Pierre-Arnaud Dartigoeyte
Pierre-Arnaud Dartigoeyte, né le à Mugron (généralité d'Auch et Pau, actuel département des Landes)[1], mort le à Lahosse (département des Landes)[2], est un homme politique de la Révolution française.
Entre 1792 et 1795, il est député des Landes à la Convention nationale, où il vote la mort de Louis XVI.
Informations essentielles
| Pierre-Arnaud Dartigoeyte | |
| Fonctions | |
|---|---|
| Député des Landes | |
| – (3 ans, 1 mois et 22 jours) |
|
| Gouvernement | Convention nationale |
| Biographie | |
| Date de naissance | |
| Lieu de naissance | Mugron (Landes) |
| Date de décès | (à 49 ans) |
| Lieu de décès | Lahosse (Landes) |
| Nationalité | |
| Parti politique | Gauche |
| Profession | Procureur-syndic |
| députés des Landes | |
| modifier |
|
Biographie
modifierFamille et jeunesse
modifierSon père, Arnaud Dartigoeyte, sous l'Ancien régime, est notaire royal[3]. Il meurt en 1817 à Mugron[4].
Le 23 floréal an III (), Pierre-Arnaud Dartigoeyte épouse, à Paris, Jeanne-Sophie de Foix-Candalle ; née en 1761 à Mugron, morte en 1827 à Lahosse[5], elle est issue de la famille des comtes de Foix-Candale.
Pierre-Arnaud Dartigoeyte suit des études de droit à Bordeaux et devient avocat au Parlement de cette ville. En 1788, il est avocat à Mugron et se fait appeler Dartigoeyte de Lamarque[6].
Mandat à la Convention
modifierLa monarchie constitutionnelle, mise en application par la constitution du 3 septembre 1791, prend fin à l'issue de la journée du 10 août 1792 : les bataillons de fédérés bretons et marseillais et les insurgés des faubourgs de Paris prennent le palais des Tuileries. Louis XVI est suspendu et incarcéré avec sa famille à la tour du Temple.
En , Pierre Arnaud Dartigoeyte, alors procureur-syndic du district de Saint-Sever, est élu député du département des Landes, le premier sur six, à la Convention nationale[7].
Il siège sur les bancs de la Montagne. Lors du procès de Louis XVI, il vote la mort et rejette l'appel au peuple et le sursis à l'exécution de la peine[8] :
Comme juge, je dois venger le sang des citoyens égorgés par les ordres du tyran. Comme homme d’État, je dois prendre la mesure qui me paraît la plus utile à la République ; or, dans mon opinion, je crains le retour de la tyrannie, si Louis existe. Je vote pour la mort, et pour la prompte exécution. Le républicain ne compose jamais avec sa conscience.
Le , il est absent lors du scrutin sur la mise en accusation de Jean-Paul Marat[9]. Le , il est également absent lors du scrutin sur le rétablissement de la Commission des Douze[10].
Le représentant en mission
modifierLe , Pierre-Arnaud Dartigoeyte est envoyé en mission, aux côtés de François-Louis Bourdon (député de l'Oise), auprès de la section des Amis-de-la-Patrie[11]. Le , il est envoyé, aux côtés de Pierre Ichon (député du Gers), dans les départements du Gers et des Landes, afin d'y accélérer la levée en masse[12]. Le , il est renvoyé dans ses départements, cette fois-là seul.
Le 2 frimaire an II (le ), il est envoyé en mission dans les départements du Gers, des Landes, des Basses-Pyrénées et des Hautes-Pyrénées afin d'y assurer les mesures de salut public[13]. Le 9 nivôse (le ), il est envoyé dans les départements du Gers et de la Haute-Garonne afin d'y organiser le gouvernement révolutionnaire[14].
Durant ses missions, Pierre-Arnaud Dartigoeyte prend part à la politique de déchristianisation et d'épuration des autorités constituées aux côtés de François-Michel Lantrac, procureur-syndic provisoire du département du Gers.
Dartigoeyte combat la religion catholique, pourchasse les prêtres réfractaires, brûle sur une place d'Auch les objets de culte. Ses actes lui attirent de nombreuses inimitiés[15]. Le 17 germinal an II, alors qu'il préside la Société populaire d'Auch qui se tient au théâtre, une brique est lancée dans sa direction, sans l'atteindre. Dartigoeyte tempère l'ardeur de ses partisans, mais il n'interviendra pas dans la suite des événements : un soldat de 23 ans, Pierre Lacassaigne, est arrêté. L'incident provoque la convocation de la commission militaire de Bayonne, chargée de la justice révolutionnaire. Les 15 et , la guillotine servie assez laborieusement par le bourreau Jean Rascat[16] fonctionne : neuf condamnés à mort sont exécutés. Le 16, la Convention décrète la suppression des tribunaux et commissions militaires dans les départements, mais la nouvelle arrivera trop tard. La commission a consommé pour plus de quatorze cents livres de repas, boissons et liqueurs diverses chez Alexandre, le fameux aubergiste d'Auch.
Dartigoeyte est présenté comme un personnage cruel, cynique, grossier, plutôt porté sur le vin. Il tente vainement de séduire une jeune fille, Victoire Guérard, alors âgée de seize ans. Comme elle lui reproche ses discours extrémistes, il va jusqu'à prononcer une diatribe contre ses propres amis et partisans dans la cathédrale, devenue Temple de la Raison. Il devra s'en excuser quelque temps après.
Le 13 prairial an III (le ), Pierre-Arnaud Dartigoeyte est décrété d'arrestation, après le rapport de Pierre-Toussaint Durand de Maillane (député des Bouches-du-Rhône), au nom du Comité de législation, sur une dénonciation de Joachim Perez (député suppléant du Gers)[17],[18] :
Il [Joachim Perez] l'accuse d'avoir voulu anéantir dans Auch la morale publique par ses discours. Il l'accuse d'avoir déshonoré l'autorité nationale lorsqu'il était en mission dans le département du Gers, en paraissant en public toujours pris de vin, et en vomissant toute espèce d'obscénités [...].
Pierre-Arnaud Dartigoeyte bénéficie de l'amnistie votée à la clôture de la Convention le 4 brumaire an IV (le ). Il meurt le à Lahosse.
Notes
modifier- ↑ Archives départementales des Landes, « Registre paroissial de Mugron, baptêmes mariages et sépultures de 1763 à 1772, vue 6 / 122, E dépôt 201 / GG 12 »
, sur https://archives.landes.fr (consulté le ) - ↑ Archives départementales des Landes, « État civil de Lahosse, naissances mariages et décès de 1803 à 1831, vue 443 / 541, 4 E 141/2-5 »
, sur https://archives.landes.fr (consulté le ) - ↑ Archives nationales, « Grande Chancellerie (sous-série V/1). Lettres de provision d'office : années 1760, 1761 et 1762 »
, sur https://www.siv.archives-nationales.culture.gouv.fr (consulté le ) - ↑ Archives départementales des Landes, « État civil de Mugron, registre des décès de 1809 à 1831, vue 165 / 441, 4 E 201/11-13 »
, sur https://archives.landes.fr (consulté le ) - ↑ Archives départementales des Landes, « État civil de Lahosse, naissances mariages et décès de 1803 à 1831, vue 517 / 541, 4 E 141/2-5 »
, sur https://archives.landes.fr (consulté le ) - ↑ Bulletin de la Société de Borda, 1969, n°335, p.374
- ↑ Claveau, Louis, Ducom, André Jean (1861-1923), Lataste, Lodoïs (1842-1923) et Pionnier, Constant (1857-1924), « Archives parlementaires de 1787 à 1860, Première série, tome 52, Liste des députés par départements »
, sur https://gallica.bnf.fr, (consulté le ) - ↑ Claveau, Louis, Ducom, André Jean (1861-1923), Lataste, Lodoïs (1842-1923) et Pionnier, Constant (1857-1924), « Archives parlementaires de 1787 à 1860, Première série, tome 57, séance du 16 et du 17 janvier 1793 »
, sur https://gallica.bnf.fr, (consulté le ) - ↑ Claveau, Louis, Ducom, André Jean (1861-1923), Lataste, Lodoïs (1842-1923) et Pionnier, Constant (1857-1924), « Archives parlementaires de 1787 à 1860, Première série, tome 62, séance du 13 avril 1793 »
, sur https://gallica.bnf.fr, (consulté le ) - ↑ Claveau, Louis, Ducom, André Jean (1861-1923), Lataste, Lodoïs (1842-1923) et Pionnier, Constant (1857-1924), « Archives parlementaires de 1787 à 1860, Première série, tome 65, séance du 28 mai 1793 »
, sur https://gallica.bnf.fr, (consulté le ) - ↑ Aulard, François-Alphonse (1849-1928), « Recueil des actes du Comité de salut public, avec la correspondance officielle des représentants en mission et le registre du conseil exécutif provisoire. Tome 2 »
, sur https://gallica.bnf.fr, (consulté le ) - ↑ Aulard, François-Alphonse (1849-1928), « Recueil des actes du Comité de salut public, avec la correspondance officielle des représentants en mission et le registre du conseil exécutif provisoire. Tome 2 »
, sur https://gallica.bnf.fr, (consulté le ) - ↑ Aulard, François-Alphonse (1849-1928), « Recueil des actes du Comité de salut public, avec la correspondance officielle des représentants en mission et le registre du conseil exécutif provisoire. Tome 8 »
, sur https://gallica.bnf.fr, (consulté le ) - ↑ Aulard, François-Alphonse (1849-1928), « Recueil des actes du Comité de salut public, avec la correspondance officielle des représentants en mission et le registre du conseil exécutif provisoire. Tome 9 »
, sur https://gallica.bnf.fr, (consulté le ) - ↑ Jean-François Bladé, dans la préface de ses Contes de Gascogne, évoque les démêlés de sa grand-mère, Marie de Lacaze, avec le représentant.
- ↑ Ce Rascat, né en 1759, fut le dernier bourreau de la ville de Lectoure Voir Tour du Bourreau (Lectoure). Jean-François Bladé (Contes de Gascogne), dit que le nom de rascat était devenu courant dans les campagnes pour désigner un bourreau.
- ↑ Gazette nationale ou le Moniteur universel n°257, « Convention nationale, séance du 13 prairial (1er juin) »
, sur https://gallica.bnf.fr, 17 prairial an 3 (5 juin 1795) (consulté le ) - ↑ Françoise Brunel, « Les derniers Montagnards et l'unité révolutionnaire », Annales historiques de la Révolution française, vol. 229, no 1, , p. 385–404 (DOI 10.3406/ahrf.1977.1009, lire en ligne, consulté le )
Sources et bibliographie
modifier- « Pierre-Arnaud Dartigoeyte », dans Adolphe Robert et Gaston Cougny, Dictionnaire des parlementaires français, Edgar Bourloton, 1889-1891 [détail de l’édition]
- Bulletin de la Société archéologique du Gers
- Gilbert Sourbadère, Daniel Hourquebie, Histoires de la Révolution en Gascogne, Loubatières, 1989
- Gilbert Brégail, Le Gers pendant la Révolution, Auch, Cocharaux, 1934
- G. Cabannes, Dartigoeyte, J. Lacoste, Mont-de-Marsan, 1936
- Hubert Delpont, Nouvelle approche de Dartigoeyte, le Landais maudit par l'Histoire, Bulletin de la Société de Borda, 1-2014, p. 35-50.