Pyramide de Qakarê-Ibi
La pyramide de Qakarê Ibi — ayant régné entre deux et quatre ans autour de -2170 —, est de type à faces lisses et se situe au sud de Saqqarah entre les chaussées du mastaba de Chepseskaf et de la pyramide de Pépi II. Elle fut érigée durant la VIIIe dynastie, c'est-à-dire, selon la classification que l'on fait de cette dynastie, à la toute fin de l'Ancien Empire ou au tout début de la Première Période intermédiaire. Cette pyramide possède la particularité d'être la dernière pyramide à textes qui a été retrouvée. Il ne reste plus aujourd'hui de cette petite pyramide qu'un monticule de sable et de débris. Adjacente à la pyramide se trouve une petite chapelle où le culte funéraire avait lieu. Aucune trace de chaussée ni de temple de la vallée n'a été retrouvée à ce jour, et il est probable qu'il n'y en a jamais eu.
| Commanditaire | |
|---|---|
| Type |
pyramide à face lisse |
| Hauteur |
~ 20 mètres |
| Base |
~ 31,50 mètres ~ 60 coudées |
| Coordonnées |
Historique des fouilles
modifierLa petite pyramide a été découverte à Saqqarah-Sud par Karl Richard Lepsius au XIXe siècle qui l'a inscrite comme le numéro XL dans sa liste des pyramides[1]. La pyramide a été fouillée de 1929 à 1931 par Gustave Jéquier[2]. En 2015, la Mission archéologique française de Saqqâra a rouvert la pyramide et découvert plusieurs fragments des textes des pyramides du roi[3].
Description du complexe
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Localisation
modifierLe complexe se situe au sud de Saqqarah entre la chaussée du mastaba de Chepseskaf, au sud, et celle de la pyramide de Pépi II, au nord. Le côté nord de la pyramide et la chapelle funéraire ont été construits sur des bâtiments plus anciens dont la surface d'occupation continue vers la chaussée de Pépi II. Ces bâtiments ont été rasés, ce qu'il en restait ayant été enfoui sous les fondations de la pyramide du roi. Ces bêtiments, construits sant suivre de planification précise, ont peut-être été construits par des ouvriers employés pour la construction de la pyramide de Pépi II selon Gustave Jéquier. Les briques de ces bâtiments sont en effet semblables que celles utilisées pour les mastabas de la nécropole voisine qui a pu être datée, par le matériel retrouvé, de la fin de la VIe dynastie[5].
Chapelle
modifierLe temple funéraire, ainsi que les autres éléments du complexe funéraire royale standard de l'époque, n'ont jamais été construits à l'exception de la chapelle funéraire adjacente au côté est de la pyramide. Cette chapelle semble cependant avoir été construite à la hâte donnant l'impression d'être une « installation provisoire »[6] et devait donc servir de temple pour le culte du roi défunt[7]. Les murs des locaux ont été construits en briques crues, d'une épaisseur variable mais ne dépassant pas les 70 centimètres.
L'entrée de la chapelle se trouve sur son côté nord. La chambre de la chapelle située plus ou moins dans l'axe de la pyramide abrite, à proximité immédiate de la pyramide, un bassin en pierre adossé sur son côté ouest à un dispositif en pierre ayant peut-être servi de base à une stèle fausse porte qui serait aujourd'hui disparue[6]. L'accès à cette pièce se faisait par plusieurs pièces intermédiaires forçant le prêtre officiant ou tout visiteur à changer plusieurs fois de direction. Au sud de cette pièce, d'autres pièces ont été découvertes, à la fonction inconnue (Gustave Jéquier propose comme hypothèses des magasins ou des logements pour le personnel)[8]. Un plateau en albâtre, un petit cylindre en pierre grise, un vase en terre et un mortier en obsidienne y ont également été découverts[8].
Superstructure
modifierLe noyau, qui mesurait environ 21 mètres de côté à la base, de la pyramide a été construit avec des blocs de calcaire d'origine locale — dont la plupart ont aujourd'hui disparu, probablement réutilisés dans des constructions ultérieures — assemblés avec un mortier à base d'argile. Il semble que le noyau, réalisé avec une technique différente de celle employée pour les pyramides du complexe de Pépi II, a été construit autour de la fosse des infrastructures avant que ces dernières ne soient achevées. Autour du noyau, un fossé large d'environ 5 mètres avait été creusé pour recevoir les fondations du parement ; ces fondations d'un mètre d'épaisseur sont composées de deux assises de calcaire de Tourah. Elles aussi ont en grande partie disparues, à l'exception du coin nord-ouest de la pyramide. Aucun bloc de parement n'a cependant été retrouvé ; ce sont ces fondations qui permettent d'estimer la taille de l'édifice, soit 31,50 mètres[8]. Si la pyramide a été terminé, l'édifice devait avoir environ 31,5 mètres de large et 21 mètres de haut avec une pente de 53°7′[7]. Le vol des blocs est tel que le monument apparaît aujourd'hui comme un tas de terre et d'éclats de calcaire de trois mètres de haut dans les sables de Saqqarah[9].
Infrastructures
modifierLes pappartements funéraires ressemblent beaucoup à ceux des pyramides des reines de la VIe dynastie[8]. Sur le côté nord de l'édifice, Jéquier a trouvé un couloir de huit mètres de long, recouvert de calcaire, qui descendait avec une inclinaison de 25° vers une grande herse en granit qui obturait le caveau puis, après cette herse, devenait horizontal. De la partie inclinée du couloir, il ne reste qu'un seul point où il reste les parois ainsi que le blocage installé après les funéraires ; tandis que pour la partie horizontale, il ne reste qu'un vestige de paroi[7],[10].
Derrière cette herse se trouvait la chambre funéraire du roi située au centre de la pyramide et dont le plan est très simple. Le plafond de la chambre funéraire était plat et décoré d'étoiles. Il était probablement constitué d'un seul bloc de calcaire de Tourah de cinq mètres de long[11], aujourd'hui disparu. Des parois de la chambre funéraire, seules les parois nord et sud sont encore en partie conservées. Un imposant sarcophage de granite se situe encore dans cette chambre, plus précisément sur le côté ouest, et est encastré dans trois des quatre parois de celle-ci[11]. À l'exception de la partie de la paroi située au niveau de la tête du sarcophage qui présente un décor en façade de palais, le reste de la chambre était couverte des textes funéraires communément appelés textes des pyramides ; malgré l'état des infrastructures, la pyramide a pu livrer d'importants fragments de ces textes gravés en creux mais non peints qui forment des colonnes de 4,5 à 5 centimètres de large. La qualité d'exécution de ces textes est très inégale, ceci étant peut-être dû à un travail hâtif dû à la mort du souverain : très bonne dans les deux registres inférieures, elle se dégrade au fur et à mesure qu'on monte, au point que certains signes sont presque illisibles[12]. Sur le côté est, il y a un serdab pour la statue du Ka du défunt. Si une bonne partie de la chambre est aujourd'hui détruite, notamment la paroi sud, l'angle nord-est est bien conservé sur presque toute la hauteur et montre une construction bien appareillée en grands blocs de calcaire à la surface non applanie. Sur cette colonne de blocs, Gustave Jéquier a trouvé des inscriptions à l'encre rouge à la signification incertaine mentionnant des indications numériques et un « chef des Tjéhénou »[11]. Aujourd'hui, un grand bloc de béton protège la chambre.
- Entrée du couloir et blocage de ce dernier après avoir été dégagé par Jéquier[13]
- Coin nord-est du serdab après avoir été dégagé par Jéquier[14]
- Graffiti découverts dans le serdab[11]
Textes des pyramides
modifierLe couloir et les murs de la chambre funéraire portaient la dernière version connue des Textes des pyramides[7],[12], qui semblent avoir été directement inscrits pour le roi, plutôt qu'une quelconque réappropriation. Gustave Jéquier, lors de ses fouilles au début du XXe siècle, a pu reconstituer les quatre murs de la chambre funéraire et le plan d'ensemble du texte. Le plan est analogue à celui des pyramides des reines du complexe de Pépi II. Les signes sont gravés en creux et présentent une qualité d'exécution variable, de bonne dans les registres inférieurs à médiocre dans les registres supérieurs[12].
Attribution
modifierLa pyramide d'Ibi est située au nord-est du tombeau de Chepseskaf et près de la chaussée de la pyramide de Pépi II[15]. Elle est très similaire, par son plan, ses dimensions et ses décorations, aux pyramides des reines de ce roi, le dernier grand souverain de l'Ancien Empire[11]. Par conséquent, l'égyptologue Rainer Stadelmann a proposé que la pyramide était à l'origine celle d'Ânkhésenpépi IV (ˁnḫ-n=s ppy, « Pépi vit pour elle »), une épouse de Pépi II dont la tombe de fortune a été retrouvée dans l'un des magasins de la pyramide d'Ipout II, et le roi Qakarê Ibi ne se l'aurait appropriée que plus tard[16]. L'une des critiques portées à cette hypothèse est que la tombe du roi était située loin (envrion 500 mètres) de la pyramide de Pépi II alors que les pyramides des reines sont normalement situées à proximité immédiate de celle du roi[17]. Vivienne Gae Callender propose quant à elle que la pyramide était prévue à l'origine pour l'hypothétique souveraine Neith-iqerty (la reine Nitocris de la tradition) du Canon royal de Turin[18], nom que beaucoup d'égyptologues associent aujourd'hui au nom Netjerkarê de la liste d'Abydos et considèrent comme un homme et non une femme[19],[20]. Yannis Gourdon ne parle pas de réappropriation du monument par le roi Qakarê Ibi, rappelant notamment que le complexe a été construit sur un village d'ouvriers de la pyramide de Pépi II et mentionne le fait que le sarcophage en granit, encastré dans les murs de la chambre funéraire, date de son règne[21].
Notes et références
modifier- ↑ Lepsius 1849.
- ↑ Jéquier 1935.
- ↑ « Pyramides à textes étudiées par la MAFS »
- ↑ Jéquier 1935, Pl. I.
- ↑ Jéquier 1935, p. 1-2.
- 1 2 3 Jéquier 1935, p. 2.
- 1 2 3 4 Baker 2008, p. 302.
- 1 2 3 4 5 Jéquier 1935, p. 3.
- ↑ Jéquier 1935, p. 1.
- ↑ Jéquier 1935, p. 3-4.
- 1 2 3 4 5 Jéquier 1935, p. 4.
- 1 2 3 Jéquier 1935, p. 4-5.
- ↑ Jéquier 1935, Pl. IIa.
- ↑ Jéquier 1935, Pl. IIb.
- ↑ « Saqqara, City of the Dead: The Pyramid of Ibi » The Ancient Egypt Site, 27 septembre 2007
- ↑ Stadelmann 1997, p. 203-204.
- ↑ Callender 2011, p. 303.
- ↑ Callender 2011, p. 309.
- ↑ Ryholt 2000, p. 99.
- ↑ Gourdon 2016, p. 99.
- ↑ Gourdon 2016, p. 307-308.
Références bibliographiques
modifier- Gustave Jéquier, La pyramide d'Aba, Le Caire, Institut français d'archéologie orientale, (lire en ligne) ;
- (en) Darrell D. Baker, The Encyclopedia of the Pharaohs, vol. I : Predynastic to the Twentieth Dynasty 3300–1069 BC, Stacey International, (ISBN 978-1-905299-37-9) ;
- (en) Rainer Stadelmann, The Egyptian pyramids. From brick to the wonders of the world, Mayence, Philipp von Zabern, , 3e éd. (ISBN 3-8053-1142-7) ;
- (de) Karl Richard Lepsius, Denkmäler aus Aegypten und Aethiopien, Berlin, Nicolaische Buchhandlung, (lire en ligne) ;
- (en) Kim Steven Bardrum Ryholt, « The Late Old Kingdom in the Turin King-list and the Identity of Nitocris », Zeitschrift für ägyptische Sprache und Altertumskunde, no 127, , p. 87-100 ;
- (en) Vivienne Gae Callender, In Hathor's Image : The Wives and Mothers from Egyptian Kings from Dynasties I-VI, vol. I, Prague, Czech Institute of Egyptology Charles University, , 406 p. (ISBN 978-80-7308-381-6) ;
- Yannis Gourdon, Pépy Ier et la VIe dynastie, Paris, Pygmalion, , 429 p. (ISBN 978-2-7564-0558-2 et 2-7564-0558-2).
