Papier d'Arménie

papier parfumé à la résine de benjoin

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Carnet de Papier d’Arménie authentique (marque déposée).
Carnet de Papier d’Arménie authentique (marque déposée).

Papier d’Arménie est la marque déposée[N 1] d'un papier parfumé à la résine de benjoin du Laos (Styrax benzoin)[3].

Marque française créée à la fin du XIXe siècle, elle est devenue un produit emblématique de la parfumerie d’intérieur commercialisé depuis plusieurs générations. Son histoire est étroitement liée à celle de la maison qui le fabrique, ainsi qu’à la diffusion des produits parfumés destinés aux usages domestiques. Il bénéficie aujourd’hui d’une notoriété internationale et constitue un produit ancien qui se vend à plus de deux millions d'exemplaires par an dans le monde entier.

Présentation

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Le carnet est composé de douze feuilles divisées en trois lamelles prédécoupées — soit trente-six lamelles au total —, sur chacune desquelles sont imprimées la marque, la mention « TRIPLE » et la signature d'Auguste Ponsot.

De nombreuses imitations de ce produit existent, mais la marque est déposée dans le monde entier[2] et de nombreux procès en contrefaçon ont été intentés par le fabricant depuis le début du XXe siècle[4].

Fabrication

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Produit à Montrouge, en France, depuis 1885[5] et médaillé lors de plusieurs salons internationaux[6], le Papier d’Arménie est réalisé selon un procédé resté en grande partie artisanal et nécessite plusieurs mois et une douzaine d’étapes, tandis que sa formule reste inchangée depuis sa création .

Les feuilles utilisées sont en papier buvard, choisi pour sa forte capacité d’absorption, ce qui lui permet de s’imprégner de la préparation parfumée et de la restituer progressivement. Ces feuilles sont d’abord trempées dans une solution contenant notamment un sel pour qu'elle puissent se consumer lentement, et elles sont ensuite empilées et mises à sécher.

Les feuilles de buvard sont alors imprégnées manuellement, feuille par feuille, dans une solution parfumée : la résine de benjoin extraite de l’écorce par incision et récoltée sous forme de « larmes » est broyée puis dissoute dans de l’alcool pendant plusieurs semaines et des extraits de parfum sont ajoutés à cette préparation, dont la composition exacte est tenue secrète.

Après égouttage et pressage, les feuilles sont contrôlées puis séchées dans des chambres chauffées afin d'assurer une imprégnation et une qualité olfactive régulières. Ces feuilles séchées sont ensuite perforées et découpées en lamelles, puis assemblées aujourd'hui par un procédé mécanique pour former les carnets[5],[2].

« La dizaine d'employés mobilisés sont polyvalents et formés aux trois métiers, pour ne pas se lasser », explique Arnaud Schvartz, arrière-arrière petit-fils du fondateur Henri Rivier et à la tête de l'entreprise depuis 2025.

Utilisation

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Le Papier d’Arménie s’utilise en brûlant une lamelle détachable, préalablement pliée en accordéon, et déposée sur un support résistant à la chaleur. Le papier ne doit pas s’enflammer, mais rester incandescent. La lamelle consumée lentement dégage une odeur de benjoin et de vanille caractéristique. À l'origine, cette odeur avait la réputation de purifier et d'assainir l'air[7], réputation fondée en partie sur le fait qu’un morceau de viande conservé sous une cloche où l’on avait fait brûler du Papier d’Arménie n’avait pas pourri au bout d’une semaine, alors qu'un autre placé sous une cloche normale était en décomposition[6].

Aujourd’hui, ce produit est présenté comme un parfum d’intérieur ou parfum d’ambiance (un « désodorisant naturel ») sans gaz propulseur et proposé sous différentes senteurs (Tradition, Rose et Arménie), mais aussi sous différentes formes et présentations, notamment en coffrets, bougies parfumées et brûleurs[1].

Historique

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À la fin du XIXe siècle, Auguste Ponsot, chimiste, découvre lors d'un voyage que les Arméniens font brûler du benjoin, une résine qui vient de Malaisie[8], pour parfumer et désinfecter leurs maisons[5]. Il va adapter cette pratique en France avec Henri Rivier, pharmacien. Le procédé de ce dernier va se révéler lucratif : présenté lors de l’Exposition d’hygiène de 1888 et l’Exposition universelle de 1889, l’entreprise qui le commercialise assure qu’il y rencontre alors un certain succès[6]. Aujourd'hui, plus de deux millions d'exemplaires de ces carnets se vendent chaque année dans le monde entier, que ce soit en ligne ou en magasin, mais aussi dans les parapharmacies, la grande et moyenne distribution, les magasins bio ou les boutiques de décoration[5],[2].

L'explosion de 2017 et la reconstruction de l'usine

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Le , une explosion suivie d'un incendie détruit une partie de l'usine historique de Montrouge et fait deux blessés graves[9]. L'explosion s'est produite dans l'une des étuves utilisées pour sécher les feuilles imprégnées, mais l'origine précise du dysfonctionnement de celle-ci n'est pas établie[10].

Le lendemain du sinistre, la dirigeante de l'entreprise déclare que celle-ci ne reprendra pas son activité avant plusieurs mois, vu les dommages occasionnés[11].

Après le drame, l'enquête de l'Inspection du travail met en évidence plusieurs insuffisances en matière de sécurité, notamment l'absence d'un système d'aération adapté, une surveillance insuffisante de l'air et un manque de formation des salariés. L'atelier, où était notamment manipulé de l'éthanol, est ainsi considéré comme ne répondant pas aux normes de sécurité, tandis que l'avocat des parties civiles pointe « un outil de production archaïque, dangereux et illégal pour ses salariés »[12].

Le rez-de-chaussée, où étaient effectuées les opérations de trempage et de séchage, ayant été fortement endommagé, d'importants travaux sont entrepris pour réaménager l'atelier et remettre la production en état. Après environ deux millions d'euros de travaux, la fabrication reprend en [12], tandis qu'en décembre de la même année, la société comparaît devant le tribunal correctionnel de Nanterre pour « blessures involontaires », invoquant également « l’importance des manquements » constatés et « la nature des blessures ».

Le tribunal rend son délibéré le 4 février 2019[12], reconnaissant également la société coupable d'infractions à la sécurité. La société Papier d'Arménie est condamnée à 127 000 euros d'amendes et la dirigeante à quatre mois de prison avec sursis et 19 000 euros[13].

Toxicité

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En 2004[14], en , et en [15], le magazine Que choisir publie des études portant sur les désodorisants d’intérieurs. Ces études détectent des présences quantifiées de benzène et de formaldéhyde[16],[14]. Dans l'étude de 2008, sur 72 produits testés, le Papier d'Arménie avait néanmoins les taux les plus faibles[17].

L'étude de 2015 par Que Choisir, comparant cinq encens et le Papier d'Arménie, les classe de médiocre à mauvais[15] . Le dernier émet un puissant irritant (l'acroléine) en quantité non négligeable et de nombreuses particules fines, amenant à déconseiller son utilisation.

Dans la culture populaire

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« Laissez brûler les p'tits papiers
Papier de riz
Ou d'Arménie […] »

  • Gringe mentionne le Papier d’Arménie dans le titre Enfant lune issu de son album de même titre :

« Des proches partis dans l'après-vie à l'âge béni
Les cérémonies, le papier d'Arménie
Quand se mélangent rires et tragédies
J'ai cessé d'me demander pourquoi […] »

« Tu m'écris sur papier d'Arménie […] »

Notes et références

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  1. ↑ Papier d’Arménie est une marque déposée, et son nom ne constitue pas une appellation générique désignant tout papier parfumé à brûler[1],[2].

Références

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  1. 1 2 Papier d'Arménie, sur le site officiel.
  2. 1 2 3 4 « La marque est déposée dans le monde entier », Le Parisien, 24 mai 2026.
  3. ↑ La fabrication du Papier d'Arménie : Le benjoin du Laos - Site officiel
  4. ↑ La propriété industrielle, organe mensuel du bureau international de l'Union pour la protection de la propriété industrielle, 1903.
  5. 1 2 3 4 Le Papier d'Arménie, un secret made in Montrouge - Louis Morice, L'Obs, 12 juillet 2015
  6. 1 2 3 L'aventure du Papier d'Arménie : Un développement exceptionnel - Site officiel
  7. ↑ Cécile Raynal, Thierry Lefebvre, « Un siècle de service médical rendu : De quelques spécialités pharmaceutiques françaises centenaires », Revue d'histoire de la pharmacie, vol. 88, no 325,‎ , p. 13 (lire en ligne)
  8. ↑ Nathalie Doménégo, « La fabrique du Papier d'Arménie ouvre ses portes pour balayer tout soupçon de pollution », sur francebleu.fr,
  9. ↑ Explosion dans l'usine de papier d'Arménie à Montrouge (92) : 2 blessés graves (sur francetvinfo.fr)
  10. ↑ Hauts-de-Seine : l’usine de Papier d’Arménie à Montrouge explose, deux blessés graves, Le Parisien, 30 janvier 2017.
  11. ↑ Montrouge : l’usine de Papier d’Arménie ne rouvrira pas avant plusieurs mois, Le Parisien, 31 janvier 2017.
  12. 1 2 3 « Quinze mois de sursis requis contre la gérante de l’usine Papier d’Arménie », sur leparisien.fr,
  13. ↑ Montrouge : Papier d’Arménie condamné à 127000 euros d’amende après l’incendie, Le Parisien, 4 février 2019.
  14. 1 2 Risques chimiques au quotidien : éthers de glycol et polluants de l'air intérieur. Quelle expertise pour notre santé ? Conclusions du rapporteur (tome 1) - Marie-Christine Blandin, Sénat, 23 janvier 2008
  15. 1 2 « Comparatif encens et parier d'Arménie », sur Que choisir.
  16. ↑ Un parfum de poison - Cécile Dumas, Sciences et Avenir, 22 novembre 2004
  17. ↑ Yann Cohignac, « Le papier d’Arménie : parfumer et assainir son intérieur », sur Développementdurable.com,

Annexes

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Liens externes

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