Paul Tournier

médecin, écrivain et conseiller pastoral suisse

Paul Tournier, né à Genève le et mort à Troinex le , est un médecin suisse.

Paul Tournier
Biographie
Naissance
Genève
Décès
Troinex
Nationalité Suisse
Thématique
Profession Médecin et médecin écrivain (en)Voir et modifier les données sur Wikidata

Biographie

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Son père, âgé de 70 ans, décède deux mois après sa naissance. En 1904, il perd également sa mère qui n'est âgée que de 42 ans et il est dès lors élevé par un oncle et une tante. Il obtient son doctorat de médecine en 1923 et ouvre un cabinet de médecine générale à Genève en 1925 après s'être marié avec Nelly Bouvier l'année d'avant ; ils ont deux enfants.

En 1932, il entre en contact avec les Groupes d'Oxford, et réfléchit à la relation du médecin avec son patient. À partir de 1937, son cabinet médical devient un cabinet-conseil à vocation psychologique et, en 1938-1939, il rédige son premier livre Médecine de la personne, qu'il dédie à Frank Buchman, inspirateur des Groupes d'Oxford, « dont le message a exercé une influence profonde sur ma vie personnelle et m'a obligé à réfléchir au sens réel de ma vocation. »[1]. Il organise une association sous l'intitulé de « Médecine de la Personne » qui se réunit à Institut œcuménique de Bossey, une fois par an.

Il écrit une vingtaine de livres. Son épouse Nelly décède en 1974 ; il se remariera en 1984 avec Corinne O'Rama. En 1982, il renoue avec le mouvement Initiatives et Changement, héritier des Groupes d'Oxford, dont le centre de rencontres est situé à Caux au-dessus de Montreux.

Le psychiatre suisse Paul Plattner (de) va s'inspirer de lui et de son association pour sa fondation Pro Mente Sana (de).

Carrière

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Jusqu’en 1924, Tournier fut médecin assistant à la Policlinique médicale de Genève sous la direction du professeur Bickel. En 1925, il ouvrit un cabinet privé à Genève et commença à exercer comme médecin généraliste[2].

Tournier s’intéressa de plus en plus au calvinisme et à la foi réformée, et s’impliqua fortement dans des groupes civiques et médicaux. En 1932, il rejoignit les Groupes d’Oxford. À la suite de ces intérêts, il étudia les relations entre la médecine, le conseil et les valeurs spirituelles. Bien qu’il ait d’abord envisagé d’abandonner la médecine pour le conseil, il décida finalement de combiner les deux et, en 1937, transforma son cabinet médical privé en activité d’accompagnement et de relation d’aide[3].

En 1940, il publia son premier livre, Médecine de la Personne[4] (The Healing of Persons en anglais), dédié à Frank Buchman, fondateur des Groupes d’Oxford. Il y défend l’idée que l’être humain n’est pas seulement un corps et un esprit, mais également un être spirituel. Cette combinaison fait de l’homme une personne. Il est donc impossible de le connaître et de le soigner si l’on néglige sa réalité la plus profonde. Après le succès de Médecine de la Personne[5], il devint un auteur prolifique d’ouvrages consacrés à ce sujet. Bien qu’il n’ait reçu aucune formation officielle en psychiatrie ou en théologie, ses écrits influencèrent une génération de professionnels de la médecine et de la religion dans le monde entier[6]. Ses livres furent finalement traduits en treize langues[7],[8].

Vers 1946, il prit ses distances avec les Groupes d’Oxford, devenus entre-temps le Réarmement moral. Il se réconcilia finalement avec le mouvement en 1982, lorsque celui-ci prit le nom d’Initiatives et Changement[9].

La médecine psychosomatique en était encore à ses débuts, et Tournier observait que l’approche contemporaine de la maladie était essentiellement organique et ne considérait pas le patient dans sa globalité. Il voyait la nécessité de prendre en compte non seulement les aspects physiques de la santé, mais aussi les dimensions psychologiques et spirituelles. Il invita donc des collègues médecins de divers domaines ainsi que plusieurs philosophes à réfléchir avec lui à cette question. Ce groupe d’étude international, appelé Médecine de la Personne[10], se réunit pour la première fois en 1947, et continue de se réunir chaque année depuis lors. Selon le groupe :

La Médecine de la Personne n’est pas simplement une branche supplémentaire de la médecine. C’est une attitude dans la relation, une approche des soins applicable à tous les domaines. Elle met l’accent sur la prise en considération du patient comme personne entière, ayant une place dans sa communauté et dans la société. Les approches organique et psychologique font toutes deux partie intégrante de la Médecine de la Personne, tout comme la prise en compte des liens entre l’état de santé, les événements de la vie, l’intégration sociale et la spiritualité.

Tournier et deux autres médecins fondèrent le Groupe œcuménique de Bossey (du nom du château de Bossey, près de Genève). Son livre Médecin et pasteur devant l’homme (A Doctor’s Casebook in the Light of the Bible) découle de cette initiative. La manière dont Tournier exerçait son activité peut être observée dans A Tournier Companion[11],[12].

Tout au long de sa carrière, Tournier fut apprécié pour sa présence, sa personnalité douce et sincère, ainsi que pour sa capacité à communiquer au-delà des barrières linguistiques. À mesure que ses idées gagnaient en popularité, il fut invité à donner des conférences à l’étranger et voyagea largement pour promouvoir sa pensée[13].

Vision du monde et philosophie

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Deux expériences religieuses marquèrent profondément l’œuvre ultérieure de Tournier. À l’âge de douze ans, il devint chrétien. En grandissant, il s’engagea activement dans l’Église, écrivit des articles sur le calvinisme et défendit l’orthodoxie contre le libéralisme théologique. Cependant, son expérience chrétienne ne prit tout son sens qu’à la suite d’une seconde expérience, qu’il décrivit comme une « rencontre face à face avec Dieu ». Cette rencontre transforma sa vie et éveilla en lui un intérêt profond pour « cette autre dimension de la vie, sa dimension intérieure, si nécessaire à l’être humain [14]».

Cette expérience le conduisit à transformer radicalement sa pratique médicale. Au lieu de traiter uniquement les troubles physiques de ses patients, il commença à s’intéresser aux problèmes plus profonds de la personne dans son ensemble. En 1937, il écrivit une lettre à tous ses patients pour les informer de cette nouvelle orientation. Tournier décrit ainsi son nouvel intérêt pour la personne dans sa totalité :

Je puis parler indéfiniment de moi-même, à moi-même ou à quelqu’un d’autre, sans jamais parvenir à donner une image complète et véridique de moi-même… Il en va de même pour toutes ces personnes qui viennent me voir et s’efforcent tant de se décrire avec précision ; inévitablement, je forme d’elles une image qui dépend autant de moi que d’elles-mêmes. Si elles vont voir l’un de mes collègues, il ne les verra certainement pas exactement comme moi. Et elles-mêmes ne se montreront pas à lui de la même manière qu’à moi. [...] Le lecteur comprendra maintenant pourquoi ce problème de la personne m’intéresse de façon si absorbante depuis vingt ans. Il possède une signification générale d’une importance vitale pour toute pensée et toute civilisation : qu’est-ce que l’homme ? Mais il possède aussi une signification particulière, tout aussi importante pour ma propre vie : qui suis-je réellement ?

Certains ont soutenu que Tournier croyait au salut universel, selon lequel tous seraient finalement sauvés ; toutefois, il est plus exact de dire qu’il croyait au triomphe ultime du Bien sur le Mal dans l’humanité grâce à l’œuvre réconciliatrice du Christ. Dans une lettre adressée à un étudiant rédigeant un mémoire sur sa théologie, il écrivit :

Vous dites, en tant que théologien, que je suis universaliste, dans le sens où je crois que Jésus a été envoyé dans le monde pour sauver les pécheurs que nous sommes tous. C’est ainsi que je comprends saint Paul lorsqu’il affirme que le péché est entré dans le monde par un seul homme, Adam, et s’est répandu à tous les hommes ; et lorsqu’il appelle Jésus le second Adam, par qui la rédemption est entrée dans le monde pour tous les hommes, voire, comme il le dit, pour « toute la création ». La rédemption du Christ est la victoire de Dieu sur la Chute. Je crois que ce grand dessein de salut est universel, qu’il concerne non seulement tous les hommes mais l’universalité du monde, et que Jésus, sur la Croix, a accompli ce salut, cette réconciliation des hommes avec Dieu ; que le « châtiment », comme le dit Isaïe, est tombé sur lui afin de libérer les hommes de la malédiction de la Chute. Ce plan de Dieu me paraît donc collectif, global et universel[15].

Tournier participa activement à l’Institut œcuménique du Conseil œcuménique des Églises[16].

Héritage

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L’œuvre de Tournier a suscité un large intérêt et une reconnaissance internationale[17]. Selon Viktor Frankl :

Il fut le pionnier d’une psychothérapie centrée sur la personne. La psychothérapie devrait aussi avoir une dimension spirituelle, traitant chaque personne dans son unicité et son individualité. La psychothérapie ne peut jamais être assez personnelle.

Paul Tournier est notamment honoré par les initiatives suivantes :

  • l’Institut Paul Tournier, division des Associations chrétiennes médicales et dentaires (CMDA)[18], consacrée à la publication de ressources éducatives ;
  • l’Association Paul Tournier, organisation à but non lucratif promouvant sa pensée ;
  • le Groupe international de Médecine de la Personne, organisation dédiée à la poursuite des rencontres annuelles autour de cette approche.

En 2006, le magazine Christianity Today[19] classa Le Personnage et La Personne[20] (The Meaning of Persons) parmi les cinquante ouvrages ayant le plus influencé la manière dont les évangéliques pensent, parlent, témoignent, adorent et vivent.

Voir aussi

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Ouvrages (sélection)

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  • De la solitude à la communauté, Delachaux & Niestlé, Neuchâtel / Paris, 1943/1948
  • Bible et Médecine, Delachaux & Niestlé, Neuchâtel, Paris
  • Le Personnage et la personne, Delachaux et Niestlé, Neuchâtel et Paris, 1955
  • L'Aventure de la Vie, Delachaux et Niestlé, Neuchâtel et Paris, 1965
  • L'Homme et son lieu, Delachaux et Niestlé, Neuchâtel, 1966
  • Apprendre à vieillir, Delachaux et Niestlé, Neuchâtel, 1971
  • Face à la souffrance, Labor et Fides, Genève, 1982
  • Vivre à l'écoute, Editions de Caux,1984
  • Publications de et sur Paul Tournier dans le catalogue Helveticat de la Bibliothèque nationale suisse

Articles connexes

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Liens externes

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Notes et références

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  1. page de garde du livre "Médecine de la personne", disponible on line, consulté le 6/10/2016
  2. « Paul Tournier - Biographie », sur paultournier.org (consulté le )
  3. « Archives - Groupe d'Oxford »
  4. Paul Tournier, Médecine de la personne, Delachaux et Niestlé, (lire en ligne)
  5. Peter Draper (Senior Lecturer), « Medicine of the Person: Faith, Science and Values in Health Care Provision », sur www.tandfonline.com (DOI 10.1080/13561820701321726, consulté le )
  6. (en) John L. Cox, « Towards an evidence-based ‘Medicine of the Person’: the contribution of psychiatry to health care provision », Journal of Evaluation in Clinical Practice, vol. 14, no 5, , p. 694–698 (ISSN 1365-2753, DOI 10.1111/j.1365-2753.2008.01076.x, lire en ligne, consulté le )
  7. « Association Paul Tournier - Bibliographie », sur www.paultournier.org (consulté le )
  8. (ja) Paul Tournier, Face a la souffrance, Labor et Fides, (lire en ligne)
  9. (en) Hans-Rudolf Pfeifer, « Paul Tournier and ‘Médecine de la Personne’—The man and his vision », International Journal of Integrated Care, vol. 10, no 5, (ISSN 1568-4156, DOI 10.5334/ijic.492, lire en ligne, consulté le )
  10. « Présentation - Médecine de la Personne », sur www.medecinedelapersonne.org (consulté le )
  11. (en) Tournier Companion (lire en ligne)
  12. « L’Institut œcuménique de Bossey | World Council of Churches », sur www.oikoumene.org (consulté le )
  13. (en) « Sage Journals: Discover world-class research », sur Sage Journals (DOI 10.1177/004057365801400411, consulté le )
  14. « PAUL TOURNIER BIOGRAPHIE - ENFANCE, RéALISATIONS DANS LA VIE ET CHRONOLOGIE - MÉDECINS », sur fr.celeb-true.com (consulté le )
  15. « PAUL TOURNIER'S UNIVERSALISM », sur www.paultournier.org (consulté le )
  16. « 1982 : Paul Tournier - La médecine de la personne | IofC », sur www.iofc.ch (consulté le )
  17. Hans-Rudolf Pfeifer, « Paul Tournier and 'Médecine de la Personne'-The man and his vision », International Journal of Integrated Care, vol. 10 Suppl, no Suppl, , e022 (ISSN 1568-4156, PMID 20228919, PMCID 2834913, lire en ligne, consulté le )
  18. (en-US) « Home », sur Christian Medical & Dental Associations® (CMDA) (consulté le )
  19. « The Top 50 Books That Have Shaped Evangelicals », sur List Challenges (consulté le )
  20. TOURNIER Paul, Le personnage et la personne, Delachaux et Niestlé, coll. « Hommes et ses problèmes », (ISBN 978-2-603-00193-6, lire en ligne)