Pierre Jacques Michel Chasles
Pierre Jacques Michel Chasles, né le 9 juin 1753 à Chartres (généralité d'Orléans, actuel département d'Eure-et-Loir)[1], mort le 21 juin 1826 à Paris (ancien 8e arrondissement)[2], est un ecclésiastique, un curé rouge et un homme politique de la Révolution française.
| Député de la Convention nationale Eure-et-Loir | |
|---|---|
| - |
| Naissance | |
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| Décès |
(à 73 ans) Ancien 8e arrondissement de Paris |
| Sépulture | |
| Nom dans la langue maternelle |
Pierre Jacques Michel Chasles |
| Nationalité | |
| Activités |
Homme politique, journaliste, religieux, buraliste |
| Fratrie |
Charles-Henri Chasles (d) |
| Enfant | |
| Parentèle |
Émile Chasles (petit-fils en lignée masculine) Michel Chasles (cousin) Adelphe Chasles (cousin) |
Entre 1792 et 1795, il est député d'Eure-et-Loir à la Convention nationale où il siège sur les bancs de la Montagne et où il vote la mort de Louis XVI.
Famille
modifierPierre Jacques Michel Chasles est issu d'une famille de la bourgeoise marchande.
Son père, Michel Chasles, né en 1722 à Sours (Eure-et-Loir)[3], mort en 1812 à Chartres[4], est maître menuisier et marchand de bois. De son union, en 1749 à Chartres, avec Henriette Catherine Léger-Guerrier, fille d'un menuisier[5], naissent deux enfants :
- Pierre Jacques Michel Chasles ;
- Michel Chasles ; né en 1772, mort en 1853, il reprend l'activité de son père de marchand de bois et devient président du tribunal de commerce ; il est le père du mathématicien Michel Chasles.
Le 25 germinal an IV (le 14 avril 1796), Pierre Chasles épouse, à Paris (ancien 4e arrondissement), Marie Thérèse Victoire Halma[6] ; née à Sedan en 1773, morte en 1828 à Paris. De leur union naissent cinq enfants :
- Stéphanis Émile Victor Chasles, né le 5 floréal an V () à Mainvilliers, mort le 26 prairial de la même année () au même lieu[7].
- Philarète Euphémon Chasles, né le 15 vendémiaire an VII () à Mainvilliers[7], mort le à Venise, homme de lettres et journaliste ;
- Augusta Stephanilla Chasles, née le 24 nivôse an VIII () à Chartres, morte le 10 pluviôse de la même année () au même lieu[8] ;
- Laurentine Stephanilla Chasles ; épouse le à Paris Pierre Letermelier.
- Émile Hilary Agathon ; épouse le à Paris Marie Caroline Eugénie Bense.
Biographie
modifierDe 1781 à 1792
modifierPierre Jacques Michel Chasles entre dans les ordres : en 1781, il devient professeur de rhétorique au collège royal de Chartres (actuel lycée Marceau)[9] ; en 1783, il y devient professeur d'éloquence[10]. En 1785, il est nommé secrétaire particulier de Joachim de Conzié, l'archevêque de Tours[11]. Entre 1789 et 1790, il rédige Le Correspondant ou Journal du département d'Eure-et-Loir. Il prête serment à la Constitution civile du clergé et est élu maire de Nogent-le-Rotrou[11].
Mandat à la Convention (1792-1795)
modifierLa monarchie constitutionnelle, mise en application par la constitution du 3 septembre 1791, prend fin à l'issue de la journée du 10 août 1792 : les bataillons de fédérés bretons et marseillais et les insurgés des faubourgs de Paris prennent le palais des Tuileries. Louis XVI est suspendu et incarcéré, avec sa famille, à la tour du Temple.
En septembre 1792, Pierre Chasles est élu député du département d'Eure-et-Loir, le huitième sur neuf, à la Convention nationale[12].
Il siège sur les bancs de la Montagne et adhère au club des Jacobins[13]. Lors du procès de Louis XVI, il vote la mort, et rejette l'appel au peuple et le sursis à l'exécution de la peine[14],[15] :
Je ne crains pas de dire, en face de la patrie présence de l'image de Brutus, devant ma propre conscience, que le moment où l'Assemblée a écarté la proposition de l'appel aux assemblées primaires, m'a paru un jour de triomphe pour la liberté et l'égalité, pour le salut de la République. [...] Je vote pour la peine de mort, et pour l'exécution dans le plus bref délai.
Le 8 mars 1793, il est envoyé aux côtés d'Armand-Constant Tellier (député de de Seine-et-Marne) auprès de la section du Contrat-Social[16]. Le 9 mars, il est envoyé en en mission aux côtés de Nicolas Maure (député de l'Yonne) dans les départements d'Eure-et-Loir et de Seine-et-Oise afin d'y accélérer la levée en masse[17].
Le 13 avril, il est absent lors du scrutin sur la mise en accusation de Jean-Paul Marat[18]. Le 28 mai, il vote contre le rétablissement de la Commission des Douze[19].
Le 1er août 1793, il est envoyé auprès de l'armée du Nord aux côtés de Pierre Louis Bentabole (député du Bas-Rhine) et de Pierre Collombel (député de la Meurthe)[20]. Au cours de cette deuxième mission, il est blessé à la tête et aux jambes lors de la bataille de Hondschoote[11].
Le 27 brumaire an II (17 novembre 1793), dans le courant de la déchristianisation, Pierre Chasles affirme avoir abjuré ses fonctions ecclésiastiques[21] :
Citoyens, mes collègues, Je ne sais, si en offrant mon sang à la patrie dans les champs de Wervik, j'ai suffisamment expié le malheur d'avoir été prêtre. Je ne l'étais plus depuis longtemps ou, pour mieux dire, je ne l'ai jamais été ni de cœur ni d'esprit. J'en fais la déclaration, [...] je jure [...] de ne jamais ambitionner d'autres titres que celui d'homme et de citoyen.
Au cours de sa mission auprès de l'armée du Nord, la conduite de Chasles est dénoncée au Comité de Salut public. Le 17 nivôse an II (le 6 janvier 1794), Ernest Duquesnoy (député du Pas-de-Calais) l'accuse d'avoir épuré le comité de surveillance de Lille[22] :
[...] je connais [...] Chasles, et je crois que cet ex-chanoine est plus propre pour faire la contre-révolution que la révolution.
Le 19 nivôse (le 8 janvier), Florent-Guiot (député de la Côte-d'Or) le dénonce également[23] :
Chasles [...] a pris un arrêté qui a jeté les patriotes dans la terreur [...].
Le 12 pluviôse (31 janvier), Pierre Chasles est rappelé au sein de la Convention[24]. Le 16 ventôse (le 6 mars), il rend compte de sa mission et se défend des accusations portées contre lui le 16 ventôse (le 16 mars)[25] :
On a prétendu que j'avais des torts ; j'en ai eu, il est vrai, et je m'en honore ; mais envers qui ? envers les égoïstes, les amis de Capet, les agents de Pitt et de Cobourg, les intrigants et les fripons. On m'a calomnié à Paris quand j'étais à Lille, ; depuis que je suis à Paris, je suis mes ennemis sont passés à Lille, tout s'est évanoui à mon aspect.
Après la chute de Robespierre, Pierre Chasles siège parmi les « derniers montagnards » et dénonce le tournant réactionnaire de la Convention thermidorienne[26].
À l'issue de l'insurrection du 12 germinal an III (1er avril 1795), Pierre Chasles est arrêté aux côtés de sept de ses collègues[27] :
- Jean-Pierre-André Amar (député de l'Isère)
- Léonard Bourdon (député du Loiret)
- René-Pierre Choudieu (député du Maine-et-Loire)
- Pierre-Joseph Duhem (député du Nord)
- André Foussedoire (député du Loir-et-Cher)
- Marc-Antoine Huguet (député de la Creuse)
- Pierre-Charles Ruamps (député de Charente-Inférieure)
Il est incarcéré au fort de Ham puis à Sedan, et bénéficie de l'amnistie à la clôture de la Convention en brumaire an IV[11].
Du Directoire à la Restauration (1795-1815)
modifierChasles est admis chef de brigade aux Invalides. Il est inculpé brièvement dans la conjuration des égaux mais est rapidement relâché.
Il s'exile volontairement à Londres lors de la Première Restauration et revient en France lors des Cent-Jours. N'ayant pas signé l'Acte additionnel, il n'est pas inquiété par la loi du . Il est alors âgé de 63 ans.
Fin de vie
modifierIl se retire alors. Il meurt en 1826 à Paris[11].
Notes et références
modifier- ↑ Archives départementales d'Eure-et-Loir, « Registre paroissial de Chartres, paroisse Saint-Aignan, baptêmes mariages et sépultures de 1748 à 1756, vue 172 / 267, E 6/41 »
, sur https://archives28.fr (consulté le ) - ↑ Archives de Paris, « État civil reconstitué, registre des décès, vue 15 / 51, V3E/D 276 »
, sur https://archives.paris.fr (consulté le ) - ↑ Archives départementales d'Eure-et-Loir, « Registre paroissial de Sours, baptêmes mariages et sépultures de 1721 à 1742, vue 25 / 389, 3 E 380/004 »
, sur https://archives28.fr (consulté le ) - ↑ Archives départementales d'Eure-et-Loir, « État civil de Chartres, registre des naissances et des décès de 1812, vue 171 / 238, 3 E 085/094 »
, sur https://archives28.fr (consulté le ) - ↑ Archives départementales d'Eure-et-Loir, « Registre paroissial de Chartres, paroisse Saint-Saturnin, mariages et sépultures de 1749 à 1753, vue 25 / 187, E 2/42 »
, sur https://archives28.fr (consulté le ) - ↑ Archives de Paris, « État civil reconstitué, registre des mariages, vue 43 / 50, V3E/M 191 »
, sur https://archives.paris.fr (consulté le ) - 1 2 Archives départementales d'Eure-et-Loir, état-civil de Mainvilliers, registre des naissances mariages et décès de 1793 à l'an X, 3 E 229 / 004.
- ↑ Archives départementales d'Eure-et-Loir, état-civil de Chartres, registre des naissances mariages et décès de l'an VIII, 3 E 085 / 74.
- ↑ Inventaire après le décès d'Henriette Guerrier, épouse de Michel Chasles, mère de Pierre Jacques Michel Chasles, reçu par Maître Pichot, notaire à Chartres, le 20 juin 1781. Archives départementales d'Eure-et-Loir, cote 2E51 672.
- ↑ Acte de Maître Hallier, notaire à Chartres, en date du 31 mars 1783, contenant constitution de rente par "Pierre Jacques Michel Chasles, prêtre, professeur d'éloquence au collège de Chartres, y demeurant rue de la Visitation ou du cheval blanc, paroisse Sainte-Foy", Archives départementales d'Eure-et-Loir, cote 2E16 150.
- 1 2 3 4 5 Françoise Brunel, « Chasles Pierre Jacques Michel », p. 209-210 in Albert Soboul (dir.), Dictionnaire de la Révolution française, Presses Universitaires de France coll. « Quadrige », Paris, 1989, rééd. 2005, 1132 p.
- ↑ Claveau, Louis, Ducom, André Jean (1861-1923), Lataste, Lodoïs (1842-1923) et Pionnier, Constant (1857-1924), « Archives parlementaires de 1787 à 1860, Première série, tome 52, Liste des députés par départements »
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, sur https://gallica.bnf.fr, (consulté le ) - ↑ Froullé, Jacques-François (≃1734-1794) et Levigneur, Thomas (≃1747-1794), « Liste comparative des cinq appels nominaux. Faits dans les séances des 15, 16, 17, 18 et 19 janvier 1793, sur le procès et le jugement de Louis XVI [...] »
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, sur https://gallica.bnf.fr, (consulté le ) - ↑ Bouloiseau, Marc (1907-1999), Lefebvre, Georges (1874-1959) et Reinhard, Marcel (1899-1973), « Archives parlementaires de 1787 à 1860, Première série, tome 86, séance du 16 ventôse an II (6 mars 1794) »
, sur https://www.persee.fr, (consulté le ) - ↑ Françoise Brunel, « Les derniers Montagnards et l'unité révolutionnaire », Annales historiques de la Révolution française, vol. 229, no 1, , p. 385–404 (DOI 10.3406/ahrf.1977.1009, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Aulard, François-Alphonse (1849-1928), « Recueil des actes du Comité de salut public, avec la correspondance officielle des représentants en mission et le registre du conseil exécutif provisoire. Tome 21 »
, sur https://gallica.bnf.fr, (consulté le )
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- Le conventionnel Chasles et ses idées démocratiques de Claude Pichois et Jean Dautry, Publication des annales de la faculté de lettres d'Aix-en-Provence, 1958.
- Jean Tulard, Jean-François Fayard et Alfred Fierro, Histoire et dictionnaire de la Révolution française. -, Paris, éd. Robert Laffont, coll. « Bouquins », , [détail des éditions] (ISBN 978-2-221-08850-0)
- Histoire de la Révolution française de Jules Michelet
Articles connexes
modifierLiens externes
modifier- Ressource relative à la vie publique :