Pierre de Guethem
Pierre de Guethem est un militaire français né en 1659 à Tourcoing et mort dans la même ville en 1709.
Colonel des armées impériales, il prend part aux campagnes militaires des Habsbourgs à partir du siège de Vienne (1683). Il devient le chef des troupes du prince Eugène. Il capture le maréchal de Villeroy lors du siège de Crémone, puis tente d'enlever le Grand Dauphin à Versailles.
Le Mercure de France, le duc de Saint-Simon et Voltaire ont relaté ses actions. Sa ville natale lui rend hommage en donnant son nom à une rue et en construisant un géant à son image[1].
Biographie
modifierIl est né sous le nom de Pierre Guethem à Tourcoing, où il est baptisé le 4 décembre en 1659, fils de Jacques Guethem et de Marie Tiberghien[2]. Le bourg est pris ensuite dans les combats et les habitants se réfugient dans toute l’Europe. À vingt ans, Pierre débarque dans les Pays-Bas espagnols sans un rouche doupe en poche ; il se place comme valet de pied auprès du prince de Conti, apprend le solfège et un peu de violon. Son maître nouveau, Maximilien-Emmanuel de Bavière, amateur de musique, le prend dans son orchestre. Quand Maximilien part pour la guerre, il emmène ses musiciens avec lui.
Sur les champs de bataille, Guethem se découvre soldat. Il se distingue au siège de Vienne (1683), où il arrache aux Ottomans un étendard de soie. Il envoie son trophée à Tourcoing, que l'on peut voir au musée du Carillon. Guethem poursuit ses faits d’armes, à la campagne de Hongrie, aux prises de Neuchâtel, Bade, ou Belgrade.
En 1702, le général en chef Eugène de Savoie-Carignan charge le major Guethem d’assiéger Crémone. La ville est ceinturée de remparts et défendue par le maréchal de Villeroy. Guethem apprend qu’un ancien égout passe sous les remparts et aboutit au cœur de Crémone, chez le chanoine Cassoli. Guethem fait savoir à don Cassoli qu’il lui donnera un évêché s’il fait déboucher l’égout : le prélat accepte. Guethem et ses hommes envahissent Crémone de nuit, et ouvrent les portes de la ville. Le maréchal de Villeroy et toute la garnison sont faits prisonniers, donnant lieu à des chansons moqueuses[3].
Guethem est anobli, est promu colonel, et va remporter de nombreuses batailles. Sous les ordres du duc de Marlborough, il joue un autre tour au maréchal de Villeroy et gagne la bataille de Ramillies[4].
Quand les troupes rançonnent les Flandres, la consigne est d'épargner gens et biens de la paroisse de Tourcoing.
L'échec du rapt du Dauphin
modifierGuethem décide au printemps de 1707 de s’emparer du Dauphin de France[pourquoi ?]. Avec une trentaine d'hommes déguisés en marchands de chevaux, il traverse les lignes de feu et arrive à Versailles.
Pendant ce temps, Louis XIV chasse le loup en forêt de Marly. Pierre de Guethem poste ses hommes au lieu-dit le Point du Jour. Quand passe le carrosse aux armes de France, Guethem et ses hommes se précipitent au-devant des chevaux. Il ne trouve pas le dauphin dans le carrosse mais un homme d’âge, le marquis de Béringhem, qu’on appelle à la cour M. le Premier.
Pierre de Guethem se montre plein d’égards pour son prisonnier, l’installe dans une chaise à porteur, et se hâte vers la route de Flandre.
Entretemps, le carrosse aux armes de France est revenu à vide au château de Versailles. Le roi Louis XIV laisse éclater sa colère, la police lance des recherches dans tout le pays. Les soldats du roi rattrapent de Guethem en Picardie. Il est fait prisonnier. M. le Premier se montre plein d’égards pour lui et le ramène à Paris.
Bien qu'ayant emprisonné un maréchal à Crémone et avoir voulu s’emparer du fils du roi, il n'est pas pendu.
Louis XIV remet à Jacques-Louis de Beringhen le sort de son ravisseur. M. le Premier ouvre au colonel de Guethem les salons de Versailles. Il est invité peu après à la revue des gardes du corps. Sur un cheval des écuries du roi, Pierre de Guethem chevauche aux côtés de Jacques II d'Angleterre, du dauphin de France et du duc de Bourgogne.
Après la revue, Beringhen présente Guethem à Louis XIV : - Monsieur le Premier, dit le roi, se loue fort des traitements qu’il a reçus de vous. On ne saurait faire la guerre trop honnêtement... - Sire, répond Guethem, je suis si étonné de me trouver devant le plus grand roi du monde et qui me fait l’honneur de me pardonner que je n’ai pas la force de répondre.[Information douteuse]
Louis XIV se montre fort aise de cette réplique, toute la cour répète la phrase.
Le colonel est invité partout, reçoit des gens pour le servir, va au théâtre, écoute les concerts dans les salons, est comblé de cent manières.
Il repartira enfin pour Tourcoing. A son départ, M. le Premier lui remet une bourse pleine de pièces d’or. Pierre de Guethem prend sa retraite dans sa ville natale. Il y meurt deux ans plus tard, en août 1709[5].
Références
modifier- ↑ La Voix du Nord, 8 juin 2026.
- ↑ Archives départementales du Nord, acte de baptême n° 183, vue 110/227.
- ↑ Souvent citées, parfois avec des variantes. Rapporté notamment par le marquis de Dangeau dans ses Mémoires, et repris par Voltaire, Le Siècle de Louis XIV, t. II, sur gallica.bnf.fr, dans Œuvres de Voltaire, Paris, Lefèvre, 1830, t. XX, p. 14.
- ↑ Charles-Louis de Sevelinges, « Villeroi (François de Neufville, duc et maréchal de) », dans : Louis-Gabriel Michaud, Biographie universelle, t. XLIII, Paris, Desplaces, sans date [avant 1866].
- ↑ Archives départementales du Nord, cote 5Mi 040R028, vue 47/198.
Bibliographie
modifier- J.-E. Van Den Driessche, Histoire de Tourcoing, Tourcoing, Georges Frère, 1928, p. 140-155.
- Jean Christophe, Le Tourquennois Pierre de Guethem (1659-1709), Tourcoing, Impr. Renard, 1958 [1re édition].
- Marc-Antoine Dujardin, Pierre de Guethem, 2026 (ISBN 979-8198936812).
