Puxisardinophilie
La puxisardinophilie, appelée aussi clupéidophilie, est le nom donné à la collection des boîtes de sardines, vides ou pleines.


Étymologie
modifierLe terme désignant la « collection de boites de sardines » (puxisardinophilie) est formé à partir du formant grec puxis (πυξίς) qui signifie « boîte[1] ».
Historique
modifierEn 1810, la boîte de conserve a été inventée, les sardines sont conditionnées en boîtes, ce qui en fait un repas de pique-nique idéal[2].
Les sardines de millésime (ou Jahrgangssardinen en allemand) sont une spécialité française originaire de Bretagne, particulièrement de Douarnenez, un port de pêche célèbre pour ses sardines. Contrairement aux sardines conventionnelles qui sont surgelées et produites en masse, les sardines de millésime sont pêchées fraîches, nettoyées et cuites ou frites le même jour dans le port, puis mises en conserve dans de l'huile d'olive de haute qualité. Au-delà de leur qualité gustative, les boîtes de sardines sont reconnues pour leur valeur esthétique. Les fabricants français investissent beaucoup dans le design graphique, ce qui en a fait des objets de collection[3].
Certaines marques, en particulier, ont établi des canons graphiques spécifiques[2] : Poissons déconstruits, couleurs pop pour la marque Connétable ; paysages impressionnistes, couleurs vives chez Gonidec ; art moderne (un artiste différent chaque année) pour la marque La Perle des Dieux.
Des artistes comme Coralie Joulin (sirènes dansant avec des poissons) ou des styles rappelant Keith Haring (famille de poissons dansante) apparaissent également sur ces emballages[2].
Il existe deux termes pour désigner les collectionneurs : « puxisardinophile » et « clupéidophile » (ce dernier dérivé des Clupeidae, la famille des harengs incluant sardines et anchois). Le paradis des collectionneurs reste la Bretagne, qui était leader du marché des sardines à l'huile jusqu'à la fin du XIXe siècle et détenait même un monopole sur les conserves avant que l'Espagne et le Portugal ne suivent[2]. Dans son ouvrage « Sardines » (paru en 2004), Sonia Ezgulian est l'une des premières à mentionner cette passion de la collection de boîtes de sardines[4].
Par ailleurs, la collection des étiquettes de boîtes de sardines (en fait des harengs ou silds et des sprats, ou brislings) s'est également développée en Norvège. Dans ce pays, ce passe-temps est né à Stavanger au début du XXe siècle. Le terme « iddis » vient de la prononciation locale du mot norvégien etikett (étiquette). À une époque où Stavanger était la capitale norvégienne de la sardine, la forte concurrence entre conserveries a entraîné une prolifération de marques et de designs, rendant ces étiquettes très prisées, d'abord par les enfants, puis par des collectionneurs plus organisés. L'âge d'or de ces étiquettes va des années 1900 à la Seconde Guerre mondiale. Il est marqué par les formats standard des boîtes (notamment le célèbre « 1/4 Dingly », souvent orthographié « Dingley[5] »), et la grande variété des motifs : rois (comme le célèbre Oscar II), explorateurs polaires, paysages norvégiens, familles heureuses, animaux, sport, références culturelles (Ibsen, La Longue Route vers Tipperary), et même des figures de la culture juive ou amérindienne pour les marchés d'exportation. Le déclin de cette pratique en Norvège coïncide avec la disparition des conserveries à Stavanger à partir du début des années 1960, supplantées par l'industrie pétrolière. Les collections d'iddis restent aujourd'hui un témoignage unique de l'histoire du design commercial en Norvège[6],[7].
Collectionneurs célèbres
modifierLe fils d'Oscar Wilde, Vyvyan Holland, qui avait une cave remplie de ses crus préférés[8], aurait fondé le premier club de collectionneurs de boîtes de sardines[3]. Le réalisateur et animateur de télévision français Pierre Tchernia collectionnait les boîtes de sardines et de maquereaux[9]. C'est également le cas de l'auteur de bande dessinée Guillaume Long[10], dont la collection a été présentée au public dans son « appartement imaginaire » visible lors de l'exposition qui lui a été consacrée au BDFIL 2025 à Lausanne[11].
Michel-Édouard Leclerc a également une collection qui a été présentée au public parmi les objets de l'exposition sur les cabinets de curiosités qui s'est tenue à la fondation Hélène et Édouard Leclerc pour la culture à Landerneau en 2019[12].
Philippe Anginot, écrivain et « ethno-sardinologue » passionné de sardines[13], réalise un « Musée imaginaire de la sardine », à Sète en 1997[14],[15], puis à Saint-Apollinaire en Côte-d'Or, en 2016[16],[17]. Il s'agit d'expositions surnommées musées éphémères dans lesquelles sont exposées des collections de boîtes de sardines et de nombreux artefacts en lien avec ce poisson.
Notes et références
modifier- ↑ Cédrick Fairon, Anne Catherine Simon, Maurice Grevisse, Le Petit Bon Usage de la langue française: grammaire, De Boeck Supérieur, , 590 p. (ISBN 978-2-8073-5797-6, présentation en ligne, lire en ligne), p. 150.
- 1 2 3 4 (de) « Sardinenbüchsen: Ölgemälde », Der Tagesspiegel Online, (ISSN 1865-2263, lire en ligne, consulté le ).
- 1 2 (de) Usha Rani, « Puxisardinophilie—Die Liebe zu Jahrgangssardinen(dosen) », sur vice.com, (consulté le ).
- ↑ « Qu’est-ce qu’un puxisardinophile ? | Pointe de Penmarc’h », sur Pointe de Penmarc'h (consulté le )
- ↑ « Guide to Non Round Cans (Club, dingley…) », sur sommecan.com (consulté le ).
- ↑ (en-GB) « Rigby’s Encyclopaedia of the Herring iddiketts or iddis - Rigby’s Encyclopaedia of the Herring », sur herripedia.com, (consulté le ).
- ↑ (en-GB) Graeme Rigby, Rigby’s Encyclopaedia of the Herring: Adventures with the King of Fishes, Hurst Publishers, , 400 p. (ISBN 978-1-80526-416-3, présentation en ligne, lire en ligne).
- ↑ (en-GB) Felicity Cloake, « Why the tinned sardine is making a glorious comeback », The Telegraph, (ISSN 0307-1235, lire en ligne
, consulté le ) - ↑ Yvette Dardenne, François Bertin et Pierre Tchernia (préface), Au bonheur des boîtes, Rennes, Ouest-France, , 144 p. (ISBN 978-2-7373-5471-7), p. 3.
- ↑ « Guillaume Long: "Je suis avant tout un gastronome, bien avant d'être dessinateur" | RTS », sur rts.ch, (consulté le )
- ↑ Cédric Suillot, « BDFIL 2025 : choses vues et entendues », sur ActuaBD, (consulté le )
- ↑ herve Devallan, « Cabinets de curiosités, expo à Landerneau », sur bretagne-actuelle.com, (consulté le ).
- ↑ « Philippe Anginot », sur Babelio (consulté le )
- ↑ Pierre Georges, « Sardinologie », Le Monde, (ISSN 1950-6244, lire en ligne)
- ↑ « La Sardine à son musée », sur L'Orient-Le Jour, (consulté le )
- ↑ « St-Apollinaire : le monde de la conserverie est en vedette au « musée imaginaire de la sardine » », sur France 3 Bourgogne-Franche-Comté, (consulté le )
- ↑ « Le Musée imaginaire de la Sardine fait escale en Bourgogne, et ce n'est pas une blague - ICI », sur ICI, le média de la vie locale, (consulté le )
Annexes
modifierBibliographie
modifier- Sonia Ezgulian, Sardines, Éditions de l’Épure, , 72 p. (ISBN 978-2-914480-41-3), « Lectures puxisardinophiles ».