Pertes du Danube
Les pertes du Danube, en allemand Donauversinkung, sont le phénomène de disparition dans le sol, appelé perte en hydrologie, des eaux du Danube sur plusieurs kilomètres entre les communes d'Immendingen et de Fridingen, en Allemagne.


Les eaux s’infiltrent en raison de la présence d'un système karstique par lequel elles rejoignent l’Aachtopf distant de quatorze kilomètres et qui alimente le lac de Constance et donc indirectement le Rhin. C'est donc un cas où une perte s'accompagne d'une capture, les eaux passant d'un bassin versant à un autre. Le Danube n'est alors alimenté en aval de cette disparition que par deux ruisseaux, le Krähenbach (en) (qui devient de facto la source du Danube en été), et l'Elta (en). Durant la période d'étiage, 150 à 200 jours par an, cette faible alimentation conjuguée à la perte des eaux a pour conséquence que le Danube s’assèche complètement à cet endroit.
Hydrographie
modifierDans la région située entre Immendingen et Fridingen[1], le lit du Danube traverse une région fortement karstique. L'eau du fleuve s'infiltre à raison de 5 000 l/s dans un système karstique de la formation calcaire bien stratifiée du Jurassique blanc (ox2), et ressort dans les calcaires du Jurassique blanc (ki 4) dans l'Aachtopf à environ douze kilomètres de là[2]. Cette source alimente le Radolfzeller Aach, qui se jette ensuite dans le lac de Constance près de Radolfzell[2]. Ainsi, une partie des eaux du Danube se jette donc dans la mer du Nord via le Rhin[3]. Cette situation géographique crée donc une connexion entre les bassins versants de la mer du Nord et de la mer Noire.
Comme l'eau s'écoule par une multitude de fissures et de crevasses, petites ou très petites, la karstification en est encore ici à ses débuts. En revanche, le système de grottes qui s'ensuit jusqu'à l'Aachtopf, c'est-à-dire le bras souterrain du Danube, est probablement déjà bien développé. Cette hypothèse est confortée par la faible corrélation temporelle des températures de l'eau du Danube et de l'Aachquelle, qui suggère une rivière souterraine plutôt qu'un système de fissures ramifiées.
Dans les années 1960, Jochen Hasenmayer a découvert et exploré les 400 premiers mètres d'une grande grotte immergée en forme de siphon, la grotte d'Aach, à partir de l'Aachtopf. Ses recherches se sont terminées sur un cul-de-sac. L'exploration du système de grottes est en cours depuis les années 1980 dans le cadre d'une initiative privée. Pour cela, une doline a été développée[pas clair] entretemps dans la zone montagneuse entre le Danube et l'Aachtopf, qui permet d'accéder aux couches aquifères.
Le tunnel d'Immendingen (de) est destiné à contourner les pertes[pourquoi ?] du Danube dans le secteur d'Immendingen[1].
Histoire
modifierLa première disparition totale du Danube dans la zone des pertes documentée historiquement a eu lieu en 1874. Depuis lors, le nombre de jours d'assèchement par an a considérablement augmenté en moyenne, bien qu'avec de petites valeurs aberrantes. Alors que les mesures effectuées de 1884 à 1904 ont donné une moyenne de 80 jours d'assèchement complet par an et que l'année 1921 détient le record absolu avec 309 jours, en 1922, seuls 29 jours ont été décomptés, mais en 1923 à nouveau 148 jours. De 1933 à 1937, ce nombre est passé à 209 et de 1938 à 1945 à 270 jours.
Le lien entre les pertes du Danube et l'Aachtopf a été prouvé le lorsque le géologue Adolph Knop de l'Université technique de Karlsruhe a déversé 10 kilogrammes de fluorescéine de sodium, 20 tonnes de sel[Combien ?] et 1 200 kilogrammes d'huile de schiste à l'eau de la perte du Danube. Soixante heures plus tard, les trois substances sont apparues dans l'Aachtopf dont l'eau s'est retrouvée salée, « brillante d'un vert éclatant » avec une odeur de créosote prononcée. Plus tard, on a étudié le lien entre les différents points d'infiltration. Par exemple, en 1908, un puits a été foré à Fridingen afin de découvrir empiriquement par où s'écoulait l'eau de ces pertes.
En 1927, la Cour d'État a été saisie d'un différend qui couvait depuis longtemps au sujet de l'altération quantitative des eaux du Danube entre les États du Wurtemberg et de la Prusse, en tant que souverains des Hohenzollern, d'une part, et l'État de Bade, d'autre part. Le différend est resté connu sous le nom Donauversinkungsfall (de).
Évolution possible
modifierIl n'est pas possible de prévoir exactement comment la karstification se développera à l'avenir le long des ponors d'infiltration. Le Danube souterrain transporte chaque année environ 7 000 tonnes (2 700 mètres cubes) de limons calcaires provenant du système karstique de l'Aachtopf. Dans un avenir proche, il est concevable que le système souterrain s'étende ou s'effondre, phénomène perceptible en surface par des puits ou de nouveaux ponors (trous d'infiltration).
À long terme, l'actuel Danube supérieur sera probablement complètement détourné vers le Radolfzeller Aach, et donc vers le système fluvial du Rhin. Puis les affluents aujourd'hui insignifiants, Krähenbach (en) (à Möhringen) et Elta (en) (à Tuttlingen), deviendront les nouvelles rivières sources du haut Danube, qui aujourd'hui déjà transporte moins d'eau que son affluent l'Iller qui le rejoint à Ulm. L'Urdonau[Note 1] (appelé Feldbergdonau dans cette section) a peut-être connu un sort similaire plus en amont à l'époque du Würmien, sur l'actuelle Wutach à proximité de Blumberg.
Positions géographiques
modifierLes eaux du Danube sont capturées entre Immendingen (47° 55′ 45,78″ N, 8° 45′ 26,07″ E) et Fridingen an der Donau (48° 00′ 38,98″ N, 8° 55′ 03,41″ E). Elles émergent à Aachtopf (47° 50′ 48″ N, 8° 51′ 29″ E) et alimentent le lac de Constance à Radolfzell am Bodensee (47° 43′ 58″ N, 8° 56′ 28″ E).
Les deux ruisseaux qui alimentent le Danube sont alors le Krähenbach (47° 57′ 21″ N, 8° 46′ 08″ E) et l'Elta (47° 59′ 06″ N, 8° 48′ 05″ E).
Notes et références
modifierNotes
modifier- ↑ En allemand, le préfixe ur- signifie ancien. En anglais, ce préfixe allemand est aussi utilisé (cf. English terms prefixed with ur-).
Références
modifier- (de) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en allemand intitulé « Donauversinkung#Ausblick » (voir la liste des auteurs).
- (de) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en allemand intitulé « Donauversinkung#Geschichte » (voir la liste des auteurs).
- (de) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en allemand intitulé « Donauversinkung#Hydrographie » (voir la liste des auteurs).
- 1 2 Werner Käß (de) : Das Donau-Aach-System. Die Versickerung der Oberen Donau zwischen Immendingen und Fridingen (Südwestdeutscher Jurakarst). (=Geologisches Jahrbuch, Reihe A, Heft 165) Schweizerbartsche Verlagsbuchhandlung, Stuttgart 2021, (ISBN 978-3-510-96862-6).
- 1 2 (de) « Flusserlebnispfad Hegauer Aach | LGRBwissen », sur lgrbwissen.lgrb-bw.de (consulté le )
- ↑ (de) Werner Käss, « Das Donau-Aach-System », sur www.schweizerbart.de, (consulté le )