Papeteries de Sainte-Suzanne

Les papeteries de Sainte-Suzanne sont des entreprises situées dans la commune mayennaise de Sainte-Suzanne. Elles utilisaient l'énergie des moulins pour produire le papier.

Au XVIIIe siècle, la spécialité papetière de la commune sont les cartes à jouer et les enveloppes. Les papeteries disparaitront progressivement au siècle suivant, n'ayant pas été modernisées à temps.

Les moulins

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Seize moulins ont été exploités sur la rivière l'Erve dans le faubourg de la Rivière de la fin du XVIIe siècle[1] au début du XIXe siècle[2], en particulier par la famille Provost.

Ces moulins étaient :

  • Le moulin-au-vicomte, moulin banal, ou Grand-moulin (XIe siècle) (farine) qui fonctionnera 9 siècles (1050-1950)
  • Le pont-neuf (papier, foulon, farine)
  • La roche du pont-neuf
  • Les choiseaux supérieur (orge)
  • Les choiseaux inférieur XVe siècle (blé)
  • Le closeau du choiseau (aujourd'hui disparu) (papier)
  • la mécanique ou moulin neuf XVe siècle (papier puis farine puis scierie)
  • Le gohard supérieur (papier)
  • Château-gaillard
  • Le moulin aux lièvres (tan)
  • Les noës (farine)
  • Le pont-aux-pieux (aujourd'hui disparu)
  • La sauvagère ou saugère (papier puis farine)
  • Bouvion ou Bourg-Guyon
  • La poupinière (papier puis farine)
  • La patache (papier puis farine).

Les papeteries de Sainte-Suzanne aux XVIIe siècle et XVIIIe siècle

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Histoire

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Le papier parvient en Perse au VIIIe siècle. Les écorces d'arbres sont remplacées par le lin et le chanvre, au Turkestan, aux alentours de l'ère chrétienne. Le grattage manuel est remplacé par l'action de meules, mues par des animaux ou des esclaves. Aux Xe siècle et XIe siècle, le papier se retrouve en Espagne, « fabriqué avec des débris de lin et de chanvre macérés dans de l'eau de chaux et écrasés dans des meules ».

Les Italiens ont connaissance du procédé de fabrication du papier par les conquérants arabes en Sicile, et par les croisades. Au XIIIe siècle, ils remplacent la meule par un système de leviers armés de pilons broyeurs, et animés par une roue hydraulique. Ils pensent, également à cette époque, à sécher le papier à l'air, posé sur des cordes.

Le Grand-moulin à Sainte-Suzanne, en cours de restauration

Vers le milieu du XIVe siècle, les Français construisent à leur tour des moulins. L'équipement consistait en piles de chêne, maillets ferrés animés par un arbre à cames, lui-même entraîné par une roue. Cette technique fut apportée par les Italiens. Le moulin Richard de Bas, à Ambert en Auvergne, date de cette époque.

Dans le Maine, en 1289, Guy IX de Laval épouse Béatrix de Gâvre, originaire des Flandres ; cette alliance fait la fortune du pays par l'introduction du tissage et des industries qui en dépendent. La Mayenne, dès cette époque, cultive lin et chanvre en quantité importante. L'usage du linge de corps, introduit au XIVe siècle, favorise l'industrie du papier : il est fabriqué avec des chiffons de linge usagé. La rareté et le coût du parchemin auraient freiné l'extension de l'imprimerie ; au contraire, l'usage du papier permet à cette industrie de se répandre.

Les premiers moulins apparaissent dans le Maine, vraisemblablement vers 1419/1420 ; la fabrique de Courgains, par exemple, aurait : « dépensé pour papier et clerc a fere ces presens comptes », ; un document de 1424 mentionne que la fabrique de Chauffour acheta « XVII fueylles de papier qio ont esté myses II deniers ob. pour chacune fueylle »

Des moulins sont mentionnés à Douillet-le-Joly ou Bouche-Huisne dans la Sarthe.

À Sainte-Suzanne, le premier moulin à papier est mentionné dès 1544. À l'époque, l'essor du commerce atlantique est déterminant dans l'introduction de cette technique à Sainte-Suzanne même. Plusieurs centres papetiers de l'ouest (région de Morlaix, vallée de la Sèvre nantaise, Pays Fougerais, région de Vire et Mortain) en profitaient.

La technique de fabrication

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Jusqu'au début du XIXe siècle, la feuille de papier est produite à partir de déchets du textile, de guenilles, drapeaux, cordages et de chiffons de chanvre ou de lin. Cette réutilisation est assurée par les chiffonniers ou marchands de chiffes. L'activité papetière se concentre dans les zones offrant des collectes satisfaisantes, le Bas-Maine, actuel département de la Mayenne, par exemple ; il fut, jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, une région de culture du lin et d'industrie textile (fabrication, négoce). Les rebuts s'échangeaient contre des épingles.

Jusqu'au XIXe siècle, le papier est toujours fabriqué « à la forme ». La matière première est constituée de chiffons, triés et jetés dans une cuve. Le pourrissage des chiffons est facilité par le hachage au dérompoir (lame de faux), qui les met en charpie. Ils sont ensuite réduits en pâte par les maillets du moulin.

La pâte à papier mise dans une cuve, un ouvrier (l'ouvreur) la prélève avec une sorte de tamis : la forme. L'eau s'égoutte à travers les mailles de la forme ; il obtient une feuille de papier extrêmement fragile, qu'il renverse sur un feutre ; puis il pose un deuxième feutre sur la feuille. La même opération est répétée jusqu'à se constitue une porse (pile de 100 feuilles de papier). Cette porse est mise sous presse. Les feuilles sont ensuite encollées, pressées de nouveau et mises à sécher sur un étendage à l'aide du ferlet.

La papeterie du faubourg de La Rivière, forte sous l'ancien régime de cinq à six unités, connaît des fluctuations ; elle comptera neuf moulins à papier à la veille de la révolution industrielle.

Le papier cartier dit au pot est principalement commercialisé et voituré chez les fabricants des grosses villes et, de là, vers les ports : Sainte-Suzanne travaille essentiellement pour Caen, Nantes et Lille.

Les cartes à jouer étaient fabriquées, avec le papier cartier, à Sainte-Suzanne même, par exemple dans une maison située à l'angle de la grande-rue et de la rue de la carterie. Ces cartes étaient essentiellement commercialisées en Bretagne.

Aimont est le nom inscrit dans la pâte d'une feuille de papier employée par un notaire de Bazougers, en 1682 ; elle provenait probablement des usines de Sainte-Suzanne, alors en grande activité[3].

En 1771, sept moulins à papier fonctionnent :

  • Le Moulin-neuf (devenu la Mécanique en 1839) = produit 900 rames
  • La Haute-Pépinière = 500 rames
  • Le Bourguyon et la Sauvagère (saugère) = 100 rames
  • Le Gohard = 600 rames
  • Le Pont-neuf = 500 à 600 rames
  • La Basse-pépinière = 400 rames,

La production en 1771 est de 3000 rames environ.

Les mouvements sociaux

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À la fin du XVIIIe siècle, l'industrie papetière se heurte aux exigences des ouvriers ; ils se liguent pour mettre en quarantaine les moulins dont ils sont mécontents ; ils font augmenter le prix des chiffons : un arrêt de 1739 défendait de les vendre ailleurs que dans le ressort de chaque moulin[4].

En février 1794, le manque de rentrées force les patrons papetiers à renvoyer des ouvriers. Le , les papetiers sont exemptés de la garde nationale.

Le , Joseph Fouché, ministre de la police, demande s'il existe dans le département une coalition d'ouvriers papetiers, ayant des statuts, des engagements, des chefs ; il met à l'index ces manufactures et leurs patrons.

Le déclin de l'activité papetière

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Les procédés de fabrication ne sont pas modernisés ; l'activité papetière décline. N'ayant pas adopté la pile hollandaise, système perfectionné d'écrasement des chiffons qui ouvre la voie à la mécanisation, les papeteries de Sainte-Suzanne traversent la Révolution française dans une sécurité trompeuse. À partir de 1830, les petits moulins ferment les uns après les autres. À cette date, la nouvelle papeterie Sainte-Apollonie à Entrammes est dotée de la « machine au continu », de turbines et d'appareils à vapeur. Le changement de matière première (le bois au lieu des déchets de tissu) est fatal aux papeteries suzannaises.

Elles ferment leurs portes entre 1835 et 1840. Le dernier moulin à papier (Bruant, propriétaire) cesse de fonctionner en 1840.

Au recensement de 1851, apparaît le dernier papetier à Sainte-suzanne. En 1871, le « moulin à papier » du Gohard-inférieur est autorisé à devenir un moulin à tan.

Les papetiers

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Une famille, les Provost, a marqué cette industrie.

carte postale d'après carte dessinée par Jean-Yves Flornoy, Sainte-Suzanne

Voici la liste (non exhaustive) des familles qui exploitaient les papeteries de Sainte-Suzanne :

  • Le premier moulin à papier y est mentionné en 1544.
  • 1604 : François Ragot y est papetier.
  • 1673 : Jérôme Bouvet
  • 1673, 1683 : René Provost et Marie Cormier
  • 1681, 1696 : François Provost et Suzanne Lelièvre
  • 1694 : Paul Quantiteau, « originaire de Saint-Hilaire-en-Poitou »
  • 1702 : Barnabé Dupont et Jacquine Berthelot
  • 1723 : Joseph Bezognard et Anne Provost
  • 1724, 1729 : François Provost et Marie Deschamps
  • 1730 : Louis Deschamps et Marie Provost
  • 1738, 1750 : Pierre Provost et Madeleine Bassouin
  • 1740 : René Bichette et Agnès Barbier ; Jacques Filoche; Jacques Violet
  • 1742 : René Bichette et Marie Filoche
  • 1742, 1769 : François Provost et Marguerite Pélisson
  • 1743 : René Provost et Madeleine Thérault
  • 1750 : Jean Provost et Michelle Letellier
  • 1750, 1755 : Jean Provost et Anne Persigan
  • 1750, 1771 : Mathieu Bichette et Suzanne Provost puis Anne Persigan
  • 1751 : Julien Provost et Anne Briceau
  • 1751, 1758 : René Girard et Marie Provost ; Louis Joffrineau et Renée Pélisson
  • 1760 : Joseph Baguenier et Renée Vallée ; Joseph Provost et Anne Besognard
  • 1763 : Louis Chauvet; Louis Picard
  • 1773 : Sébastien Lelièvre
  • 1779, 1782 : Mathieu Bichette et Anne Provost ; François Motté et Marie Choisnet
  • 1780, 1784 : François-Pierre Provost et Marie Dumourtoux
  • 1786 : Pierre Vallée et Julienne Bichette
  • 1786, 1792 : François Baguenier et Suzanne Bichette
  • 1788 : François Morin et Julienne Provost
  • 1793, 1799 : Urbain Provost et Catherine Barouille
  • 1790, 1800 : René Provost, sieur de Chambouillon, (Chevalier de la Légion d'honneur) et Jeanne Retours
  • 1806 : Fidèle-Anne Provost, sieur du Bois, et Angélique Robillard
  • 1806, 1808 : Magloire Bichette et Jacquine Leroux.

Une « société littéraire », fondée en octobre 1818, administrée par Charles-Emmanuel Provost, ayant pour siège la maison Baguenier, existe encore en 1824.

Hyacinthe Provost-Chambouillon est indiqué comme propriétaire, rue Dorée, à Sainte-Suzanne en 1846.

Les ouvriers papetiers

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Au plus fort de leur fonctionnement, les papeteries faisaient venir de la main d'œuvre des régions avoisinantes, et au-delà. Voici, par exemple, l'origine des « ouvriers papetiers » qui travaillaient dans les « usines » de Sainte-Suzanne entre 1685 et 1750 :

Notes et références

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Références

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  1. le premier en 1544
  2. les dernières fermetures datent de 1835
  3. Abbé Angot, t. I, p. 15.
  4. Abbé Angot, Dictionnaire historique, topographique et biographique de la Mayenne, tome I "Notions générales" p. 65, J. Floch imprimeur-éditeur, Mayenne, 1962.

À voir

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Sources et bibliographie

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  • « Papeteries de Sainte-Suzanne », dans Alphonse-Victor Angot et Ferdinand Gaugain, Dictionnaire historique, topographique et biographique de la Mayenne, Laval, A. Goupil, 1900-1910 [détail des éditions] (BNF 34106789, présentation en ligne) . Article Sainte-Suzanne.
  • Gérard Morteveille et Hélène Cahierre : Les moulins à papier et les cartes à jouer à Sainte-Suzanne, Association des Amis de Sainte-Suzanne, publications du Musée de l'auditoire.
  • Gérard Morteveille : Provost-Dubois, Maître cartier du Bas-Maine installé à Sainte-Suzanne (revue "Maine découvertes", le magazine Sarthe-Mayenne, Éditions de la Reinette, Le Mans 2008).
  • Roland Morteveille : relevés généalogiques.