Neltuma juliflora
Neltuma juliflora anciennement Prosopis juliflora est une espèce de plantes à fleurs de la sous-famille des Mimosoideae. C'est un buisson ou un arbuste originaire du Mexique, d'Amérique du Sud et des Caraïbes.
| Règne | Plantae |
|---|---|
| Sous-règne | Tracheobionta |
| Division | Magnoliophyta |
| Classe | Magnoliopsida |
| Ordre | Fabales |
| Famille | Mimosaceae |
| Genre | Prosopis |
| Clade | Angiospermes |
|---|---|
| Clade | Dicotylédones vraies |
| Clade | Rosidées |
| Clade | Fabidées |
| Ordre | Fabales |
| Famille | Fabaceae |
| Sous-famille | Mimosoideae |

Cette espèce est également connue sous le nom vernaculaire de bayahonde en Haïti, comme l'emploie par exemple l'auteur haïtien Jacques Roumain : « Au-dessus des bayahondes flottent des haillons de fumée… »[1]. Dans l'outre-mer français, il est appelé « épinard » ou « zépinard » (en raison de ses épines)[2].
Description
modifierNeltuma juliflora peut atteindre jusqu’à 12 mètres (39 pi) de hauteur, bien que sa taille varie fortement selon les conditions du milieu ; son tronc peut atteindre 1,2 mètres (4 pi) de diamètre.
Ses feuilles sont caduques, composées et pennées, vert clair, avec généralement 12 à 20 folioles.
Les fleurs apparaissent peu après le développement des feuilles. Elles forment des épis cylindriques vert jaunâtre de 5 à 10 centimètres (2 à 4 pouces) de long, disposés en groupes de 2 à 5 à l’extrémité des rameaux.
Les gousses mesurent généralement de 8 à 29 cm (3 à 11 pouces), parfois jusqu’à environ 30 centimètres (12 po), et contiennent entre 10 et 30 graines chacune. Une plante mature peut produire des centaines de milliers de graines. Les graines restent viables pendant plusieurs années, et potentiellement des décennies selon les conditions de stockage et le milieu.
La plante se reproduit principalement par graines, disséminées par le bétail et d’autres animaux qui consomment les gousses puis dispersent les graines dans leurs excréments. Elle peut également repousser à partir de la souche ou des racines après une coupe ou un dommage, ce qui rend son éradication difficile.
Ses racines peuvent descendre très profondément à la recherche d’eau, comme celles des autres mesquites.
On dit que l’arbre a été introduit au Sri Lanka au XIXe siècle, où il est aujourd’hui connu sous les noms de vanni-andara ou katu andara en cingalais. Il est parfois affirmé que N. juliflora existait et était même considéré comme un arbre sacré dans l’Inde ancienne, mais il s’agit très probablement d’une confusion avec le Prosopis cineraria (en), qui lui ressemble superficiellement. On pense que l’arbre est présent depuis longtemps dans les régions du Vanni et de Mannar.
Cette espèce possède des épines disposées par paires aux nœuds. Son degré d’épineux est variable : des individus presque inermes, c’est-à-dire pratiquement sans épines, apparaissent parfois. Dans l’ouest de son aire de répartition, en Équateur et au Pérou, Neltuma juliflora s’hybride facilement avec Neltuma pallida (en) là où leurs aires se chevauchent. Les deux espèces, ainsi que leurs formes hybrides interspécifiques, peuvent être difficiles à distinguer.
Bien que sa durée de vie soit souvent estimée à quelques décennies, parfois autour de 60 ans, N. juliflora demeure une plante très rustique, capable de supporter la sécheresse, les sols pauvres et des conditions difficilement exploitables par de nombreuses autres espèces ligneuses[3].
Usages
modifierSon utilisation comprend le fourrage, le bois et la gestion de l'environnement (lutte contre la désertification, stabilisation de dunes…)[4].
Il a été introduit en Asie, Australie, en Afrique[réf. nécessaire], et ailleurs[2].
Très résistant à la sécheresse, il a été introduit au Sahel pour cette raison, et il y est devenu une plante envahissante, de même qu'au Kenya et dans d'autres pays où les allergies à son pollen sont apparues et se sont multipliées[5].
Risques
modifierEspèce très invasive
modifierNeltuma juliflora est devenue une adventice envahissante dans plusieurs pays où elle a été introduite.
Elle est considérée comme une plante envahissante nuisible en Éthiopie, à Hawaï, au Sri Lanka, en Jamaïque, au Kenya, au Moyen-Orient, en Inde, au Nigeria, au Soudan, en Somalie, au Sénégal, en Afrique du Sud, en Namibie, au Botswana et dans le nord-est du Brésil.
Elle constitue également une adventice majeure dans le sud-ouest des États-Unis. Son élimination est difficile et coûteuse, car la plante peut se régénérer à partir de ses racines.
En Australie, les différentes espèces de mesquite ont colonisé plus de 800 000 hectares (2 000 000 acre) de terres arables, avec de graves conséquences économiques et environnementales. Grâce à ses épines et à ses nombreuses branches basses, il forme des fourrés impénétrables qui empêchent le bétail d’accéder aux points d’eau, entre autres. Il envahit également les prairies pastorales et consomme une eau rare. Le bétail qui consomme des quantités excessives de gousses est empoisonné par des alcaloïdes neurotoxiques. Il provoque l’érosion des terres en raison de la disparition des prairies, qui constituent l’habitat de plantes et d’animaux indigènes. Il offre aussi un abri à des animaux retournés à l’état sauvage, tels que les cochons et les chats.
Dans la région Afar, en Éthiopie, où le mesquite a été introduit à la fin des années 1970 et au début des années 1980 dans un projet de reforestation, sa croissance agressive conduit à une monoculture : il prive les plantes indigènes d’eau et de lumière, sans fournir de nourriture aux animaux sauvages ni au bétail. Le gouvernement régional, avec l’ONG FARM-Africa, cherche des moyens de commercialiser le bois de cet arbre, mais les éleveurs pastoraux, qui l’appellent « l’arbre du diable », demandent son éradication.
Au Sri Lanka, ce mesquite connu sous le nom de katu andara a été planté dans les années 1950 près de Hambantota comme arbre d’ombrage et de lutte contre l’érosion. Il a ensuite envahi les prairies de Hambantota et de ses environs ainsi que le parc national de Bundala, provoquant des problèmes similaires à ceux observés en Australie et en Éthiopie.
Dans l’État indien du Tamil Nadu, N. juliflora a d’abord été introduite par les Britanniques en 1877, dans le cadre d’un effort de plantation le long des zones arides du sud de l’Inde. Dans les années 1960, le gouvernement de l’État du Tamil Nadu, dirigé par le ministre en chef K. Kamaraj, a encouragé la plantation de Neltuma juliflora pour remédier à la pénurie de bois de chauffe alors rencontrée dans l’État ; elle était également cultivée comme haie pour protéger les champs agricoles des animaux. En 2017, la chambre de Madurai de la Haute Cour de Madras a ordonné au gouvernement de l’État d’éradiquer l’espèce. En 2022, insatisfaite de l’action du gouvernement régional, la Haute Cour de Madras lui a demandé d’adopter immédiatement une politique d’éradication de la plante. Le , l’État a présenté une politique visant à éliminer cette espèce envahissante.
En Europe, Prosopis juliflora est inscrite depuis 2019 dans la liste des espèces exotiques envahissantes préoccupantes pour l’Union européenne[7]. Cela signifie qu'elle ne peut pas être importée, cultivée, commercialisée, plantée, ou libérée intentionnellement dans la nature, et ce nulle part dans l’Union européenne[8]
Elle fait partie de la liste d'espèces exotiques envahissantes interdites en France. Le fait de l'introduire volontairement dans le milieu naturel, de la transporter, la colporter, l'utiliser, la mettre en vente, la vendre ou l'acheter est puni par la loi française de trois ans d'emprisonnement et de 150 000 € d'amende (article L. 415-3 du code de l'environnement français).
Notes et références
modifier- ↑ Jacques Roumain, Gouverneurs de la rosée, .
- 1 2 (en) « Épinard, Zépinard - Office français de la biodiversité », sur OFB, (consulté le ).
- ↑ (en) « Prosopis juliflora », Purdue University, (consulté le ).
- ↑ (en) « Prosopis juliflora », sur ILDIS LegumeWeb.
- ↑ T. Hamidou, J. P. Jacquier, D. A. Maizoumbou et S. Laouali, « Pollinoses du Sahel », Revue française d'Allergologie, vol. 59, no 3, , p. 251 (lire en ligne) (lien vers le résumé).
- ↑ Muller, Gunter C., Junnila, Amy, Traore, Mohamad M., Traore, Sekou F., Doumbia, Seydou, Sissoko, Fatoumata, Dembele, Seydou M., Schlein, Yosef, Arheart, Kristopher L., « The invasive shrub Prosopis juliflora enhances the malaria parasite transmission capacity of Anopheles mosquitoes: a habitat manipulation experiment », Malaria Journal, vol. 16, no 1, , p. 237 (DOI 10.1186/s12936-017-1878-9, lire en ligne).
- ↑ (en) « List of Invasive Alien Species of Union concern - Environment - European Commission », sur ec.europa.eu (consulté le ).
- ↑ « Règlement (UE) no 1143/2014 du Parlement européen et du Conseil du relatif à la prévention et à la gestion de l'introduction et de la propagation des espèces exotiques envahissantes » [PDF].
Annexes
modifierRéférences externes
modifier- (fr + en) ITIS : Prosopis juliflora
- (en) GISD : espèce Prosopis juliflora
- (en) Madagascar Catalogue : Prosopis juliflora
- (en) Flora of Pakistan : Prosopis juliflora
- (en) FloraBase (Australie-Occidentale) : classification Prosopis juliflora
- (en) Catalogue of Life : Prosopis juliflora (Sw.) DC. (consulté le )
- (fr) Tela Botanica (La Réunion) : Prosopis juliflora (Sw.) DC.
- (en) NCBI : Prosopis juliflora (taxons inclus)
- (en) GRIN : espèce Prosopis juliflora (Sw.) DC.