Pauline Boudry / Renate Lorenz

artiste

Pauline Boudry / Renate Lorenz forment un duo d'artistes travaillant ensemble depuis 2007 à Berlin[1].

Biographie

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Origines et formation

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Le duo d’artistes Pauline Boudry / Renate Lorenz travaille de manière conceptuelle à partir de performances filmées. Leurs installations comprennent aussi des sculptures, ainsi que des éléments programmés, par exemple des rideaux mobiles, des scènes, des stores ou de la fumée animée. Leurs interprètes sont des artistes, danseurs, chorégraphes et musiciens avec lesquels le duo entretient des relations de longue durée[2]. La visibilité et l’opacité, tout comme les formes d’amitié queer, constituent des thèmes récurrents dans leur pratique. Leur travail a été présenté internationalement, notamment à la 58ème Biennale de Venise (Pavillon suisse) en 2019[3], au Palacio de Cristal au Museo Reina Sofía à Madrid (2022-2023), ainsi qu’à la Biennale de São Paulo en 2024[4].

Renate Lorenz est née à Bonn en 1963[2] et a étudié le théâtre à l’Institut für Angewandte Theaterwissenschaft de Giessen aux côtés de René Pollesch. Cette formation dans le domaine de la performance a nourri son intérêt profond pour la collaboration, la scène, la musique et les formes de jeu non conventionnelles. Renate Lorenz a ensuite obtenu un master à la Kunsthochschule für Medien Köln. À la fin des années 1980 et au début des années 1990, Jochen Becker et Renate Lorenz fondent le collectif d’artistes Büro Bert[5]. De 1992 à 1996, avec Silvia Kafehsy, Marion von Osten et Ursula Biemann, Renate Lorenz a assuré le commissariat de la Shedhalle Zürich[6], où le groupe a développé un programme radical et féministe qui a fortement influencé une génération de commissaires travaillant avec des expositions fondées sur la recherche. Depuis 2010, Renate Lorenz codirige, avec Annette Baldauf, le programme doctoral « PhD in Practice » à l’Academy of Fine Arts Vienna, comme professeur d’art et de recherche.

Pauline Boudry est née à Lausanne en 1972[2] et a étudié à la HEAD à Genève. Elle a décrit ses origines bulgares ainsi que l’héritage artistique de sa famille — notamment celui de son arrière-grand-père, le peintre symboliste C. C. Olsommer — comme des influences déterminantes dans son parcours. Attirée par les modes de travail collectifs, elle s’est impliquée très tôt dans des projets de groupe. En 1997, elle a co-organisé l’exposition féministe Environ 27 ans à Genève, où elle a noué des liens avec des artistes telles que Julie Ault et Renée Green. En 1999, elle a cofondé à Berlin le groupe queer de musique électronique Rhythm King and her Friends, au sein duquel elle a été active jusqu’en 2008 et avec lequel elle a effectué de nombreuses tournées. Pauline Boudry a enseigné entre 2005 et 2008 à la Kunsthochschule Berlin-Weißensee, entre 2009 et 2023 à la ZHdK Zürich, et est à la HEAD depuis 2023.

Travail artistique

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Temporal Drag
Deux notions reviennent souvent dans la description du travail de Pauline Boudry et Renate Lorenz: temporal Drag et archéologie queer[7]. Leurs premières installations filmiques établissent souvent des liens avec des figures, des traces, des chansons ou des photographies du passé. Celles-ci sont utilisées comme des « partitions » pour une performance contemporaine[8]. Elles mobilisent des « ami·es du passé » afin de faire apparaître simultanément plusieurs temporalités, en s’appuyant sur les pratiques du drag ainsi que sur des stratégies performatives qui perturbent les conceptions normatives du temps. Mathias Danbolt a décrit cette « archéologie queer » comme une manière de questionner comment des gestes de retour vers le passé peuvent réactiver des moments révolutionnaires, qui n’ont jamais été réalisés, faisant ainsi advenir des futurs imaginés[9].

On the set of Salomania, 2008

Normal Work (2007) s’appuie sur une archive photographique méconnue d’autoportraits d’une domestique du Londres victorien - à l’intersection du travail domestique et des pratiques S/M - qui deviennent le point de départ d’une performance de Werner Hirsch[10]. Dans N.O. Body (2008), avec une mise en scène influencée par Jack Smith, Werner Hirsch revisite les archives photographiques sur la diversité sexuelle et de genre constituées par le sexologue berlinois Magnus Hirschfeld dans les années 1930. Le film Salomania (2009) réunit la chorégraphe d’avant-garde Yvonne Rainer et l’artiste Wu Tsang comme interprètes, en dialogue avec le film Art nouveau partiellement oublié Salomé d’Alla Nazimova (1923)[11].

À travers ces trois installations, la performance contemporaine dialogue avec des objets du passé, souvent présentés dans l’espace d’exposition aux côtés des films. Dans Toxic (2012), un changement de perspective s’opère. Boudry et Lorenz continuent de se référer à des histoires des régimes de visibilité impliquant des dispositifs de surveillance comme le mug shot, mais elles mettent en scène, dans leurs performances filmées, leur propre archive fictive.

Partitions

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Entre 2013 et 2017, Pauline Boudry et Renate Lorenz ont produit une série d’installations filmiques inspirées de partitions emblématiques d’avant-garde. Dans To Valerie Solanas and Marilyn Monroe in Recognition of Their Desperation (2013), une partition de Pauline Oliveros, elles invitent cinq musiciens à réimaginer cette composition féministe radicale dans une interprétation filmée, dans laquelle la caméra elle-même endosse le rôle d’un performeur supplémentaire. En dialogue avec le travail d’Oliveros, le film explore les possibilités et les limites d’une politique queer qui s’appuie sur l’abstraction[12].

Dans Silent (2016), la performeuse Aérea Negrot interprète la partition 4’33’’ (1952) de John Cage, qui demande aux musiciens de rester silencieux. Selon Maya Hoberman, l’œuvre interroge la distinction entre le silence comme geste subversif et libérateur (comme dans les protestations silencieuses) et le fait d’être réduit au silence, par la violence ou la surveillance[13].

Pauline Boudry & Renate Lorenz avec Pauline Oliveros et Gregg Bordowitz au MoMA, 2014.

Telepathic Improvisation (2017), fondée sur la partition éponyme de 1975 de Pauline Oliveros, fait référence au pouvoir de la télépathie et invite le public - y compris les spectateur·ices futur·es du film - à envoyer mentalement de la musique et des actions aux performeurs[9].

À la fin des années 2010, Pauline Boudry et Renate Lorenz approfondissent le pouvoir transformateur du mouvement, en développant des collaborations avec des chorégraphes et des danseurs. Elles produisent trois grandes installations centrées sur la danse et les temporalités queer. Partant du sentiment d’être poussé en arrière par de récents contrecoups réactionnaires, Moving Backwards (2019) explore des pratiques de résistance, combinant chorégraphie postmoderne et danse urbaine avec des techniques de guérilla ainsi que des éléments de la culture underground queer. La caméra conceptuelle se déplace inlassablement de droite à gauche puis de gauche à droite à la même vitesse[14]. Certaines marches, solos et danses collectives sont exécutés à l’envers, tandis que d’autres sont inversés numériquement, créant une incertitude sur leurs directions spatiales et temporelles. Dans (No) Time (2020), interprété par quatre danseurs, la lenteur extrême, les mouvements circulaires, les décalages rythmiques, les pauses et l’immobilité perturbent les conceptions normatives du temps[15]. Les Gayrillères (2022) relie la notion d’opacité aux mouvements de danse. La caméra filme une danse continue de six performeurs formant un cercle complet, montrant des corps qui contrôlent leur degré de visibilité en se masquant ou en se dévoilant. Les corps disparaissent parfois du champ visuel, soit parce qu’ils sont trop sombres, soit parce qu’ils sont trop lumineux, se fondant dans la lumière[16].

Collaborations avec Chelsea Manning

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I Want (2015) présente une performance de l’artiste Sharon Hayes, filmée en une seule prise mais avec deux caméras, créant une installation à deux canaux avec des plans légèrement différents. Le texte est un collage d’écrits de Kathy Acker et de Chelsea Manning[17]. Dans cette installation, les stratégies poétiques d’Acker — appropriation et recombinaison de fragments textuels, ainsi que déplacements d’identités — permettent une relecture des révélations publiques de Manning[18].

En 2025, quelques années après la libération de Manning, Boudry et Lorenz l’invitent à jouer un DJ set dans un club vide à Berlin. Elles créent l’installation filmique All The Things She Said (2025), composée d’un court entretien et de ce DJ set. Comme dans la plupart de leurs films, le son est enregistré avec une grande précision et une attention particulière. Elles utilisent plusieurs microphones répartis dans le club, permettant au spectateur d’écouter depuis différents points de vue : la table de mixage, les écouteurs de Manning, les coulisses, l’angle de la boule disco ou encore la piste de danse. Le sound design du compositeur et producteur Rashad Becker souligne l’importance de chaque perspective sonore dans l’expérience collective de l’écoute, de la danse et de la célébration[9].

Opacité et échos : interventions dans des architectures historiques

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En 2022, Pauline Boudry et Renate Lorenz créent Glass Is My Skin, une installation composée de scènes en miroirs et de fumée dans le Palacio de Cristal au Museo Reina Sofía, un bâtiment colonial entièrement en verre. L’œuvre interroge la transparence de l’édifice. Les artistes décrivent cette transparence comme l’incarnation visuelle d’une volonté de mieux comprendre et contrôler les colonies. Plusieurs fois par jour, l’ensemble de l’espace devient opaque, enveloppé d’un nuage de fumée, tandis qu’une pièce musicale de Aérea Negrot résonne dans cet environnement transformé[19].

En 2025, pour You Ask Me To Not Give Up, Up, Up, elles transforment l’abbaye de Bellelay dans le Jura suisse en construisant des montagnes russes dans la nef principale. Celles-ci ne transportent pas de personnes, mais un haut-parleur diffusant une composition sonore de Colin Self explorant les résonances de l’architecture. S’appuyant sur la pensée de la philosophe indienne Gayatri Chakravorty Spivak, l’écho y est présenté comme un fantôme queer : une voix puissante mais contrainte, qui refuse de disparaître et revient hanter l’espace[20].

Expositions selection

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Pauline Boudry et Renate Lorenz ont récemment présenté leur travail à l’Istituto Svizzero Roma (2025) ; au MUAC – Museo Universitario Arte Contemporáneo Mexico (2025) ; au Leeum Museum of Art Seoul (2024) ; au Philadelphia Museum of Art (2024, 2025) ; à la 35e Biennale de São Paulo (2024) ; au Centre Pompidou Paris (2021, 2023) ; au Korean Museum of Art (2023) ; au Kunstnernes Hus Oslo (2023) ; au Van Abbemuseum Eindhoven (2023) ; au Palacio de Cristal / Museo Reina Sofía (2022) ; au CA2M Centro de Arte Dos de Mayo (2022) ; à la Whitechapel Gallery London (2022) ; au Hammer Museum Los Angeles (2021) ; à KunstRaum Innsbruck (2021) ; à la Seoul Mediacity Biennale / Seoul Museum of Art (2021) ; à la 58e Biennale de Venise (Pavillon suisse) ; à la Julia Stoschek Collection Berlin (2019) ; au Centre culturel suisse Paris (2018) ; au New Museum New York (2017) ; à Participant Inc. New York (2017) ; au Contemporary Arts Museum Houston (2017) ; à la Kunsthalle Zürich (2015) ; à Nottingham Contemporary (2015) ; à la Kunsthalle Wien (2015) ; au CAPC musée d’art contemporain de Bordeaux (2013) ; au Badischer Kunstverein (2013) ; à la South London Gallery (2012) ; au Centre d’art contemporain Genève (2011) ; et aux Complices* (2008, 2009, 2010, 2013).

  • I Want, 40mcube, Rennes, 2018. Dans le cadre des Ateliers de Rennes - Biennale d'art contemporain.
  • Improvisation télépathique, Centre Culturel Suisse , Paris, 2018[21]
  • Silent, High Line Art, New York, 2018[22]
  • The Right to Opacity, Asakusa, Tokyo, 2016
  • To Valerie Solanas and Marilyn Monroe in Recognition of Their Desperation, La Centrale Galerie Powerhouse, Montréal, 2016
  • Loving, Repeatin, Kunsthalle Vienna, 2015
  • Opaque, La Bf15, Lyon, 2015

Publications

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  • 2014 : Aftershow — textes de Pauline Boudry et Renate Lorenz, Sternberg Press, (ISBN 978-3-95679-049-2)[23]
  • 2016 : I Want — textes de Gregg Bordowitz, Laura Guy, Dean Spade, Craig Willse, Sternberg Press, (ISBN 978-3-95679-235-9)[24]
  • 2018 : Telepathic Improvisation — textes de André Lepecki, Mason Leaver-Yap, Alhena Katsof, Victoria Brooks ; entretien avec Dean Daderko, Lia Gangitano, Contemporary Arts Museum Houston, (ISBN 978-1-933619-68-2)
  • 2019 : Moving Backwards — textes de André Lepecki et Charlotte Laubard ; lettres, entre autres, de Fouzia Al-Youssef, Judith Butler, Patrisse Cullors, Mirkan Deniz, Nikita Dhawan, Treva Ellison, Antke Engel, Azar Mahmoudian, Eve Tuck, Françoise Vergès, Skira, (ISBN 978-88-572-4114-2)
  • 2022 : Stages — textes de Elisabeth Lebovici, Amelia Groom, Ana Janevski, Irene Revell, Mason Leaver-Yap, Mayra A. Rodríguez Castro, Miguel A. López, Pablo Lafuente, Rindon Johnson, Yolande Zola Zoll van der Heide ; édité par Övül Ö. Durmuşoğlu, Spector Books, (ISBN 978-3-95905-612-0)
  • 2025 : Todo lo que ella dijo – All the Things She Said — texte de Alejandra Labastida, MUAC – Museo Universitario Arte Contemporáneo, (ISBN 978-607-587-378-7)
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Notes et références

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  1. ↑ « Pauline Boudry / Renate Lorenz » Accès libre, sur AWARE Women artists / Femmes artistes (consulté le )
  2. 1 2 3 La Ferme du Buisson | Scène nationale-Centre d'art- Cinéma, « Pauline Boudry / Renate Lorenz », sur La Ferme du Buisson | Scène nationale - Centre d'art - Cinéma (consulté le )
  3. ↑ « Pauline Boudry / Renate Lorenz ← Artistes ← IAC — Institut d’art contemporain — Villeurbanne/Rhône-Alpes », sur i-ac.eu (consulté le )
  4. ↑ « Pauline Boudry / Renate Lorenz ← Artistes ← IAC — Institut d’art contemporain — Villeurbanne/Rhône-Alpes », sur i-ac.eu (consulté le )
  5. ↑ (en) « Büro Bert - Monoskop » Accès libre, sur monoskop.org (consulté le )
  6. ↑ (de) « Shedhalle – Geschichte », sur Shedhalle (consulté le )
  7. ↑ (en) « Queer Temporalities and the Chronopolitics of Transtemporal Drag - Journal #28 », sur www.e-flux.com (consulté le )
  8. ↑ « Pauline Boudry / Renate Lorenz », sur AWARE Women artists / Femmes artistes (consulté le )
  9. 1 2 3 Gunhild Borggreen et Rune Gade, Performing Archives, Archives of Performance, Museum Tusculanum Press University of Copenhagen, coll. « In Between States », (ISBN 978-87-635-3750-6)
  10. ↑ (en-US) « Pauline Boudry & Renate Lorenz – Biennale de l’Image en Mouvement, Genève » (consulté le )
  11. ↑ PLATEFORME 10 Musée cantonal des Beaux-Arts Place de la Gare 16 1003 Lausanne Suisse + 41 21 318 44 00, « Normal Work », sur Musée cantonal des Beaux-Arts (consulté le )
  12. ↑ (de) Badischer Kunstverein Karlsruhe, « Badischer-Kunstverein Programm Vorschau », sur www.badischer-kunstverein.de (consulté le )
  13. ↑ (en-US) Mara Hoberman, « Pauline Boudry and Renate Lorenz », sur Artforum, (consulté le )
  14. ↑ « No/t One - Pauline Boudry, Renate Lorenz (CH/DE) », sur Arsenic (consulté le )
  15. ↑ Stages - Pauline Boudry, Renate Lorenz, Spector Books, (ISBN 978-3-95905-612-0 et 978-84-451-3974-5)
  16. ↑ (it) « Pauline Boudry / Renate Lorenz - intervista - Features #25 », sur Fondazione Imago Mundi (consulté le )
  17. ↑ « Pauline Boudry Renate Lorenz », sur Les ateliers de Rennes, (consulté le )
  18. ↑ « Pauline Boudry / Renate Lorenz », sur Théâtre de l'Usine (consulté le )
  19. ↑ « how we always survived, Istituto Svizzero », (consulté le )
  20. ↑ https://www.kunstbulletin.ch/en/ausstellung/pauline-boudry-renate-lorenz-you-ask-me-not-give
  21. ↑ « Pauline Boudry, Renate Lorenz, l'imaginaire sans barrière », sur Next.liberation.fr, (consulté le )
  22. ↑ « High Line Art artist event », sur thehighline.org, (consulté le )
  23. ↑ Aftershow: Pauline Boudry, Renate Lorenz; [... on the occasion of the exhibition Patriarchal Poetry at the Badischer Kunstverein, 2013], Sternberg Press, (ISBN 978-3-95679-049-2)
  24. ↑ Pauline Boudry, Renate Lorenz - I want, Sternberg Press, (ISBN 978-3-95679-235-9)

Liens externs

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