Paliques
Les Paliques (grec ancien : Παλικοί; latin : Palicī ; italien : Pàlici) sont des jumeaux divins vénérés en Sicile, d'abord par les Sicules puis, en un culte chthonien, par les Siciliotes.
| Paliques | |
| Mythologie grecque | |
|---|---|
| Caractéristiques | |
| Fonction principale | dieux de l’abondance |
| Fonction secondaire | protecteurs des marins, dieux de la divination |
| Résidence | Sicile |
| Lieu d'origine | Grèce antique |
| Culte | |
| Région de culte | Sicile |
| Temple(s) | Temple en Sicile, près de Palikè |
| Mentionné dans | Saturnales de Macrobe, Bibliothèque Historique de Diodore de Sicile et Enéide de Virgile |
| Famille | |
| Père | Zeus, Adranos ou Héphaïstos |
| Mère | Thalie ou Etna |
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Proches des Dioscures et les Cabires, ils apportent l’abondance, protègent les marins, et ont des pouvoirs divinatoires[1].
Sources
modifierPolémon de Cyrène, également connu sous le nom de Polemon le Pérégète (Polemon Periegetes), un érudit et géographe grec actif au IIIe siècle av. J.-C. mentionne les Paliques dans le cadre de ses travaux sur les cultes locaux et les inscriptions religieuses.
Diodore de Sicile les évoque dans sa Bibliothèque Historique , Virgile dans l'Énéide (9, 584 sq)[1] et Macrobe dans ses Saturnales (livre V, 19, 15-31),
Étymologie
modifierMarcel Meulder soutient que le nom des Paliques provient d'une racine indo‑européenne. Mettant en avant un ensemble de comparaisons linguistiques avec des formes attestées dans plusieurs langues indo‑européennes – sanscrit (palita, paliknī), grec (pelidnós, pélios, poliós – « grisâtre », « blême », « pâle »), latin (pallēō – « être pâle, jaune pâle »), vieux slave (plavú – « blanc »), albanais (plak – « gris »), lituanien (pelēkas, pelkas – « gris »), arménien (alik’ – « cheveux ou barbe gris ») il interprète Pali-cí ou Palíkes comme signifiant « les (êtres) gris‑blanchâtres, jaunâtres, blêmes »[2]
Famille
modifierSanctuaire des Paliques en Sicile
modifierUn sanctuaire des dieux Paliques se trouvait en Sicile orientale, sur le territoire de l'actuelle commune de Mineo, au lieu-dit Rocchicella, sur les rives du lac de Naftia[1], aujourd'hui asséché, d'où s'élevaient des vapeurs méphitiques. Il comprenait des rites de divination et d'ordalie.
« Suivant la tradition, le temple des dieux Paliques se distingue des autres par son antiquité, sa sainteté et les choses curieuses qu'on y observe. D'abord on y voit des cratères d'une largeur, il est vrai, peu considérable, mais qui lancent, d'une immense profondeur, d'énormes étincelles; on dirait des chaudières posées sur un grand feu et pleines d'eau bouillante. L'eau qui jaillit de ces cratères a l'apparence de l'eau bouillante; mais on n'en a pas la certitude, car personne n'a encore osé y toucher, et la terreur qu'inspire cette éructation aqueuse semble y attacher quelque chose de surnaturel et de divin. Cette eau répand une forte odeur de soufre, et l'abîme d'où elle s'échappe fait entendre un bruit effroyable. Ce qu'il y a de plus surprenant, c'est que cette eau ne déborde jamais, ne cesse jamais de couler, et est lancée avec force à une hauteur prodigieuse. Le temple est si vénéré qu'on y prononce les serments les plus sacrés, et les parjures reçoivent aussitôt le châtiment divin : quelques-uns sont sortis aveugles de ce temple. Enfin, la crainte superstitieuse attachée à ce lieu est telle que l'on termine des procès difficiles par les serments que l'on y fait prononcer. […] Ce temple est situé dans une plaine digne de la majesté des dieux; il est entouré de portiques et d'autres ornements convenables[4]. »
À proximité immédiate, le chef Doukétios fonda en 453 av. J.-C. la cité de Palikè (Diodore de Sicile, livre XI, 88-90), qui fut la capitale éphémère du koinon des Sicules, utilisant ainsi les jumeaux pour unir les indigènes contre les Grecs[1].
Le sanctuaire a servi d’asile aux Sicules de Doukétios puis aux esclaves lors de la guerre servile[1].
Comparatisme indo-européen
modifierUn des éléments centraux du culte des Paliques, à l'instar d'autres mythes indo-européens, semble être le rapport du feu ou du « feu dans l'eau » et de la vérité. « On ne peut s'approcher indûment des jets d'eau du sanctuaire des Paliques : le parjure est aveuglé par l'eau bouillonnante »[5]. Polémon précise ainsi que pour s'en approcher, il faut « s'être abstenu de toute souillure charnelle et alimentaire »[6].
Bibliographie
modifier- Marcel Meulder, « Les dieux sicules paliques portent un nom indo-européen », Latomus, T. 57, Fasc. 1, janvier-mars 1998, pp. 33-37
- Alain Meurant, Les Paliques, dieux jumeaux siciliens, Peeters, « Bibliothèque des Cahiers de l'institut de linguistique de Louvain », 1998. [extraits]
- (it) N. Cusumano, « Ordalia e Soteria nella Sicilia antica. I Palici in Mythos », Rivista di Storia delle religioni, 2, p. 9-186, 1990.
- (it) Laura Maniscalco (a cura di), Il santuario dei Palici. Un centro di culto nella Valle del Margi, Palerme, 2008.
- (it) Laura Maniscalco, Alla scoperta della terra dei Siculi. Il santuario dei Palici nell'area archeologica di Rocchicella, Palerme, 2009.
- (en) Brian E. McConnell and Laura Maniscalco, « The Sanctuary of the Divine Palikoi (Rocchicella di Mineo, Sicily). Fieldwork from 1995 to 2001 », American Journal of Archaeology, 107, 2003, p. 145-180.
Notes et références
modifier- 1 2 3 4 5 6 Pierre Lévêque, « L’Etna », La Sicile, Presses Universitaires de France, « Nous partons pour », 1989, p. 249-260. [lire en ligne]
- ↑ Marcel Meulder, « Les dieux sicules paliques portent un nom indo-européen », Latomus, T. 57, Fasc. 1, janvier-mars 1998, pp. 33-37
- ↑ Hésychios
- ↑ Diodore de Sicile, Bibliothèque historique [détail des éditions] [lire en ligne], XI, 89.
- ↑ Marcel Meulder, Le Feu dans l'Eau en Sicile, Ollodagos, XI, 1998, p. 89-109
- ↑ Jean Haudry, Sur les pas des Indos-Européens : Religion - Mythologie - Linguistique, Yoran Embanner, 2022, p.289