Pierre-François-Alexandre Lefèvre
Pierre-François Alexandre Lefèvre, né le à Paris et mort le à La Flèche, est un dramaturge français.
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Jacques de Lens (gendre) |
Biographie
modifierDe la même famille que le savant Tanneguy Le Fèvre, et Anne Dacier[1], Lefèvre était le fils d’un marchand mercier, sur le pont Saint-Michel, et suit d’abord son gout pour la peinture, et travaille dans l’atelier de Doyen, qui le destinait à concourir pour le grand prix, lorsque, entraîné par un irresistible penchant, un nouveau plan de carrière entièrement consacré aux lettres s’impose à lui[2].
De sa double éducation résultent les beautés et les défauts de ses ouvrages ; d’un côté, son style, quelquefois incorrect et bizarre, abondait en pensées rendues avec énergie et précision, de l’autre les tableaux et les coups de théâtre trop multipliés nuisaient au développement des passions. Le , Lefèvre a donné Cosroës, tragédie qui a obtenu dix représentations[2]. Raynal en dit que « son second et son troisième acte, ainsi que la moitié du quatrième, furent applaudis avec transport, et quoique l’autre moitié de cet acte, ainsi que le cinquième, ne réussissent point, la pièce aura au moins cinq et peut-être huit représentations[3]:408 ». Charles Collé indique que Lefèvre a profité d’une indisposition, feinte ou véritable, de Lekain, pour refaire presque entièrement le cinquième acte, et d’effectuer divers autres changements dans les autres et surtout dans le quatrième, etc. « L’indulgence ordinaire du public pour le coup d’essai d’un auteur aussi jeune a fait supporter cette pièce, qui n’est, pas supportable », conclut-il, néanmoins[4]:157-8.
Florinde, tragédie romanesque mal conçue, sur le sujet du comte Julien, celui qui a amené les Maures en Espagne, est tombée, le , à sa première représentation. Selon, Charles Collé, la représentation ne a même pas été achevée[4]. Elle n’a pas été imprimée[5]. Zuma, représentée devant la cour, à Fontainebleau, en octobre 1776, y réussit peu parce qu’elle avait été mal jouée mais qui, en revanche, a eu à Paris le plus brillant succès, lorsqu’elle y fut donnée le , et valut à l’auteur l’emploi de lecteur du duc d’Orléans, avec une pension de 1 200 livres[a].
Élisabeth de France, dont le sujet est l’histoire de don Carlos, fils de Philippe II, reçue par les Comédiens Français, en 1781, devait être jouée en 1783. Le censeur royal n’osant pas en permettre la représentation, la soumet au lieutenant de police, qui l’adresse au garde des sceaux. Renvoyée par ce dernier au comte de Vergennes[b], qui la fait suivre au comte d’Aranda[7], ambassadeur d’Espagne, celui-ci refuse, sans l’avoir lue, de la laisser jouer publiquement[8]. Le duc d’Orléans, protecteur de l’auteur et de l’ouvrage, a vainement fait appel à Ia cour de Madrid de la décision de son ambassadeur[2].
Pour consoler Lefèvre, le duc d’Orléans lui a permis de disposer de son théâtre de la Chaussée-d’Antin, et d’y faire représenter sa tragédie par les comédiens. L’assemblée fut des plus brillantes: les quarante de l’Académie française, invités solennellement par l’auteur à venir juger son ouvrage, assistèrent à cette représentation, qui eut beaucoup de succès. On applaudit surtout, et même avec affectation, la leçon que Philippe II donne à la reine, de s’occuper de plaire et de lui laisser le soin de régner. Cette pièce fut imprimée en 1784, sous le titre de Don Carlos[2].
Lefèvre avait succédé alors à Saurin et à Collé dans les places de secrétaire ordinaire et de premier lecteur du duc d’Orléans. Son esprit vif, indépendant et quelquefois caustique était fort gouté dans cette petite cour. Son protecteur aurait voulu qu’il intègre l’Académie française mais, comme il répugnait à se prêter aux visites d’usage, il n’a pu réunir qu’un nombre insuffisant de suffrages, qu’il les a cédés, en retour, à son concurrent, le chevalier Florian qui, lui, attachait beaucoup plus d’importance à cette distinction[2].
Après la mort de son protecteur, en 1785, ne voulant pas faire partie de la maison du nouveau duc, il quitte le Palais-Royal, pour retourner vivre dans la retraite. Hercule au Mont-Œta, sa cinquième tragédie, fut assez mal accueillie, en 1787. Elle n’a pas été imprimée[5]. Dans ses loisirs, il compose plusieurs poésies fugitives, la plupart inédites, non dénuées de grâce et d’originalité[2]. Il termine également son poème épique, Stockholm délivré, ou Gustave Wasa, qui contient plus de dix mille vers. Cet ouvrage, dont les défauts appartiennent plus à l’ensemble qu’aux détails, renferme des endroits très remarquables, est resté manuscrit[2].
Sa ruine causée par la Révolution l’obligeant à une reconversion professionnelle, il accepte, en 1804, une place de professeur de belles-lettres à Saint-Cyr[1], puis au prytanée de la Flèche, où il devait terminer sa vie, 10 et plus tard, laissant un fils, Alexandre-François-Jules, lieutenant d’artillerie, tué à la bataille de Hanau, et une fille mariée à Adrien Jacques de Lens, rédacteur de la Bibliothèque médicale[2].
Jugements
modifier« L’auteur a un genre à lui : son style n’est jamais froid ni sans couleur, mais il est quelquefois singulier et barbare[2]. »
« Ce poète a entre autres agréments celui d’être louche, d’être toujours à côté de sa pensée, de ne jamais dire ce qu’il voudrait dire : il faut toujours en deviner et suppléer la moitié[3]. »
« M. Doyen me dit que M. Lefèvre […] avait été un de ses élèves ; qu’il ne réussissait pas mal dans la peinture ; que cependant il y avait du gigantesque dans son pinceau. Et moi je lui dis que j’en trouvais dans ses vers[4]:166. »
Œuvre
modifier- Chant lyrique : Discours prononcé par Mr Raybaud, Paris, in-8º (OCLC 457888176, lire en ligne sur Gallica), p. 9-18.
- Cosroès, Tragédie en 5 actes et en vers, Théâtre des comédiens français ordinaires du Roi, 26 août 1767, Paris, Veuve Duchesne, , ii-82 p. (OCLC 1443616846, lire en ligne sur Gallica).
- Zuma, Tragédie représentée Fontainebleau, le 10 octobre 1776, Paris, Didot l’ainé, , in-8º (lire en ligne sur Gallica).
- Don Carlos, tragédie en 5 actes et en vers, par feu Lefèvre, représenté en 1783 par la Comédie française sur le théâtre du duc d’Orléans, G. Dufour 1784.
- Boutade sur l’ode, Paris, J.-E.-G. Dufour, , 12 p., in-8º (OCLC 49491185, lire en ligne sur Gallica)
- Ode sur la mort de Monseigneur le dauphin, Paris, Knapen, , 8 p., in-8º (OCLC 11873560, lire en ligne sur Gallica).
Notes et références
modifierNotes
modifier- ↑ Zuma a également été traduite en anglais par Thomas Rodd (en)[6].
- ↑ Il n’est pas à exclure le jeu de chaises musicales entre Miromesnil, Fleury et d’Ormesson au cours de la seule année 1783 soit à l’origine du renvoi du dossier aux Affaires étrangères.
Références
modifier- 1 2 Claude-Ignace Busson (d) et Charles Weiss, « Lefevre (Pierre-François-Alexandre) », dans François-Xavier de Feller, Biographie universelle : ou Dictionnaire historique des hommes qui se sont fait un nom par leur génie, leurs talents, leurs erreurs ou leurs crimes, t. 5, Paris, J. Leroux, Jouby, , 635 p., 8 vol. gr. in-8º (lire en ligne sur Gallica), p. 182.
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 А-т., « Lefèvre (Pierre-François-Alexandre) : de la vie publique et privée de tous les hommes qui se sont fait remarquer par leurs écrits, leurs actions, leurs talents, leurs vertus ou leurs crimes », dans Joseph-François Michaud, Louis-Gabriel Michaud, Biographie universelle, ancienne et moderne ou, Histoire, par ordre alphabétique, t. 23. Lama-Lehwald, Paris, Michaud frères, , 664 p. (lire en ligne sur Gallica), p. 590.
- 1 2 Maurice Tourneux, (éd.), Correspondance littéraire, philosophique et critique, t. 7, Paris, Garnier frères, , 523 p., 16 vol. : portr., fac-sim. ; in-8º (OCLC 955757331, lire en ligne sur Gallica), p. 408.
- 1 2 3 Charles Collé et Antoine-Alexandre Barbier et Honoré Bonhomme (d), (éd.), Journal et mémoires de Charles Collé sur les hommes de lettres, les ouvrages dramatiques et les événements les plus mémorables du règne de Louis XV (1748-1772), t. 3, Paris, Firmin Didot, , 448 p., 3 vol. ; 24 cm (OCLC 1554566269, lire en ligne).
- 1 2 « lefèvre (Pierre-François-Alexandre) », dans Berthelot, Hartwig Derenbourg et al., La Grande Encyclopédie : inventaire raisonné des sciences, des lettres et des arts par une société de savants et de gens de lettres, t. 21 Janiçon - Lemos, Paris, H. Lamirault, 1200 p., 31 vol. : fig. ; 31 cm (OCLC 888776526, lire en ligne sur Gallica), p. 1130.
- ↑ (en) Zuma : a tragedy from the French of Monsieur Le Fevre (trad. Thomas Rodd (en)), Londres, J. Stockdale and T. Hurst, , [6], 57, [1], in-8º (OCLC 22247012, lire en ligne).
- ↑ Jean-Frédéric Schaub, La France espagnole : les racines hispaniques de l’absolutisme françaislieu=Paris, Seuil, , 352 p., 21 cm (ISBN 978-2-02040-769-4, OCLC 1025109969, lire en ligne), p. 57.
- ↑ (it) Davide Maffi, « Delitto di Stato o intrigo privato? : L’affare don Carlos », dans Luisa Rotondi Secchi Tarugi, Vita pubblica e vita privata nel Rinascimento, Florence, F. Cesati, , 787 p., illustr. ; in-8º (ISBN 978-8-87667-391-7, OCLC 652361827, lire en ligne), p. 425.