Philibert Évariste Ciattoni
Philibert Évariste Ciattoni (en corse : Filibertu Evaristu Ciattoni), est un chef militaire et politique corse du XVIIIe siècle. Il est élu Général des Confédérés et des véritables Corses en 1731, lors de la première insurrection contre Gênes (1729–1732).
| Philibert Évariste Ciatten | |
| Fonctions | |
|---|---|
| Général des Confédérés et des véritables Corses | |
| Prédécesseur | Alvaradino |
| Successeur | fonction dissoute (capitulation de 1732) |
| Biographie | |
| Date de naissance | inconnue |
| Lieu de naissance | Corse (probablement Haute-Corse) |
| Date de décès | inconnue (après 1735) |
| Lieu de décès | inconnu |
| Nationalité | corse |
| Profession | militaire, chef politique |
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Contexte
modifierLa Corse est sous domination génoise depuis 1284. Au début du XVIIIe siècle, la fiscalité oppressive (les due senni), l’éviction des élites locales et l’expérience militaire de nombreux Corses au service de puissances étrangères (Venise, Naples, Parme) favorisent une révolte[1]. L’insurrection éclate fin 1729 dans le Bozio. En janvier 1730, Luigi Giafferi et Andrea Ceccaldi sont élus premiers chefs du mouvement[2].
Général des Corses (1731)
modifierPrise du pouvoir
modifierUne source contemporaine (l’Histoire universelle, vol. 87, Paris, Moutard, vers 1780) décrit une succession de chefs :
- Pompiliani est capturé et exécuté secrètement par les Génois.
- Alvaradino lui succède, mais on le soupçonne d’intelligences avec la famille génoise Pinelli ; il est déposé.
- Philiberto Ciattoni est alors élu chef suprême (début 1731). Il nomme Pedrillo Giacelli (Luigi Giafferi) comme son lieutenant-général[3].
Cette séquence établit que Ciattoni est le supérieur hiérarchique de Giafferi, contrairement à ce qu’affirment certaines notices postérieures.
Cour à San-Fiorenzo et Diète générale
modifierCiatten s’installe à San-Fiorenzo (Saint-Florent) et convoque une Diète générale de la Nation pour le 6 avril 1731, exigeant le serment des magistrats et la présence du clergé. Son édit de convocation est ainsi libellé :
« Philibert Evatiftes Ciatten, par la grace de Dieu, pour le salut des peuples & pour la défense des opprimés, Général des Confédérés & des véritables Corses : A tous les dignes de porter ce nom, salut. […] Le Seigneur ne nous a rendu l’héritage de nos peres que pour que nous le cultivions dans une paix & une tranquillité parfaites.[4] »
La rhétorique mêle références bibliques (Exode) et langage du droit naturel, typique des écrits des révoltés corses des années 1730.
Défaite et disparition
modifierEn 1731, Gênes fait appel à l’empereur Charles VI. Le baron Wachtendonck débarque en août, et négocie directement avec Luigi Giafferi (septembre 1731). En 1732, les insurgés capitulent. Giafferi, Giacinto Paoli et Luca d’Ornano s’exilent à Naples. Le sort de Ciatten après 1732 est inconnu.
Reconnaissance institutionnelle (1735)
modifierMalgré son effacement, Ciatten est cité dans le règlement de la consulta d’Orezza du 30 janvier 1735 (proclamation d’indépendance). L’article 8 dispose :
« Les généraux du royaume André Ceccaldi, Hyacinthe Paoli et Philibert Evariste Ciattoni seront à l’avenir primats du royaume, et on leur donnera le nom d’Altesses Royales[5]. »
Il est donc reconnu comme l’un des « pères fondateurs » de la Nation corse.
Graphie et onomastique
modifier- Ciatten : forme du XVIIIe siècle (source Moutard).
- Ciattoni : italianisation tardive.
- Filipone (augmentatif corse de Filippu = Philippe) : surnom oral non documenté ; pourrait renvoyer à un autre membre de la famille.
Notes et références
modifierBibliographie
modifier- Histoire universelle, depuis le commencement du monde jusqu’à présent, vol. 87 (Histoire de Corse), Paris, Moutard, ~1780 (lire en ligne)
- Thierry Giappiconi, De l’épopée vénitienne aux révolutions corses, Ajaccio, Albiana, , 632 p. (ISBN 978-2-8241-0866-7, BNF 45444741)
- Francis Pomponi, « Émeutes populaires en Corse », Annales du Midi, vol. 84, no 107, , p. 151-181 (DOI 10.3406/anami.1972.5574)
- Évelyne Luciani et Dominique Taddei, Les pères fondateurs de la Nation corse (1729–1733), Ajaccio, Albiana, coll. « Prova », , 584 p. (ISBN 9782846982955)