Pyramide de Néferefrê
La pyramide de Néferefrê fait partie du troisième complexe funéraire à être édifié par les rois de la Ve dynastie à Abousir. Elle est située au sud-ouest de la pyramide de Néferirkarê, père de Néferefrê, sur un plateau rocheux et est restée inachevée du fait du décès du roi au bout d'un règne qui ne dépassa pas les dix ans. Comme pour le règne précédent, Néferefrê n'eut donc pas le temps de faire édifier son complexe funéraire et c'est son successeur qui l'acheva.
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Netjeri-baou Neferefrê, Nṯr.j-bʒw Nfr=f-Rˁ (« Les baou de Neferefrê sont divins ») | |||||||||||
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| Coordonnées |
Emplacement
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La pyramide inachevée est située au sud-ouest de la pyramide de Néferirkarê[1] dans la nécropole d'Abousir, entre Saqqarah et Zaouiet el-Aryan[2]. Elle se trouve sur la diagonale d'Abousir[3], une ligne symbolique reliant les angles nord-ouest des pyramides de Sahourê, Néferirkarê Kakaï et Néferéfrê, et pointant vers Héliopolis. L'emplacement de la pyramide de Néferéfrê donne une indication de sa position chronologique. Troisième et dernière pyramide de la diagonale d'Abousir, elle est donc la troisième dans l'ordre de succession après Sahourê et Néferirkarê[3],[4]. De même, c'est le plus éloigné des trois du delta du Nil, et il occupait donc la position la moins avantageuse pour le transport de matériaux[4]. Un bloc de calcaire, découvert par Édouard Ghazouli dans le village d'Abousir dans les années 1930, représente Néferirkarê avec son épouse, Khentkaous II, et son fils aîné, Néferéfrê, confirmant ainsi la chronologie[1],[5].
L’emplacement du complexe a influencé le processus de construction. L'égyptologue Miroslav Bárta a indiqué que le choix de l'emplacement s'expliquait en partie par sa proximité avec la capitale administrative de l'Ancien Empire, Memphis[6]. Si l'on considère l'emplacement exact de l'ancienne Memphis, la nécropole d'Abousir se trouvait à moins de 4 km du centre-ville[7]. La proximité du site avec la ville offrait l'avantage d'un accès facilité aux ressources et à la main-d'œuvre[8]. Au sud-ouest d'Abousir, les ouvriers pouvaient exploiter une carrière de calcaire pour se procurer les matériaux nécessaires à la fabrication des blocs de maçonnerie utilisés dans la construction de la pyramide. Le calcaire y était particulièrement facile à extraire, car des couches de gravier, de sable et de tafla le composaient en fines lamelles de 0,60 m à 0,80 m d'épaisseur, ce qui facilitait son extraction[9].
Exploration du monument
modifierL'édifice fut remarqué lors des premières études archéologiques de la nécropole d'Abousir, mais ne fit pas l'objet d'une investigation approfondie. John Shae Perring (1835-1837), Karl Richard Lepsius (1842-1846) — qui répertoria les ruines sous le numéro XXVI dans sa liste des pyramides —, Jacques de Morgan et Ludwig Borchardt lui accordèrent chacun une attention limitée[10].
Borchardt effectua une fouille exploratoire sur le site, creusant une tranchée dans le fossé ouvert qui s'étendait de la face nord du monument jusqu'à son centre. Il supposait que si le tombeau était fonctionnel, il découvrirait le passage menant à la chambre funéraire. Les passages souterrains étaient orientés nord-sud, pointant vers l'étoile polaire, où les anciens Égyptiens croyaient que le pharaon rejoindrait Rê dans le ciel et demeurerait dans l'« océan céleste » pour l'éternité. À l'inverse, les chambres funéraire et antichambre étaient orientées est-ouest, et la momie elle-même était placée contre le mur ouest, la tête tournée vers le nord, mais le visage tourné vers l'est. Les fouilles expérimentales n'ont pas permis de découvrir le passage, ce qui a conduit Borchardt à conclure que la structure était restée inachevée et inutilisée. Par hasard ou par erreur, Borchardt a abandonné les fouilles alors qu'il se trouvait peut-être à seulement 1 m de la découverte des vestiges du passage. De ce fait, la fonction du monument et l'identité de son propriétaire sont restées un mystère pendant soixante-dix ans[11].
Avant les années 1970, il était impossible d'attribuer avec certitude un propriétaire au moignon de la pyramide. On l'a attribué, par hypothèse, à Néférefrê ou à l'éphémère Chepseskarê, et l'on pensait que la structure avait été abandonnée avant son achèvement, excluant ainsi la possibilité d'une sépulture et, par conséquent, d'un culte funéraire[12]. Des recherches intensives sur les vestiges ont commencé en 1974[3], par l'équipe tchèque de l'Institut égyptologique tchèque (Université Charles de Prague)[13],[4]. Le propriétaire a été identifié comme Néférefrê à partir d'une seule inscription cursive, écrite en noir sur un bloc prélevé dans le couloir[14]. Les fouilles archéologiques de l'équipe tchèque se sont poursuivies tout au long des années 1980 et 1990[13], s'arrêtant en 1998[15].
Le complexe funéraire
modifierLe complexe funéraire de Néferefrê est beaucoup plus incomplet que celui de son père et n'offre aujourd'hui que des ruines qui ne restituent pas clairement son aspect initial. Il ne comporte aucune chaussée ni temple d'accueil dans la vallée, les architectes ayant probablement utilisé pour l'acheminement des matériaux destinés au nouveau chantier, la rampe toute proche de la chaussée de Néferirkarê dont le complexe était encore en pleine construction au moment du couronnement du jeune roi.
Néferefrê a sans doute projeté dès son avènement un complexe de grande envergure car le péribole (H), ce mur délimitant l'espace sacré du profane et dans lequel était inscrite la partie intime du temple haut ainsi que la pyramide, formait à l'origine un carré de cent cinquante mètres de côtés, ce qui donne une idée assez claire des proportions du programme architectural choisit par le pharaon.

Le temple funéraire ou temple haut qui commençait à s'élever en même temps que les premières assises de la pyramide, était conçu sur des proportions proches de celles de son père avec une longueur de soixante-dix mètres sur l'axe est-ouest du monument. Il suit un plan devenu classique depuis Sahourê comprenant une partie publique (E), réservée toutefois à l'élite de la monarchie, une cour destinée à la présentation des offrandes et aux rites de purification d'usage pour le culte funéraire qui était rendu dans la dernière partie occidentale du monument (D et B), la plus proche du tombeau d'un souverain éphémère (A).
En effet, son trépas vint interrompre ce programme ambitieux et il a fallu alors inclure dans ce monument à peine ébauché, l'ensemble des dispositifs absolument nécessaires au fonctionnement de son culte funéraire. Ainsi comme pour le complexe pyramidal de son père Néferirkarê, le temple funéraire de Néferefrê rassemble à lui seul tous ces éléments dans un espace qui n'avait pas été prévu à cet effet ce qui a préservé de la même manière de nombreuses traces de l'activité du complexe. La destination des parties du temple est alors modifiée et seule la partie occidentale est bâtie en pierre calcaire (B).
Au nord de cette partie sacrée, des magasins (C) bâtis sur deux niveaux à l'instar de ceux de Sahourê permettaient de stocker le matériel du culte et les archives du temple qui ont été partiellement retrouvées et viennent enrichir le corpus administratif déjà découvert à Abousir, formant la première des découvertes inédites du complexe de Néferefrê.
Au sud du monument, là où probablement des magasins étaient programmés initialement, un bâtiment en brique crue et bois a été édifié sur un plan qui rappelle celui des palais royaux (F). Il se présente sous la forme d'une grande salle hypostyle, dont le plafond était soutenu par une vingtaine de colonnes lotiformes en bois dont huit bases circulaires en calcaire sont toujours en place. Cette salle ouvrait au sud et à l'ouest sur des parties annexes qu'il est tentant d'interpréter comme étant les appartements fictifs du roi.
Ce palais funéraire, le premier du genre attesté aux abords d'un complexe funéraire, a réservé aux égyptologues Tchèques qui fouillent le site depuis milieu des années 1980, la seconde surprise du complexe de Néferefrê : une collection de statues du jeune roi défunt en différents matériaux ainsi que les éléments décoratifs d'un trône royal. Ces statues partiellement conservées pour certaines nous présentent pour la première fois les traits du jeune souverain et sont d'une facture raffinée, enrichissant l'iconographie royale de la Ve dynastie qui jusqu'alors était assez rarement représentée dans les collections du Musée du Caire.
La troisième découverte d'importance a été faite au sud de la partie orientale du temple qui est à l'extérieur du péribole. Il s'agit d'un autre bâtiment en brique crue présentant un plan rectangulaire sur un développement nord-sud et qui est mentionné dans les archives suscitées sous le terme de Sanctuaire du Couteau (G). Ce bâtiment, une fois de plus inédit, réservé aux sacrifices rituels des animaux offerts au culte funéraire, fut bâti sous le règne de Niouserrê comme l'attestent les sceaux retrouvés dans les magasins répartis à l'est et à l'ouest de l'axe du monument. Il ouvrait au nord directement dans la partie orientale du temple funéraire du roi par une porte étroite qui donnait sur une cour à ciel ouvert dans laquelle était pratiquée la mise à bas rituelle de l'animal, en général un bœuf. De nombreux ossements de bovidés ont en effet été retrouvés dans les magasins en compagnie des restes de vaisselles et récipients destinés à recueillir le sang et la viande de ces offrandes alimentaires. Immédiatement à l'ouest de cette cour une table d'équarrissage a par ailleurs été identifiée.
C'est la première fois qu'un tel monument, que l'on ne connaissait que par les mentions qui en étaient faites dans les textes notamment des tombes des artisans bouchers, peut être identifié avec certitude par l'archéologie.
La pyramide
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Alors que dans le cas de Néferirkarê la pyramide royale était déjà bien avancée et le temple funéraire partiellement construit, pour Néferefrê seules les parties souterraines étaient achevées ainsi que les premières assises du noyau principal de la pyramide. Le monument n'avait alors atteint que soixante-cinq mètres de côtés et fut achevé en toute hâte sous la forme d'un vaste mastaba carré.
L'ambitieux complexe funéraire se réduisit donc à une haute plate-forme carrée de sept mètres de hauteur, ce qui correspond à la hauteur du noyau central de la pyramide projetée initialement. Constitué d'un mur extérieur et d'un mur intérieur retenant un remplissage de blocs de diverses formes et tailles, il a été recouvert d'un parement de calcaire. Ce monument qui finalement resta sous cette forme d'un gigantesque mastaba, symbolisait finalement le tertre funéraire osirien, placé au centre d'une aire sacrée délimitée par le péribole.

Les appartements souterrains sont aménagés dans une grande fosse creusée dans le plateau rocheux accessible comme il se doit par le nord de l'édifice (A). Une longue descenderie (B) de près de quarante mètres mène à une antichambre qui ouvrait à l'ouest (C) sur le caveau royal. L'ensemble était revêtu d'un parement de calcaire fin de Tourah dont il reste quelques vestiges, la plus grande partie ayant été prélevée par les carriers à des époques récentes comme c'est le cas pour l'ensemble des pyramides et monuments de la région bâtis dans cette pierre particulièrement prisée pour ses qualités. Ce faisant les murs ainsi dépouillés ont laissé apparaître de nombreuses marques de carriers ou bien des équipes chargées de la construction de la pyramide, ainsi que des indications précieuses sur les méthodes utilisées alors par les ouvriers et artisans qui œuvraient sur un chantier funéraire royal de l'Égypte antique.
La chambre funéraire (D) comportait encore quelques morceaux d'un sarcophage en granite rouge qui abritait le corps momifié du souverain. C'est précisément parmi ces débris qu'a été mise au jour la dernière découverte et surprise du complexe de Néferefrê consistant en une main momifiée dont l'analyse a révélé qu'elle appartenait à une personne ayant 20 à 25 ans au moment de sa mort. Cette relique est interprétée comme étant celle de la momie du roi dont on sait qu'il ne vécut pas au-delà de cet âge...
Cette succession de décès avant l'heure dut certainement ébranler la monarchie de la Ve dynastie, ce que démontre parfaitement l'état partiel des complexes funéraires de Néferefrê et de son père. Ils ont cependant permis de nous transmettre des informations capitales concernant l'état d'avancement du projet architectural funéraire des pharaons de l'Ancien Empire ainsi que leur méthodologie de construction.
Le fait que le monument n'ait jamais atteint le stade de pyramide est prouvé et achève de démontrer qu'au décès du pharaon le chantier était interrompu et la pyramide laissée en l'état. Seuls les éléments indispensables au fonctionnement du culte funéraire étaient alors terminés par le successeur en titre.
Dans le cas présent c'est Niouserrê, frère et successeur de Néferefrê, qui aura cette responsabilité.
Notes et références
modifier- 1 2 Verner 1994, p. 135.
- ↑ Arnold 2003, p. 2.
- 1 2 3 Lehner 1997, p. 146.
- 1 2 3 Verner 2001a, p. 302.
- ↑ Verner 2001a, p. 294 & 302–303.
- ↑ Bárta 2005, p. 178.
- ↑ Bárta 2005, p. 180.
- ↑ Bárta 2005, p. 179.
- ↑ Krejčí 2000, p. 473.
- ↑ Verner 2001a, p. 301.
- ↑ Verner 1994, p. 136-138.
- ↑ Verner 2001a, p. 301-302.
- 1 2 Verner 1994, p. 133.
- ↑ Verner 1994, p. 138.
- ↑ Krejčí 2000, p. 468.
Bibliographie
modifierÉtudes architecturales du complexe de Néferefrê et des archives
modifier- (it) Vito Maragioglio et Celeste Rinaldi, L'Architettura delle Piramidi Menfite : Le Piramidi di Userkaf, Sahurâ, Neferirkarâ. La Piramide Incompiuta e le Piramidi minori di Abu Sir, vol. VII, Rapallo, Officine Grafiche Canessa, ;
- (en) Miroslav Verner et Miroslav Bárta, Abusir IX: The Pyramid Complex of Raneferef. The Archaeology, Prague, Czech Institute of Egyptology, , 523 p. (ISBN 978-8020013576) ;
- (en) Paule Posener-Kriéger, Miroslav Verner et Hana Vymazalová, Abusir X: The Pyramid Complex of Raneferef. The Papyrus Archive, Prague, Czech Institute of Egyptology, , 465 p. (ISBN 978-8073081546) ;
- (en) Renata Landgráfová, Abusir XIV: Faience Inlays from the Funerary Temple of King Raneferef, Prague, Czech Institute of Egyptology, , 120 p. (ISBN 978-80-7308-130-0) ;
- (en) Petra Vlčková, Abusir XV: Stone Vessels from the Mortuary Complex of Raneferef at Abusir, Prague, Czech Institute of Egyptology, , 116 p. (ISBN 978-8073081140) ;
- (en) Miroslav Verner, Abusir XXVIII: The Statues of Raneferef and the Royal Sculpture of the Fifth Dynasty, Prague, Czech Institute of Egyptology, , 259 p. (ISBN 978-8073087456).
Études sur les pyramides
modifier- (en) Mark Lehner, The Complete Pyramids, Londres, Thames & Hudson, , 256 p. (ISBN 978-0-5000-5084-2) ;
- Jean-Pierre Adam et Christiane Ziegler, Les pyramides d'Égypte, Paris, Hachette, , 222 p. (ISBN 9782014621242, lire en ligne) ;
- (en) Iorwerth Edwards, The pyramids of Egypt, Londres, Penguin Books, (1re éd. 1947) (ISBN 978-0140136340, lire en ligne) ;
- (en) Miroslav Verner, The Pyramids: The Mystery, Culture and Science of Egypt's Great Monuments, New York, Grove Press, 2001a, 512 p. (ISBN 978-0-8021-1703-8, lire en ligne) ;
- (en) Miroslav Verner, The Pyramids : The Archaeology and History of Egypt’s Iconic Monuments, Le Caire, New York, The American University in Cairo Press, (1re éd. 1997 (tchèque), 2001 (anglais)), 464 p. (ISBN 978-9774169885) ;
- (en) Miroslav Verner, Forgotten Pharaohs, Lost Pyramids: Abusir, Prague, Academia Škodaexport, (ISBN 978-80-200-0022-4, lire en ligne [archive du ]) ;
- (en) Jaromír Krejčí, « The origins and development of the royal necropolis at Abusir in the Old Kingdom », dans Miroslav Bárta, Jaromír Krejčí (dir.), Abusir and Saqqara in the Year 2000, Prague, Academy of Sciences of the Czech Republic – Oriental Institute, (ISBN 978-80-85425-39-0), p. 467–484 ;
- (en) Miroslav Bárta, « Location of the Old Kingdom Pyramids in Egypt », Cambridge Archaeological Journal, Cambridge, vol. 15, no 2, , p. 177–191 (DOI 10.1017/s0959774305000090, S2CID 161629772, lire en ligne [archive du ]).
Autres études
modifier- Bretislav Vachala, Guide des sites d’Abousir, IFAO - Bibliothèque générale, , 112 p. (ISBN 978-2724703269) ;
- (en) Dieter Arnold, The Encyclopaedia of Ancient Egyptian Architecture, Londres, I.B Tauris & Co Ltd, (ISBN 1-86064-465-1, lire en ligne) ;
- Sydney Aufrère et Jean-Claude Golvin, L'Égypte restituée : Sites, temples et pyramides de Basse-Égypte, t. 3, Paris, Éditions Errance, , 364 p. (ISBN 978-2-87772-148-6).
Liens externes
modifier- La pyramide de Néferefrê sur le site egypte-eternelle.
