Pollution chimique
La pollution chimique est la présence dans l'environnement de substances chimiques susceptibles d'altérer les écosystèmes ou de produire des effets nocifs sur la santé humaine, animale ou végétale. Elle peut concerner l'air, les eaux douces, les eaux marines, les sols, les sédiments et les organismes vivants[1].
La pollution chimique se distingue de la pollution biologique, qui est liée à des organismes ou à des agents biologiques, et de la pollution physique, qui résulte par exemple du bruit, de la chaleur ou des rayonnements. Dans l'environnement, ces formes de pollution peuvent toutefois être associées : les eaux usées peuvent ainsi contenir à la fois des microorganismes pathogènes, des métaux, des pesticides et des matières plastiques[2].
Sources
modifierLa pollution chimique provient de sources naturelles et anthropiques. Les sources naturelles comprennent notamment les éruptions volcaniques, l'érosion des roches, les incendies de végétation et la production naturelle de certaines substances toxiques. Les activités humaines constituent cependant une source majeure de nombreuses contaminations contemporaines, en particulier par l'industrie, l'agriculture, les transports, l'exploitation minière, la production d'énergie et la gestion des déchets[3].

L'agriculture contribue à la pollution chimique par l'utilisation d'engrais minéraux, de produits phytosanitaires et de médicaments vétérinaires. Les nitrates et les phosphates peuvent être entraînés vers les cours d'eau et favoriser l'eutrophisation, tandis que certains pesticides peuvent contaminer les sols, les eaux souterraines et les organismes non ciblés[4].
Les transports et la combustion de combustibles fossiles émettent notamment des oxydes d'azote, du dioxyde de soufre, du monoxyde de carbone, des particules et des composés organiques volatils. Ces substances peuvent être émises directement dans l'air ou se transformer en polluants secondaires sous l'effet de réactions chimiques dans l'atmosphère[5].
Les déchets ménagers, industriels, miniers et électroniques peuvent libérer des substances chimiques pendant leur stockage, leur traitement ou leur élimination. Le brûlage à l'air libre, les dépôts sauvages et les décharges mal contrôlées peuvent entraîner des émissions atmosphériques et la lixiviation de polluants vers les sols et les eaux[6].
Principaux polluants
modifierMétaux et métalloïdes
modifierLes métaux et métalloïdes potentiellement toxiques comprennent notamment le plomb, le mercure, le cadmium, l'arsenic, le chrome et le nickel. Ils peuvent provenir de l'exploitation minière, de la métallurgie, de la combustion, des batteries, des peintures, des déchets électroniques et de certaines activités industrielles[1].
Ces éléments ne se dégradent pas comme les substances organiques. Ils peuvent persister dans les sols et les sédiments, être transportés vers les milieux aquatiques et s'accumuler dans certains organismes. Le mercure et d'autres métaux peuvent également se concentrer le long des chaînes alimentaires, en particulier dans les organismes aquatiques prédateurs[3].
Pesticides
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Les pesticides regroupent notamment les insecticides, les herbicides, les fongicides et les produits utilisés pour lutter contre d'autres organismes considérés comme nuisibles. Leur présence dans l'environnement dépend de leur toxicité, de leur persistance, de leur mobilité dans les sols et de leurs produits de dégradation[4].
Hydrocarbures et solvants
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Les hydrocarbures pétroliers peuvent contaminer les sols, les eaux de surface et les eaux souterraines à la suite de fuites de réservoirs, d'accidents de transport, d'activités industrielles ou de rejets liés aux combustibles. Certains hydrocarbures aromatiques polycycliques sont persistants et présentent des propriétés toxiques ou cancérogènes[5].
Polluants organiques persistants
modifierLes polluants organiques persistants sont des substances qui résistent à la dégradation, peuvent être transportées sur de longues distances et s'accumulent dans les organismes vivants. Certains sont également bioamplifiés dans les chaînes alimentaires et peuvent produire des effets toxiques à de faibles concentrations après une exposition prolongée[7].
Les polychlorobiphényles, certains pesticides organochlorés, les dioxines et les furanes font partie des substances historiquement associées à cette catégorie. Leur production et leur utilisation sont réglementées ou interdites dans de nombreux pays, mais des stocks anciens et des contaminations héritées peuvent encore être présents dans l'environnement[3].
Substances per- et polyfluoroalkylées
modifierLes substances per- et polyfluoroalkylées, souvent désignées par l'acronyme PFAS, sont utilisées dans de nombreux produits industriels et de consommation en raison de leur résistance à la chaleur, à l'eau et aux graisses. Plusieurs PFAS sont très persistants dans l'environnement et peuvent être détectés dans l'eau, les sols, les aliments et les organismes vivants[8].
La présence de PFAS dans l'environnement résulte notamment de rejets industriels, de l'utilisation de mousses anti-incendie, de certains traitements de surface, des produits imperméabilisants et de la dégradation de produits contenant ces substances. La surveillance et la réglementation des PFAS évoluent en raison de leur persistance et de leur large diffusion[8].
Microplastiques et additifs
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Les plastiques peuvent libérer des additifs chimiques pendant leur fabrication, leur utilisation et leur dégradation. Leur fragmentation produit des microplastiques qui peuvent transporter ou adsorber d'autres substances chimiques et être ingérés par des organismes aquatiques et terrestres[9].
Les effets biologiques des microplastiques et des substances qu'ils transportent varient selon leur taille, leur composition, leur concentration et les organismes exposés. Les recherches portent notamment sur leur présence dans les milieux marins, les eaux douces, les sols et les chaînes alimentaires[9].
Dispersion dans l'environnement
modifierDans l'atmosphère, certaines substances sont transportées par les vents et peuvent subir des réactions photochimiques. Dans les sols, les polluants peuvent être retenus par les particules, dégradés par les microorganismes ou entraînés vers les eaux souterraines. Dans les milieux aquatiques, ils peuvent se dissoudre, se fixer sur les sédiments ou être absorbés par les organismes vivants[5].
La bioaccumulation correspond à l'accumulation progressive d'une substance dans un organisme lorsque son absorption est plus rapide que son élimination. La bioamplification désigne l'augmentation de la concentration d'une substance à mesure que l'on progresse dans une chaîne alimentaire. Ces phénomènes concernent notamment certains métaux et polluants organiques persistants[7].
Effets sur la santé
modifierLes effets de la pollution chimique dépendent de la dose, de la durée et de la voie d'exposition, ainsi que des propriétés de la substance et de la vulnérabilité de la personne exposée. Les voies d'exposition comprennent l'inhalation, l'ingestion, le contact cutané et le transfert de la mère à l'enfant pendant la grossesse ou l'allaitement[1].
Une exposition aiguë à une substance toxique peut provoquer une intoxication immédiate, une irritation, des troubles respiratoires, des brûlures chimiques ou des atteintes neurologiques. Une exposition chronique peut être associée à des cancers, des maladies cardiovasculaires, des troubles respiratoires, des atteintes rénales ou hépatiques et des troubles du développement ou de la reproduction[1].
Les enfants, les femmes enceintes, les travailleurs exposés et les populations vivant à proximité de sites industriels ou de zones fortement polluées peuvent présenter une vulnérabilité particulière. Le niveau de risque ne peut toutefois pas être déduit de la seule présence d'une substance : il nécessite une évaluation de l'exposition, de la concentration et de la toxicité[1].
L'Organisation mondiale de la santé estime qu'en 2019 un ensemble limité de substances chimiques pour lesquelles des données étaient disponibles a été associé à environ deux millions de décès. Cette estimation ne couvre pas nécessairement l'ensemble des substances chimiques ni toutes les voies d'exposition, en raison des lacunes de données disponibles[1].
Effets sur les écosystèmes
modifierLa pollution chimique peut modifier la croissance, la reproduction, le comportement ou la survie des organismes. Elle peut réduire la diversité biologique, perturber les relations entre les espèces et modifier le fonctionnement des écosystèmes[3].
Les substances toxiques peuvent aussi affecter les organismes à des concentrations faibles lorsqu'elles perturbent des fonctions hormonales, neurologiques, immunitaires ou reproductives. Les effets peuvent apparaître après une exposition prolongée et se transmettre indirectement par les chaînes alimentaires[3].
Prévention et réglementation
modifierLa prévention de la pollution chimique repose en priorité sur la réduction de la production et de l'utilisation des substances dangereuses, la substitution par des produits moins nocifs, la maîtrise des procédés industriels et la limitation des rejets à la source[3].
Les autres mesures comprennent le traitement des eaux usées, la filtration des émissions atmosphériques, le confinement des sols contaminés, la collecte séparée des déchets dangereux, le recyclage contrôlé et la surveillance des eaux, de l'air, des sols, des aliments et des organismes vivants[6].
La gestion internationale des substances chimiques repose notamment sur la Convention de Stockholm concernant les polluants organiques persistants, la Convention de Minamata relative au mercure, la Convention de Rotterdam sur le consentement préalable applicable à certains produits chimiques dangereux et la Convention de Bâle sur les mouvements transfrontières de déchets dangereux[10].
Voir aussi
modifierNotes et références
modifier- 1 2 3 4 5 6 (en) Organisation mondiale de la santé, « Guidance on chemicals and health »
, sur www.who.int (consulté le ) - ↑ (en) Richard Fuller, Philip J. Landrigan, Kalpana Balakrishnan et Glynda Bathan, « Pollution and health: a progress update », The Lancet Planetary Health, vol. 6, no 6, , e535–e547 (ISSN 2542-5196, PMID 35594895, DOI 10.1016/S2542-5196(22)00090-0, lire en ligne
, consulté le ) - 1 2 3 4 5 6 (en) U. N. Environment, « Global Chemicals Outlook II: From Legacies to Innovative Solutions | UNEP - UN Environment Programme »
, sur www.unep.org, (consulté le ) - 1 2 (en) « Pesticide Registration Toolkit | Food and Agriculture Organization of the United Nations »
, sur www.fao.org (consulté le ) - 1 2 3 « Chapitre 53 - Les risques pour la santé liés à l'environnement »
, sur www.ilocis.org (consulté le ) - 1 2 (en) U. N. Environment, « Chemicals and pollution action | UNEP - UN Environment Programme »
, sur www.unep.org, (consulté le ) - 1 2 (en) UNEP, « Stockholm Convention on Persistent Organic Pollutants (POPs) »
, sur www.pops.int (consulté le ) - 1 2 (en) « Emerging chemical risks in Europe — ‘PFAS’ »
, sur www.eea.europa.eu, (consulté le ) - 1 2 (en) U. N. Environment, « From Pollution to Solution: A global assessment of marine litter and plastic pollution »
, sur www.unep.org, (consulté le ) - ↑ (en) U. N. Environment, « Chemicals and pollution action | UNEP - UN Environment Programme »
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