Paul Panda Farnana

homme politique congolais

Paul Panda Farnana, né Paul Panda Farnana M'Fumu en 1888 à Nzemba, près de Banana, et mort dans cette même localité le , est un agronome, militant, panafricaniste et intellectuel congolais.

Paul Panda Farnana
Paul Panda Farnana en 1921.
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Distinction

Il est l’une des figures précoces du nationalisme congolais et de l’engagement des Congolais en Belgique au début du XXe siècle.

Biographie

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Origines et arrivée en Belgique

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Paul Panda Farnana naît en 1888 à Nzemba, près de Moanda et de Banana, dans l’actuelle province du Kongo central, en république démocratique du Congo[1]. Sa mère s'appelle N'Sengo et son père, Luizi Fernando, est un chef local reconnu par l'administration coloniale[2]. Le terme M'Fumu signifie « chef » en kikongo[1].

Les sources divergent sur la date exacte de son arrivée en Belgique. Certaines biographies indiquent qu'il est emmené en Europe dès 1895, encore enfant, avec Jules Derscheid et son épouse[1]. D'autres sources fixent son arrivée au , en compagnie d'un officier Derscheid lié aux expéditions belges au Katanga[2]. Après la mort de ses protecteurs, il est pris en charge par Louise Derscheid, sœur aînée de Jules Derscheid, qui joue un rôle durable dans son éducation[1].

Louise Derscheid et Paul Panda Farnana.

Formation

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Paul Panda Farnana suit des études secondaires à l'athénée royal d'Ixelles[2]. En , il réussit l'examen d'entrée à l'École d'horticulture et d'agriculture de Vilvorde. Il y obtient son diplôme en 1907 avec la plus grande distinction, ainsi qu'un certificat de capacité spécialisé dans les cultures tropicales[1].

Il poursuit ensuite sa formation à l'École supérieure d'agriculture tropicale de Nogent-sur-Marne, où il obtient un certificat d'études. Il complète sa formation à l'École supérieure commerciale et consulaire de Mons, où il approfondit sa connaissance de l'anglais[2].

Il est souvent présenté comme le premier Congolais à avoir achevé des études supérieures sous le régime colonial belge[1],[3].

Carrière agronomique au Congo belge

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En 1909, Paul Panda Farnana est engagé par le ministère des Colonies comme chef de cultures de troisième classe. Il devient ainsi l'un des premiers Congolais noirs à entrer au service de l'administration coloniale belge[4],[5].

Il arrive à Boma le , puis est nommé au jardin botanique d'Eala, près de Coquilhatville, où il donne aussi des cours théoriques[2]. Dans l'administration coloniale, il est confronté à la méfiance et au racisme de certains agents européens. Sa correspondance conservée montre que ses réponses directes à ces comportements lui valent des réprimandes administratives[1].

Après un premier mandat, il embarque le sur le Bruxellesville 3 pour rentrer en Belgique. À son retour au Congo, en , il est nommé à la station de Kalamu, où il effectue des récoltes de spécimens d'herbiers pour le Jardin botanique de l'État à Bruxelles, aujourd'hui Jardin botanique de Meise[2].

En 1911, à l'invitation de Prosper Thuysbaert, il prononce devant le cercle étudiant Amicitia, à Louvain, une conférence intitulée « Le Noir au Congo est-il civilisable ? ». Il y combat les préjugés coloniaux sur les capacités intellectuelles des Congolais et affirme qu'il n'existe pas de races inférieures[1].

Première Guerre mondiale

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Paul Panda Farnana en uniforme belge, en 1914.

Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, Paul Panda Farnana séjourne en Belgique. Il s'engage dans le Corps de volontaires congolais, placé sous le commandement du colonel Louis Napoléon Chaltin[1]. Deux autres Congolais, Joseph Adipanga et Albert Kudjabo, s'engagent également[6].

Le Corps est envoyé à Namur, où il participe à la défense de la position belge en . Paul Panda Farnana est capturé par les troupes allemandes à Lives-sur-Meuse le [1]. Il est ensuite interné en Allemagne, puis affecté à des travaux forcés. Le , il se trouve au camp de Soltau, avant d'être séparé d'Albert Kudjabo le [2].

Dans les camps de prisonniers, il se rapproche de soldats africains, dont des tirailleurs sénégalais, pour lesquels il fait office d'écrivain public. Par ce biais, il entre en contact avec Blaise Diagne, député du Sénégal à la Chambre française[1].

Engagement panafricain et militantisme congolais

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Après la guerre, Paul Panda Farnana revient en Belgique. En , il participe à Paris au premier Congrès panafricain, organisé à l'initiative de W. E. B. Du Bois et avec la participation de Blaise Diagne[1].

Le , il fonde à Bruxelles, avec Joseph Adipanga, Albert Kudjabo et d'autres compatriotes, l'Union congolaise, une société de secours mutuel et de développement moral et intellectuel des Congolais[1]. L'association défend les droits des Congolais présents en Belgique, en particulier ceux des vétérans congolais de la Première Guerre mondiale. Elle mène aussi des activités de formation et compte des sections à Liège, Charleroi et Marchienne-au-Pont[1].

L'Union congolaise réclame à plusieurs reprises l'érection d'un monument au « Soldat inconnu congolais » afin de reconnaître la contribution des soldats congolais ayant combattu sous le drapeau belge. Un monument dédié aux troupes congolaises et belges des campagnes d'Afrique est finalement édifié à Schaerbeek, au square François Riga, et inauguré en 1970[7].

Monument aux troupes congolaises et belges des campagnes d'Afrique à Schaerbeek[8].

En , Paul Panda Farnana intervient au premier Congrès colonial national, organisé au Sénat belge. Il y est l'un des rares Congolais invités à s'exprimer devant des personnalités coloniales, religieuses et politiques[1]. Il défend la généralisation de l'enseignement laïc, l'accès des Congolais aux universités de la métropole, la participation des Congolais aux instances de décision de la colonie et l'africanisation progressive des cadres administratifs[1].

Paul Panda Farnana au deuxième Congrès panafricain, au Palais Mondial, à Bruxelles, en 1921.

En 1921, il participe au deuxième Congrès panafricain, organisé à Londres puis à Bruxelles. Il siège au bureau du congrès aux côtés de W. E. B. Du Bois, Blaise Diagne, Paul Otlet et Jessie Fauset[1]. Le , il donne une conférence intitulée « L'historique de la civilisation nègre sur les rives du fleuve Congo »[1].

Il collabore aussi avec Paul Otlet et Henri La Fontaine, prix Nobel de la paix en 1913, autour d'idéaux internationalistes et pacifistes[9]. La presse coloniale belge le présente cependant de manière hostile et le soupçonne de sympathies radicales ou communistes[10].

Il intervient aussi en faveur de Simon Kimbangu, condamné à mort en 1921, dont la peine est ensuite commuée en détention à perpétuité[1].

En 1925, la revue La Renaissance de l'Occident consacre une livraison aux arts et à l'artisanat congolais. Paul Panda Farnana y contribue et dénonce les pillages qui ont permis aux musées européens d'enrichir leurs collections[11].

Retour au Congo et mort

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En , Paul Panda Farnana retourne au Congo belge. Il travaille à Matadi dans une huilerie, puis rejoint son village natal de Nzemba. Il y fait construire une école et une chapelle avec l'aide de Louise Derscheid[1].

Il meurt le à Nzemba, à l'âge de 41 ans[2]. Les circonstances exactes de sa mort demeurent peu documentées. Une tradition locale évoque un empoisonnement lié à un différend familial, sans que cette hypothèse soit établie par des sources administratives ou judiciaires contemporaines[1].

Après sa mort, l'administration coloniale renforce sa méfiance à l'égard du séjour de Congolais en Belgique. Une circulaire du gouverneur général Auguste Tilkens, datée de , interdit aux fonctionnaires et agents rentrant en congé d'emmener des Noirs avec eux en Belgique, en invoquant les « inconvénients » et les « dangers » de ce séjour[1].

Sculpture et représentations

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Tête de Paul Panda Farnana dans le Monument pour Lippens et De Bruyne de Guillaume Charlier, à Blankenberge.

Le sculpteur belge Guillaume Charlier utilise le jeune Paul Panda Farnana comme modèle pour la figure de l'enfant congolais représentée dans le Monument pour Lippens et De Bruyne de Blankenberge, réalisé autour de 1900[12]. Le visage est également repris sous forme de buste. Un exemplaire est conservé dans les collections du musée Charlier[13]. L'AfricaMuseum signale également l'existence d'un buste de Paul Panda Farnana par Guillaume Charlier dans les collections de la ville de Mons[1].

Postérité

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Paul Panda Farnana est associé aux débuts du nationalisme congolais, à l'histoire des Congolais présents en Belgique au début du XXe siècle, au panafricanisme de l'entre-deux-guerres et à la mémoire des anciens combattants congolais de la Première Guerre mondiale.

En 2011, une exposition intitulée Visages de Paul Panda Farnana est organisée à Bruxelles sous l'impulsion d'Antoine Tshitungu Kongola[14]. La même année, la réalisatrice Françoise Levie lui consacre un documentaire intitulé Panda Farnana, un Congolais qui dérange[15].

En 2011, la Commune d’Ixelles appose, sur la façade de l’ancien Athénée Royal d’Ixelles, une plaque commémorative en hommage à Paul Panda Farnana (Nzemba, Congo belge, 1888 – 1930)[16].

En 2014, sa vie est adaptée en bande dessinée sur un scénario d'Antoine Tshitungu, avec des dessins d'Asimba Bathy, Yann Kumbozi, Djeis Djemba et Dody Lobela. La version française est publiée sous le titre Une vie oubliée, et une traduction néerlandaise paraît sous le titre Paul Panda Farnana, een vergeten leven[17].

En 2023, la ville de Vilvorde annonce qu'un nouveau pont sur la Senne doit porter le nom de Paul Panda Farnana[4]. En 2025, le projet de pont portant son nom est abandonné pour des raisons budgétaires, mais les autorités locales indiquent envisager une autre forme de reconnaissance[18].

Notes et références

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  1. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 « Paul Panda Farnana, nationaliste et panafricaniste congolais », sur AfricaMuseum, (consulté le )
  2. 1 2 3 4 5 6 7 8 Marthe Coosemans, « Panda Farnana (M'Fumu Paul) » [PDF], sur Académie royale des sciences d'outre-mer, Biographie coloniale belge, tome III, (consulté le )
  3. (nl) « Een hoogopgeleide Congolees die kritisch was over het kolonialisme, dat maakte de Belgen bang », sur MO*, (consulté le )
  4. 1 2 (nl) « Nieuwe brug over Zenne in Vilvoorde wordt eerbetoon aan Paul Farnana », sur VRT NWS, (consulté le )
  5. « Paul Panda Farnana fut le premier fonctionnaire belge à la peau noire », Le Soir, (lire en ligne, consulté le )
  6. André-Bernard Ergo, Congo belge : la colonie assassinée, L'Harmattan, , 274 p. (ISBN 978-2-296-07341-8), p. 85
  7. René Pétré, Monuments aux morts congolais et belges de la Force publique.
  8. Monument du square François Riga, à Bruxelles-Schaerbeek, réalisé par Willy Kreitz.
  9. M. W. Kodi, « The 1921 Pan-African Congress at Brussels: A Background to Belgian Pressures », Transafrican Journal of History, , p. 48-73
  10. Amzat Boukari-Yabara, Une histoire du panafricanisme, , p. 73
  11. Mfumu Panda, « Les arts et l'artisanat congolais », La Renaissance d'Occident, , p. 873-874 (lire en ligne, consulté le )
  12. « Monument De Bruyne et Lippens – Blankenberge », sur Be-Monumen, (consulté le )
  13. (nl) « Portrait de Paul Panda Farnana », sur collections.heritage.brussels (consulté le )
  14. « Expo Paul Panda », sur PaulPanda.org (consulté le )
  15. [vidéo] « Panda Farnana, un Congolais qui dérange », sur YouTube (consulté le )
  16. « Plaque commémorative en hommage à Paul Panda Farnana / Art en espace public - Ixelles – Inventaire du patrimoine mobilier », sur collections.heritage.brussels (consulté le )
  17. « Paul Panda Farnana », sur Canon de Flandre (consulté le )
  18. (nl) « Farnana-brug afgevoerd in Vilvoorde, maar: verbinding tussen oevers op de agenda », sur Ring TV, (consulté le )

Voir aussi

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Articles connexes

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Bibliographie

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  • François Bontinck, « Mfumu Paul Panda Farnana, 1888-1930. Premier(?) nationaliste congolais », dans La Dépendance de l'Afrique et les moyens d'y remédier, sous la direction de V. Y. Mudimbe, 1980, p. 591-610.
  • M. W. Kodi, « The 1921 Pan-African Congress at Brussels: A Background to Belgian Pressures », Transafrican Journal of History, 1984, p. 48-73.
  • Mathieu Zana Aziza Etambale, In het land van de Banoko. De geschiedenis van de Kongolese/Zaïrese aanwezigheid in België van 1885 tot heden, 1993.
  • Didier Mumengi, Panda Farnana. Premier universitaire congolais (1888-1930), L'Harmattan, 2005.
  • André-Bernard Ergo, Congo belge. La colonie assassinée, L'Harmattan, 2008, p. 87-90.
  • Antoine Tshitungu Kongolo, Visages de Paul Panda Farnana. Nationaliste, panafricaniste, intellectuel engagé, 2011.
  • Griet Brosens, « Congo sur Yser. Les 32 soldats congolais de l'armée belge dans la Première Guerre mondiale », Cahiers bruxellois – Brusselse Cahiers, vol. XLVI, no 1F, 2014, p. 251-264.
  • Mathieu Zana Aziza Etambale, « Panda Farnana, le roi Albert Ier et la question de la méthode éducative afro-américaine pour le Congo, 1911-1921 », Museum Dynasticum, no 1, 2015, p. 25-47.

Filmographie

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  • Panda Farnana, un Congolais qui dérange, film documentaire de Françoise Levie, Wild Heart Productions et Memento Productions, 2011, 55 min.

Liens externes

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