Pierre Michel Moisson-Desroches

ingénieur français

Pierre Michel Moisson-Desroches (1785-1865) est un ancien élève de l'École polytechnique, ingénieur-en-chef des mines.

Pierre Michel Moisson-Desroches
Naissance
Caen
Décès (à 79 ans)
Sury-le-Comtal
Nationalité française
Profession
ingénieur-en-chef des mines
Autres activités
Professeur (1817-1827) à l'École des mineurs de Saint-Étienne
Formation
Conjoint
Joséphine Élisabeth Fortunée Latil[1] (Brescia - Boulogne-Billancourt )

Biographie

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Fiche signalétique du dossier administratif de Moisson-Desroches (recto)

Pierre Michel Moisson-Desroches est né à Caen le de l'union de Marie Pierre Victor Moisson et Angélique Langlois[2].

Élève de l’École Polytechnique (1804-1806)[3] et de l’École des Mines de Paris (1807-1810), il commence sa carrière d'ingénieur des mines de 2e classe dans les départements de Gènes, des Apennins, de Montenotte et du Taro. À la fin de l'Empire, il est affecté dans les départements du Gers, des hautes et basses Pyrénées et des Landes. Il rejoint en 1816 le département de la Loire, en résidence à Rive-de-Gier.

Son dossier administratif[4] témoigne une personnalité portée davantage sur la réflexion, l’abstraction, que sur la réalité pratique des choses. Il écrit en 1813 : « un penchant irrésistible m’entraîne vers l’étude [les sciences, les arts et l’instruction publique c’est-à-dire l'enseignement], me rend tout à fait incapable de jamais bien administrer [ie exercer son métier d'ingénieur]. Mon plus grand tort, sans doute, est de ne pas vous [directeur général des mines] en avoir averti plus tôt. » Par le même courrier il sollicite une place d’adjoint au professeur d’exploitation à l’École des mines à Paris. Ainsi, pourra-t-il « se rendre utile au corps dont je suis membre et accorder tout à la fois mes goûts, mes devoirs et mes plus chères affections »[5]. Ce penchant pour la théorie l’a conduit à négliger l’aspect pratique de son travail jusqu’à s’investir dans des réflexions ésotériques[6].

État des services (1816)

Ses changements d’affectation tiennent au peu de zèle qu’il manifeste pour assurer son service ou à des plaintes du préfet à son encontre[7]. Pour s’en expliquer, il invoque soit des raisons familiales (sa mère souffrante, ses obligations envers son épouse et ses enfants), soit des raisons relevant d’un complexe obsidional (complot, calomnies, injustice), soit encore l’insuffisance de sa rémunération (frais de déplacement).

À la suite de la création de l’École des mineurs de Saint-Étienne[8], Moisson-Desroches y est nommé professeur le  : « vous y enseignerez la connaissance des principales substances minérales et leur gisement, ainsi que l’art de les essayer et de les traiter ». Bien que satisfait de cette nomination, Moisson-Desroches demande, le , à permuter son cours avec celui de De Gallois sur l’exploitation des mines. Le directeur général des mines y consent par courrier du [9]. Il a comme élèves Boussingault et Fourneyron.

Il est nommé ingénieur ordinaire des mines de 1ère classe en 1819. Il épouse en janvier 1823 à Saint-Étienne Joséphine Élisabeth Fortunée Latil[10].

Malgré la satisfaction que lui apporte son emploi de professeur à l’École des mineurs de Saint-Étienne (1817-1826), il doit quitter la ville sur fond d'intrigue pour rejoindre les départements du Lot et de l’Aveyron en qualité de faisant fonction d’ingénieur-en-chef à Rodez[11]. La supplique de son épouse pour qu’il soit nommé ingénieur-en-chef à Saint-Étienne au plus près de sa famille et remplace Beaunier sur le départ de l’École des mineurs reste vaine. Elle témoigne surtout de l’absence d’appui, de recommandation, efficace dont Moisson-Desroches pourrait se prévaloir[12].

Il est promu ingénieur-en-chef en 1832 avec résidence à St-Étienne, mais affecté dans la réserve avec traitement entier le laissant ainsi libre de vaquer à ses propres occupations[13]. Nommé ingénieur-en-chef de 1ère classe en 1842, il ne revient dans la section active qu’en juillet 1843 mais dans un emploi administratif, « chargé de coordonner pour les publications annuelles les documents transmis à l'administration relativement aux appareils à vapeur »[14]. Ainsi, Moisson-Desroches est placardisé pendant dix ans, occupé à des tâches administratives routinières.

Tombe rénovée

Il est mis à la retraite le , avec prise d'effet au 1er avril et une pension de 3 000 F. En visite chez sa fille, receveuse des Postes à Sury-le-Comtal, il y meurt le et est inhumé dans le cimetière de Montbrison[15]. Sur sa tombe on peut lire l’inscription en partie erronée : « Ici repose Pierre-Michel Moisson-Desroches, ingénieur en chef des mines, promoteur des chemins de fer en 1814, né à Caen le , décédé le  ». Cette tombe laissée à l'abandon a fait l'objet, en 2014, d'une rénovation par l'Association du rail du Forez (ARF), la ville de Montbrison et le Conseil Général de la Loire[16].

Témoignage

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Boussingault qui fut l’élève de Moisson-Desroches à l’École des mineurs le décrit ainsi :

« M. Desroches, professeur d'exploitation et de géométrie descriptive, était un être des plus singuliers : un nain, avec la physionomie d'un singe. Laid, aussi laid qu'on puisse l'imaginer, très bon, possédant un talent d'exposition des plus remarquables, dessinant comme un artiste, son esprit manquait de solidité ; bâtissant des théories impossibles sur tous les sujets, il était pris d'une vraie manie qui ne fit qu'augmenter avec l'âge ; il adressait des conseils au roi sur la manière de gouverner la France, suivis d'une discussion sur la forme des atomes. Il en résulta qu'il fut mis à la retraite avant d'avoir atteint le nombre d'années de service.. »

 Jean-Baptiste Boussingault, Mémoires de J.-B. Boussingault, Tome premier (1802-1822), Paris, impr. de Chamerot et Renouard, 1892, p. 116.

Postérité

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Son fils Gustave Louis Léger Désiré Moisson-Ddesroches né le à Saint-Étienne fut admissible à l’École polytechnique, mais entra à l’École des mines de Paris le (classé 3) ; il en sortit en 1849, classé 4 des élèves externes. Mais il n'obtint le diplôme que le 30 avril 1851, car le Conseil de l’École jugea son niveau en certaines matières élémentaires insuffisant et lui demanda de suivre le cours préparatoire à l’École[17].

Écrits

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  • Quelques mots sur l'ordre social (1827).
  • Projet d'Ecoles Polytechniques (1828).
  • Coup d’œil sur la théorie de la terre (1830).
  • Comment on pourrait par une première mise de fonds pourvoir aux besoins du ministère des travaux publics (10 juin 1830)[18].
  • projet de chemin de fer à roulettes et à glissière (1831)[19].
  • Introduction à la théologie nouvelle (1832).

Brevet d'invention

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  • 11 octobre 1830, enregistrement d'un brevet de 10 ans, déposé par Pierre Michel Moisson-Desroches-Latil, pour le « perfectionnement du traitement direct des minerais de fer par le procédé catalan »[20]

Controverse

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Des historiens ont attribué à Moisson-Desroches la rédaction d’un mémoire adressé à Napoléon Ier relatif à la création d’un réseau de chemins de fer rayonnant depuis la capitale vers les extrémités de l’empire[21].

En novembre 1813 de Savone, Moisson-Desroches adresse à l’empereur un mémoire intitulé « Essai sur les bouches à feu ou apperçu (sic) du changement que l'on pourrait tant dans l'artillerie, que l'infanterie et la Marine »[22]. Si le titre a pour objet la fabrication de « bouches à feu », le corps du texte parle de « canon ». Sur les 20 pages de ce mémoire, dix son consacrées aux bouches à feu, les autres portent sur l'art de la guerre, le remplacement des essieux et des roues un chapelet à rouleaux, une nouvelle arme qui service par un seul homme ferait autant d’effet que 8 ou dix fusils ensemble et le moyen de procurer sans lest une stabilité convenable aux vaisseaux mâter.

Les dernières pages du mémoire (pp. 19-20) viennent nourrir la controverse mais n'évoquent nullement les chemins de fer : « Oserais-je encore une idée ? Si dans un grand empire, les routes étaient tellement faites, qu’on peut transporter de grands fardeaux à de grandes distances, en peu de tems (sic) et sans beaucoup de dépense, cet empire serait très facile à gouverner, et l’on pourrait protester contre l’opinion de Montesquieu, qui est, que de grands Empires ne peuvent subsister longtems (sic). Si les transports étaient rapides et à bon compte, on pourrait porter des troupes d’une extrémité de l’empire à l’autre, sans grandes pertes d’argent et de tems, et réprimer ainsi la sédition populaire, ou les démonstrations offensives des voisins presqu’aussi-tôt (sic) qu’elles seraient formées ; on pourrait remédier aux disettes, établir une surveillance plus immédiate dans toutes les branches de l’administration ; le Prince semblerait plus près des peuples par ce (sic) que ses ordres arriveraient plus promptement ; le provincial rapporterait dans ses foyers l’esprit de la capitale, et l’habitant de celle-ci porterait son esprit sur les frontières ; Bientôt l’empire ne serait qu’un grand village ; tout le monde aurait vu le prince tout le monde y serait attaché comme à un père. C’est ce qui m’a engagé à chercher un moyen prompt de transport, et c’est dans ce but que j’ai entrepris l’essai sur les frottements des corps pesants sur le plan incliné. Et si je ne me trompe en fesant (sic) une centaine de millions de dépense sur l’ensemble des principales routes de l’empire, au moyen du chariot[23] déjà cité on pourrait transporter des fardeaux énormes en allant pour le moins aussi vite que la poste aux lettres et le prix n’excéderait pas celui du roulage ; il pourrait même je crois être au dessous et l’on irait presque aussi vite que le courrier. Les circonstances présentes ont fait rédiger ces idées à la hate, et il ne faut pas oublier que ce n’est qu’un apperçu (sic) ; et que l’on traiterait les matières qu’il renferme séparément et avec tous les détails qu’elles exigent, à fur et à mesure qu’on pourrait les demander. »

Cet envoi à l’empereur est évoqué par Moisson-Desroches dans lettre, signée « Desroches-Latil », écrite le à Michel Chevalier mais dont les termes ne correspondent pas totalement à ceux du mémoire de 1813[24] : « La lecture de vos admirables articles sur la politique générale m’a rappelé ce que j’écrivais à l'empereur Napoléon, en décembre 1813. Voici la réponse du duc de Feltre à cet égard : « Sa Majesté l'Empereur m’a envoyé, monsieur, l’examen du Mémoire que vous venez de lui adresser au sujet de divers perfectionnements que vous proposez sur plusieurs parties de l’art de la guerre. Les circonstances ne permettent pas de s’occuper des épreuves et expériences qui seraient nécessaires pour s’assurer de leur utilité ; mais votre Mémoire sera conservé pour y avoir recours dans l’occasion…. »[25] La guerre n’a jamais été à mes yeux qu’un moyen de civilisation, et le titre de ce Mémoire, Quelques perfectionnements à apporter à la construction des bouches à feu, n’était qu’un passeport[26]. J’y supposais l’empereur n’aspirant à la conquête du monde que pour empêcher les peuples de s’entr’égorger. Aussi m’écriai-je d’un élan prophétique : Paris doit être un jour la capitale du monde ! Pour arriver promptement à cette association générale, j’introduisais l’instruction dans l'armée, transformant l'officier en professeur et ingénieur, et le soldat en élève et ouvrier. Imitant les Romains qui ont laissé partout des traces de leur passage, j’employais l’armée à la construction des voies de communication, au dessèchement des marais, au défrichement, etc., et, parce que les chemins en fer et les machines à vapeur que j’appliquais dès lors au mouvement des voitures et des vaisseaux rapprochent les distances, facilitent l'administration d’un grand empire et les découvertes géographiques. (…) Après l’accusé de réception, je détruisis le manuscrit, en en informant Sa Majesté, afin qu’elle n’eût point à s'offenser des remontrances sévères et des idées que je suggérais… Les perfectionnements apportés de nos jours à la construction des bouches à feu me font craindre que ce Mémoire ne soit resté aux mains infidèles de quelque bureaucrate, et qu’on ne s'en serve, en désespoir de cause, pour vous accuser d’y avoir pris l’idée première de vos articles. J’ai toujours pensé que les progrès de notre ordre social dépendaient de la facilité des voies de communication. Aussi, me suis-je depuis fort longtemps occupé du perfectionnement, du traitement des minerais de fer et des chemins de ce métal. »

Par extrapolation, l’évocation que « les chemins en fer et les machines à vapeur que j’appliquais dès lors au mouvement des voitures et des vaisseaux rapprochent les distances, facilitent l'administration d’un grand empire », devient, à l’entrée consacrée à « Moisson-Desroches » dans l’édition de 1870 du dictionnaire des contemporains de Vapereau[27] soit cinq ans après la mort de Moisson-Desroches, un « Mémoire sur la possibilité d’abréger les distances » : « Dès cette époque [de son affectation en Italie], il prévit les applications de la vapeur et adressa à Napoléon Ier un Mémoire sur la possibilité d’abréger les distances, en reliant les extrémités de l’empire à Paris, au moyen de sept grandes lignes ferrées, dont il donnait le plan. »[28]

En l’absence du « Mémoire » détruit par son auteur, l’entrée erronée du dictionnaire Vapereau inspire, en ajoutant des compléments qui n'y figurent pas, les articles de presse commentant le numéro spécial de L’illustration des chemins de fer de novembre-décembre 1886 et janvier 1887 consacré à Marc Seguin dans le cadre de la préparation de l’Exposition internationale des chemins de fer au Bois de Vincennes à Paris pour célébrer le cinquantenaire des chemins de fer en France (ligne de Paris-St-Germain inauguré en août 1837) : « Nous recevons la communication suivante à propos du cinquantenaire des chemins de fer : …l’ingénieur Moisson Desroches avait, dès 1814, proposé un réseau de sept grandes voies ferrées reliant Paris à Gênes, à Bordeaux, à Nantes, à Boulogne, à Calais, à Gand, à Mayence. Le mémoire de Moisson Desroches, conservé aux archives du Ministère des travaux publics et annoté par Napoléon Ier, est très intéressant à consulter. »[29]

Ces articles de presse sont repris et amplifiés à l’occasion de la redécouverte en 1910 de la tombe de Moisson-Desroches dans le cimetière de Montbrison[30], parfois en lui attribuant des mérites infondés[31] dénoncés par le Mémorial de la Loire et de la Haute-Loire qui continu cependant à citer le « Mémoire » de Moisson-Desroches[32]. Ces articles inspirent des auteurs enjolivant le « Mémoire » jusqu’à la caricature[33].

Finalement, un « Mémoire » détruit par son auteur, un dictionnaire biographique erroné, une inscription usurpée sur une pierre tombale et des articles de presse peu scrupuleux sur leurs sources ont guidé les historiens à rechercher en vain un « Mémoire » dans les archives du ministère des Travaux publics qui ne pouvait pas s'y trouver. Ainsi s’est installée l’idée fausse, par négligence, que Moisson-Desroches fut précurseur des chemins de fer en France.

Notes et Références

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  1. Joséphine Latil est la fille de François Latil (1765-1848), militaire. Le mariage est célébré à Saint-Étienne le , devant les témoins Louis-Antoine Beaunier et François-Michel de Rozière.
  2. Acte de mariage du , Archives municipales de Saint-Étienne, déclaration de mariages 1823, cote 3 E 30, vue 7/54. L'acte de mariage est établi au nom de « Pierre Michel Moisson », qui signe « Moisson-Desroches ». Parmi les témoins figurent Beaunier et de Rozière. Toutefois, cette filiation est sujette à caution car fondée sur une reconnaissance de paternité comme en témoignent les inscriptions dans l'acte de mariage ; Moisson-Desroches serait né de l'union de Marie Desroches et d'Antoine Busnel (G. Vachez, Pierre Moisson-Desroches, le précurseur du chemin de fer français, Saint-Étienne, édition ARF, septembre 2014, pp. 4-6).
  3. Il bénéficie de la prise en charge des frais de pension à l’École en raison de l’indigence de sa famille (G. Vachez, op. cit.).
  4. Le dossier administratif du parcours professionnel de Moisson-Desroches est conservé aux Archives nationales (AN) sous la cote F/14/2734/2
  5. Réponse du de Moisson-Desroches à un rappel à l’ordre du directeur général des mines sur ses silences durant six mois à des courriers qui lui ont été adressés par les préfet des Apennins et de Montenotte (AN F/14/2734/2).
  6. Dans un courrier à Legrand chargé des ponts-et-chaussées et des mines, Beaunier écrit, tout en nuance : « M. Desroches, homme d'ailleurs fort estimable et instruit, a une imagination vive, et professe des doctrines qui lui sont propres, sur une multitude de sujets. Le désir qu'il a de trouver une occasion de les propager est fort naturel ; seulement je doute que ce soit à l’administration à la lui fournir. » (letttre du - AN F/14/2734/2).
  7. « Je suis informé, Monsieur, que vous avez manifestez dans le dept des basses Pyrénées des opinions et des sentiments qui ne sont pas ceux d’un bon français. Je me borne à vous changer de résidence parce que j’attribue en partie à votre jeunesse les torts graves dont vous vous êtes rendu coupable et que j’espère que vous nous efforcerez de me les faire oublier en signalant dans toutes les occasions votre zèle et votre dévouement pour le service du Roi. Mais je dois vous prévenir que si vous excitez à l’avenir de pareilles plaintes, je me verrai forcé de prendre à votre égard des mesures beaucoup plus sévères. » (lettre du directeur général des mines, - AN F/14/2734/2). La lettre en réponse de Moisson-Desroches appelle un nouveau courrier du directeur : « Je ne relèverai pas les phrases très inconvenantes qu’elle renferme et qui annonce une ignorance absolue de vos devoirs et des bornes qu’ils imposent. » ( - ibidem).
  8. L’École est créée à l’initiative de Beaunier par ordonnance du sur le modèle que cet ingénieur avait observé en Allemagne, à Geislautern ; « C’est par des établissements semblables que plusieurs états d’Allemagne ont rendu leurs exploitations florissantes ; et Sa Majesté a pensé qu’une institution de ce genre aurait en France une heureuse influence sur le développement et le perfectionnement de cette branche de l’industrie nationale. » (Lettre du de Becquey aux préfets, in Ravinet, Codes des ponts et chaussées et des mines, Tome deuxième, Paris, Carilian-Gœury, 1829, p. 55). « …depuis long-temps on avait senti en France la nécessité de créer, à l’instar de plusieurs états d’Allemagne, des établissements gratuits et particuliers pour l’instruction des jeunes gens qui se destinent à l’exploitation des mines. » (Lettre du de Becquey aux préfets, ibidem, pp. 179-180).
    Sur la création de l’École des mineurs de Saint-Étienne, voir L.-J. Gras, Histoire économique générale des mines de la Loire, Tome II, Saint-Etienne, Théolier, 1922, p. 693 et suiv..
  9. Échanges de courriers, AN F/14/2734/2. Par erreur, G. Vachez date la nomination de Moisson-Desroches du et cite la demande de Moisson-Desroches mais sans en donner la date (G. Vachez, op.cit., pp. 23-24).
  10. Joséphine Élisabeth Fortunée Latil est « la fille d'un brave capitaine en retraite de ce nom, un des plus anciens chevaliers de la légion d'honneur(1). Les richesses ne m'ont point séduit, puisque la dot de cette jeune personne n'est que de dix mille francs, y compris le trousseau ; mais elle joint à des agrémens (sic) extérieurs des qualités morales qui la font chérir de tous ceux qui la connaissent; son instruction, achevée à Paris, est assortie à la mienne : elle sort des maisons royales des jeunes orphelines de la Légion d'honneur, où elle a constamment occupé les premières places et laissé un souvenir flatteur... » (Lettre de Moisson-Desroches au directeur général, , et réponse favorable du directeur général le - AN F/14/2734/2). (1) Dossier de la Légion d'honneur de François Latil (1765-1849). Voir généalogie in G. Vachez, op. cit., p. 21.
  11. Lettres des 6 janvier et (AN F/14/2734/2). Sur la polémique à laquelle est associée Moisson-Desroches, voir L.-J. Gras, Histoire des premiers chemins de fer français..., Saint-Étienne, Théolier, 1924, pp. 6-7.
    Tout en reconnaissant que les motifs de son éloignement de Saint-Étienne sont étrangers à son service, Becquey lui écrit : « …l’événement déplorable qui fut la suite des plus inconvenantes discussions dans lesquelles vous n’avez que trop figuré, ne me permettait plus de vous laisser dans cette ville et j’ai dû dans l’intérêt de l’ordre comme de la discipline vous appelez à une autre résidence. » ( - AN F/14/2734/2). « …j’ai du prendre connaissance des circonstances qui ont amené le déplorable événement dont la ville de St Etienne a été témoin mais après le rôle que vous avez joué dans cette affaire(biffé dans le texte) [illisible] qu’après de mûres réflexions que je me suis déterminé à vous placer dans une autre résidence » ( - ibidem).
  12. Lettre de Fortunée Moisson-Desroches, St-Étienne, (AN F/14/2734/2). Bérard écrit en marge du courrier : « ...je ne pourrai pas lui donner la résidence qu’il demande. je pourrai seulement le mettre à la réserve pendant quelque temps pour qu’il puisse s'occuper de ses travaux scientifiques avec plus de loisirs ».
  13. Le placement dans la réserve en résidence à St-Étienne « …vous donnera le loisir de continuer les travaux scientifiques dont vous vous occupez. plus tard [illisible] je vous donnerai une destination. » (Division du personnel, - AN F/14/2734/2).
    C’est pendant cette mise à l’écart que Legrand accède à la tête des ponts-et-chaussées et des mines sous les auspices du ministre du Commerce et des Travaux publics d’Argout (juin 1832), puis nommé directeur général par Thiers (1834), et dirige les travaux pour la réalisation d’un système de chemin de fer à travers le pays, annoncé au Moniteur universel du , qu’il confie à des ingénieurs des ponts-et-chaussées nommés en juillet 1833 suite au vote d’un crédit d’études de 500 000 F (loi du ). Les ingénieurs des mines auront largement leur part du « gâteau ferroviaire » au sein des compagnies, mais Moisson-Desroches n’y sera pas convié (G. Ribeil, La révolution ferroviaire. La formation des compagnies de chemin de fer en France (1823-1870), Paris, Belin, 1993).
  14. Annales des ponts et chaussées. Mémoires et documents relatifs à l'art des constructions et au service de l'ingénieur. Lois, ordonnances et autres actes concernant l'administration des ponts et chaussées, Paris, Carilian-Gœury et V. Dalmont, 1845 p. 152.
  15. La sépulture a été achetée par Angélique Moisson-Desroches, fille de Pierre Michel, en 1847 demeurant à Sury-le-Comtal à la suite du décès de son grand-père maternel (branche Latil) décédé à Montbrison. Cette sépulture renferme les dépouilles de Moisson-Desroches et de ses beaux-parents (branche Latil). Le reste de la famille Moisson-Desroches est inhumé dans une sépulture aujourd'hui disparue à Boulogne-Billancourt, ville de résidence de la famille après 1869 (G. Vachez, op. cit., pp. 54-62). Angélique serait-elle à l'initiative de l'inscription sur la sépulture de la mention erronée relative à Moisson-Desroches : « Promoteur des chemins de fer en 1814 » ?
  16. G. Vachez, op. cit., pp. 54-60.
  17. Histoire des Ingénieurs des Mines.
  18. Document de 2 pages adressé au ministre des Travaux publics, Capelle. En marge est écrit : « Répondre que l'ordre des choses actuel parait répondre suffisamment aux besoins de l'industrie et que l’école polytechnique et les écoles d’application ont une organisation convenable et qu'il n'est pas urgent à présent [illisible] de la modifier. »
  19. P.-Ch. Laurent de Villedeuil, Bibliographie des chemins de fer (1771-1846), Paris, 1906, page 264, 1re colonne in fine. En NB d'un courrier adressé à Michel Chevalier, directeur du Globe, le à Rodez, Moisson-Desroches écrit : « Avez vous reçu mon précis sur les glissoirs à roulettes à rouleaux et fixes que je vous ai adressé le 3 février de cette année et une lettre du 17 du même mois par M. Labit de St Aumont ? Si Flachat a des objections à faire à mes glissoirs et Fournel à mon traitement direct des minerais de fer, qu'ils me les adressent, je tâcherai d'y répondre. » (Bibliothèque de l'Arsenal, Fonds enfantin, cote Ms 7609 pièce 55). Dans un courrier du à Rodez, Moisson-Desroches écrit : « Oserai-je, Monsieur le Directeur Général, vous demandez si l'on s'est occupé de mes glissoirs, destinés à remplacer les chemins et ornières et les canaux ? » (AN F/14/2734/2).
  20. Archives historiques de l'INPI (France), cote 1BA3589.
  21. Du vivant de Moisson-Desroches, aucun ouvrage ne fait mention d’un mémoire relatif aux chemins de fer qu’il aurait adressé à Napoléon Ier. Aucune trace de ce mémoire n'a été trouvé aux Archives Nationales par des historiens ayant fait des recherches systématiques dès le début du XXe siècle. Ainsi L.-J. Gras, malgré ses recherches, n'a retrouvé le mémoire de Moisson-Desroches dans aucun service d'archive du ministère des Travaux publics, aux Archives nationale ou à la Bibliothèque nationale (Voir « Le premier chemin de fer de France (Saint-Étienne à Andrézieux) – notes et documents  », extrait du Mémorial de la Loire (25 février – 29 avril 1923), Saint-Étienne, p. 12-14, et Histoire des premiers chemins de fer français : Saint-Étienne à Andrézieux - Saint-Étienne à Lyon - Andrézieux à Roanne, Saint-Étienne, Théolier, 1924, p. 8.
    Pourtant des historiens font état du mémoire de Moisson-Desroches. Jean Falaize, « L’épopée du rail », Histoire des chemins de fer en France, (chapitre II), Paris, Les Presses Modernes, 1963 : « D’autre part à l’école des Mines de Saint-Etienne, qu’il [Beaunier] avait fondé et qu’il dirigeait, professait Moisson-Desroches, également du corps des mines et dont l’enthousiasme pour le nouveau mode de transport s’était déjà exprimé avec une étonnante vision de l’avenir. N’avait-il pas adressé à Napoléon Ier, en 1814, un mémoire sur la possibilité d’abréger les distances par la création de sept lignes ferrées, reliant à Paris les extrémité de l’Empire ! Il est difficile de penser que ce promoteur des chemins de fer en France n’ait pas collaboré à l’établissement de la première voie avec Beaunier, si proche de lui à tant de point de vue ». F. Caron, Histoire des chemins de fer, Tome 1 (1740-1883), Paris Fayard, 1997, p. 83 : « Il était naturel que la curiosité à l’égard des chemins de fer s’éveilla plus tôt au sein du corps des Mines qu’au sein du corps des Ponts et Chaussées. Dès 1810, Moisson-Desroches, un mineur, adressa à l’empereur un mémoire dans lequel il préconisait l’établissement de sept grandes voies ferrées pour abréger les distances dans l’empire. »
  22. Ce mémoire est conservé aux archives de l’Artillerie (Châtellerault) du ministère de la Guerre, cote GR 6 W 65 (invention et projets). Le mémoire se termine par la lettre d'envoi de Moisson-Desroches et l'accusé de réception du « Ministère de la Guerre - 6 division - bureau de l'artie ».
  23. Moisson-Desroches utilise dans son texte une seule fois le mot « chariot » ; sans doute fait-il référence à son projet cité précédemment dans son texte (p. 13) de « remplacer les essieux et les roues par ce chapelet à rouleaux. On pourrait supprimer les essieux et les roues et faire porter la pièce sur un seul chapelet à rouleaux, que l’on trouve décrit dans un Manuscrit que j’ai adressé cette année à M. le directeur général des mines ; le quel (sic) manuscrit a pour titre, essai sur le frottement des corps pesant sur le plan incliné avec des applications etc etc etc. par ce moyen les pièces d’artillerie seraient plus solides, auraient plus de mobilité, occuperaient moins de place dans le rang et passeraient par des chemins plus étroits. »(1)
    Par ailleurs, dans « son projet de procurer sans leste (sic) une stabilité convenable aux vaisseaux mâter » (pp. 17-18), Moisson-Desroches emploie les mots « machine » et « moteur » ; il « croit pouvoir assurer qu’on peut naviguer par le calme dans toutes les directions voulue, et même par le frais contre le vent sans machines extérieures ; ainsi on économiserait les rames, les mats, les voiles, les vergues et les cordages ; et les marins deviendraient inutiles (...) La machine pourrait faire marcher le vaisseau dans toutes les directions, et avec une vitesse voulue, même contre le vent s’il le fallait. (...) il y aurait déjà de l’avantage à employer le moteur que je propose ; et si on le considère sous le rapport de la sureté ses avantages sont incalculables. » En l'absence d'informations plus précises dans le texte, il est impossible de connaitre la nature et la description de la machine et du moteur auxquels il fait allusion. En tout état de cause, leur emploi n'est envisagé que pour la marine.
    (1) Dans un courrier du au directeur général lui faisant part de ses réflexions sur le « laissez-faire » des économistes, Moisson-Desroches, listant ses travaux de recherches, écrit : « ...mes chemins à rouleaux plus de moitié plus économiques que ceux à ornières [ie chemins de fer]... tels sont les droits que je pourrai valoir à votre bienveillance. » (AN F/14/2734/2).
  24. Bibliothèque de l'Arsenal > Fonds Enfantin : Ms-7601 à 7861 - cote Ms7609. Un extrait de cette lettre est donné dans l’ouvrage Œuvres de Saint-Simon & d'Enfantin…, sixième volume, Paris, Dentu, 1866, pp. 136-141.
  25. Ce texte correspond aux termes de l'accusé de réception annexé au mémoire de 1813.
  26. « PASSE-PORT. s. m. : Fig. et fam., Il porte son passe-port avec lui, se dit D’un honnête homme reconnu pour tel, et D’un homme dont l’extérieur agréable et décent doit le faire bien recevoir partout. » (Dictionnaire de l'Académie française, 6e édition, 1835).
  27. « Moisson-Desroches », Gustave Vapereau, Dictionnaire universel des contemporains…, quatrième édition, Paris, Hachette, 1870, p. 1286.
  28. Le manuscrit originel ayant été détruit par Moisson-Desroches lui-même après son envoi à l'empereur, les informations données par Vapereau ont, sans nul doute, été apportées par la famille entretenue oralement du « Mémoire » par le père de famille ; geste de dévotion familiale à un père qui n'aura pas connu toute la lumière professionnelle qu'il s'estimait mériter et que sa famille voulue réparer malheureusement en déformant, par méconnaissance, le contenu du « Mémoire » de leur père.
  29. La Gazette de France, . Également Le Petit Provençal, , p. 2 « …Ce Mémoire fort peu connu est un document important de l’histoire des chemins de fer français. », et Le rappel, , p. 2 « Moisson-Desroches avait en effet, dès 1814, proposé à Napoléon Ier l'établissement de sept grandes voies ferrées... La construction de ce réseau, à peu près le même que notre réseau actuel, dut être différé, Napoléon ayant autre chose à faire. » L’auteur de cet article n’hésite pas à écrire que le père de Moisson-Desroches « était un écrivain distingué ». Est-ce trop exagéré d’envisager que la source ayant alimenté ces articles de presse soit la même que celle à l’origine de l’entrée « Moisson-Desroches » dans le dictionnaire Vapereau ? Car, somme toute, dans les deux cas il s’agit de faire prévaloir Moisson-Desroches comme le précurseur des chemins de fer en France aux véritables instigateurs et créateurs des premières lignes ligériennes qui furent ses collègues à l’École des mineurs de Saint-Étienne (de Gallois, Beaunier).
  30. Le Gaulois, , p. 1 ; Le XIXe siècle, , p. 1 ; L'Estafette, , p. 2 ; Le Petit Caporal, , p. 2 ; La République française, , p. 1 ; Mémorial de la Loire et de la Haute-Loire, , p. 2 ; L'Écho du Centre, , p. 2 ; plus complet Le Petit Parisien, , p. 5.
  31. Créateur de la première ligne de chemin de fer St-Étienne-Andrézieux dont il dirigea la construction en qualité d’ingénieur-en-chef (Le Petit Moniteur universel, , p. 3. Mémorial de la Loire et de la Haute-Loire, . L'Écho du Centre, , p. 2).
  32. « Cette indication : promoteur des chemins de fer a trompé diverses personnes dans ces derniers temps (Voir un article dans "Le Gaulois" du ) en faisant croire que Moisson-Desroches avait participé à la construction du premier chemin de fer, celui de Saint-Étienne à Andrézieux, ou même a été le véritable créateur de cette ligne. Il n'en est rien. » (Mémorial de la Loire et de la Haute-Loire, , p. 2.
  33. « Dans les premières années du dix-neuvième siècle, la question de l'établissement des chemins de fer commençait a passionner les hommes politiques de l'Angleterre. Napoléon Ier, par une prescience qu'on ne saurait trop signaler, comprit tout de suite l'importance du nouveau mode de transport, encore a létat embryonnaire. En 1814, sur la demande de l'empereur, l’ingénieur Moisson-Desroches, un des premiers organisateurs de l’École des Mines de Saint-Étienne, prépare une étude ayant pour but de constituer un réseau national de voies ferrées pour voyageurs. Ce document, conservé a Paris, aux archives du Ministère des Travaux publics, est annoté par Napoléon Ier. L’ingénieur Moisson-Desroches proposait la construction d'un réseau compose de sept grandes voies :... » (Jules Henriet, ingénieur civil à Marseille, « Les transport par voie ferrée entre le port maritime de Marseille, la Suisse et l’Italie », Compte-rendu de la 41ème session de l’Association française pour l'avancement des sciences - Nîmes 1912, Paris, Masson, 1913, p. 108). Outre qu'il est extravagant qu'en 1814 on envisage le transport par voies ferrées de voyageurs, il est amusant de noter que le réseau de sept grandes voies autour de Paris proposé par Moisson-Desroches correspond aux lignes maitresses des grands réseaux (PLM, Est, Ouest, État, Nord et Orléans) ; il ne manque que le Grand-Central et le Midi, mais il est vrai que ces deux réseaux étaient éloignés de la capitale.

Voir aussi

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Bibliographie

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  • Gérard Vachez, Pierre-Michel Moisson-Desroches : le précurseur du chemin de fer français, Saint-Étienne, Éditions ARF, , 80 p. (ISBN 978-2-9515606-8-0).
  • Retronews, site de la presse de la BNF.
  • Gallica, bibliothèque numérique de la BNF.
  • « Le mystère du mémoire de Moisson-Desroches à Napoléon Ier », P. Perennes , Historail n° 76 (1er trimestre 2026).
  • « Mémoire de Moisson-Desroches à Napoléon Ier : contre-enquête », O. Montès, Historail n° 77 (2e trimestre 2026).

Archives

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  • Archives nationales (Pierrefitte), cote F/14/2734/2.
  • Bibliothèque de l'Arsenal, Fonds Enfantin (Ms-7601 à 7861), cote Ms 7609.
  • Archives de l’Artillerie (Châtellerault) du ministère de la Guerre, cote GR 6 W 65 (invention et projets).
  • Base Léonore des dossiers de la Légion d’honneur.
  • Archives municipales de la ville de Saint-Étienne, déclaration de mariages, cote 3 E 30.
  • Archives historiques de l'INPI, cote 1BA3589.

Liens externes

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