Pierre Singaravélou

historien français

Pierre Singaravélou, né en 1977, est un historien français spécialiste des empires coloniaux et de la mondialisation[1]. Il est British Academy Global Professor au King's College de Londres et professeur à l'université Paris I Panthéon-Sorbonne.

Pierre Singaravélou
Pierre Singaravélou en 2021.
Fonction
Directeur
Publications de la Sorbonne (d)
-
Biographie
Naissance
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Nationalité
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Membre de
Directeur de thèse
Distinction

Prix Armand Rousseau de la Société de Géographie de Paris (2018)
Membre junior de l'Institut Universitaire de France (2013-2018)
British Academy Global Professor (2019-2023)
Grand prix international du film documentaire d'auteur (2020)
Prix d’Académie de l’Académie française (2024)
Chevalier de l’Ordre national du Mérite (2025)

Membre senior de l’Institut Universitaire de France (2025-2030)

Biographie

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Pierre Singaravélou est le fils du géographe Singaravelou[2].

Diplômé de Sciences Po Paris[3], agrégé et docteur en histoire (2007)[4], il est maître de conférences (2009) puis, à partir de 2015, professeur des universités en histoire contemporaine à l'université Panthéon-Sorbonne et membre de l'Institut universitaire de France[5]. Pierre Singaravélou est également corédacteur en chef de la revue Monde(s) et membre du comité de rédaction des revues Le Mouvement social et La Vie des idées. En 2015, il est nommé directeur des Publications de la Sorbonne à la place de l'historien médiéviste Patrick Boucheron, élu au Collège de France. En 2019, il est élu par la British Academy "Global Professor" au King's College de Londres : il fait partie de la première promotion de dix chercheurs recrutés dans le monde entier pour enseigner au Royaume-Uni.

Histoire du fait colonial et histoire globale

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Il a publié plusieurs ouvrages sur la production des savoirs en situation coloniale, la construction territoriale des empires, la circulation des élites dans les empires coloniaux, la diffusion des pratiques culturelles dans les sociétés coloniales, les relations entre colonisation et mondialisation.

Sa thèse de 2007 a été remaniée et publiée en 2011 sous le titre Professer l'Empire. Les « Sciences coloniales » en France sous la IIIe République. Il s'intéresse dans cette étude aux institutions chargées de diffuser la « science coloniale », durant la Belle Époque, au cœur de la IIIe République. Il démontre que les « sciences coloniales » ont largement contribué, en France, à l'essor de la géographie, de l'histoire, de l'économie, du droit, de l'ethnologie tout en légitimant les conquêtes coloniales et la « mission civilisatrice » de la France. Elles ont participé à créer une « bonne conscience » coloniale en France[6].

En 2017, il coordonne l'Histoire mondiale de la France, avec Nicolas Delalande, Florian Mazel, et Yann Potin, sous la direction de Patrick Boucheron. Cet ouvrage rencontre un grand succès de librairie et suscite un débat public en France.

En 2020-2021, Pierre Singaravélou est invité au Musée d'Orsay afin de développer le programme de recherches "Les Mondes d'Orsay" qui resitue les collections du Musée dans l'histoire mondiale du XIXe siècle.

En 2022, il succède à Neil MacGregor, ancien président du British Museum, comme titulaire de la Chaire du Louvre consacrée à l'étude des musées disparus du XIXe siècle (musée ethnographique, musée algérien, musée mexicain, musée espagnol, musée chinois, etc.).

En 2024, son livre Fantômes du Louvre est couronné par le Prix d'Académie, "Grand Prix" de l'Académie française.

En avril 2026, Pierre Singaravélou est l’invité du 32e Planétarium du Centre Pompidou[7].

Histoire des possibles et analyses contrefactuelles

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Parallèlement, il mène avec Quentin Deluermoz des recherches sur l'analyse contrefactuelle en histoire, une approche assez ignorée en France et assimilée à un genre littéraire, l’uchronie, mais qui est un domaine de recherche dans le monde universitaire anglo-saxon, avec des échanges épistémologiques et des colloques internationaux dédiés[8]. Pierre Singaravélou et Quentin Deluermoz proposent dans leur ouvrage une démarche singulière ("l'histoire des possibles") et un nouvel outil pédagogique ("atelier d'histoire partagée").

Mondialisation des musées

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Depuis une dizaine d'années, Pierre Singaravélou mène un travail de fond sur les musées, cherchant à en décentrer le regard et à réinscrire leurs collections dans une histoire véritablement mondiale. En 2018, il assure le commissariat de la première exposition consacrée aux œuvres cartographiques dans un musée d'art et d'archéologie, « Le Monde vu d'Asie », au musée Guimet, proposant une inversion de la perspective eurocentrée. De 2020 à 2021, il développe au musée d'Orsay le programme de recherche « Les Mondes d'Orsay », qui vise à replacer les collections du musée (peinture, mobilier, sculpture, photographie) dans un contexte mondial. En 2022, il est titulaire de la chaire du Louvre, au Musée du Louvre, où il étudie les musées disparus du Louvre au XIXe siècle  (musée ethnographique, musée de marine, musée espagnol, musée algérien, musée mexicain, musée chinois) qui firent de l'institution un laboratoire d'expérimentation unique.

Ce travail trouve un prolongement avec « Une autre histoire du monde »[9], exposition-manifeste dont il assure le commissariat général avec Fabrice Argounès et Camille Faucourt, présentée au MUCEM de Marseille en 2023-2024. Conçue pour repenser les collections et le parcours des musées ethnographiques et de société, en Europe et ailleurs[10], elle propose de parcourir l'histoire du monde du XIIIe au XXIe siècle en abandonnant la perspective occidentale[11]. Elle révèle la diversité des expériences africaines, asiatiques, américaines et océaniennes et donne à voir d'autres mondialisations, dont l'Europe n'est pas le seul moteurs[12],[13].

Au sein de l'Institut Universitaire de France (2025-2030), il a conçu le projet “Décoloniser les musées hors d’Europe. Collectionner et exposer après, pendant, avant la colonisation française (Afrique, Asie, Maghreb)", qui propose de repenser la fondation des musées nationaux en Afrique subsaharienne (Dakar et Douala), au Maghreb (Alger et Tunis), et en Asie du Sud-Est (Hanoi et Phnom Penh) dans les années 1950-1960, à l'aune de leurs origines coloniales françaises, et des pratiques vernaculaires de collection et de monstration qui les ont précédées et ont été oblitérées par l’historiographie occidentale.

Ouvrages

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  • L' École française d'Extrême-Orient ou L'institution des marges (1898-1956). Essai d'histoire sociale et politique de la science coloniale, Paris : L'Harmattan, coll. « Recherches asiatiques », 1999[14],[15].
  • L'Empire des géographes. Géographie, exploration et colonisation 19e-20e s., Paris : Belin, coll. « Mappemonde », 2008, 287 p. (ISBN 978-2-7011-4677-5)[16].
  • Au sommet de l'Empire. Les Élites européennes dans les colonies du 16e au 20e siècle (dir. avec Claire Laux et François-Joseph Ruggiu), Bruxelles : Peter Lang, coll. « Enjeux internationaux », 2009.
  • L'Empire des sports. Une histoire de la mondialisation culturelle (dir. avec Julien Sorez), Paris : Belin, coll. « Histoire & Société », 2010[17],[18].
  • Territoires impériaux. Une histoire spatiale du fait colonial (dir. avec Hélène Blais et Florence Deprest), Paris : Publications de la Sorbonne, 2011.
  • Professer l'Empire. Les « Sciences coloniales » en France sous la IIIe République, Paris : Publications de la Sorbonne, 2011. Texte remanié de la thèse de 2007[6].
  • Atlas des Empires coloniaux 19e-20e siècles, avec Jean-François Klein et Marie -Albane de Suremain, Paris, Autrement, coll. « Atlas », 2012[19].
  • Les Empires coloniaux. XIXe – XXe siècle (dir.), Paris, Éditions du Seuil, coll. « Points Histoire », 2013[20].
  • Pour une histoire des possibles. Analyses contrefactuelles et futurs non advenus (avec Quentin Deluermoz), Paris, Le Seuil, coll. « L'Univers historique », 2016 (BNF 44518698).
  • Histoire mondiale de la France, dirigée avec Patrick Boucheron, Nicolas Delalande, Florian Mazel, Yann Potin, Paris, Le Seuil, 2017, 790 p.  (ISBN 978-2-02-133629-0), (SUDOC 197820093).
  • Tianjin Cosmopolis. Une autre histoire de la mondialisation, Paris, Le Seuil, coll. « L'Univers historique », 2017, 380 pages (ISBN 978-2-021-219197)[21]
  • Histoire du Monde au xixe siècle, dirigée avec Sylvain Venayre, Fayard, 2017[22]
  • Le Monde vu d'Asie. Une histoire cartographique (avec Fabrice Argounès), Paris, Le Seuil, 2018.
  • Décolonisations (avec Karim Miské et Marc Ball), Paris, Le Seuil/Arte éditions, 2020.
  • Dictionnaire historique de la comparaison (avec N. Delalande, B. Joyeux, M-B. Vincent), Paris, Éditions de la Sorbonne, 2020.
  • Le Magasin du Monde. La mondialisation par les objets du xviiie siècle à nos jours (dir. avec S. Venayre), Paris, Fayard, 2020[23],[24]
  • Les Mondes d'Orsay, Paris, Le Seuil / Musée d'Orsay, 2021.
  • L'Épicerie du monde. La mondialisation par les produits alimentaires du xviiie siècle à nos jours, direction avec Sylvain Venayre, Paris, Fayard, 2022. Prix Anthony Rowley des Rendez-vous de l'histoire 2022.
  • Colonisations. Notre histoire (dir.), éditions du Seuil, , (ISBN 978-2-02-149415-0).
  • Fantômes du Louvre. Les musées disparus du XIXe siècle, Paris, éditions du Louvre/Hazan, 2023.
  • Une autre histoire du monde (avec F. Argounès et C. Faucourt), Gallimard/Mucem, 2023.
  • Aux confins de la loi. La nature, les colonies, l'espace (avec Samantha Besson et Dario Mantovani), Toulouse, Anacharsis, 2025.
  • ‘’De quoi l’histoire est-elle faite, sinon du monde?’’, Lagrasse, Verdier, 2026.

Filmographie

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  • 2020 : Décolonisations - Série documentaire en 3 épisodes de 52 minutes (Program33), coécrite avec les réalisateurs Karim Miské et Marc Ball, avec la voix du comédien Reda Kateb, diffusée le sur ARTE et le , le 11 et le sur la RTBF. La série Décolonisations obtient le Grand prix international du documentaire d'auteur de l'Union Radiophonique et Télévisuelle Internationale (Unesco) en .
  • 2023 : La Chine, Rêves et Cauchemars - Série documentaire en 3 épisodes de 52 minutes (Program33)[25], coécrite avec les réalisateurs Karim Miské et la réalisatrice Ilana Navaro et diffusée par Arte.

Expositions

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  • 2018 : Le Monde vu d'Asie. Au fil des cartes, commissariat général, Musée National des Arts Asiatiques - Guimet.
  • 2020-2021 : Les Mondes numériques d'Orsay. Une histoire connectée des collections, conception et commissariat, Musée d'Orsay.
  • 2021-2022 : Mapping the World. Perspectives from Asian cartography, General Curator, National Library of Singapore
  • 2022 : Les fantômes du Louvre. Les musées disparus du XIXe siècle, Chaire du Louvre, Musée du Louvre.
  • 2023-2024: Une autre histoire du monde, Mucem.
  • 2025: Mapping Nunaat. Rethinking Greenland Cartographies, Greenland National Museum.

Décoration

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Notes et références

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  1. ↑ Catherine Calvet, « Colons, colonisés, une histoire partagée », Libération, .
  2. ↑ Virginie Bloch-Lainé, « Pierre Singaravélou : génération mondialisation », L'Histoire, no 480,‎ (lire en ligne).
  3. ↑ « Sciences Po Alumni », sur Sciences Po Alumni (consulté le )
  4. ↑ Pierre Singaravélou, fiche Sudoc
  5. ↑ Daniel Bermond, « Pierre Singaravélou : what if ?... », sur L'Histoire n° 377,
  6. 1 2 Antoine de Baecque, « L'empire colonial, ses chevaliers, ses hérauts », Le Monde,‎ .
  7. ↑ Théâtre de la Cité internationale, « Planétarium #32 : Groenland », sur Théâtre de la Cité internationale (consulté le )
  8. ↑ « What If… ? Apports, limites et enjeux de la démarche contrefactuelle en histoire », sur École des hautes études en sciences sociales,
  9. ↑ « Une autre histoire du monde », sur Mucem — Musée des civilisations et de la Méditerranée (consulté le )
  10. ↑ Sonya Faure, « Mucem, Quai Branly ou Palais de la Porte Dorée : les musées de société font leur mue », sur Libération (consulté le )
  11. ↑ [vidéo] « Pierre Singaravélou remet l’Europe à sa place - 28 Minutes (11/01/2024) - Regarder l’émission complète | ARTE » (consulté le )
  12. ↑ « Au Mucem, "une autre histoire du monde" », sur France Culture, (consulté le )
  13. ↑ « Au Mucem une histoire du monde revue et corrigée », sur Beaux Arts, (consulté le )
  14. ↑ Roger-Pol Droit, « Les Autres pensent aussi ! », Le Monde,‎ .
  15. ↑ Roland Lardinois, Pierre Singaravélou, L'École française ď Extrême-Orient ou l'institution des marges (1898-1956). Essai d'histoire sociale et politique de la science coloniale (compte-rendu), Annales, Année 2001, 56-3, pp. 751-755
  16. ↑ Roman Stadnicki, « Pierre SINGARAVÉLOU [dir.], L’empire des géographes. Géographie, exploration et colonisation, XIXe – XXe siècle », Revue d'histoire du XIXe siècle, no 40,‎ , p. 169-170 (lire en ligne).
  17. ↑ Yohan Blondel, « Sport en colonies », La vie des idées, .
  18. ↑ Catherine Calvet, « Sous l'empire des jeux olympiques », Libération, .
  19. ↑ Catherine Calvet, « L'image du colonialisme », Libération, .
  20. ↑ M’hamed Oualdi, « Les empires coloniaux. XIXe – XXe siècle », Revue d'histoire du XIXe siècle, no 49,‎ (lire en ligne).
  21. ↑ Philippe Moreau Defarges, Tianjin Cosmopolis. Une autre histoire de la mondialisation, Politique étrangère, n° 4/2017
  22. ↑ Frédéric Keck, « Histoire du monde au xixe siècle », sur Gradhiva, .
  23. ↑ Olivier Thomas, « La mondialisation par les objets », sur L'Histoire,
  24. ↑ François Reynaert, « Comment la tong, la canette, le shampooing ou le surf ont-ils envahi nos vies ? », sur L'Obs,
  25. ↑ « Chine, Rêves et Cauchemars - 1. La Chute (1839-1908) », sur film-documentaire.fr (consulté le )
  26. ↑ Décret du 15 mai 2025 portant promotion et nomination

Liens externes

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