La porcelaine d’Arita (有田焼, Arita-yaki) est un terme générique désignant la porcelaine japonaise fabriquée dans la région de la ville d’Arita, dans l’ancienne province de Hizen, au nord-ouest de l’île de Kyūshū. Elle est également connue sous le nom de porcelaine de Hizen (肥前焼, Hizen-yaki), d’après le nom plus large de la province. C’est dans cette région qu’a été produite la grande majorité des premières porcelaines japonaises, notamment les porcelaines japonaises destinées à l’exportation.

Plat en porcelaine d’Arita décoré en bleu sous couverte, représentant une rivière, des barrages de pêche et des feuilles d’érable, vers 1650-1670.

Dans l’usage français, l’expression porcelaine d’Arita désignait traditionnellement les porcelaines d’exportation en bleu et blanc, imitant principalement les styles chinois. Les pièces enrichies de couleurs appliquées sur glaçure étaient appelées porcelaines d’Imari, ou, pour un sous-groupe, porcelaines de Kakiemon. On reconnaît aujourd’hui que les mêmes fours produisaient souvent plusieurs de ces catégories, et le terme « porcelaine d’Arita » est désormais employé plus largement pour l’ensemble de ces productions[1].

La porcelaine de Kutani, aux couleurs éclatantes, est également considérée aujourd’hui comme provenant en partie de la région d’Arita autant que de Kutani lui-même ; l’expression « style Kutani » est donc utilisée comme désignation stylistique.

Plat de Sarayama, à Arita, décoré d’émaux polychromes sur glaçure représentant un prunier et une clôture, vers 1700-1730.

Histoire

modifier

Selon la tradition, le potier coréen Yi Sam-pyeong (en) (mort en 1655), également connu sous le nom de Kanagae Sanbee (金ヶ江三兵衛), est souvent considéré comme le père de la porcelaine d’Arita[2],[3]. Cette version est toutefois contestée par de nombreux historiens[4],[5]. Il est néanmoins honoré au sanctuaire Sueyama Shrine comme fondateur de cette production.

La première porcelaine fabriquée au Japon apparut après la découverte de gisements de kaolin près d’Arita, vers la fin du XVIe siècle. De nombreux fours furent alors ouverts dans la région, produisant une grande diversité de styles. Les porcelaines japonaises destinées à l’exportation vers l’Europe adoptaient souvent des formes occidentales et des décors inspirés de la Chine[3],[6].

Les premières productions utilisaient des décors en bleu sous couverte, mais au milieu du XVIIe siècle, Arita se trouvait à l’avant-garde du développement japonais des décors « émaillés » appliqués sur glaçure, dans une palette de couleurs vives[7].

Entre la seconde moitié du XVIIe siècle et la première moitié du XVIIIe siècle, ces porcelaines furent massivement exportées vers l’Europe. Elles quittaient d’abord le port d’Imari, proche d’Arita, avant d’être acheminées vers le comptoir de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales à Nagasaki.

Le type appelé kin-rande fut particulièrement populaire et devint ainsi connu en Occident sous le nom de porcelaine d’Imari (伊万里焼, Imari-yaki). Ce style associe généralement un décor bleu sous couverte à des ajouts sur glaçure en rouge, or, noir pour les contours, ainsi qu’à d’autres couleurs. Dans les compositions florales les plus caractéristiques, la majeure partie de la surface est couverte de décor, avec « une tendance à la surcharge ornementale conduisant à une certaine préciosité ». Ce style connut un tel succès que les producteurs chinois et européens commencèrent à l’imiter[8].

La porcelaine de Nabeshima était une production d’Arita, décorée d’émaux sur glaçure d’une qualité exceptionnelle. Elle fut fabriquée pour les seigneurs Nabeshima du domaine de Saga depuis la fin du XVIIe siècle jusqu’au XIXe siècle, la première moitié du XVIIIe siècle étant considérée comme la période la plus remarquable. Ces porcelaines ne furent jamais exportées à l’époque[9].

Le terme Kakiemon est également source de confusion, car il désigne à la fois une famille, un ou plusieurs fours, ainsi qu’un style polychrome sur glaçure aux couleurs vives, largement inspiré des porcelaines chinoises. Ce style fut créé par cette famille, dont les fours en furent les principaux producteurs, mais d’autres ateliers le fabriquèrent également, tandis que les fours Kakiemon produisaient eux-mêmes d’autres styles. Le décor Kakiemon fut aussi largement imité en Europe, et parfois en Chine[10].

Les fouilles archéologiques modernes des sites de fours ont montré qu’une grande partie des porcelaines dites de Kutani, supposées provenir de l’île de Honshū, avaient en réalité été produites dans la région d’Arita. Ces pièces étaient principalement destinées à l’exportation vers les marchés d’Asie du Sud-Est[11].

Les fours d’Arita produisaient également des porcelaines blanches hakuji, souvent inspirées des porcelaines chinoises de Dehua.

Parmi les motifs utilisés figure le karako (唐子), représentant des enfants chinois en train de jouer.

Brûle-parfum (kōro) en porcelaine d’Arita décoré de scènes de la vie domestique, fin de l’époque d’Edo / début de l’ère Meiji, XIXe siècle.

Céramistes contemporains de la porcelaine d’Arita

modifier
  1. ↑ Impey (1990), 71-73
  2. ↑ « Arita, Imari and Karatsu. Explore the villages of ceramics. | JAPAN Monthly Web Magazine » [archive du ], Japan-magazine.jnto.go.jp (consulté le )
  3. 1 2 Matthew Larking, « Arita ware: Traditional Japanese porcelain has an international history », The Japan Times, (consulté le )
  4. ↑ Komiya Kiyora 小宮木代良, "tōso" gensetsu no seiritsu to tenkai 「陶祖」言説の成立と展開 (The origins and expansion of the story of Touso, the first ceramist), Kyūshū Shigaku 九州史学, No. 153, pp. 49-74, 2009.
  5. ↑ Komiya Kiyora 小宮木代良, "tōso" gensetsu no rekishiteki zentei 「陶祖」言説の歴史的前提, Nitchō kōryū to sōkoku no rekisi 日朝交流と相克の歴史, pp. 363-381, 2009.
  6. ↑ « Japan Pottery Net / Ceramics's profile | Arita Ware » [archive du ], Japanpotterynet.com (consulté le )
  7. ↑ Smith, Harris, & Clark, 163-165; Ford & Impey, 61-118; Watson, 260-261
  8. ↑ Impey (1990), 74-75, 75 quoted
  9. ↑ Impey (1990), 78-79
  10. ↑ Impey (1990), 75-77
  11. ↑ Impey (1990), 77-78
  12. ↑ (ja) « About », sur YUKI HAYAMA (consulté le )

Références

modifier
(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Arita ware » (voir la liste des auteurs).
  • Barbara Brennan Ford, et Oliver R. Impey, Japanese Art from the Gerry Collection in The Metropolitan Museum of Art, 1989, Metropolitan Museum of Art, Version en ligne
  • Oliver Impey (1990), dirigé par David Battie (en), ed., Sotheby's Concise Encyclopedia of Porcelain, 1990, Conran Octopus. (ISBN 1850292515)
  • Lawrence Smith, Victor Harris, et Timothy Clark, Japanese Art: Masterpieces in the British Museum, 1990, British Museum Publications, (ISBN 0714114464)
  • William Watson (en) ed., The Great Japan Exhibition: Art of the Edo Period 1600–1868, 1981, Royal Academy of Arts/Weidenfeld & Nicolson