Pénélope endormie
Pénélope endormie est une sculpture en marbre blanc réalisée en 1849 par le sculpteur français Jules Cavelier. Conservée au musée d'Orsay à Paris, elle constitue l'une des œuvres majeures de l'artiste et illustre un épisode de l'Odyssée d'Homère[1].
Description
modifierLa sculpture représente Pénélope assise sur un siège antique reposant sur un socle ovale. Vêtue d'un drapé à l'antique laissant les épaules dénudées, elle porte un collier et est représentée pieds nus. Ses jambes sont croisées, son pied droit repose sur un marchepied. Sa main gauche est repliée sur son ventre tandis que sa main droite, posée sur son genou, tient une quenouille. La tête tombant vers la droite et les yeux fermés la disent dans un profond sommeil.
Le siège est recouvert d'une peau de lion sur laquelle est disposé un coussin. À côté de celui-ci se trouve un haut panier dont émergent des bobines de fil, en accrod avec l'activité de tissage caractéristique du personnage.
L'œuvre mesure 147 cm de hauteur, 80,5 cm de largeur et 128 cm de profondeur, pour un poids d'environ 1 200 kg. Elle est signée et datée en creux, avec des traces de peinture rouge, sous le siège, à gauche du pied antérieur : « J. CAVELIER / 1849 ».
Sujet
modifierLa sculpture illustre un épisode central de l'Odyssée d'Homère. Pendant les vingt années d'absence d'Ulysse, retenu loin d'Ithaque, Pénélope demeure fidèle à son époux malgré les nombreux prétendants qui sollicitent sa main. Afin de retarder son remariage, elle déclare qu'elle choisira un nouvel époux lorsqu'elle aura achevé le linceul destiné à son beau-père Laërte. Chaque nuit, elle défait cependant l'ouvrage tissé durant la journée, prolongeant ainsi l'attente du retour d'Ulysse. La quenouille et les bobines de fil présentes dans la composition renvoient à cet épisode mythologique.
Historique
modifierBien que présentée à l'École des beaux-arts en 1848 avec les travaux des pensionnaires de la Villa Médicis, Pénélope endormie ne constitue pas à proprement parler un envoi de Rome. Lauréat du prix de Rome en 1842, Jules Cavelier avait en effet exposé dès cette année-là au Salon un modèle en plâtre intitulé Femme grecque endormie, qui sert de prototype à la sculpture en marbre. L'artiste modifie ensuite le titre de l'œuvre lors de son exécution définitive. À l'occasion de sa présentation en 1848, le jury de l'Académie des beaux-arts, pourtant souvent réservé à l'égard des travaux des pensionnaires de la Villa Médicis, salue les qualités de la sculpture. Dans son rapport, il souligne notamment « une figure très bien conçue », dont « le sommeil est rendu avec une vérité et un abandon plein de charme », ainsi que « la draperie [...] disposée avec une élégance et un goût remarquable ». Présentée au Salon de 1849, la sculpture connaît un accueil favorable. Jules Cavelier y obtient une médaille de première classe ainsi qu'une médaille d'honneur. Le critique Théophile Gautier écrit à son sujet : « Avec sa Pénélope endormie, M. Cavelier s'est placé au premier rang parmi les sculpteurs modernes. Cette figure, affaissée dans ses chastes draperies, sous la fatigue des travaux, avait une grâce pudique et sévère digne des beaux temps de l'Antiquité[2]. »
Provenance
modifierDès 1849, Pénélope endormie est acquise par le duc de Luynes, archéologue, collectionneur et mécène, pour le château de Dampierre, qu'il souhaite transformer en un véritable « sanctuaire du beau ». La sculpture est installée au bas de l'escalier principal du château, où elle demeure pendant plus de cent soixante ans[3]. En 2016, elle rejoint les collections du musée d'Orsay à Paris, où elle est désormais conservée.
Versions et œuvres en rapport
modifierLe modèle de Pénélope endormie fait l'objet de plusieurs déclinaisons réalisées par Jules Cavelier ou éditées à partir de son œuvre.
Le premier état connu est un modèle en plâtre présenté au Salon de 1842 sous le titre Femme grecque endormie. Cette œuvre sert de modèle à la version en marbre achevée en 1849, dont le titre est modifié pour devenir Pénélope endormie.
À partir du modèle original, plusieurs réductions sont produites au XIXe siècle. Une réduction en argent est mentionnée dans la collection de M. Jahan lors de l'Exposition centennale de l'Art français, organisée à Paris en 1900. De nombreuses réductions en bronze sont également éditées par la fonderie Barbedienne, certaines réalisées grâce au procédé de réduction mécanique mis au point par Achille Collas. Ces bronzes, généralement signés « J. Cavelier » et portant la marque du fondeur Ferdinand Barbedienne, témoignent de la diffusion commerciale de l'œuvre.
Le musée d'Orsay conserve également deux études préparatoires acquises en 2018. La première est une esquisse en terre cuite, qui reprend la composition générale de la statue et constitue un témoignage du processus de création de l'artiste. La seconde est un dessin à la mine de plomb, daté de 1848, représentant le même sujet. Ces deux œuvres permettent de suivre l'élaboration de la sculpture depuis sa conception jusqu'à son exécution en marbre.
L'ensemble de ces variantes illustre le succès rencontré par Pénélope endormie dès le milieu du XIXe siècle et la diffusion du modèle auprès des collectionneurs, notamment par l'intermédiaire des éditions Barbedienne[4],[5],[6].