Poésie burlesque
La poésie burlesque est, dans la France du XVIIe siècle, un genre poétique. Ces textes sont la plupart du temps en octosyllabe (8 syllabes) et s'amusent à un "mélange des registres et jeu avec les normes"[1]. Le burlesque est une sorte de parodie qui se moque de quelque chose ou de quelqu'un. La moquerie a lieu dans le contenu de l’œuvre mais également via la langue en elle-même[2]. Des niveaux linguistiques hiérarchiquement opposés se côtoient, par exemple : les mots savants sont mis à côté d'expressions grossières ou argotiques. Ainsi, c'est ce langage lui-même qui devient ludique. L'amusement est au cœur de cette poésie, à l'écriture et à la lecture.
Deux sortes de poésies burlesques
modifierLe genre peut être divisé en deux "catégories", bien que certains éléments échappent évidemment à ce classement[3].
La première de ces catégorie consiste au travestissement d’événements ou de personnages contemporains[3]. Ces textes tendent à ridiculiser leur cible, qu'il s'agisse d'un archétype (p.ex. les boulangers) ou d'un personnage clairement identifié (p.ex. le Cardinal Mazarin). Ces exemples sont issus du corpus des mazarinades, dans lequel on trouve beaucoup de textes burlesques. En effet, le burlesque est un mode d'expression de prédilection pour ceux qui rédigent des pamphlets : la Fronde et les Mazarinades sont donc un contexte propice à l'expansion du genre[4]. En témoigne par exemple L'adieu de Mazarin. Burlesque. (1649). Dans ce texte, on prend la voix de Mazarin pour lui faire dire des choses drôles et de le ridiculiser[5]. La moquerie n'est pas réservée aux personnages politiques. Le pâtissier en colère contre les boulangers et les taverniers. En vers burlesques. (1649) en montre un exemple. Paris est soumis à un blocus pendant l’hiver 1649, la famine s'installe, le pâtissier ne peut plus exercer son métier. Il reproche à un tavernier de mentir sur sa marchandise :
"Il ne fait point de conscience
D'employer toute sa science
A meslanger le vin nouveau
Dans le vieil d'un autre tonneau."[6]
Ici, on trouve des rimes sur le schéma AABB, que l'on appelle rime suivie. C'est le schéma de rime le plus répandu pour les vers burlesques. On note que la contrainte est relativement simple, par exemple par rapport au sonnet.
Le deuxième procédé, qui donne lieu à des récits plus longs, est le "travestissement d'épopée"[3]. On transforme des aventures héroïques en aventures comiques et bouffonnes, où les dieux et les héros usent d'un langage vulgaire, ridicule et décalé. L'une des œuvres de la poésie burlesque les plus connues fut le Virgile travesti par Scarron qui commence ainsi la dédicace du premier livre :
« Je promets à Votre MAJESTE, dès le commencement de mon épître, qu'elle en verra bientôt la fin, et c'est peut-être ce qu'elle en trouvera de meilleur. »
Et le poème débute ainsi :
Je qui chantai jadis Typhon
D'un style qu'on trouva bouffon,
Aujourd'hui de ce style même,
Encor qu'en mon visage blême
Chacun ait raison de douter
Si je pourrai m'en acquitter,
Devant que la mort qui tout mine
Me donne en proie à la vermine,
Je chante cet homme pieux,
Qui vint chargé de tous ses dieux
Et de Monsieur son père Anchise,
Beau vieillard à la barbe grise,
Depuis la ville où les Grégeois
Occirent tant de bons bourgeois,
Jusqu'à celle où le pauvre Rème
Fut tué par son frère même,
Pour avoir en sautant passé
De l'autre côté d'un fossé.
Ce style fit des émules, on peut citer : L’Ovide bouffon de Louis Richer en 1649, L'Enfer burlesque, anonyme (1649), l’Ovide en belle humeur d'Assoucy en 1650, etc.
Reproches faits au burlesque
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On trouve de virulents éléments de critique dans Art poétique de Boileau[7] :
« v. 81 Au mépris du bon sens, le Burlesque effronté,
v. 82 Trompa les yeux d’abord, plut par sa nouveauté.
v. 83 On ne vit plus en vers que pointes triviales ;
v. 84 Le Parnasse parla le langage des halles ; »
Boileau reproche son succès au burlesque. Il qualifie la moquerie qui caractérise le burlesque de "pointes triviales". Il déplore que "le Parnasse", la production poétique, parle "le langage des halles" donc un langage populaire et potentiellement grossier.
Plus loin, il revendique une pratique poétique en opposition au burlesque :
« v. 96 Imitons de Marot l’élégant badinage,
v. 97 Et laissons le Burlesque aux Plaisants du Pont-Neuf. »
Boileau souhaite imiter le poète Clément Marot, image d'une élégance à la française. En renvoyant à le burlesque aux amuseurs de rue (les plaisants du Pont-Neuf), il affirme que le burlesque n'a pas sa place en poésie. Clément Marot est notoirement l'auteur français qui exporta d'Italie la forme du sonnet. Boileau tend donc à valoriser une forme plus complexe poétiquement.
La poésie burlesque en Italie
modifierPar ses petites compositions comme par son Roland amoureux, Francesco Berni a fondé une école et créé une branche de poésie italienne : c'est la poésie plaisante, giocosa, tantôt satirique, tantôt burlesque, ou même purement consacrée à la parodie. A la même époque où florissent les éloges paradoxaux qui caractérisent ce genre, se développe la parodie mythologique avec Franco Sacchetti, Girolamo Amelonghi, Anton Francesco Grazzini ; c'est sur cet aspect du burlesque qu'insiste Francesco Bracciolini au xviie siècle. Parmi les poeti giocosi italiens les plus importants, on peut citer Giovanni Francesco Lazzarelli et Alessandro Tassoni.
Références
modifier- ↑ Karine Abiven, Jean-Baptiste Tanguy et Gaël Lejeune, « Exploiter un corpus de données textuelles sans post-traitement : l’écriture burlesque de la Fronde », Humanité numériques, (lire en ligne)
- ↑ Claudine Nédelec, « Ecrire en burlesque : Jeux et enjeux », Epure,
- 1 2 3 « L'écriture burlesque pendant la Fronde »
- ↑ Hubert Carrier, La presse de la Fronde (1648-1653), vol. I, Genève, Droz,
- ↑ « Antonomaz »
- ↑ Anonyme, Le pâtissier en colère sur les boulangers et taverniers, en vers burlesques., Paris, (lire en ligne)
- ↑ Nicolas Boileau, L'Art poétique,