Phytotelme

micro-habitat aquatique au sein d'une plante

Le phytotelme est un habitat aquatique contenu dans une plante terrestre. L’eau accumulée, bien que généralement en faible quantité, est suffisante pour supporter la vie ou une partie du cycle de vie de nombreuses espèces animales.

Phytotelme dans une broméliacée
Phytotelme dans une broméliacée

Étymologie

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Le terme « phytotelme » est formé de l’union des deux mots du grec ancien : phyto - plante et telma - mare. Il a été créé par Ludwig Varga, un biologiste allemand, en 1928[1],[2].

Classification

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Les phytotelmes peuvent être classés en cinq principaux types[3] : les dendrotelmes, les feuilles et pétales de plantes, les réservoirs des Broméliacées, les plantes-pichets et les entre-nœuds de bambous[1].

Dendrotelmes

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Dendrotelme dans un hêtre (Fagus sylvatica)
Dendrotelme dans un hêtre (Fagus sylvatica)

Les dendrotelmes sont des cavités situées dans un tronc d'arbre ou à sa surface, contenant de l'eau et de la matière organique (feuilles, bois, cadavres d'animaux ou d'insectes, etc). Ils se répartissent en deux catégories, selon la manière dont ils se sont formés : les cuvettes, qui résultent généralement d'une déformation physique de l'arbre et les trous de putréfaction, quand les processus de décomposition atteignent l'arbre plus profondément, au-delà de l'écorce[1]. Les dendrotelmes apparaissent plus fréquemment au niveau des racines, même s'ils peuvent se former à tous les niveaux de l'arbre.

Le volume contenu dans les dendrotelmes peut varier de quelques millilitres à plusieurs dizaines de litres[1]. En Australie, certains dendrotelmes de Lophostemon conferta retiendraient de l'eau en permanence depuis plus de cinquante ans[1].

Le Cabaret des oiseaux (Phytotelme de la cardère sauvage)

Feuilles et pétales

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Larves de mouches sur une cardère sauvage (Dipsacus fullonum)
Larves de mouches sur une cardère sauvage (Dipsacus fullonum)

Les phytotelmes formés par des feuilles ou des inflorescences se rencontrent essentiellement chez des plantes appartenant à la classe des monocotylédones comme les palmiers, les orchidées, les bananiers, les Heliconia ou les pandanus. Dans les régions tempérées, des plantes dicotylédones peuvent également former des phytotelmes comme les angéliques ou les cardères[1]. Ces phytotelmes sont généralement de petite taille.

Réservoirs de Broméliacées

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Les forêts tropicales humides abritent les plus grandes densités de phytotelmes en raison de l’omniprésence des Broméliacées (Amériques)[2]. Leur adaptation épiphytique leur permet une colonisation tridimensionnelle de l’écosystème et donne aux forêts tropicales humides une densité de phytotelmes inégalée ailleurs. Dans les forêts de nuages de Colombie, on a estimé une densité de 17,5 broméliacées par mètre carré de terrain. Considérant que chaque plant contient en moyenne un quart de litre d’eau, il y aurait jusqu’à 50 000 litres d’eau disponibles par hectare pour la colonisation par diverses formes de vie[4].

Les phytotelmes se forment plus précisément du fait de l'agencement en rosettes des feuilles de broméliacées. Ils sont composés de détritus végétaux, d'eau de pluie et de condensation[1].

Plantes-pichets

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L'urne d'une Nepenthes attenboroughii

Les plantes-pichets (de l'anglais « pitcher plants ») désignent les plantes carnivores avec des urnes en guise de pièges. Les réservoirs ainsi formés abritent entre une cinquantaine d'espèces (pour les plantes de la famille des Népenthacées et celles des Cephalotacées) et jusqu'à plus de deux cents (pour les Sarracéniacées). Le fluide contenu dans les urnes peut provenir de l'eau de pluie ou être produit par la plante elle-même. Il contient alors des enzymes digestives[5].

Entre-nœuds de bambou

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Les compartiments imperméables du bambou peuvent devenir des phytotelmes quand les tiges se fendent, qu'elles se cassent ou qu'elles sont attaquées par des insectes[1]. Ce type de phytotelmes se retrouve essentiellement dans les régions tropicales.

Autres phytotelmes

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Certains fruits tombés au sol, comme les noix de coco ou les cabosses, peuvent abriter des invertébrés et donc être considérés comme des phytotelmes[1].

Localisation

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Les phytotelmes se retrouvent sous une forme ou l’autre dans de nombreux écosystèmes colonisés par les végétaux. Des espèces de Sarraceniaceae habitent les tourbières subarctiques et des membres des genres Angelica et Dipsacus ont colonisé les abords des routes de campagne.

Habitants

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Un groupe de Mantella (Mantella laevigata) dans un phytotelme formé par une tige de bambou cassée
Un groupe de Mantella (Mantella laevigata) dans un phytotelme formé par une tige de bambou cassée

Les annélides (oligochètes, polychètes), les crustacés, les insectes, les acariens et les anoures sont les principaux taxons habitant les phytotelmes. Les Odonates et de nombreuses familles de Diptères ont adopté ces milieux aquatiques : Tipulidés, Culicidés, Chironomidés, Cératopogonidés, Psychodidés, Phoridae, Syrphides, Neurochaetidae, Scirtidae[3].

Des espèces d’au moins quatre familles d’anoures dépendent à des degrés divers des phytotelmes : les Hylidae, les Microhylidae, les Rhacophoridae et les Mantellidae[3]. Dans la famille des Hylidae, plusieurs espèces des genres Phyllodytes et Scinax sont complètement dépendantes des Broméliacées pour l'ensemble de leur cycle de vie[6].

Notes et références

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  1. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 Olivier Brouard, « Les communautés microbiennes des phytotelmes des Broméliacées : structure et influence de l'habitat, des conditions environnementales et des interactions biologiques », theses.hal.science, Université Blaise Pascal - Clermont-Ferrand II, (lire en ligne, consulté le )
  2. 1 2 (en) Harold F. Greeney, « The Insects of Plant-Held Waters: A Review and Bibliography », Journal of Tropical Ecology, vol. 17, no 02, , p. 241-260 (DOI 10.1017/S026646740100116X, lire en ligne, consulté le )
  3. 1 2 3 (en) R. L. Kitching, « FOOD WEBS IN PHYTOTELMATA: "Bottom-Up" and "Top-Down" Explanations for Community Structure », Annual Review of Entomology, vol. 46, , p. 729-760 (lire en ligne, consulté le )
  4. (en) Sudgen, Andrew, M. et Richard J. Robins, « Aspects of the Ecology of Vascular Epiphytes in Colombian Cloud Forests, I. The Distribution of the Epiphytic Flora », Biotropica, Association for Tropical Biology, vol. 11, no 3, , p. 173-188 (ISSN 1744-7429)
  5. (en) Wolfram Adlassnig, Marianne Peroutka et Thomas Lendl, « Traps of carnivorous pitcher plants as a habitat: composition of the fluid, biodiversity and mutualistic activities », Annals of Botany, vol. 107, no 2, , p. 181–194 (ISSN 1095-8290 et 0305-7364, PMID 21159782, PMCID 3025736, DOI 10.1093/aob/mcq238, lire en ligne, consulté le )
  6. (en) Ricardo Alves-Silva, « Life in bromeliads: reproductive behaviour and the monophyly of the Scinax perpusillus species group (Anura: Hylidae) », Journal of Natural History, vol. 43, no 3, , p. 205 (ISSN 0022-2933, DOI 10.1080/00222930802568808, lire en ligne, consulté le )

Voir aussi

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