Pierre Rousseau (journaliste)
Pierre Rousseau, dit Rousseau de Toulouse, né le à Toulouse et mort le à Paris, , est un journaliste et dramaturge français. Il est surtout connu comme directeur du Journal encyclopédique.
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Rousseau de Toulouse |
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Annonces, affiches et avis divers (d), Journal encyclopédique, Journal politique de Bouillon |
Jeunesse et errance
modifierPierre Rousseau est le troisième des dix enfants nés du mariage de Philippe Rousseau, grammairien et maître d’école, et Antoinette Gillis. Il est tonsuré à l’âge de quatorze ans. Il aurait été un moment destiné à la chirurgie et installé par son père en apprentissage chez un chirurgien de Toulouse.
Devenu abbé, il obtient, fort jeune encore, une prébende dans les environs de Toulouse, mais abandonne bientôt la voie ecclésiastique et s'installe à Paris en 1740. Il y trouve un emploi de clerc, chez un procureur, puis un tabellion et enfin chez un avocat au Grand-Conseil.
Théâtre
modifierIl rencontre Favart, alors dans toute sa vogue, qui lui permet de faire ses débuts au théâtre comme dramaturge. Ils écrivent ensemble La Coquette sans le savoir, petit opéra en un acte qui sera joué à la foire Saint-Germain en 1744 et ensuite reprise au Théâtre-Italien.
Sa première pièce personnelle, La Rivale suivante, parait en 1747 ; c'est une comédie en un acte et en vers. En 1748, il donne L’Année merveilleuse au Théâtre-Italien, une comédie en un acte et en vers libres, où un caprice de la nature a changé les femmes en hommes et les hommes en femmes. Suivent La Ruse inutile (1749), L’Esprit du jour, qui rencontra le succès, et Les Méprises, présenté au Théâtre-Français[1]. L’imprimeur Boudet, ayant cru piquant d’annoncer, dans les Petites Affiches, la première représentation de cette denière pièce, « par Pierre Rousseau, citoyen de Toulouse », à l’époque où Jean-Jacques Rousseau se faisait appeler « Rousseau, citoyen de Genève », ce surnom lui est resté.
Le , il obtint du succès avec La Ruse inutile, à laquelle Fréron donna de grands éloges, faisant un rapprochement flatteur avec son homonyme lyrique, Jean-Baptiste Rousseau[2].
La même année, pendant le séjour du Roi à Fontainebleau, il fit représenter La Mort de Bucéphale, parodie raillant les pièces prétendant continuer voire perfectionner les grands tragédiens grecs, aux tirades philosophiques, ampoulées et monotones ; la pièce obtint un succès durable, fut beaucoup jouée et souvent réimprimée.
Le , il fit représenter, aux Italiens, L’Étourdi corrigé, ou L’École des Pères, une comédie en trois actes et en vers sifflée par trois fois, et qui ne fut probablement pas imprimée[3].
Le théâtre lui doit encore, outre Les Méprises, L’Esprit du jour[1], Le Berceau, divertissement en vers, composé de trois scènes et commandé à Rousseau pour célébrer la naissance d’un fils de l'intendant des Trois-Évêchés, Antoine-Louis Lefebvre de Caumartin. Ce divertissement composé et mis au courrier obtint un grand succès au théâtre de Metz. Le succès de ces trois pièces, auquel Fréron accorda dans L’Année littéraire d’élogieuses analyses d’une étendue qu’il n’accordait guère qu’aux œuvres du premier mérite, rattrapa la chute de L’Étourdi corrigé sans pour autant lui apporter la prospérité.
Journalisme
modifierPour assurer sa subsistance, il entra pour 1 500 livres, dans les bureaux de l'imprimeur Antoine Boudet, qui finira par lui confier la direction des Affiches de Paris fondées en 1745. Il devient ensuite le correspondant littéraire de Charles-Théodore de Bavière. Passionné pour les idées nouvelles et enclin aux grandes entreprises, Rousseau songea à créer un journal qui deviendrait le corollaire de l’Encyclopédie.
L’Encyclopédie étant menacée en France, Rousseau hésite quelque temps avant de choisir un asile libre où les écrivains n’auraient rien à craindre pour leurs personnes ni pour leur œuvre, et assez central pour diffuser facilement son journal. L’Électeur Palatin qui devait l’honorer par la suite du titre de Conseiller Aulique, l'invita à Mannheim, mais Rousseau préféra Liège, où il arriva comblé d’attentions par l’Électeur et muni d’une lettre de recommandation de Maximilien-Henri de Horion, ministre du prince-évêque Jean-Théodore de Bavière[4].
Correspondance littéraire de Mannheim (1754-1756)
modifierLe Journal encyclopédique (1756-1793)
modifierRousseau reçut de la ville de Liège le brevet de bourgeois de la cité et l’autorisation avec privilège exclusif d’imprimer son journal. Le prince-évêque accepta la dédicace de la nouvelle publication. Le premier numéro du Journal encyclopédique fut lancé le .
Dès l'attribution du privilège, une coterie s’était formée au sein du clergé liégeois contre le périodique, jugé trop progressiste. Le , avec le décès de Horion, Rousseau perdait son premier protecteur ; harcelé par les réclamations, le prince-évêque Jean-Théodore de Bavière signa, de guerre lasse, la révocation du privilège accordé au Journal Encyclopédique le .
Forcé de quitter Liège, Rousseau trouva refuge à Bruxelles, sous la protection du gouverneur du Brabant pour le compte de l’impératrice Marie-Thérèse, le prince Charles de Lorraine, qui estimait le Journal Encyclopédique. Il ordonna aux employés des comptoirs de Sa Majesté, de laisser passer le journaliste et ses papiers sans le fouiller, et sans réclamer aucun droit d’entrée, mais l’Impératrice ayant refusé, sur les instances de l’archevêque de Damas et nonce du Saint-Siège à Bruxelles, Molinari, de laisser publier le Journal dans ses États, il ne fut pas plus permis à Rousseau d’établir son journal dans cette ville, que de rester à Liège.
La protection de Bodson, procureur général du duché de Bouillon, lui permit d’y établir ses presses. Le , le duc lui accorda un privilège de trente ans, et l’assura qu’il obtiendrait de lui tout ce qu’il pourrait raisonnablement demander. L’implantation de Rousseau à Bouillon favorisa tellement l’essor de l’imprimerie dans cette ville qu’elle posséda bientôt douze presses employant une soixantaine personnes[5].
Journal politique de Bouillon (1760-1789)
modifierEn 1760, Pierre Rousseau fonda le Journal politique de Bouillon qui sera édité jusqu'en 1789.
Journal de jurisprudence (1763-1764)
modifierIl fonde avec Jean-Louis Castilhon l'éphémère Journal de jurisprudence qui parut de à [6].
Héritage
modifierPierre Rousseau meurt à Paris le . Son fils unique étant mort jeune, c'est le beau-frère de Pierre Rousseau, Charles Auguste Guillaume Weissenbruch, qui hérite des établissements de Bouillon. Il poursuit le travail éditorial jusqu’au , quand le Journal Encyclopédique, après avoir produit 288 volumes, fusionne avec son concurrent, l'Esprit des journaux.
Œuvres
modifier- [en collaboration avec Favart], La Coquette sans le savoir, opéra en un acte, joué à la foire Saint-Germain de Paris en 1744.
- Nouvelle édition : À Paris, chez Didot l'aîné, MDCCLXXIII [1773]. lire en ligne sur Google Livres.
- La Rivale suivante, comédie en un acte et en vers, précédée d'un prologue, par M. Rousseau, représentée pour la première fois sur le Théâtre françois le , A Paris, chez Prault fils, MDCCXLVII [1747], 56 p., lire en ligne sur Gallica.
- L’Année merveilleuse, comédie en un acte et en vers libres, avec un divertissement, Paris, Cailleau, 1748, lire en ligne sur Gallica
- La Ruse inutile, représentée pour la première fois au Théâtre françois, le : comédie en 1 acte en vers, Paris, Sébastien Jorry imprimeur-libraire, 1749, lire en ligne sur Gallica
- [Attribué à P. Rousseau par Barbier], La Mort de Bucéphale, nouvelle édition, Paris, Cailleau, 1749, (BNF 31257886), lire en ligne sur Gallica.
- Rééd. Paris, veuve Duchesne, 1767, coll. Théâtre de campagne, no 13, (BNF 31257887), lire en ligne sur Gallica.
- L’Étourdi corrigé, ou l’École des pères, , Théâtre-Italiens, comédie en trois actes et en vers.
- La Grande Métamorphose des comédiens italiens, comédie, en un acte, en vers vec [sic] un divertissement, Verneuil, s. n., 1751, 79 p. in-8º (BNF 39376681).
- Les Méprises, créé au Théâtre-Français en avril et [1], comédie en 1 acte, et en vers, Paris, S. Jorry, 1754, VIII-52 p., in-8º, (BNF 31257882).
- [Attribué à P. Rousseau par Barbier], Les faux-pas, ou Les Mémoires vrais, ou vrai-semblables de la baronne de *** : traduits de l'original bas-breton, Aux Deux-Ponts [i.e. Paris]. Et se trouvent, chez Duchesne, rue Saint Jacques, au-dessous de la fontaine Saint Benoît, au Temple du goût. M. DCC. LV, 2 t. (192 ; 180 p.), in-12, lire en ligne sur Gallica.
- Le Berceau, Metz, Joseph Collignon, 1754, in-4º.
- L’Esprit du jour, créé au Théâtre-Italien[1].
- Attribué à P. Rousseau
- L'histoire des grecs ou de ceux qui corrigent la fortune au jeu, seconde édition revue (...) et augmentée d'un projet d'hôpital où les grecs pourront avoir à l'avenir une retraite, La Haye, s.n., 1757, 3 parties en 1 vol. (XVI-66-77-[1]-59-[1]-22 p.), in-12, (BNF 30526489), lire en ligne sur Gallica.
- Journaux
- Correspondance littéraire de Mannheim : 1754-1756, textes édités par Jochen Schlobach, Paris, Champion, 1992, 620 p.
- Compte rendu par Jacques Wagner, Dix-Huitième Siècle, 1994, nº 26, p. 575., (ISSN 1760-7892).
- Journal encyclopédique
Notes
modifier- 1 2 3 4 Paris, Jorry et Ve Duchesne, 1754, in-8º.
- ↑ Lettres sur quelques écrits de ce temps, 1749, t. 2, p. 284.
- ↑ Dutartre prétend que L’Étourdi corrigé succomba sous les coups d’une violente cabale. Voir Journal de Collé, 8 août 1750, t. 4, p. 265.
- ↑ Le prince-évêque de Liège, habitait la Bavière depuis plusieurs années, et se faisait représenter dans son évêché par le comte de Horion.
- ↑ Mémoires de Bachaumont, t. XIX, p. 87, 18 juin 1769.
- ↑ Voir l'article d'Henri Duranton, Dictionnaire des journaux, en ligne.
Bibliographie
modifier- Tibulle Desbarreaux-Bernard, Notice biographique sur Pierre Rousseau de Toulouse, Mémoires de l’Académie royale des sciences, inscriptions et belles-lettres de Toulouse, 4e série, t. IV, Toulouse, Jean-Matthieu Douladoure, 1854, p. 368-397, en ligne sur Google Livres.
- Musée ducal de Bouillon (Belgique), Le Journal encyclopédique et la Société typographique : [catalogue de l']exposition en hommage à Pierre Rousseau (1716-1785) et Charles-Auguste de Weissenbruch (1744-1826), Bouillon, Musée ducal, 1955.
- Jacques Wagner, Pierre Rousseau (1716-1785), Dictionnaire des journalistes (1600-1789), en ligne.
Sitographie
modifierArticles connexes
modifierLiens externes
modifier- Ressource relative à la musique :
- Ressource relative aux beaux-arts :
- Ressource relative au spectacle :
- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :