Pierre Le Tourneur

homme de lettres et traducteur français

Pierre Le Tourneur, né le à Valognes et mort le à Paris, est un écrivain et un traducteur français.

Pierre Le Tourneur
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Activité

Il a publié, de 1776 à 1783, la première traduction intégrale en français du théâtre de Shakespeare.

Biographie

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Après un premier succès qu'il obtient en traduisant les Nuits d'Edward Young, Pierre-Prime-Félicien Le Tourneur a acquis la notoriété avec la traduction des œuvres complètes de Shakespeare. Sa traduction en vingt volumes, réalisée en six ans, de 1776 à 1783, est restée une version de référence jusqu'au milieu du XIXe siècle.

A la suite de Voltaire, qui s'était fortement opposé au dramaturge anglais qu'il nommait le « Sauvage ivre », on avait affirmé en France que Shakespeare était intraduisible[1]. Pierre-Antoine de La Place avait néanmoins publié dans son Théâtre anglois, à Londres, de 1746 à 1748, des extraits de son œuvre et l'intégralité de Richard III, certes sous une forme adaptée et assez peu connue. Dans sa Préface du Shakespeare, Pierre Le Tourneur, peu flatteur avec son prédécesseur, écrit (p. XIX) :

« M. de la Place fut obligé de ne nous faire qu'entrevoir Shakespeare avec ménagement, de retailler, pour ainsi dire de polir et de rapetisser ce Géant étranger, pour ne pas le compromettre à nos yeux ; en un mot d'accommoder ces pièces au goût du théâtre Français. Aujourd'hui au contraire, il me semble qu'il faudroit et qu'on peut accommoder et plier la Langue Françoise aux pièces de Shakespeare. »

Ce faisant, il défiait clairement les autorités littéraires françaises, en prenant toutefois soin de ne pas engager de vraie polémique, ni d'attaquer Voltaire nommément. Les réactions violentes de celui-ci qui s'ensuivirent néanmoins, firent une publicité importante au travail de Le Tourneur.

Pour mener à bien une telle entreprise, Le Tourneur qui, selon une pratique courante, signait seul les traductions, s'était entouré d'une équipe de collaborateurs anonymes recrutés parmi les étudiants en lettres et les amateurs des salons parisiens, comme Pierre-Bernard Lamare (d)[2]. Il a également eu le concours du comte de Catuélan (d), bon connaisseur de l'Angleterre, admirateur de Shakespeare et très désireux de faire partager cet enthousiasme dans son cercle de relations proches du pouvoir[3].

Letourneur est le premier à avoir utilisé et défini le terme romantique en France :

« Nous n’avons dans notre langue, dit-il, que deux mots, peut-être qu’un seul, pour exprimer une vue, une scène d’objets, un paysage qui attachent les yeux et captivent l’imagination. Si cette sensation éveille dans l’âme émue des affections tendres et des idées mélancoliques, alors ces deux mots, romanesque et pittoresque, ne suffisent pas pour la rendre. Le premier, très souvent pris en mauvaise part, est alors synonyme de chimérique et de fabuleux ; il signifie, à la lettre, un objet de roman qui n’existe que dans le pays de la féerie, dans les rêves bizarres de l’imagination. […] Les tableaux de Salvator Rosa, quelques sites des Alpes, plusieurs jardins et campagnes de l'Angleterre ne sont point romanesques; mais on peut dire qu'ils sont plus que piltoresques, c'est-à-dire touchants et romantiques[4]. »

Publications

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  • Edward Young, Nuits et Œuvres diverses , Paris, 1769-70, 4 vol.
  • James Hervey, Méditations sur les tombeaux, 1770.
  • Samuel Johnson, Histoire de Richard Savage, 1771.
  • James Mcpherson, Ossian, fils de Fingal, poésies galliques, 1777.
  • Soame Jenyns, De l'Évidence de la religion chrétienne, 1779.
  • Samuel Richardson, Clarisse Harlowe, 1784-87, 10 vol.
  • La Jeune fille séduite et Le Courtisan hermite, 1769 — Recueil de deux contes traduits par Le Tourneur. Le premier, intitulé en anglais The Insinuating Bawd, and the Repenting Harlot, est à l’origine un poème de Ned Ward ; le deuxième, The Hermit. In the manner of Cambray, est un conte de William Shenstone.

Notes et références

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  1. Pierre Le Tourneur, Préface du Shakespeare traduit de l'Anglois, édition critique par Jacques Gury, Droz, Genève, 1990, p. 15
  2. Michèle Mercati-Brisset, « Pour un portrait de Le Tourneur », Lettres romanes, no  3-4, 1976, p. 212-220.
  3. Jacques Gury, « Un anglomane breton au XVIIIe siècle : le comte de Catuélan », Annales de Bretagne, Paris, t. 79, no 3, , p. 589-624 (ISSN 2108-6443, lire en ligne).
  4. Alfred Michiels, Histoire des idées littéraires en France au XIXe siècle et de leurs origines dans les siècles antérieurs, t. 1, Paris, Édouard Dentu, , xii-544, 671 p., 2 vol. ; in-8º (lire en ligne sur Gallica), p. 325.

Bibliographie

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  • (en) Mary Gertrude Cushing, Pierre Le Tourneur, New York, The Columbia University Press, coll. « Studies in romance philology and literature », , XI-317 p.
  • Robert Dawson, « Le Tourneur Pierre Prime Félicien », dans Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty, Alain Rey (dir.), Dictionnaire des littératures de langue française, t. G-O, Paris, Bordas, , p. 1289–1290.
  • (de) Carolin Fischer, « Shakespeare-Rezeption in Frankreich als Paradigma interkultureller Kommunikation », dans Roger Paulin (dir.), Shakespeare im 18. Jahrhundert, Göttingen, Wallstein, , p. 197–214.
  • André Génuist, Le Théâtre de Shakespeare dans l'oeuvre de Pierre Le Tourneur, Paris, Didier, coll. « Études de littérature étrangère et comparée » (no 62), , 268 p..
  • Pierre Le Tourneur, Préface du Shakespeare traduit de l'anglois, édition critique par Jacques Gury, Genève, Droz, 1990, avec la reproduction en fac-similé de l'édition de paris, 1776 (lire en ligne).
  • Martine de Rougemont, « Pierre Le Tourneur », dans Michel Corvin (dir.), Dictionnaire encyclopédique du théâtre à travers le monde, Paris, Bordas, (ISBN 978-2-04731-295-7), p. 826.

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