Paul Dubrulle
Paul Dubrulle, né le à Isbergues dans le Pas-de-Calais et mort pour la France devant Craonne dans le département de l'Aisne le , est un prêtre jésuite et écrivain français du XXe siècle. Son nom est inscrit au Panthéon dans la liste des 560 écrivains morts pour la France.
Biographie
modifierPaul Jules Hermant Dubrulle, né le [1] à Isbergues, est le fils d'Émile François Joseph Dubrulle (1842-), charron, et de Marie Lucie Prudence Gueldaf (1853-1887)[2].
Après la perte de sa mère quand il a à peine cinq ans, sa vie d'enfant est ballottée par l'ambition paternelle qui le place au collège Sainte-Marie à Aire-sur-la-Lys puis le retire pour en faire un apprenti à quatorze ans[3],[4].
En , âgé dix-neuf ans, il s'engage pour quatre ans au 33e régiment d'infanterie à Arras[5]. Il est nommé caporal en et sergent en décembre de la même année. Libéré après ces quatre années de service militaire, il entre au noviciat de la Compagnie de Jésus au collège Saint-Jean Berchmans à Florennes en Belgique où il poursuit des études littéraires[6]. Un frère aîné missionnaire en Ouganda n'est peut-être pas étranger à cette vocation religieuse[3]. Après Florennes, il habite successivement à Gemert et au Collège Saint-Augustin à Enghien[7].
Le jour de la mobilisation, , il est ordonné prêtre et rappelé à l’activité comme sergent-fourrier au 73e régiment d'infanterie. Il est envoyé au dépôt du régiment à Saint-Astier, près de Périgueux et y reste neuf mois[8]. En , il est incorporé à une compagnie de renforts qui rejoint le 8e régiment d'infanterie à Cumières et monte en première ligne à l'ouest de Reims dans le secteur de La Ville-aux-bois en juin[9].
En , son régiment est envoyé sur la croupe d'Haudromont à l'ouest du massif de Douaumont, c'est le début de la bataille de Verdun[10],[11]. Le récit de la période qu'il passe au front à Verdun, du au , constitue la première des trois parties de son témoignage Mon régiment dans la fournaise de Verdun et dans la bataille de la Somme[12],[8].
À l'issue de cet épisode, il est cité à l’ordre de la brigade : « Au combat du , s’est montré aussi courageux que brave, a transmis des ordres sous un feu particulièrement violent se signalant par son courage et un mépris absolu du danger. Prêtre en temps de paix, a assisté dans ses derniers moments son chef de bataillon mortellement blessé »[13].
Entre avril et , le régiment est posté dans le secteur de Troyon, dans l'Aisne. C'est une période plus tranquille, décrite dans la seconde partie de son ouvrage et intitulée La Guerre de détail[8].
Son régiment se porte ensuite sur les champs de bataille de la Somme qui font l'objet de la troisième partie de son récit, s'étendant du au , dans les combats au sud-est de Combles. Il est promu sous-lieutenant le et suit des cours d'officier en avant de rejoindre les tranchées en Champagne[14].
Paul Dubrulle est tué le au bastion de Chevreux, près de Craonne, lors de la bataille du Chemin des Dames[15],[16], le même jour que le sous-lieutenant Louis Mairet, du même régiment[17]. La citation à l'ordre de l'armée en précise les circonstances : « sous-lieutenant à la 6e compagnie du 8e régiment d'infanterie : officier d'un sang-froid et d'une bravoure incomparables, modèle d'abnégation et de devoir, adoré de ses hommes. Tué d'une balle en plein front, en entrainant avec ardeur sa section à l'assaut sous les rafales des mitrailleuses ennemies, le »[18].
Il est inhumé à la nécropole nationale de Pontavert (tombe 1514)[19].
Œuvres principales : ses impressions de prêtre soldat
modifier- Mon régiment dans la fournaise de Verdun et dans la bataille de la Somme : impressions de guerre d'un prêtre soldat (préf. Henry Bordeaux), Paris, Plon, (lire en ligne)
Son récit de combattant porte essentiellement sur l’année 1916 et les trois secteurs de Verdun, Troyon et la Somme.
Jean Norton Cru compte l'ouvrage de Paul Dubrulle parmi les assez bons témoignages (catégorie III) dans Témoins, son étude extensive sur les écrits des combattants de la Grande Guerre[20]. Il déplore dans son récit « des passages de la pire littérature de guerre », en particulier dans la première partie sur Verdun, mais souligne la qualité générale de son témoignage et souligne des « parties excellentes » sur les détails matériels du bombardement par l'artillerie lourde et l'analyse des réactions psychologiques qu'il cause chez les soldats[21].
Il cite : « À ce régime, les nerfs les plus solides ne peuvent résister longtemps ; le moment arrive vite où le sang monte à la tête, où la fièvre brûle le corps et où les nerfs usés deviennent incapables de réagir […] Oh ! alors, quelle horreur, lorsqu'on entend poindre dans le lointain le souffle ténu, lent, et que subitement l'on perçoit les nuances spéciales de l'obus personnel, l'accélération extrêmement rapide, le crescendo brutal du sifflement. Alors, l'on est crispé depuis la pointe des cheveux jusqu'à la plante des pieds, et l'on attend dans une sorte d'agonie […] le coup suprême […] l'on est submergé dune douleur intense […] c'est la chair qui se cabre devant le traitement infligé, c'est la révolte de notre être nerveux contre des chocs qui dépassent sa force de réceptivité, mais c'est surtout l'horreur du néant — je ne saurais dire autrement — de la dislocation […] L'usure des nerfs s'accentua ; bientôt elle fut extrême et, véritables loques, nous nous abandonnâmes ; désespérés de vivre sous une telle horreur, nous demandions à Dieu non pas de nous faire mourir — le passage est trop atroce — mais d'être morts ; nous n'avions qu'un désir : la fin ! »[21]
Récompenses et distinctions
modifierDécorations
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Chevalier de la Légion d'honneur, à titre posthume, Journal officiel du [22]
Hommages
modifier- Le nom de Paul Dubrulle est inscrit au Panthéon dans la liste des 560 écrivains morts pour la France[23].
- Son nom figure sur les plaques commémoratives des prêtres et séminaristes du Pas-de-Calais à Arras, sur les monuments aux morts d'Isbergues et d'Enghien[24].
Notes et références
modifier- ↑ Bruzon 1926, p. 408.
- ↑ « 5 MIR 473/2 - Isbergues - Naissances - 1882 - acte n° 15 », sur archivesenligne.pasdecalais.fr, p. 1574.
- 1 2 Bordeaux 1917, p. 452.
- ↑ Cru 2022, p. 385.
- ↑ « 8187 - Bureau de Béthune - classe 1902 - matricule n° 2531 », sur archivesenligne.pasdecalais.fr, p. 48.
- ↑ Bordeaux 1917, p. 453.
- ↑ « La Maison Saint-Augustin et les Jésuites français à Enghien », sur Parc d'Enghien - Pavillon des Sept Etoiles - Photo Virginie Moitié.
- 1 2 3 Cru 2022, p. 386.
- ↑ Bordeaux 1917, p. 455.
- ↑ « Verdun, des hommes de Dieu dans la violence de la bataille », sur archives.defense.gouv.fr, .
- ↑ Bordeaux 1917, p. 462.
- ↑ Mon régiment dans la fournaise de erdun et dans la bataille de la Somme (préf. Henry Bordeaux), Paris, Plon, (lire en ligne).
- ↑ Bordeaux 1917, p. 473.
- ↑ Bordeaux 1917, p. 486.
- ↑ « Paul Jules Hermant DUBRULLE - Mort pour la France », sur memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr.
- ↑ « 3 E 473/21 - Isbergues - Décès - 1917 - acte n°89 », sur archivesenligne.pasdecalais.fr, p. 122.
- ↑ « 8e régiment d'infanterie : J.M.O. - 26 N 580/2 - 1er janvier-16 août 1917 », sur memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr, p. 25.
- ↑ « Journal officiel de la République française. Lois et décrets », sur Gallica, , p. 9549.
- ↑ « Sépultures de Guerre - Paul Jules Hermant DUBRULLE », sur memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr.
- ↑ Cru 2022, p. 924.
- 1 2 Cru 2022, p. 390.
- ↑ « Journal officiel de la République française. Lois et décrets », sur Gallica, , p. 1873.
- ↑ « La Pensée française », sur Gallica, , p. 2.
- ↑ « DUBRULLE Paul Jules Hermant - 1914-1918 », sur memorialgenweb.org.
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- Henry Bordeaux, « La Chronique d'un régiment », La Revue hebdomadaire, , p. 449-491 (lire en ligne)
- Paul Bruzon, Anthologie des Écrivains Morts à la Guerre - 1914-1918, t. 4, Amiens, Edgar Malfère, coll. « Bibliothèque du Hérisson », , p. 281-286
- Jean Norton Cru, Témoins, Marseille, Agone, (1re éd. 1929) (ISBN 978-2-7489-0442-0), « Paul DUBRULLE », p. 385-392
Liens externes
modifier- Archives conservées par : La Contemporaine (Arch 015)
- Ressource relative aux militaires :
- Paul Dubrulle sur le site Chemin des Dames
- Carnet manuscrit du premier chapitre consacré à Verdun : La Dernière barrière