Pierre Fyot
Pierre Fyot, né à Dijon le et mort le à Talant, est un médecin, écrivain, résistant et militaire français.
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Biographie
modifierDescendant de la branche charolaise de la famille Fyot[1], une des grandes dynasties catholiques de Bourgogne qui compte également les maisons de noblesse parlementaire dijonnaises Fyot de la Marche et Fyot de Mimeure[1],[2], il est le fils d'avocat Louis Fyot, bâtonnier du Barreau de Dijon et premier adjoint au maire de la ville Félix Kir[1], et le petit-fils de l'historien Eugène Fyot[1],[3], membre de l'Académie des sciences, arts et belles-lettres de Dijon et de la Société française d'archéologie, correspondant du Ministère de l'instruction publique et président de la Commission des antiquités de la Côte-d’Or.
Il passe son enfance entre la maison dite «Fyot», rue Turgot à Djion, et la campagne autunoise. Il est très marqué par les récits de guerre de son père[4], qui combattit à Verdun, et le souvenir héroïque de son oncle, aviateur de l'escadrille 62 Les Coqs combattants, mort au combat en 1917 et dont le corps ne fut jamais retrouvé. Il effectue sa scolarité à l'école Saint-François-de-Sales[4] où il prépare le concours de l'École de l'Air jusqu'à ce qu'il décide, à la dissolution de celle-ci, en 1940, de s'inscrire à la Faculté de médecine de l'Université de Dijon[4].
En 1943, il s'engage, à vingt ans, dans la Résistance, au sein du réseau «Arc-en-Ciel»[3]. N'écoutant d'abord que son intuition nationaliste anti-allemande, il comprend petit à petit ce qui constitue la véritable horreur de l'Europe fasciste[4]. Le , il est l'un des deux seuls survivants du maquis de Voisines, où il voit tomber quinze de ses camarades[5],[6],[7],[8]. Il sera hanté toute sa vie par ce qu'il appellera «le complexe du survivant»[1]. A la Libération, il est incorporé dans le 121ᵉ régiment d’infanterie, au sein de la 1re armée du général de Lattre, et participe à la campagne d'Alsace puis d'Allemagne[3],[9].
Après la guerre, il poursuit ses études de médecine[1] puis, convaincu par les discours de de Gaulle sur le maintien de la grandeur de la France par le retour de ses colonies et en quête d'aventure[4], il rejoint, en 1947, les troupes de marine du Corps expéditionnaire français engagé dans la Guerre d'Indochine[10] (5ᵉ bataillon chasseurs laotiens). Au Laos, il est particulièrement touché par la beauté du pays et par ses habitants, il en gardera toujours une certaine nostalgie[4].
Démobilisé en 1949, recruté en 1950 comme médecin fonctionnaire par l'Assistance médico-sociale (AMS) d'Algérie[11], organisme responsable de la santé publique dans les localités les plus reculées et les plus isolées des départements algériens, il ouvre son cabinet de «médecin du bled» aux Ouadhias, en Kabylie[12],[4]. Il y vit des années très heureuses[4], pendant lesquelles il se marie et a deux enfants. Très aimé des locaux, populations pauvres et rurales des montagnes[5], dont certains sont fellagas, il se tient volontairement à l'écart du conflit[4]. Finalement, en 1956, l'assassinat du nouveau lieutenant chargé de la section administrative spécialisée locale, Gérard Jacquotte qui, par coïncidence, se trouvait être le frère de son ami, Hubert, tombé sous ses yeux au maquis, le heurte profondément[4]. Il prend alors, pour le venger, la tête d'un commando au sein du 5e régiment de tirailleurs marocains[12],[4].
Après l'indépendance de l'Algérie en 1962, il retrouve brièvement son activité de médecin de campagne puis décide de retourner en France et d'y retrouver sa famille[3]. Il reprend des études pour fonder et diriger, à Dijon, un laboratoire de biologie médicale d'une quarantaine de personnes[3],[12].
Bien qu'ayant quitté l'armée d'active cette même année, au grade de lieutenant-colonel d'infanterie[13], il est versé dans la réserve et fréquentera l'IHEDN à plusieurs reprises, comme en 1977-1978. S'il a de nombreuses fois prodigué des soins médicaux à ses camarades sur le champ de bataille, il n'a jamais servi comme médecin militaire.
Il publie en 1967 son premier roman, Le Vent de la Toussaint, sur ses années en Algérie[14]. Le Vent de la Toussaint, sorti en 1991, en sera l'adaptation cinématographique par Gilles Béhat[15],[16].
En 1968, répondant à une annonce de la Croix-Rouge[3], il rejoint une équipe médicale dépêchée au Biafra en guerre[5],[3]. Révolté par les massacres et le blocus alimentaire dont il est témoin et désireux de rompre le silence en échange duquel la Croix-Rouge pouvait accéder au terrain du conflit[1],[3], il participe, aux côtés de Bernard Kouchner et Max Récamier, aux premières initiatives à l'origine de l'association Médecins sans frontières[3]. Il en est membre fondateur[17] et a participé à toutes ses missions jusqu'en 1980, date à laquelle il suivra Bernard Kouchner pour rompre avec l'association, cofonder Médecins du monde et s'engager en Mer de Chine au secours des boats people[5],[18],[19],[3].
En 1969, il est médecin de la Présidence de la République, le temps de l'intérim d'Alain Poher[3],[4]. En 1982, ce-dernier signera la préface de la réédition du Vent de la Toussaint (1967)[20].
A présent convaincu que, dans «le cycle absurde des guerres pourries»[1], il lui faut choisir «le camp des perdants»[18],[19], ses missions le mènent pendant deux décennies vers les conflits et catastrophes d'Afghanistan, d'Angola, du Bangladesh, du Brésil, du Cambodge, d'Érythrée, de Haute-Volta (Burkina Faso), du Kurdistan, du Pérou ou encore du Vietnam[3],[4]. Il y séjourne la plupart du temps clandestinement[4]. En 1984, il se rendra dans la jungle du Nicaragua, aux côtés des populations Miskitos victimes la guerre civile et dénoncera les atteintes aux droits de l'homme par les sandinistes[13]. C'est sur le théâtre de la Guerre de libération du Liban, en 1989, qu'il servira pour son dernier engagement humanitaire[3].
En 1974, il cofonde la clinique de Fontaine-lès-Dijon, intégrée depuis 2017 à l'Hôpital privé Dijon Bourgogne, avec l'objectif de doter le département d'une plateforme moderne de cardiologie.
Président d'honneur de la Guilde européenne du Raid[21], il est invité régulier au Forum d'Agen[22] où il défend, en 1984, l'importance du témoignage qui doit, selon lui, répondre à l'éthique plutôt qu'aux règles politiques[23]. Suivant cette ligne, il poursuit la mise en récit de son expérience dans quatre autres romans où se lit son esprit d'aventure, son goût du risque et sa passion de la liberté[24],[25].
Ami des réalisateurs Pierre Schoendoerffer et Jacques Perrin[26], il voit ce dernier adapter son roman Les Remparts du silence (1985) à la télévision avec la série Médecins des hommes (1988), où l'on retrouve Fanny Ardant, Bruno Cremer, Jane Birkin, Richard Bohringer et Michel Blanc[17],[3]. Sa collaboration avec Jacques Perrin se poursuivra, avec notamment le documentaire pour le Mémorial de Caen Espérance (1994)[27], le documentaire Mémoire d'armée (1997)[28] et le film L'Empire du milieu du Sud (2011)[26],[29].
En 1992, il est à l'initiative de la création des Écrans de l'aventure, festival international du film d'aventure ayant lieu chaque année à Dijon[30]. Il a été membre du jury du Prix littéraire de la vocation jusqu'à l'édition 2016[31].
Pierre Fyot meurt le , à l'âge de 102 ans, en maison de retraite, à Talant[32],[33]. Il est inhumé au Cimetière des Péjoces, à Dijon.
Distinctions
modifierŒuvres
modifier- Le Vent de la Toussaint : Un médecin dans le djebel, Nouvelles éditions latines,
- Les Remparts du silence, Robert Laffont,
- Les Années vert-de-gris, Delérins,
- Quand souffle la folie, Robert Laffont,
- Le Carnaval des ardents, Éditions de l'Armançon,
Filmographie
modifierAdaptations de ses œuvres
modifier- 1988 : Médecins des hommes
- 1991 : Le Vent de la Toussaint
En tant que réalisateur
modifier- 1994 : Espérance (co-réalisé avec Jacques Perrin)
- 1997 : Mémoire d'armée (co-réalisé avec Didier Martiny et Jacques Perrin)
En tant que conseiller scientifique
modifier- 2011 : L'Empire du milieu du Sud
Apparitions
modifier- 1981 : Les Oubliés de la Mer de Chine
Notes et références
modifier- 1 2 3 4 5 6 7 8 « Les Fyot », sur L'Express, (consulté le )
- ↑ « Quand souffle la folie » (consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 « Dijon. Résistant, militaire, médecin sans frontière : les incroyables vies de Pierre Fyot, qui fête ses 100 ans mercredi », sur www.bienpublic.com, (consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 « Pierre FYOT, grand témoin du XXème siècle. – Yannick Petit », (consulté le )
- 1 2 3 4 « Une heureuse erreur diagnostique », sur JIM (consulté le )
- ↑ « Voisines (Haute-Marne), 30 juin 1944 – Maitron » (consulté le )
- ↑ « Musée de la résistance en ligne », sur museedelaresistanceenligne.org (consulté le )
- ↑ « Haute-Marne : un ancien résistant dijonnais revient sur sa vie au maquis », sur bienpublic.com (consulté le )
- ↑ « Pierre Fyot » (consulté le )
- ↑ « Quand souffle la folie » (consulté le )
- ↑ Quand souffle la folie - Pierre Fyot - Librairie Eyrolles (lire en ligne)
- 1 2 3 Olivier Weber, French Doctors. Les 25 ans d'épopée des hommes et des femmes qui ont inventé la médecine humanitaire, Robert Laffont, , p. 59
- 1 2 « Nicaragua DES MÉDECINS FRANÇAIS CHEZ LES MISKITOS ANTISANDINISTES Les insurgés contrôleraient une notable partie du littoral atlantique », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Pierre Fyot, Le vent de la Toussaint: un médecin dans la Djebel, Nouvelles éditions latines, (lire en ligne)
- ↑ Le vent de la Toussaint, Télé Images, FR3 Films Production, La Sept, (lire en ligne)
- ↑ « GILLES BÉHAT TOURNE "LE VENT DE LA TOUSSAINT" "Une histoire d'hommes sur fond de guerre" », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
- 1 2 « MÉDECINS DES HOMMES Du Biafra aux Philippines... », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
- 1 2 [vidéo] « L'histoire des associations de médecine humanitaire | INA » (consulté le )
- 1 2 [vidéo] « Témoignage de Pierre FIOT, médecin engagé | INA » (consulté le )
- ↑ Pierre Fyot, Le vent de la Toussaint, Nouvelles Editions Latines, (ISBN 978-2-7233-0185-5, lire en ligne)
- ↑ « La - Ce long fleuve d’une grande vie. Docteur Pierre Fyot, président d’honneur de La Guilde, 1923-2025. « Ami si tu tombes, un autre sort de l’ombre. » Survivant du maquis Voisines à 20 ans, il s’engage dans la 1ère armée (35e RI) du général de Lattre qui libère la France en 1944, 1ère armée qu’il suivra en Indochine. Médecin de campagne en Kabylie, puis commando en plein drame algérien (au cinéma, « Le vent de la Toussaint »), il sera par la suite un des pionniers de la médecine humanitaire au Biafra, cofondateur de Médecins Sans Frontières / MSF puis de Médecins du Monde France avec Bernard Kouchner. Il inspirera à Jacques Perrin la série télévisée Médecins des hommes - à laquelle La Guilde a collaboré. Dans le sillage courageux de son illustre président d’honneur, La Guilde sera à l'avant-garde du mouvement de structuration des organisations de solidarité internationale, avec le Forum d'Agen, puis la Coordination Humanitaire Développement. Pierre Fyot nous quitte à 102 ans, 3 ans après son dernier salut, sur scène, au Festival Les Écrans de l'aventure qu’il nous avait aidé à lancer à Dijon. Dans les colonnes de nos revues et bulletins, ses mots restent vivants : ▪ « À vingt ans, j’ai perdu dix-sept camarades tués à côté de moi. Pourquoi est-ce moi le survivant ? » ▪ « C’est toujours une minorité qui engage les grandes actions ; en 1943, il n’y avait pas 1% des Français qui résistaient » ▪ « Les valeurs qui ont décidé de mon engagement me paraissent inséparables de l’idée que nous avons de la France » ▪ « Au Biafra, nous étions là parce que c’était la fin du monde, pour que l’humanité ne soit pas tout à fait déshonorée » ▪ « La lâcheté est à mes yeux le sentiment le plus frappant dans la conduite humaine » ▪ « Rêver, c’est déjà vivre autrement » | Facebook », sur www.facebook.com (consulté le )
- ↑ « CHD - Historique », sur www.c-hd.org (consulté le )
- ↑ « Le Forum des " humanitaires " », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ « Pierre Fyot », sur www.lireenpaysautunois.fr (consulté le )
- ↑ Julie Malaure, « Pierre Fyot, un écrivain en résistance », sur Le Point, (consulté le )
- 1 2 « Sur le tournage de la dernière production de Jacques Perrin, « Les Derniers hommes » », sur parismatch.com, (consulté le )
- ↑ « Personnes | Africultures : Perrin Jacques », sur Africultures (consulté le )
- ↑ « La guerre en direct », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) « https://primo.sorbonne-universite.fr/discovery/fulldisplay/alma990018068970206616/33BSU_INST:33BSU », sur primo.sorbonne-universite.fr (consulté le )
- ↑ « Référence mondiale, ce festival prend place à Dijon pour 6 jours "intenses" », sur actu.fr, (consulté le )
- ↑ « Prix littéraire de la Vocation », sur Alina Gurdiel et Associés, (consulté le )
- ↑ « matchID - Moteur de recherche des décès », sur deces.matchid.io (consulté le )
- ↑ « Résistant, médecin engagé pour Médecins sans frontières, écrivain... Le Dijonnais Pierre Fyot est décédé », sur bienpublic.com, (consulté le )
- 1 2 « Liste unique des décorés », sur archives.legiondhonneur.fr (consulté le )