Florence
Mouvement
Site web
Distinction

Formé à la médecine à Pavie, il séjourne de 1854 à 1858 en Amérique du Sud, où il observe la consommation de coca par les populations andines. Le mémoire qu'il en tire, couronné en 1858 par le prix Dell'Acqua, constitue le premier traité européen consacré aux propriétés psychoactives de cette plante ; Sigmund Freud le cite dans Über Coca en 1884.

Titulaire à partir de 1860 de la chaire de pathologie générale de l'université de Pavie, il y installe un laboratoire de pathologie expérimentale où se forment Giulio Bizzozero et Camillo Golgi. Il obtient en 1869 la création à Florence de la première chaire d'anthropologie d'Italie et fonde la même année le Musée national d'anthropologie et d'ethnologie.

Député de 1865 à 1876 puis sénateur du royaume, défenseur du darwinisme et correspondant de Charles Darwin, il publie des centaines de textes, dont une série de « physiologies » consacrées à l'amour, au plaisir ou à la douleur. Ses classifications hiérarchiques des populations humaines et ses expérimentations sur la douleur animale font l'objet de réexamens dans l'historiographie contemporaine.

Biographie

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Origines et formation

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Paolo Mantegazza est le fils de Giovanni Battista Mantegazza et de Laura Solera Mantegazza (it), philanthrope milanaise fondatrice de plusieurs œuvres en faveur de l'enfance[1],[2]. En mars 1848, âgé de seize ans, il prend part aux Cinq journées de Milan aux côtés de sa mère[1].

Il étudie la médecine à Pise, à Milan puis à l'université de Pavie, où il obtient son doctorat en 1854 sous la direction de l'anatomiste Bartolomeo Panizza[1],[3].

Séjour sud-américain

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Après ses études, il voyage en Europe puis gagne l'Amérique du Sud, où il demeure de 1854 à 1858[3],[4]. Son itinéraire le conduit en Argentine, au Paraguay et en Bolivie ; il y exerce la médecine et y recueille des observations naturalistes, botaniques et ethnographiques[1]. En 1856, en Argentine, il épouse Jacobina Tejada Montemajor, dont il aura quatre enfants[1].

Les matériaux réunis durant ce séjour alimentent les deux volumes de Sulla America meridionale. Lettere mediche, publiés entre 1858 et 1860[1].

Milan et Pavie

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De retour à Milan en 1858, Mantegazza exerce d'abord à titre privé, puis comme assistant sans rémunération à l'Ospedale Maggiore[2],[1]. Il est admis la même année à la Société milanaise d'encouragement des sciences, lettres et arts. En 1859, durant la deuxième guerre d'indépendance, il assiste les blessés à l'hôpital militaire Sant'Ambrogio ; l'année suivante, il est élu conseiller municipal de Milan et siège dans plusieurs commissions sanitaires[2].

En 1860, à l'issue d'un concours, il devient professeur ordinaire de pathologie générale à l'université de Pavie[2],[3]. Il y installe un laboratoire de pathologie expérimentale, présenté comme le premier de ce type en Europe, où se forment l'histologue Giulio Bizzozero et le futur lauréat du prix Nobel de physiologie ou médecine Camillo Golgi[1],[5]. Ses recherches portent notamment sur les greffes[5],[6]. C'est également à Pavie qu'il rencontre Cesare Lombroso, avec lequel les rapports demeurent contrastés[1].

Florence et la fondation de l'anthropologie italienne

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Élu député, Paolo Mantegazza s'installe à Florence, alors capitale du royaume d'Italie, et son activité scientifique passe de la pathologie à l'anthropologie[4]. L'obtention de la chaire requiert la mobilisation de ses appuis politiques, notamment auprès du ministre de l'Instruction publique[6].

Le , il reçoit la charge d'enseignement d'anthropologie à la section de philosophie et philologie de l'Institut royal d'études supérieures de Florence : c'est la première chaire d'anthropologie officialisée en Italie[7], et selon plusieurs travaux, en Europe[8]. Il commence à enseigner en 1870[6],[9].

La même année, il fonde le Musée national d'anthropologie et d'ethnologie[1],[7], premier établissement de ce type au monde[6]. En 1871, avec Felice Finzi[10], il crée la Société italienne d'anthropologie et d'ethnologie ainsi que la revue Archivio per l'antropologia e la etnologia, toujours publiée[1],[4].

Carrière politique

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Selon son autobiographie politique, Mantegazza est incité à se porter candidat aux élections de 1865 par les milieux libéraux de la Brianza ; la circonscription de Monza lui est favorable, le député sortant Andrea Lissoni (it) ayant renoncé[4].

Il siège à la Chambre des députés de 1865 à 1876 comme représentant de Monza, puis est nommé sénateur du royaume en 1876[9],[3].

Dernières années

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Paolo Mantegazza décède le dans sa résidence d'été de San Terenzo, hameau de la commune de Lerici, à l'âge de 78 ans[4],[5].

Travaux scientifiques

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Le mémoire sur la coca

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De retour d'Amérique du Sud, Paolo Mantegazza expérimente la mastication de feuilles de coca et rédige un mémoire intitulé Sulle virtù igieniche e medicinali della coca e sugli alimenti nervosi in generale, auquel l'Ospedale Maggiore de Milan décerne le prix Dell'Acqua en 1858 ; le texte paraît l'année suivante[2],[11].

Le mémoire rassemble sous la catégorie d'alimenti nervosi ( « aliments nerveux » ) des dizaines de substances psychoactives, dont le café, la coca et le tabac, en formulant l'hypothèse qu'elles partagent la capacité de stimuler le système nerveux. Il s'agit de la première théorie systématique des drogues due à un scientifique européen moderne[12].

Mantegazza y décrit les effets observés chez les populations andines, chez qui la mastication continue de feuilles produit une énergie qui les rend résistantes à la faim, au froid et aux travaux pénibles en altitude, puis examine les effets de la plante sur la digestion[11].

Ce travail est cité par Sigmund Freud dans Über Coca en 1884[11]. Mantegazza est le premier à soutenir que la coca possède des qualités psychoactives et à en préconiser l'introduction dans la pharmacopée européenne[13].

Il n'est en revanche pas l'auteur de l'isolement du principe actif de la plante, contrairement à ce qu'affirment plusieurs notices. En effet la cocaïne est extraite des feuilles par le chimiste Albert Niemann, élève de Friedrich Wöhler à Göttingen, la même année, en 1859[11],[13].

Darwinisme

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Paolo Mantegazza figure parmi les propagateurs du darwinisme en Italie[5],[4]. Il correspond avec Charles Darwin de 1868 à 1875[4],[2] sans adhérer à l'ensemble de ses thèses : il articule en six points ses objections à la sélection sexuelle et à la pangenèse[7].

Anthropologie

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L'anthropologie italienne se constitue comme discipline au moment de la construction de l'État-nation, contexte dans lequel s'inscrit l'entreprise de Paolo Mantegazza[8]. Ses travaux de critique craniologique portent sur ce qu'il nomme « les caractères hiérarchiques du crâne humain »[7]. La collection de moulages en plâtre réunie par le musée a fait l'objet d'analyses portant sur le rôle des dispositifs muséographiques dans la construction des catégories raciales[8].

Controverses sur la vivisection

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Les expérimentations de Paolo Mantegazza sur la douleur animale suscitent des critiques de son vivant, en Italie comme à l'étranger[14].

Sa Fisiologia del dolore, publiée à Florence en 1880, fournit la matière principale de ces controverses. L'ouvrage justifie des degrés d'empathie différenciés selon la proximité des êtres avec l'homme, position qui rompt avec les affirmations sur la fraternité et la continuité des créatures vivantes présentes dans ses écrits antérieurs[14]. Les photographies d'expressions de la douleur qu'il fait réaliser sont conservées au fonds Mantegazza du Musée d'histoire naturelle de Florence[15].

Paolo Mantegazza intervient à deux reprises dans le débat public par la Nuova Antologia, avec un article intitulé « Mouvement réactionnaire contre les vivisections » en , puis avec un commentaire de la loi britannique sur le sujet en [14].

La romancière britannique Ouida fait référence à la Fisiologia del dolore dans son essai The Future of Vivisection, citant l'ouvrage comme un témoignage de la souffrance infligée aux animaux et raillant les physiologistes qui se présentent en bienfaiteurs de l'humanité[14]. L'ouvrage figure également parmi les pièces produites par le mouvement antivivisectionniste britannique de l'époque victorienne[16].

Vulgarisation et œuvre littéraire

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Paolo Mantegazza a publié opus magnum ainsi que plusieurs centaines de publications portant sur des sujets variés[6], exposant les notions médicales à destination d'un public non spécialiste[5].

Sa série de « physiologies » traite de l'amour, de la haine, de la douleur et du plaisir, y compris sous leurs aspects que son époque tient pour scabreux[5]. Ses récits et romans, tel Un giorno a Madera, diffusent auprès d'un public cultivé les théories et pratiques hygiénistes[17]. L'Almanacco igienico, publié à partir de 1864, contribue à répandre jusque dans les campagnes des pratiques d'hygiène élémentaires[2].

En 1887, en polémique avec Edmondo De Amicis et son Cuore, il publie un livre pour la jeunesse intitulé Testa[18].

Postérité

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Après la mort de Mantegazza, le musée qu'il avait fondé, dirigé par Aldobrandino Mochi, est transféré au Palais Nonfinito de Florence, où il se trouve toujours[8],[6].

Œuvres

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Écrits scientifiques et de vulgarisation

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  • Sulle virtù igieniche e medicinali della coca e sugli alimenti nervosi in generale, 1859.
  • Sulla America meridionale. Lettere mediche, 1858-1860, 2 vol.
  • Rio de La Plata e Tenerife: viaggi e studi, Milan, 1867.
  • Quadri della natura umana. Feste ed ebbrezze, Milan, 1871.
  • Fisiologia dell'amore, 1873.
  • Dei caratteri gerarchici del cranio umano, dans Archivio per l'Antropologia e la Etnologia, vol. 5, 1875.
  • Igiene dell'amore, 1877.
  • Fisiologia del dolore, Florence, Paggi, 1880.
  • La Physionomie et l'expression des sentiments, Paris, Félix Alcan, coll. « Bibliothèque scientifique internationale », 1885.
  • L'Amour dans l'humanité : essai d'une ethnologie de l'amour, traduit par Émilien Chesneau, Paris, Fetscherin et Chuit, 1886, 414 p. [lire en ligne].
  • Fisiologia dell'odio, 1889.
  • Fisiologia della donna, 1893.

Œuvres littéraires

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  • Un giorno a Madera, 1868.
  • Il dio ignoto, 1876.
  • Testa, 1887.
  • L'anno 3000: sogno, 1897 — traduit en français par Raymond Trousson sous le titre L'An 3000, rêve, Paris, L'Harmattan, 2003 (ISBN 2-7475-5559-3).

Notes et références

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  1. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 (it) « Paolo Mantegazza », sur Aspi — Archivio storico della psicologia italiana, Université de Milan-Bicocca (consulté le ).
  2. 1 2 3 4 5 6 7 (it) Giuseppe Armocida et Gaetana Silvia Rigo, « Mantegazza, Paolo », sur Dizionario Biografico degli Italiani, Treccani, (consulté le ).
  3. 1 2 3 4 (it) « Paolo Mantegazza », sur Toscana Libri, Région Toscane (consulté le ).
  4. 1 2 3 4 5 6 7 (it) « Paolo Mantegazza », sur Liber Liber (consulté le ).
  5. 1 2 3 4 5 6 (en) « Paolo Mantegazza », sur Museo per la Storia dell'Università di Pavia (consulté le ).
  6. 1 2 3 4 5 6 (en) Christopher Taylor, « Paolo Mantegazza's Vision: The Science of Man behind the World's First Museum of Anthropology (Florence, Italy, 1869) », Museum Anthropology,‎ (DOI 10.1111/muan.12209, lire en ligne, consulté le ).
  7. 1 2 3 4 (it) Maria Gloria Roselli, « Paolo Mantegazza : la prima cattedra di antropologia in Italia e la fondazione del museo » [PDF], sur Archivio storico, Université de Florence (consulté le ).
  8. 1 2 3 4 (en) « Duplicating and hierarchizing humanity », sur Politika (consulté le ).
  9. 1 2 « Paolo Mantegazza », sur Cosmovisions — Dictionnaire biographique (consulté le ).
  10. ↑ (it) « FINZI, Felice - Enciclopedia », sur Treccani (consulté le )
  11. 1 2 3 4 (it) « Paolo Mantegazza : memoria sulle proprietà terapeutiche della coca », La Rivista Italiana della Medicina di Laboratorio,‎ (DOI 10.1007/s13631-011-0033-2, lire en ligne, consulté le ).
  12. ↑ (en) « Mantegazza's Coca Dreams », sur Academia.edu (consulté le ).
  13. 1 2 (de) « "Fabelhafte Dinge". Drogennarrative über Koka und Kokain im 19. Jahrhundert », PubMed,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  14. 1 2 3 4 (en) Nicoletta Pireddu, « Between Darwin and San Francesco: Zoographic Ambivalences in Mantegazza, Ouida, and Vernon Lee », Gothic Studies, Manchester University Press, vol. 16, no 1,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  15. ↑ (en) Dolores Martín Moruno, « Pain as Practice in Paolo Mantegazza's Science of Emotions », Osiris, vol. 31, no 1,‎ (DOI 10.1086/688278, lire en ligne, consulté le ).
  16. ↑ (en) Vivisection and Late-Victorian Literary Culture, Cambridge University Press (lire en ligne).
  17. ↑ Edwige Comoy Fusaro, « Un giorno a Madera », sur Revel, Université de Nice (consulté le ).
  18. ↑ (it) « Paolo Mantegazza », sur Scienza in rete (consulté le ).

Voir aussi

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Bibliographie

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  • (it) Cosimo Chiarelli (dir.) et Walter Pasini (dir.), Paolo Mantegazza e l'evoluzionismo in Italia, Florence, Firenze University Press, coll. « Strumenti per la didattica e la ricerca » (no 105), (lire en ligne).
  • (en) Christopher Taylor, « Paolo Mantegazza's Vision: The Science of Man behind the World's First Museum of Anthropology (Florence, Italy, 1869) », Museum Anthropology,‎ (DOI 10.1111/muan.12209).
  • (it) Maria Gloria Roselli, « Paolo Mantegazza : la prima cattedra di antropologia in Italia e la fondazione del museo », dans L'Istituto di Studi Superiori e la cultura umanistica a Firenze, Pacini, .

Articles connexes

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Liens externes

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