Pavillon Bellevue du CNRS

pavillon à Meudon, France

Le Pavillon Bellevue du CNRS est un bâtiment situé dans le quartier de Bellevue à Meudon dans les Hauts-de-Seine. Il fut initialement un hôtel construit pour les curistes pensionnaires de l'établissement hydrothérapique fondé en 1846 par le docteur Louis Désiré Fleury, et où se croisèrent entre autres célébrités, en 1857, Théodore de Banville et le comédien Frédérick Lemaître. Édouard Manet y séjourna avec son épouse en 1879.

Pavillon Bellevue du CNRS
Présentation
Patrimonialité
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Hôtel du pavillon de Bellevue.

En 1881, il fut transformé en hôtel-restaurant sous la dénomination Grand Hôtel de Bellevue géré par la société hôtelière du même nom. Le restaurant situé au rez-de-chaussée connu sous l'appellation Pavillon de Bellevue bénéficia à partir de 1893 de l'ouverture et du succès immédiat du funiculaire de Bellevue reliant la gare et l'appontement des bateaux-omnibus[1] du Bas-Meudon au belvédère de Bellevue. Louis Paillard, restaurateur parisien de renom (2, rue de la Chaussée d'Antin) fit l'acquisition du grand hôtel en 1910 et l'exploita sous le nom de Paillard Bellevue Palace jusqu'à sa faillite survenue en .

Isadora Duncan à Bellevue.

Cette même année 1913, Paris Eugène Singer (1867-1932), richissime héritier de l'inventeur de la machine à coudre domestique Isaac Merrit Singer, le racheta et le céda à sa maîtresse, Isadora Duncan (1878-1927). La célèbre danseuse "aux pieds nus" et au destin tragique, perturbée par la perte de ses deux jeunes enfants noyés au mois d'avril précédent dans la Seine à bord d'une voiture sans chauffeur[2], fonda alors – après son école de danse installée à proximité de sa résidence (68 rue Chauveau à Neuilly-sur-Seine) et du lieu de l'accident (boulevard Bourdon) – dans sa nouvelle propriété de Bellevue une autre école, dite Le Dyonision.

Peu après le début de la Grande Guerre, Isadora Duncan mit l'Hôtel de Bellevue à disposition de l'armée pour l'installation d'un hôpital militaire et amena ses élèves aux États-Unis. De retour en France, elle trouva sa propriété dans un état de délabrement tel qu'elle décida en 1919 de la vendre à l'Office des Inventions qui deviendra Office national des Recherches Scientifiques et Industrielles et des Inventions (ONRSI) en 1922 puis CNRS (Centre national de la recherche scientifique) en 1939[3].


Dans l'immédiat post-Seconde Guerre Mondiale, le complexe de Bellevue est constitué de nombreux laboratoires, parmi lesquels nous trouvons[4] :

- le Laboratoire du Grand Électroaimant et des Basses Températures (devenu Laboratoire Aimé-Cotton en 1951), créé par Aimé Cotton en 1927, qui déménagera à Orsay en 1967. Le grand électroaimant, lui, a été inauguré l'année suivante, et les recherches menées ont cessé en 1970 ;

- le Laboratoire de l'Aimant Permanent, créé en 1946 et dirigé par Salomon Rosenblum, autour d'un appareil de 67 tonnes et qui, pour des raisons analogues, ses recherches concernant aussi la structure nucléaire, sera transféré comme le précédent à Orsay (fin des années 1950) ;

- le Laboratoire du Magnétisme appliqué, originellement partie intégrante du laboratoire de Aimé Cotton, devenu autonome en 1943, dirigé par Charles Guillaud, spécialisé dans le domaine du ferromagnétisme. Les résultats ont porté principalement sur les relations entre le magnétisme et la structure cristalline, ou sur l'obtention de champs coercitifs très élevés grâce à la mise au point de certains alliages ;

- le Laboratoire des rayons X, créé en 1944 et dirigé par Jean-Jacques Trillat. Sa vocation première étant la mise à disposition de tous les chercheurs de l'ensemble des techniques offertes à l'époque par les rayons X, l'acquisition progressive d'appareils très modernes ouvrit très rapidement le champ d'investigation des chercheurs vers l'électronique et la physico-chimie ;

- le Laboratoire des Hautes Pressions, créé en 1947 et dirigé par Boris Vodar (1910-1982 ; russe devenu français en 1934), avait pour objet l'étude des interactions des molécules dans les milieux denses, sous pression ;

- le Laboratoire d'Aérothermique, créé à la demande de l'Aéronautique par Edmond Brun en vue d'étudier le problème du givrage des avions ;

- le Laboratoire des Terres Rares, installé à Bellevue en 1945, dirigé alors par Georges Urbain et son élève Félix Trombe, lorsque s'est fait ressentir la concurrence d'équipes américains dans l'étude physique et chimique des lanthanides ;

- le Laboratoire d'Électrolyse, créé en 1938 par le professeur René Audubert, pionnier de l'étude des phénomènes qui se passent au niveau des électrodes ;

- le Laboratoire de Biochimie de la Nutrition, créé en 1941. Il trouve son origine dans un groupe de travail qui, dans le cadre de la mobilisation civile en 1939, avait pour mission l'étude de la valeur nutritive des levures et de leur éventuelle production en raison de leur teneur élevée en matières azotées et en vitamines.

Dans les années 1950/1960, le CNRS fait édifier plusieurs bâtiments annexes autour du pavillon, l'un d'entre eux masquant totalement la perspective sur le pavillon depuis le centre-ville de Meudon. Ce dernier est finalement démoli en 2012, concomitamment à la surélévation du pavillon Bellevue d'un étage[5],[6]. Dans la foulée, le CNRS envisageait de céder une partie de son emprise à un groupement de promoteurs pour y réaliser à la fois des logements et des bureaux (lesquels devaient remplacer les autres bâtiments annexes qui auraient été démolis à leur tour). Un permis de construire est déposé en 2015, suscitant des oppositions locales quant à l'impact du projet sur les circulations douces, le stationnement et les perspectives paysagères[7]. Après plusieurs revirements[6],[8],[9], le CNRS se sépare finalement de la partie ouest du site en , sur injonction de son ministère de tutelle[10],[11]. Les personnels et leurs activités sont relocalisés en urgence dans le pavillon ou dans d'autres locaux du CNRS à Gif-sur-Yvette[12].

Notes et références

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  1. Par terre, par eau et par rail, les transports à Meudon, brochure éditée par la Ville de Meudon à l'occasion de l'exposition du même nom, mars 2006 à septembre 2007, page 11, .
  2. Une auto tombe dans la Seine. Les deux enfants d'Isadora Duncan et leur gouvernante meurent noyés, Le Petit Parisien du 20 avril 1913 .
  3. Le Pavillon de Bellevue, d'hier à aujourd'hui sur le site du CNRS (cliquer sur les bornes pour ouvrir les pages suivantes).
  4. Paulette Gayral, « "Naissance et évolution de la recherche scientifique à Meudon. Les laboratoires du CNRS de Bellevue (deuxième partie)" », Revue du Comité de Sauvegarde des Sites de Meudon, no Bulletin n°66, , pp.4-6 (lire en ligne Accès libre)
  5. Ville de Meudon - procès-verbal de la séance du conseil municipal du 10 février 2022, (lire en ligne), p. 17.
  6. 1 2 « SLR - La direction du CNRS brade le site historique de Meudon-Bellevue », sur sauvonslarecherche.fr (consulté le ).
  7. « Comité de Sauvegarde des Sites de Meudon - recours gracieux contre le permis de construire 09204814C0045 délivré conjointement le 19/08/2015 au bénéfice du CNRS, de la SNC Vinci Immobilier Résidentiel et de la SAS Kaufman and Broad Developpement », .
  8. Par Cindy Bonnaud Le 16 février 2022 à 12h42, « Soupçon de pollution sur le site du CNRS à Meudon : «Ce n’est pas Tchernobyl, mais on a quand même manipulé du plutonium» », sur leparisien.fr, (consulté le ).
  9. Théodore Azouze, « Le ministère force la vente d’un bâtiment du CNRS au profit de Vinci, les chercheurs sommés de déménager », sur www.marianne.net, 2023-02-21utc15:28:25+0100 (consulté le ).
  10. « Rachat d'une partie des locaux du CNRS par Vinci à Meudon, les syndicats dénoncent une "expulsion brutale" », sur France 3 Paris Ile-de-France (consulté le ).
  11. Mathilde Goanec, « L’État impose au CNRS la vente d’un site convoité », sur Mediapart (consulté le ).
  12. Par Olivier Bureau Le 10 février 2023 à 19h27, « Le CNRS vend en urgence une partie de son site historique de Meudon à des promoteurs », sur leparisien.fr, (consulté le ).