Péché
En religion, un péché est une offense faite à Dieu et une transgression délibérée ou non de la loi divine.

Le péché matérialise le manque d'amour soit envers Dieu, soit envers l'autre (le prochain), soit envers soi-même. C’est une action, ou une abstention, ou une intention, effectuée en toute liberté pour commettre le mal, tel qu'il est défini par les principes religieux.
Le péché est un concept dans la théologie de plusieurs religions, notamment dans le christianisme, le judaïsme et l'islam.
Étymologie
modifierLe mot « péché » vient du latin peccatum, « faute, erreur »[1], lui-même dérivé du verbe peccare, qui signifie au sens premier « broncher, faire un faux pas »[2]. Selon les linguistes Alfred Ernout et Antoine Meillet, « le sens donne lieu de penser que peccare serait dérivé d’un mot *pecco-, formé sur pes, « pied ». Mais pareil mot n’est pas attesté »[2]. L'origine de peccare semble donc inconnue[3].
L'adjectif correspondant est peccamineux et a aussi donné impeccable[4]. Cette étymologie se retrouve dans le mot peccadille, qui désigne une faute légère. Le mot italien qui désigne le péché est peccato.
Le latin peccatum traduit généralement l'hébreu ḥattath (חַטָּאת) du Tanakh, qui signifie manque, manquement ; c'est l'image de manquer la cible, qui apparaît en Jg 20,16. Dans la Septante, les Juifs hellénisés d’Alexandrie l’ont traduit par hamartia (ἁμαρτία), terme repris dans le Nouveau Testament. Il signifie « égarement, erreur, faute », puis dans une interprétation théologique, « détournement, éloignement de Dieu »[5]. L'étude du péché dans une perspective théologique se nomme l'hamartiologie[6].
Christianisme
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Le péché dans le christianisme est une transgression de la Loi divine. La doctrine du péché est centrale dans la foi chrétienne, dont le message fondamental concerne la rédemption par le Christ.
L'hamartiologie, branche de la théologie chrétienne, décrit le péché comme un acte d'offense à l'égard de Dieu et une infraction aux préceptes de la Bible. Elle est étroitement liée aux concepts de droit naturel, de théologie morale et d'éthique.
Le péché signifie une perte d'amour pour Dieu et une manifestation de l'amour de soi (la concupiscence, en ce sens), comme l'a défini Augustin dans son débat avec les pélagiens. De cette définition découle la conception chrétienne de la grâce et du salut.
Péché originel et péché effectif
modifierLe christianisme distingue deux notions : le péché originel et le péché effectif.
Le péché originel est celui que tous les hommes héritent d’Adam. Il s’étend à tous les hommes sans qu'ils aient dû faire quoi que ce soit de mal. Dans cette vision, l'homme est originellement pécheur, à partir du moment de sa conception. Cette vision repose notamment sur le psaume 51:7 « Voici, je suis né dans l'iniquité, et ma mère m’a conçu dans le péché. »
Le péché effectif est celui que commet matériellement un individu. L'apôtre Paul estime que les gens commettent des péchés effectifs parce que la nature originellement pécheresse, corrompue, est a priori en eux (Romains 7:14-23).
Catholicisme
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Le péché dans le catholicisme est un acte, une parole, une pensée ou une omission contraire à la loi divine. Le péché est avant tout un manquement à l'amour véritable envers Dieu et envers le prochain.
Au sein de l'Église catholique, on distingue trois types de péchés : le péché originel, le péché mortel et le péché véniel. Le péché originel fait spécifiquement référence à l'acte où l'être humain a rompu avec Dieu par lequel le péché est entré dans le monde. Un péché mortel est un manquement grave à la loi divine tandis qu'un péché véniel est un péché de moins grande gravité.
Définition
modifierLe Catéchisme de l'Église catholique propose pour le péché la définition suivante : « une faute contre la raison, la vérité, la conscience droite ; il est un manquement à l’amour véritable, envers Dieu et envers le prochain, à cause d’un attachement pervers à certains biens. Il blesse la nature de l’homme et porte atteinte à la solidarité humaine. Il a été défini comme une parole, un acte ou un désir contraires à la loi éternelle »[7].
L'accueil par les hommes de la miséricorde divine réclame de leur part l'aveu de leurs péchés[8]. Le sacrement de réconciliation permet à tous ceux qui ont péché de recevoir le pardon de Dieu par l'entremise d'un prêtre à qui ils confessent leur péché[9].
Péché capital
modifierDans la religion chrétienne catholique, les péchés capitaux sont la source et la cause d'autres péchés. Cette notion est apparue au IVe siècle et a été systématisée au XIIIe siècle par Thomas d'Aquin. Si la liste varie selon les auteurs, elle comprend usuellement sept péchés : l'orgueil, la gourmandise, la paresse, la luxure, l’avarice, la colère et l’envie.
Si les péchés capitaux sont « en tête » (l'adjectif « capital » vient du substantif latin caput, « tête »), cela ne signifie pas qu'ils sont les plus graves, mais plutôt qu'ils sont à même d'en entraîner d'autres. Ils ne sont pas à confondre avec les péchés mortels ni avec la désobéissance aux prescriptions du Décalogue.
Péché véniel et péché mortel
modifierLa distinction entre péché véniel et péché mortel est une manière de hiérarchiser les péchés. Depuis le Moyen Âge, les catholiques distinguent le péché véniel, c'est-à-dire de faible importance ou commis sans se rendre compte du mal, et le péché mortel, d'importance grave et commis en connaissance de cause. Ce dernier péché est mortel pour la personne qui le commet dans le sens où il la coupe définitivement de la relation d'avec Dieu, ce qui la conduit en enfer si elle ne s'en repent pas. Si une personne peut juger qu’un acte est en soi une faute grave, elle doit confier le jugement des personnes à la justice et à la miséricorde de Dieu[10].
Protestantisme
modifierPour la théologie protestante, le péché n'est pas une faute morale, mais une orientation générale de la personne entière, qui touche tout le monde[11]. Comme dans le Nouveau Testament, les théologiens protestants parlent plutôt du péché plutôt que des péchés[12]. Selon Kurt Buehlmann, Jésus s’adressait à un public juif et dans sa mentalité, « pécheur » signifiait personne simple, soit ceux qui n’étaient pas soumis à une haute obligation morale, vivant avant tout pour eux-mêmes[13].
Si le péché n'est pas moral, il est existentiel. Il est « l'attitude fondamentale de l'humain qui croit pouvoir se passer de Dieu et vivre par et pour lui-même[14] ». Il est « mensonge essayant de persuader l'humain qu'il n'a nul besoin des autres et de Dieu. Il est recherche de la non-relation et conduit inéluctablement à la mort[15] ».
Kierkegaard a écrit : « C'est une des définitions capitales du christianisme que le contraire du péché n'est pas la vertu, mais la foi[16] ». De la même manière, Emil Brunner a écrit :
« Tout ce que l'homme fait par lui-même, même le meilleur, est affecté par le péché. Aux yeux des hommes, cela peut être bon ; cela peut être, selon les normes humaines, noble et vertueux ; devant le jugement de Dieu, cela ne peut pas subsister. C'est le péché.
Il ne faut pas employer dans ce contexte la notion de dépravation totale qui prête à malentendu. La Bible ne nie pas qu'il y ait des hommes bons et des hommes mauvais. Elle ne nie pas qu'un incroyant et même un athée puissent faire du bien. Elle reconnaît les vertus des païens. Elle affirme que ces vertus sont péchés au regard de Dieu, aussi bien que le mal, parce qu'elles sont en dernière analyse produites par un cœur séparé de Dieu et possédé par l'amour de soi. Le péché n'est pas en premier lieu d'ordre moral, il est d'ordre religieux. »[17]
Judaïsme
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La notion de péché dans le judaïsme est considérée comme la violation de l'un des 613 commandements inscrits dans la Torah (Ancien Testament) qui représente une offense envers Dieu mais également des offenses envers les autres. Le péché a de nombreuses classifications et degrés.
Islam
modifierLe concept de péché dans l'islam (ذنب [dhanb]) désigne toute transgression intentionnelle des commandements divins, par commission ou par omission, qu'elle soit majeure ou mineure.
Bien que le Coran établisse une distinction implicite entre les péchés majeurs (kabā'ir), souvent liés à des sanctions divines explicites, et les péchés mineurs (ṣaghā'ir), plus véniels et réparables par de bonnes actions, le texte propose de multiples termes pour en décrire les nuances. La notion de péché est ainsi sujette à de multiples interprétations, les différentes traditions et les exégètes variant largement sur leurs définitions, leur nature et leur classification.
Les listes de péchés, qui peuvent aller, selon les commentateurs et savants musulmans, de quelques éléments à plusieurs centaines, retiennent régulièrement l'associationnisme, l'homicide illégal, l'usure, les fausses accusations ou encore la désobéissance envers les parents. Les péchés sont consignés dans le registre des actions (al-kitâb) qui est présenté à chaque individu lors du Jugement dernier, le pêcheur ayant toutefois la possibilité de se repentir et d'obtenir le pardon divin durant sa vie terrestre.
Péché et droit
modifierDans certains pays, la loi civile se confond avec la loi religieuse. Par exemple, la charia, en droit musulman, dès lors qu'un État la reconnaît comme sa loi nationale dans sa constitution.
Notes et références
modifier- ↑ Le Petit Robert (édition 2003).
- 1 2 Alfred Ernout et Antoine Meillet, Dictionnaire étymologique de la langue latine : Histoire des mots, Klincksieck, , 4e éd., p. 491, s.v.
- ↑ Michel Bénaben, Dictionnaire étymologique de l'espagnol, Ellipses, Paris, 2000, (ISBN 2-7298-7986-2) p. 241.
- ↑ Bénaben, 2000, p. 364.
- ↑ Alliance biblique universelle, La Nouvelle Bible Segond, édition d'étude, Bibli’O, 2002, p. 1736-1737.
- ↑ Voir par exemple Glaude Makensonn, « Entre honte et espoir: étude d'Adam d'un point de vue hamartiologique selon Romains 5:14 ».
- ↑ « Catéchisme de l'Église catholique - IntraText », sur vatican.va (consulté le )
- ↑ Catéchisme de l’Église Catholique, Paris, Mame Plon, , n° 1849-1850 et n° 1847
- ↑ Catéchisme de l’Église catholique, vol. II, Paris, Mame Plon, , n° 1421 et n° 1446
- ↑ Catéchisme de l’Église catholique, §1861
- ↑ Jean-Denis Kraege, « Péché », dans Pierre Gisel et Lucie Kaennel, Encyclopédie du protestantisme, Paris — Genève, Cerf — Labor et Fides, (ISBN 2-8309-0791-4), p. 1143.
- ↑ André Gounelle, « Le péché », sur andregounelle.fr (consulté le ).
- ↑ Kurt Buehlmann, Économie de crise, alliance-ch, 2020.p.133.
- ↑ Birmelé 2008, p. 225.
- ↑ Birmelé 2008, p. 241.
- ↑ Søren Kierkegaard, Traité du désespoir, Paris, Folio, coll. « Essais », , 251 p. (ISBN 2-07-032477-X), p. 169.
- ↑ Emil Brunner (trad. de l'allemand par Herrade Mehl), « Prédestination et liberté », Revue d'histoire et de philosophie religieuses, vol. 32, no 2, , p. 85 (lire en ligne, consulté le ).
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- (en) Gary A. Anderson, Sin. A History, New Haven, Yale University Press, 2009 (ISBN 978-0-300-14989-0)
- [Birmelé 2008] André Birmelé, « le salut : Le péché et la grâce », dans André Birmelé, Pierre Bühler, Jean-Daniel Causse et Lucie Kaennel (dir.), Introduction à la théologie systématique, Genève, Labor et Fides, coll. « Lieux théologiques » (no 39), (ISBN 978-2-8309-1268-5).

Articles connexes
modifierReligions
Types de péchés
Autres
Liens externes
modifier- Ressource relative aux beaux-arts :
- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :
- Les péchés et leurs espèces principales