Le racisme au Québec désigne les attitudes, jugements et actions discriminatoires fondés sur la race, l'ethnicité ou la nationalité qui ont été documentés au Québec (Canada)[1]. L'historiographie sur le sujet distingue généralement les périodes coloniale (sous la Nouvelle-France et le régime britannique) et contemporaine, et fait l'objet de débats portant notamment sur la distinction entre racisme, discrimination linguistique, discrimination religieuse et tensions interculturelles, qui ne recouvrent pas exactement les mêmes réalités juridiques et sociologiques[2].

Sur le plan historique, le racisme au Québec est associé à l'esclavage pratiqué en Nouvelle-France puis sous le régime britannique, ainsi qu'au système des pensionnats pour Autochtones, que la Commission de vérité et réconciliation a qualifié de « génocide culturel »[3]. À l'époque contemporaine, la recherche universitaire et les institutions publiques documentent des formes de discrimination systémique : discrimination à l'embauche mesurée par « testing »[4], profilage racial dans les interpellations policières[5] et inégalités dans les systèmes de santé et de justice, la Commission Viens (2019) ayant conclu à une discrimination systémique envers les Autochtones dans les services publics québécois[6].

Plusieurs affaires et débats ont marqué l'espace public, parmi lesquels la mort de Joyce Echaquan en 2020[7], les controverses entourant la loi 21 et son rapport à l'islamophobie, ainsi que des situations vécues par les communautés noires et latino-américaines. La reconnaissance du caractère « systémique » du racisme demeure un clivage politique majeur, le gouvernement provincial reconnaissant l'existence d'actes racistes individuels tout en en contestant la dimension systémique[8].

Définition et démarcation

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L'usage du terme « racisme » pour désigner l'ensemble des phénomènes documentés dans le présent article fait l'objet de débats académiques. La sociologue Solange Lefebvre[2] ainsi que les philosophes Jocelyn Maclure et Charles Taylor rappellent que la discrimination linguistique, la discrimination religieuse et le racisme entendu comme hostilité ethnique ou raciale ne se confondent pas sur le plan juridique ni conceptuel, même lorsque leurs effets se recoupent, par exemple lorsque l'origine ethnique d'une population coïncide statistiquement avec sa langue maternelle ou sa religion. Le présent article retient une acception large couvrant les phénomènes que les sciences sociales et les institutions publiques québécoises ont qualifiés de discriminations à composante raciale, ethnique ou racisée ; les débats sur le périmètre de cette qualification sont traités dans chaque section.

Histoire

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Jeunes femmes Slavey, fleuve Mackenzie, Territoires du Nord-Ouest.

D'après Pierre Nepveu, le racisme au Québec se manifeste historiquement dans des contextes concrets liés au travail, au logement et aux interventions policières. Aux XIXe siècle et au début du XXe siècle, il s'exprime parfois sous la forme de théories ouvertement racialistes ; les formes contemporaines sont, selon Nepveu, plus subtiles et plus rarement assumées[9].

Dans le contexte historique canadien, l'identité des Métis a été interprétée de diverses manières par rapport à l'identité québécoise. À certaines époques, il y avait une tendance à lier l'histoire des Métis à l'identité québécoise, présentant les Métis dans le cadre de l'expérience québécoise[9].

Louis Riel, figure centrale de l'histoire des Métis, a souvent été représenté dans des contextes mettant en lumière les tensions entre le Canada anglophone et la communauté francophone, plutôt que de se concentrer exclusivement sur l'expérience et la culture métisses[9].

Le repli identitaire des Québécois francophones peut être vu comme la base d'un certain ethnocentrisme. Visant à maintenir l'homogénéité du groupe, cela signifie que les nouveaux arrivants sont confrontés à un choix binaire : s'assimiler ou être exclu. Pendant longtemps, l'immigration au Québec a été perçue comme une stratégie démographique du groupe anglo-saxon dominant pour souligner le statut minoritaire des francophones[10]. Toujours selon Icart, le Québec moderne se distinguerait par le fait que le racisme n'y pénètre pas la vie politique au point de se cristalliser en idéologie portée par un parti ; les expressions d'intolérance et de rejet, sans être négligeables, y resteraient dispersées[10]. S'appuyant sur la typologie de Michel Wieviorka, Icart qualifie le racisme québécois de « racisme dispersé », qui prend tantôt la forme d'un « infraracisme » diffus (de simples préjugés plus que des attitudes ouvertement racistes), tantôt celle d'expressions plus affirmées dans la vie sociale et l'espace public[10].

Selon Icart, les groupes ouvertement racistes ont été moins nombreux et moins organisés au Québec qu'ailleurs au Canada ; ils étaient particulièrement actifs pendant la récession de 1980-1995, et il relève la présence de certains de leurs membres au sein de formations politiques établies[10].

En 1960, la perception de l'identité canadienne-française a changé, et en conséquence, une identité québécoise plus définie est apparue. Durant cette période de redéfinition, certaines identités, dont celles des anglophones et des peuples autochtones, n'ont pas toujours été abordées de manière proéminente dans les discussions publiques[9].

Colonialisme

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"Commerçant de fourrures métis (indien et français)" vers 1870. Société historique du Minnesota location No. HD2.3 r7 Negative No. 10222

L'historien Marcel Trudel documente la présence d'esclavage en Nouvelle-France dès le XVIIe siècle ; l'esclavage y a touché environ 4 185 personnes, dont environ deux tiers d'autochtones (parfois désignés sous le nom de Panis) et un tiers d'Africains et leurs descendants[11],[12]. Sous le régime britannique, des Loyalistes arrivés à la suite de la révolution américaine amènent en outre des esclaves noirs[13]. Marie-Joseph Angélique, esclave noire de Nouvelle-France, est condamnée à mort en 1734 pour avoir mis le feu à la maison de sa maîtresse ; l'incendie détruit alors une grande partie du quartier marchand de Montréal et de l'Hôtel-Dieu[14]. À partir d'un important travail d'archives, l'historien Frank Mackey a documenté la condition des Noirs de Montréal et leur passage de l'esclavage à la liberté entre 1760 et 1840[15].

La Loi sur les Indiens de 1876, qui établit les réserves et le régime juridique fédéral applicable aux Premières Nations, est analysée par Pierre Lepage dans l'ouvrage de référence publié par la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse comme un dispositif structurant les relations entre l'État canadien et les peuples autochtones sur des bases coloniales et tutélaires[16]. Cette interprétation est également défendue dans l'historiographie canadienne récente sur les pensionnats et la juridiction fédérale[17]. Au Québec, plusieurs organisations autochtones soutiennent que l'État canadien n'a pas reconnu de manière effective leur droit à l'autodétermination[18].

Le tableau ci-dessous recense, d'après Maryse Potvin, des événements et politiques liés aux relations interethniques, au racisme et à l'immigration au Québec et au Canada de 1701 à 2009[1].

Année(s) Politiques interethniques, racisme et immigration au Québec et au Canada
1709 La possession d'esclaves est approuvée en Nouvelle-France à la suite d'une directive de l'Intendant Raudot. Bien que le début du XVIIe siècle ait vu cette pratique sous le Code Noir (mis en œuvre par la France en 1685), elle a persisté au Québec sous le régime britannique jusqu'en 1833.
1759 La prise de Québec voit les Britanniques gouverner une population française les dépassant cinq à un.
1839 Lord Durham suggère dans son examen des affaires nord-américaines britanniques que l'augmentation de la migration britannique au Canada accélérerait le processus d'assimilation culturelle et linguistique des Canadiens français dans la majorité[19].
1880-5 Les règles migratoires du Canada commencent à limiter les Asiatiques (principalement les Chinois et les Japonais) en fixant des quotas, en imposant des taxes et, plus tard, en les interdisant complètement (comme on le voit avec la législation de 1908 affectant les immigrants japonais et la Loi sur l'immigration chinoise de 1923).
1939-45 Alors que la Seconde Guerre mondiale fait rage, le Canada repousse de nombreux Juifs fuyant les horreurs du nazisme. Après l'entrée du Japon dans le conflit, les Canadiens d'origine japonaise sont internés dans des camps de travail ou expulsés, et leurs biens sont saisis.
1946–61 Une arrivée notable d'immigrants d'Italie et de Grande-Bretagne au Québec.
1947 La première Loi sur la citoyenneté fédérale confère la désignation de Citoyen canadien, bien qu'elle mette toujours l'accent sur l'identité nationale basée sur l'ethnie et l'importance de la cohérence culturelle.
1956 Un système de préférence mandaté par le fédéral pour les ethnies immigrantes émerge. La priorité est donnée aux immigrants du Commonwealth et de l'Europe du Nord, suivis d'un classement d'autres régions, l'Asie et l'Afrique recevant la moindre préférence.
1962 Les politiques mises à jour abolissent le traitement préférentiel pour les candidats de Grande-Bretagne, de France ou des États-Unis, mettant plutôt l'accent sur le niveau d'éducation, les perspectives d'emploi et les qualifications professionnelles.
1967 Toutes les politiques d'immigration discriminatoires sont éradiquées.
1968 La crise de Saint-Léonard se produit lorsqu'un conseil scolaire de la banlieue de Montréal décide de remplacer les classes bilingues par un enseignement uniquement en français. Cette année marque également la création du premier ministère de l'Immigration du Québec (MIQ).
1971 Le Canada donne son aval à sa politique du multiculturalisme.
1975 Le Québec consacre la Charte des droits et libertés de la personne, plaçant les droits fondamentaux des citoyens au-dessus des autres lois.
1977 La Charte de la langue française (Loi 101) est adoptée, liant l'intégration des immigrants à la langue publique prédominante de la province.
1982 La Charte canadienne des droits et libertés est incorporée à la Constitution canadienne, le multiculturalisme étant un élément clé.
1986 La Loi fédérale sur l'équité en matière d'emploi entre en vigueur, introduisant le terme « minorité visible » et obligeant les entreprises réglementées par le fédéral à assurer l'équité pour des groupes spécifiques, y compris les femmes, les minorités visibles et les communautés autochtones.
1988 La Loi canadienne sur le multiculturalisme est adoptée.
1990 L'Accord Gagnon-Tremblay–McDougall donne au Québec des droits exclusifs sur l'assimilation et la sélection des immigrants « indépendants ». De plus, le Québec adopte la Déclaration sur la politique d'immigration et d'intégration, mise à jour en 2004. Cette année voit également la crise d'Oka, un bras de fer de trois mois impliquant la nation mohawk et les gouvernements du Québec et du Canada concernant les droits fonciers.
2005 Le « Plan d'action canadien contre le racisme » est approuvé par le fédéral.
2006-2008 L'ère des « Accommodements raisonnables » commence. Le 8 février 2007, la Commission Bouchard-Taylor est inaugurée et publie son rapport final le 19 mai 2008.
Octobre 2008 Le Québec dévoile la politique « La diversité : une valeur ajoutée », visant à garantir la participation de tous les citoyens à la croissance du Québec en luttant contre la discrimination sur plusieurs fronts.
Septembre 2009 Le projet de loi 16, promouvant une action administrative en matière de diversité culturelle, est présenté mais rencontre immédiatement une opposition.
Source : Université de Montréal [1]

Écoles résidentielles au Québec aux XIXe et XXe siècles

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L'école indienne Qu'Appelle à Lebret, Assiniboia, Territoires du Nord-Ouest, vers 1885.

Dans le but de « civiliser » et « christianiser » les populations autochtones, le gouvernement fédéral met en place, à partir du dernier tiers du XIXe siècle, un réseau de pensionnats inspiré de l'école indienne de Carlisle (Pennsylvanie), dont la devise « Tuer l'Indien en lui et sauver l'homme (en) » résume la visée assimilatrice. La Loi sur les Indiens de 1876 confie l'éducation des Premières Nations au gouvernement fédéral ; les établissements sont administrés par des congrégations catholiques, anglicanes, unies et presbytériennes, et la fréquentation devient progressivement obligatoire[3].

Les pensionnats visaient à éliminer la langue et la culture autochtones au profit de croyances chrétiennes. Ici, le pensionnat de Fort Resolution (Territoires du Nord-Ouest).

Les conditions de vie y sont documentées comme difficiles (dortoirs surpeuplés, chauffage et alimentation insuffisants, mortalité élevée), et le système est associé à des abus physiques, émotionnels et sexuels ainsi qu'à la répression des langues autochtones, comme l'établissent l'historien John S. Milloy puis la Commission de vérité et réconciliation (CVR)[20].

Au Québec, douze pensionnats catholiques ont fonctionné jusqu'à la fermeture du dernier en 1996[21]. La CVR estime à environ 50 le nombre d'élèves décédés dans les institutions québécoises, sur un total d'environ 4 100 recensés à l'échelle du Canada[22], et qualifie l'ensemble du système de « génocide culturel »[3].

À l'échelle nationale, des poursuites engagées dès la fin des années 1980 (plus de 10 000 plaintes en 2002), les excuses des Églises, la Déclaration de réconciliation de 1998 puis la Convention de règlement relative aux pensionnats indiens de 2007 ont précédé les travaux de la CVR (2008-2015)[3]. À partir de 2021, la mise au jour de sépultures anonymes sur d'anciens sites, situés pour l'essentiel hors du Québec, a relancé le débat public sur cet héritage[23].

Marginalisation socio-économique des minorités visibles

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Selon Jean-Claude Icart (Conseil des relations interculturelles, 2001), les groupes communautaires québécois estiment depuis le début des années 1980 que le taux de chômage chez les minorités visibles est environ le double de la moyenne provinciale. Pour des catégories de jeunes équivalentes, le taux dépasse 30 % chez les jeunes issus des minorités visibles, contre environ 15 % dans la population générale. Cette marginalisation socio-économique est identifiée par Icart comme un facteur favorisant l'émergence de courants néo-racistes[10]. Le politologue Daniel Salée souligne que ces écarts statistiques s'expliquent en partie par des barrières systémiques à l'emploi, notamment des biais dans la reconnaissance des diplômes étrangers et dans les processus d'embauche[24]. La sociologue Micheline Labelle décrit la convergence de ces phénomènes (chômage différentiel, déclassement professionnel des personnes immigrantes diplômées, concentration résidentielle) comme la principale forme contemporaine du racisme au Québec, qu'elle qualifie de « racisme systémique »[25].

Une étude expérimentale par « testing » menée en 2012 pour la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse par le sociologue Paul Eid quantifie cette discrimination à l'embauche. À partir de 581 paires de curriculums fictifs aux compétences équivalentes, envoyés en réponse à de véritables offres d'emploi dans le Grand Montréal, l'étude conclut qu'à profil égal, un candidat portant un patronyme québécois « de souche » a au moins 60 % plus de chances d'être convoqué en entrevue qu'un candidat au nom à consonance africaine, arabe ou latino-américaine, soit un taux net de discrimination d'environ 35 %[4].

La double condition de minorité et de majorité chez les francophones

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Selon la sociologue Maryse Potvin, le rapport du Québec au racisme a été façonné par le passage des francophones du statut de minorité (Canadiens français) à celui de majorité (les Québécois). La hiérarchie sociale longtemps désignée comme une « mosaïque verticale », au sommet de laquelle se trouvaient les anglophones, a structuré les relations interethniques et orienté les positions sur l'immigration et les questions autochtones[1].

Dans les années 1960, les immigrants en quête de mobilité sociale s'assimilaient surtout à la communauté anglophone, qui dominait alors l'économie montréalaise. Se percevant comme une minorité opprimée et menacée dans son poids démographique, le Québec francophone chercha à sélectionner et intégrer lui-même les immigrants afin de compenser son déclin relatif en Amérique du Nord[1].

Une fois les francophones devenus majoritaires, le discours public se déplaça de la dénonciation des « relations oppressives » subies par les minorités vers l'assimilation de celles-ci à la majorité francophone. Entre les années 1980 et 2006, le racisme disparut presque du débat public québécois (en admettre l'existence revenait à reconnaître l'échec du modèle d'intégration), et ce n'est qu'avec la controverse sur les « accommodements raisonnables » (2006-2008) que la question des effets des rapports Québec–Canada sur les minorités ethniques revint à l'avant-plan[1].

Ère contemporaine

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Selon les définitions retenues dans la littérature universitaire francophone, le concept de racisme systémique désigne les structures, normes et politiques qui, intentionnellement ou non, produisent des inégalités ou discriminations sur la base de la race, indépendamment des intentions racistes individuelles[4]. Il existe des rapports et études suggérant une discrimination dans divers secteurs, tels que l'emploi, le logement et le système judiciaire. Par exemple, la Commission Viens a examiné les relations entre les peuples autochtones et les services publics au Québec et a trouvé des preuves de discrimination[26]. En 1988, la Commission des droits de l'homme du Québec a lancé une enquête publique sur des allégations de traitement discriminatoire et de comportements racistes par la police envers les minorités visibles et ethniques. Cette action a été le résultat de tensions croissantes entre les communautés noires et les services de police, marquées par des interventions, des arrestations, et tragiquement, la mort de jeunes individus lors d'opérations policières[10].

Le rapport final a proposé des recommandations visant à aborder les situations et pratiques ayant des impacts discriminatoires et permettant aux décideurs de s'adapter à la nouvelle réalité d'une société désormais multiethnique. L'objectif principal était de créer des conditions favorisant l'amélioration des relations entre les forces de l'ordre et une société fondée sur les droits de l'homme, en particulier en matière de droits à l'égalité, quelles que soient l'origine ethnique[10].Trois ans après la publication de ce rapport, et à la suite d'une recommandation du coroner après la mort d'un jeune individu noir, un groupe de travail a été créé pour étudier les relations entre la communauté noire et la police de la ville de Montréal. Ce comité a présenté son rapport en [10].

Référendum du Québec de 1995

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Résultats par districts. En tons bleutés, le « oui » ; en tons rougeâtres, le « non ».

Le référendum de 1995 au Québec est reconnu comme un moment crucial dans l'évolution du discours politique. À la suite du rejet étroit de la proposition d'indépendance du Québec, le premier ministre de l'époque, Jacques Parizeau, a choqué beaucoup en attribuant la défaite à « C'est vrai, nous avons été battus, mais par quoi ? Par l'argent et des votes ethniques, essentiellement. Et, si moi, j'avais eu le goût de la défaite, bien sûr, qu'est-ce que je vous aurais dit ! Mais je n'ai pas le goût de la défaite parce que ça va nous obliger à dire 'non' à ce que nous sommes fondamentalement. », une déclaration qui a profondément marqué la communauté immigrante et les minorités ethniques du Québec[27].

Politiques anti-racistes au Québec (1990-2010)

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Les discussions sur le racisme et la discrimination étaient largement absentes du discours formalisé au Québec. Les communications gouvernementales officielles, comme la « Politique d'immigration et d'intégration » de 1990 et la « Politique d'intégration éducative et interculturelle » de 1998, abordaient à peine le racisme[1]. Dans ces documents, la question était plus présentée comme un éventuel écart de conduite individuel plutôt que comme un problème systémique répandu. Le projet de loi 112 du Québec, également connu sous le nom de législation anti-pauvreté, ainsi que la Stratégie nationale de lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale, reconnaissaient les 'immigrants' et les 'minorités visibles' comme des populations susceptibles. Cependant, ces documents n'exploraient pas l'interaction sociologique entre le racisme, la discrimination, les disparités sociales et l'exclusion[1].

Traditionnellement, il y avait une hésitation au Québec à aborder directement le sujet du racisme. Les réactions institutionnelles à de tels problèmes ont été incohérentes et parfois non-engagées. Pour la plupart, les organismes gouvernementaux du Québec ne réagissaient au racisme que lorsqu'il culminait en tensions raciales accrues ou en altercations physiques[1]. À l'été 2006, une commission a été créée par le gouvernement québécois pour se pencher sur les questions de racisme et de discrimination. Des consultations publiques ont été lancées sur la base d'un document intitulé Vers une politique gouvernementale de lutte contre le racisme et la discrimination, une continuation régionale du Plan d'action canadien contre le racisme de 2005[1]. Ce n'est qu'après les travaux de la Commission Bouchard-Taylor, officiellement connue sous le nom de Commission de consultation sur les pratiques d'accommodement reliées aux différences culturelles, qu'une politique gouvernementale officielle dans ce domaine a vu le jour. En , le gouvernement libéral du Québec a dévoilé «La diversité : une valeur ajoutée : politique gouvernementale pour promouvoir la participation de tous au développement du Québec». Cette politique englobait un large éventail d'initiatives, allant de l'éducation, la prévention, la mobilisation institutionnelle, le soutien aux victimes, à la lutte contre les agressions racistes[1].

Visant à exécuter certains aspects du plan d'action susmentionné, en , la ministre de l'Immigration, Yolande James, a présenté le projet de loi 16. Cette législation a ravivé le débat en cours sur « l'accommodement raisonnable ». Cependant, la progression du projet de loi a été interrompue indéfiniment[1]. Un autre défi majeur concerne le concept de « profilage racial », en particulier dans les interactions entre les forces de l'ordre et certaines communautés racialisées. Un incident notable s'est produit à l'été 2008 à Montréal Nord. Un affrontement entre la police et les habitants a conduit à la fusillade mortelle d'un jeune Latino, déclenchant ainsi des troubles dans la région. Cela a conduit la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (cdpdj) à lancer des consultations publiques sur le profilage racial. La cdpdj a déclaré avoir traité environ 60 plaintes provenant de tout le Québec et présenté environ 10 de ces cas au Tribunal des droits de la personne[1]. Les rapports issus de ces consultations sont attendus pour inciter le gouvernement à élaborer une politique plus précise et éventuellement une nouvelle législation pour contrer le racisme[1].

Mouvances d'extrême droite et suprémacisme blanc

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À partir des années 2010, le Québec connaît une montée de groupes d'extrême droite hostiles à l'immigration et au multiculturalisme, dont La Meute, Storm Alliance et le groupe néofasciste Atalante Québec. Une étude du Centre d'expertise et de formation sur les intégrismes religieux, les idéologies politiques et la radicalisation (CEFIR) recense 521 manifestations liées à l'extrême droite dans la province entre 2010 et 2020, rattachées à environ 45 groupes, Atalante en étant le plus actif[28].

Les chercheurs Frédérick Nadeau et Denise Helly situent l'émergence visible de cette mouvance dans le débat sur la Charte des valeurs québécoises (2013-2014), autour de laquelle se sont structurés en ligne des discours hostiles à l'immigration et à l'islam[29]. La montée de groupes comme La Meute et Atalante au milieu des années 2010 est analysée par les chercheurs Aurélie Campana, Samuel Tanner et Stéphane Leman-Langlois comme une recomposition de la droite radicale québécoise[30].

Dans leur ouvrage de référence Right-Wing Extremism in Canada, les criminologues Barbara Perry et Ryan Scrivens distinguent au sein de cette mouvance des variantes suprémacistes blanches et néonazies ; ils rattachent à ce contexte l'attentat de la grande mosquée de Québec de 2017, qui a fait six morts[31].

Le , une manifestation réunissant une vingtaine de personnes se réclamant du suprémacisme blanc se tient à Shawinigan, avec une banderole « Je me souviens du Québec blanc » ; l'événement suscite de vives réactions, la ministre de l'Immigration Christine Fréchette déclarant qu'« il ne s'agit pas du Québec que nous voulons »[32],[33]. Le chroniqueur Mathieu Bock-Côté condamne la banderole mais juge l'affaire montée en épingle et évoque une possible provocation politique[34].

Discrimination systémique à l'encontre des peuples autochtones au Québec

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Des activistes pour les femmes autochtones disparues et assassinées (MMIW) lors de la Marche des femmes 2018

Au Québec, l'ampleur de la discrimination envers les peuples autochtones se lit d'abord dans des indicateurs pancanadiens : représentant environ 3 % de la population, les Autochtones constituent 19 % des détenus fédéraux[35]. Plusieurs instances des Nations unies, dont le Comité pour l'élimination de la discrimination raciale, ont relevé des inégalités persistantes dans l'administration de la justice et rappelé qu'une discrimination peut être systémique sans être intentionnelle[35].

Au Québec, une étude ethnographique réalisée à Sept-Îles entre 2005 et 2009 met en évidence des pratiques et discours racistes à l'encontre des Innu qui ne correspondent pas à un système cohérent et unifié mais à des logiques diverses et contradictoires. Ainsi, les lois et les politiques publiques traitent les peuples autochtones avec des positions racialistes et sont donc assimilables à une « sorte de racisme d'État[36] ». Selon le sociologue Brieg Capitaine, une logique d'effacement de l'altérité autochtone persiste, mais s'exprime moins par une violence ouverte que par deux voies : un désir explicite d'assimilation, fondé sur une idéologie universaliste teintée d'évolutionnisme, et un relativisme absolu qui confine les peuples autochtones à une culture immuable, les excluant du monde contemporain. Ainsi, « les Innu sont maintenus dans des emplois précaires et mal rémunérés en raison de la prétendue faute de leur « culture » étrangère au travail salarié[37]».

Affaire de Val-d'Or (2015)

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En octobre 2015, un reportage de l'émission Enquête de Radio-Canada, réalisé par la journaliste Josée Dupuis, donne la parole à des femmes autochtones de Val-d'Or affirmant avoir subi des abus physiques et sexuels ainsi que des abus de pouvoir de la part de policiers de la Sûreté du Québec. Les huit policiers visés par les allégations sont relevés de leurs fonctions, l'enquête est confiée au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) et le gouvernement nomme la juriste Fannie Lafontaine comme observatrice indépendante[38],[39]. En 2016, le Directeur des poursuites criminelles et pénales ne porte aucune accusation contre les policiers, faute de preuve suffisante, tandis que le rapport de l'observatrice indépendante conclut à des pratiques policières discriminatoires envers les Autochtones[39]. L'affaire est l'un des éléments déclencheurs de la commission Viens[39]. En 2025, la Cour supérieure du Québec rejette la poursuite en diffamation intentée contre Radio-Canada par des policiers de Val-d'Or[40]. Pour la juriste mi'kmaq Pamela Palmater, ce dossier illustre un schéma plus large de racisme policier et de violence sexualisée envers les femmes et les filles autochtones au Canada[41].

Commission Viens (2016-2019)

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La Commission d'enquête sur les relations entre les Autochtones et certains services publics au Québec, présidée par le juge à la retraite Jacques Viens, dépose son rapport final le . Au terme de l'examen des services policiers, judiciaires, correctionnels, de santé, sociaux et de protection de la jeunesse, elle conclut que les membres des Premières Nations et les Inuit du Québec sont victimes d'une discrimination systémique dans leurs rapports avec ces services publics et formule 142 « appels à l'action », assortis d'un mécanisme de suivi indépendant[6],[42].

Joyce Echaquan

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Joyce Echaquan en 1999.

La mort de Joyce Echaquan, en 2020, est analysée par plusieurs chercheurs comme un cas révélateur du racisme institutionnel envers les autochtones dans le système de santé québécois, conformément au rapport d'enquête publique de la coroner Géhane Kamel[7],[37]. Admise le à l'hôpital de Joliette pour de fortes douleurs abdominales, elle filme depuis son lit, trois jours plus tard, une vidéo où l'on entend deux membres du personnel l'insulter, la traitant de « stupide » et affirmant qu'elle « serait mieux morte » ; elle meurt peu après[43],[44]. Des dirigeants autochtones y voient la révélation d'un racisme systémique longtemps ignoré au Canada[43].

La vidéo est devenue virale et a déclenché une manifestation rassemblant des milliers de personnes dans la capitale provinciale du Québec. Les manifestants ont réclamé « Justice pour Joyce » et dénoncé le racisme existant dans le système de santé. François Legault, premier ministre du Québec, a reconnu que, bien qu'il ne croie pas à l'existence d'un racisme systémique au Canada comme aux États-Unis, ce cas représente un problème de racisme qui doit être traité[44].

Reconnaissance du racisme systémique

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Le , une pétition adressée au gouvernement québécois a été présentée dans la salle Bleue de l'assemblée provinciale par la présidente des Femmes autochtones du Québec, Marjolaine Étienne. À ses côtés se trouvaient le chef de l'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, Ghislain Picard, et le chef communautaire des Atikamekw de Manawan, Sipi Flamand. La co-porte-parole du parti Québec Solidaire, Manon Massé, a officiellement présenté le document reconnaissant le racisme systémique et la discrimination envers les peuples autochtones, en particulier les femmes et les filles[8].

Ce principe, inspiré par la mort de Joyce Echaquan à l'hôpital de Joliette en 2020, plaide pour garantir un accès égal pour les peuples autochtones aux services de santé et sociaux, tout en reconnaissant les connaissances traditionnelles de la communauté autochtone. Avec plus de 4 000 signatures, la pétition a recueilli un soutien significatif. Le premier ministre François Legault et plusieurs membres de son cabinet ont, en revanche, contesté l'application du concept de racisme systémique au Québec, estimant que cette terminologie pouvait être divisive ; ils ont reconnu l'existence d'actes racistes individuels tout en niant un caractère systémique[8],[45]. Ce débat sur la reconnaissance du caractère systémique du racisme au Québec est analysé par Maryse Potvin comme l'un des principaux clivages des politiques antiracistes québécoises contemporaines[46]. À la suite du rapport de la coroner Géhane Kamel sur la mort d'Echaquan (2021), les organisations autochtones ont intensifié leurs démarches en faveur de cette reconnaissance[8].

Stérilisations forcées

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Au XXe siècle, le mouvement eugéniste s'est développé au Canada, utilisant la stérilisation forcée comme méthode pour contrôler les populations autochtones, parallèlement à la Loi sur les Indiens de 1876[47],[48]. Des médecins non-autochtones travaillaient dans le système de santé établi pour la population autochtone et étaient encouragés à pratiquer des stérilisations comme forme de planification familiale[47]. Des années 1960 aux années 1980, le taux de natalité autochtone est passé de 47 % à 28 %, et les lois sur la stérilisation ont commencé à être abrogées à la fin des années 1970[47]. Cependant, des femmes autochtones ont signalé des cas de stérilisation forcée aussi récemment qu'en 2018[47]. L'avocate Alisa Lombard a dirigé plusieurs recours collectifs au nom de ces femmes autochtones avec le soutien du Centre de Ressources en Justice Internationale (IJRC)[49]. L'IJRC a souligné que l'ampleur de la stérilisation à l'époque moderne est inconnue en raison du manque de recherches approfondies[49]. Après avoir été publiquement interrogé par l'ONU sur son implication, le gouvernement canadien s'est engagé à partager toute documentation sur ces événements en sa possession[49].

Au Québec, un juge a approuvé une action collective de femmes de la Première Nation Atikamekw contre trois médecins accusés d'avoir pratiqué des stérilisations sans leur consentement. Ce procès souligne une préoccupation plus large concernant le traitement et la discrimination systématique envers les femmes autochtones au Canada[50].

Contexte : L'action collective a été déposée par deux femmes Atikamekw représentant toutes les femmes de leur communauté qui prétendent avoir été stérilisées sans leur connaissance ou leur consentement. Les déclarations indiquent qu'au moins l'une des femmes a subi la procédure sans préavis, tandis qu'une autre a cédé sous la pression d'un médecin. En raison de la gravité des allégations, les noms des femmes et des médecins n'ont pas été divulgués dans le jugement[50].

Les femmes impliquées dans le procès soutiennent que ces stérilisations forcées ont non seulement violé leurs droits, mais ont également été effectuées dans un cadre de discrimination raciale et systématique. Les victimes considèrent ces actes comme une forme de racisme ayant eu un impact profond sur leur vie et celle de leurs proches. Elles réclament une indemnisation pour les souffrances causées, bien que le montant exact n'ait pas encore été spécifié[50].

Bien que l'action en justice visait à l'origine aussi le conseil de santé supervisant l'hôpital où les stérilisations ont eu lieu, le juge Lukasz Granosik n'a autorisé des actions judiciaires que contre les trois médecins directement impliqués, dont l'un est décédé en 2019[50].

Une étude universitaire a recensé qu'au moins 22 femmes autochtones et Inuit du Québec auraient été stérilisées sans leur consentement depuis 1980 ; les allégations présentées dans cette action collective n'ont pas encore été prouvées devant un tribunal[50].

Système de santé et reconnaissance du racisme systémique

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En 2023, le débat sur le racisme systémique dans le système de santé du Québec s'est intensifié. Des professionnels de la santé et des organisations autochtones ont critiqué la position du gouvernement provincial, dirigé par le premier ministre François Legault, qui a nié l'existence du racisme systémique dans la province[51]. La question a gagné en importance à la suite du cas de Joyce Echaquan, une femme autochtone décédée en 2020 à l'hôpital de Joliette tout en étant victime d'insultes racistes. Sa mort a conduit à la proposition du « Principe de Joyce », un ensemble de mesures suggérées par la communauté autochtone Atikamekw pour garantir un accès équitable aux services médicaux[51].

Le Collège des médecins du Québec, dirigé par le Dr Mauril Gaudreault, a remis en question l'approche « paternaliste et colonialiste » du gouvernement dans sa nouvelle législation visant à améliorer les soins pour la population autochtone au sein du système de santé public. Le Collège a soumis un rapport à un comité législatif déclarant qu'il serait difficile de fournir des soins respectant l'identité culturelle sans reconnaître d'abord le racisme systémique dans le système de santé. De plus, ils ont recommandé d'élargir le projet de loi pour inclure d'autres groupes vulnérables et ont souligné l'importance d'impliquer les organisations autochtones dans la rédaction de la législation[51]. Le ministre des Affaires autochtones, Ian Lafrenière, a défendu la proposition du gouvernement, affirmant avoir rencontré divers groupes autochtones avant sa présentation. Cependant, il a été critiqué pour un prétendu manque de consultation appropriée lors de sa rédaction[51].

Ghislain Picard, leader de l'Assemblée des Premières Nations du Québec-Labrador, a choisi de ne pas assister aux réunions du comité, affirmant que la proposition législative ne respectait pas les droits des Premières Nations. Pour sa part, Marjolaine Sioui, de la Commission des services sociaux et de la santé des Premières Nations du Québec et du Labrador, a souligné que toute politique sur la sécurité culturelle doit être élaborée en collaboration avec les Premières Nations et les groupes inuits[51].

Intolérance religieuse

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Islamophobie et attaque de la mosquée du Québec

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Hommage aux victimes de la fusillade de Québec de 2017

Selon l’Observatoire international sur le racisme et la discrimination, l’islamophobie est en progression au Québec dans les années 2010[52]. Georges Leroux, professeur émérite au Département de philosophie de l’Université du Québec à Montréal, définit l’islamophobie comme une forme de racisme hostile à l’égard des comportements religieux. Elle est fondée sur une confusion entre islamisme politique et la culture musulmane ; «l’islam, doublé d’une représentation de l’arabe comme personne irrationnelle, est ainsi décrié comme porteur d’une culture archaïque, mêlant la soumission des femmes à la violence autoritaire des hommes»[52].

En janvier 2007, le conseil municipal d'Hérouxville, en Mauricie, adopte un « code de vie » destiné aux immigrants, rédigé par le conseiller André Drouin. Le texte précise notamment qu'il est interdit de lapider les femmes ou de les brûler vives et de pratiquer l'excision, et impose d'avoir le visage découvert dans les lieux publics, dans une municipalité qui ne comptait pourtant presque aucun immigrant. Largement perçue comme xénophobe et islamophobe, l'affaire Hérouxville connaît un fort retentissement médiatique et figure parmi les éléments qui conduisent le gouvernement de Jean Charest à instituer en 2007 la commission Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables[53],[54]. Le sociologue Darryl Leroux analyse ce « code de vie », aux côtés de la commission Bouchard-Taylor, comme une manifestation d'un nationalisme québécois produisant de la « différence » au sein de la politique d'intégration des immigrants[55].

Le , un homme ouvre le feu sur des fidèles au Centre culturel islamique de Québec, à l'issue de la prière du soir, tuant six personnes et en blessant plusieurs autres ; il s'agit de l'attaque la plus meurtrière contre un lieu de culte de l'histoire du Canada[56]. L'auteur, Alexandre Bissonnette, qui avait consulté en ligne des contenus liés au nationalisme blanc et à l'extrême droite, plaide coupable à six chefs de meurtre au premier degré et est condamné à la prison à vie[57]. Si le premier ministre Justin Trudeau qualifie l'attaque d'acte terroriste, aucune accusation de terrorisme n'est finalement portée, ce que des organisations musulmanes déplorent[57]. En 2021, le gouvernement fédéral institue le 29 janvier comme Journée nationale de commémoration de l'attentat à la mosquée de Québec et d'action contre l'islamophobie[56].

Loi 21 : interdiction des symboles religieux

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La place de la religion dans l'espace public québécois et son rapport aux discriminations sont analysés notamment par la sociologue Solange Lefebvre, qui distingue dans la jurisprudence canadienne et québécoise les notions de laïcité, de neutralité religieuse et de liberté de religion, lesquelles ne se confondent pas avec la notion de racisme[2].

La loi 21, Loi sur la laïcité de l'État, adoptée par le Parlement du Québec en 2019, affirme la laïcité de l'État québécois et interdit à certains employés du secteur public en position d'autorité de porter des symboles religieux (tels que le hijab, la kippa ou le turban sikh) dans l'exercice de leurs fonctions[58]. Le rapport de cette loi au racisme fait l'objet d'analyses universitaires et de prises de position publiques divergentes ; cette section présente les éléments documentés en lien avec la question raciale, et non le débat politique d'ensemble sur la loi, qui relève de l'article principal.

Conclusions judiciaires en matière de discrimination

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Dans le jugement rendu le dans l'affaire Hak c. Procureur général du Québec, le juge Marc-André Blanchard de la Cour supérieure du Québec conclut que la loi 21 a des « effets cruels » sur les minorités religieuses et porte atteinte à leurs droits fondamentaux, notamment à ceux des femmes musulmanes portant le voile. Le juge invalide deux dispositions, l'article 4 (en ce qu'il s'applique au personnel des commissions scolaires anglophones, protégé par l'article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés) et l'article 8 (relatif à l'éligibilité à l'Assemblée nationale), mais maintient le reste de la loi en vigueur en raison du recours à la disposition de dérogation par le législateur québécois[59],[60]. Le constat de discrimination est rendu sous forme de jugement déclaratoire : la loi continue à s'appliquer, mais son caractère attentatoire aux droits est explicitement reconnu par le tribunal de première instance.

Le , la Cour d'appel du Québec confirme l'essentiel de la loi et annule l'exemption qui avait été reconnue au personnel des écoles anglophones. Elle juge que, lorsque la disposition de dérogation est valablement invoquée, les tribunaux n'ont pas compétence pour déclarer la loi incompatible avec les droits ainsi écartés[61]. Cette position diverge de celle retenue par la Cour d'appel de la Saskatchewan dans l'affaire UR Pride, selon laquelle le recours préventif à la disposition de dérogation n'empêche pas un tribunal de rendre un jugement déclaratoire sur la compatibilité d'une loi avec les droits concernés[62]. La Cour suprême du Canada a entendu conjointement les appels relatifs à la loi 21 et à l'affaire UR Pride en  ; l'affaire est en délibéré et aucune décision n'avait été rendue à la mi-2026[63].

Analyses universitaires

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L'Encyclopédie canadienne définit l'islamophobie comme une haine religieuse pouvant prendre la forme d'une « croyance raciste » et cite une étude établissant « un lien entre les propositions politiques sur la laïcité, comme la Charte des valeurs et la Loi sur la laïcité de l'État, et l'augmentation des crimes haineux » à l'encontre des femmes musulmanes au Québec[64]. Une enquête menée en 2022 par l'Association d'études canadiennes auprès de 411 femmes musulmanes du Québec documente ces effets sur le climat vécu : près des deux tiers des répondantes disent avoir été victimes ou témoins d'un crime haineux et 73 % estiment que leur sentiment de sécurité dans l'espace public s'est dégradé depuis l'adoption de la loi, les témoignages recueillis évoquant des crachats, des arrachages de voile ou des insultes[65].

Le politologue Vincent Romani, dans un chapitre de l'ouvrage collectif Modération ou extrémisme ? Regards critiques sur la loi 21 (Presses de l'Université Laval, 2020), analyse la loi comme un dispositif d'apparence neutre dont les conséquences excluent en pratique des femmes musulmanes des établissements étatiques. Il compare ses effets à ceux des lois Jim Crow aux États-Unis, dont les textes ne nommaient pas explicitement les groupes visés mais en produisaient la ségrégation de fait, et parle à ce titre d'un texte « colorblind » au sens nord-américain, la race étant comprise comme construction sociale[66].

L'historien Paul-Étienne Rainville, dans la revue Nouvelles pratiques sociales, mobilise les concepts de racisme systémique et d'interdépendance des droits pour analyser la loi : selon lui, la violation de la liberté religieuse des femmes musulmanes racisées accentue leur stigmatisation et fragilise l'ensemble de leurs droits[67]. La Ligue des droits et libertés, dans un rapport adressé à la Commission des institutions lors des consultations sur le projet de loi 21, souligne que « les débats sur la laïcité au Québec ont trop souvent pour conséquence de cibler et d'exclure certains groupes, en particulier les personnes racisées »[67].

La sociologue Leila Benhadjoudja replace ces analyses dans un cadre théorique plus large. Elle décrit un « sécularonationalisme » par lequel le récit dominant de la laïcité québécoise oppose un « nous » séculier, féministe et égalitaire à un « eux » musulman construit comme antimoderne, récit qui racialise les minorités religieuses au croisement de la race, du genre et de la sexualité[68]. Dans cette perspective, le voile cristallise des enjeux à la fois religieux, raciaux et de genre, et les femmes musulmanes visées par les politiques de laïcité font l'objet d'une « islamophobie genrée », à l'intersection du racisme et du sexisme[69]. Sur le plan juridique, la professeure de droit Natasha Bakht examine les justifications avancées pour restreindre le port de signes tels que le niqab (sécurité, intégration, égalité des sexes) et soutient qu'elles reposent sur des présupposés désavantageant spécifiquement les femmes musulmanes[70].

Réception et qualification de la loi

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La qualification de la loi 21 comme dispositif raciste fait l'objet de positions divergentes. Le politologue André Lamoureux et l'anthropologue Daniel Baril, président du Mouvement laïque québécois, soutiennent dans Le Devoir que la loi n'est ni raciste ni antimusulmane : ils font valoir qu'elle ne nomme aucune religion en particulier, qu'elle n'interdit pas la pratique religieuse mais seulement le port de signes religieux par certains agents publics, et que la séparation de l'État et des religions relève d'une politique démocratique distincte du racisme entendu comme hostilité ethnique ou confessionnelle[71]. Dans une perspective juridique favorable à la loi, le professeur de droit Guillaume Rousseau, qui a conseillé le gouvernement lors de son adoption, soutient qu'elle consacre un modèle de laïcité cohérent avec l'évolution du droit québécois et qu'elle ne cible aucune religion en particulier[72]. À l'inverse, les analyses universitaires citées plus haut et les organisations de défense des droits évaluent la loi à l'aune de ses effets documentés, et concluent à un caractère discriminatoire, sans nécessairement le qualifier de raciste au sens biologique du terme, mais en termes de racisme systémique ou de racisme religieux[66],[67].

Racisme anti-Noirs

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L'historienne Dorothy W. Williams a retracé l'histoire des communautés noires de Montréal, de l'esclavage aux vagues migratoires caribéennes et haïtiennes du XXe siècle[73]. À l'échelle canadienne, la chercheuse Robyn Maynard analyse la continuité historique des formes de violence d'État (policière, judiciaire, carcérale et migratoire) visant les personnes noires, de l'esclavage à nos jours[74].

Système de santé

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Le diagnostic réalisé en 1996 par Marie Mc Andrew et Maryse Potvin pour le Conseil des relations interculturelles documente des disparités de santé et des barrières institutionnelles touchant les personnes noires[75]. En 2023, un rapport soumis à l'ONU dans le cadre de l'examen périodique universel du Canada met en lumière le racisme anti-Noir au Québec, en particulier la sous-représentation des personnes noires parmi le personnel et les postes de direction du réseau de la santé[76].

Ce constat rejoint celui formulé en 2020 par l'Agence de la santé publique du Canada, selon lequel « le racisme est un facteur influent qui conduit à des inégalités de santé parmi les Canadiens racialisés »[76]. Une recherche menée avec la clinique de droits de la personne de l'Université du Québec à Montréal relie en partie ces écarts à la réticence des autorités québécoises à reconnaître le racisme systémique[76].

Le rapport soumis à l'ONU formule 31 recommandations en matière de santé, de sécurité et de migration. Il relève notamment que des stéréotypes racistes, décrivant certains demandeurs comme « malhonnêtes ou peu fiables », peuvent influencer l'évaluation des dossiers d'immigration et de visas d'études concernant des personnes originaires d'Afrique[76].

Décès d'Anthony Griffin

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En novembre 1987, à Montréal, Anthony Griffin, un jeune Noir anglophone de 19 ans d'origine jamaïcaine, est interpellé par les agents Allan Gosset et Kimberley Campbell après qu'un chauffeur de taxi eut signalé qu'il n'avait pas réglé une course de 27 dollars[77]. Conduit au poste de police sans avoir été menotté, Griffin prend la fuite dans le stationnement ; sommé de s'arrêter puis de se retourner, il est abattu d'une balle à la tête par Gosset[78],[79].

Roland Bourget, directeur du Service de police de la Communauté urbaine de Montréal, suspend immédiatement Allan Gosset, âgé de 38 ans et comptant 16 ans de service[80]. Un jury acquitte Allan Gosset le . Cette décision provoque une série de manifestations contre la brutalité policière et le racisme. La communauté noire de Montréal a été profondément affectée par cet événement[81].

Montréal-Nord

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Profilage racial de 2008

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Le , deux policiers du service de police de la Ville de Montréal (SPVM) ont identifié un groupe de jeunes jouant aux dés sur un parking de parc. Parmi eux se trouvait Dany, le frère de Fredy Villanueva. Lorsque la police a tenté d'arrêter Dany, d'autres jeunes sont intervenus. En conséquence, l'un des officiers a tiré sur trois d'entre eux, entraînant la mort de Fredy et blessant les deux autres jeunes hommes. Cette tragédie a déclenché des émeutes à Montréal-Nord dans la nuit du 10 au [82]. La nouvelle s'est rapidement répandue, provoquant des troubles et des appels à manifester contre ce que beaucoup considéraient comme une « brutalité policière » systématique. Les tensions ont culminé avec des manifestations et des affrontements entre les jeunes du quartier et la police[83],[84]. Peter George-Louis, avocat de la famille Villanueva, a déclaré que les statistiques et le profilage racial donnaient un contexte à la révolte d' et soulignaient la nécessité d'aborder ces problèmes pour prévenir de futurs conflits[83],[84].

Montréal-Nord a connu une augmentation significative du profilage racial en 2008, en particulier envers la communauté noire, dont les effets ont profondément affecté les relations entre les citoyens et les forces de sécurité. L'événement rappelle l'urgence d'une compréhension, d'un dialogue et d'un changement dans les structures institutionnelles et les méthodes policières de la province[83],[84].

Le Dr Charest, auteur de l'étude, a noté que la plupart de cette augmentation des contrôles a eu lieu dans les mois précédant les émeutes. De plus, il a souligné qu'à Montréal-Nord, le profilage racial envers la communauté noire avait augmenté de 126 % entre 2001 et 2007[83],[84]. Une mise à jour de l'étude, datée du , a révélé que dans deux contrôles sur trois impliquant des individus noirs, les raisons étaient faibles ou vagues, telles que « enquête de routine » ou « personne d'intérêt », ce qui a conduit à des perceptions de profilage ethnique et a généré du mécontentement[83],[84].

La suite de cet incident ne s'est pas limitée à la violence initiale. Diverses manifestations ont été organisées, réclamant justice pour Fredy et remettant en question les pratiques policières. En , une enquête publique a été lancée pour examiner les circonstances de la mort de Villanueva. Cependant, cette enquête a été interrompue en 2011 en raison de débats juridiques et a repris en 2013[82]. Malgré les efforts d'enquête, le Conseil municipal de Montréal et la Fraternité des policiers de Montréal ont été accusés d'entraver le processus d'enquête. Le , le rapport résultant a été publié avec des recommandations spécifiques pour la police et d'autres entités. Malgré ces recommandations, Montréal-Nord est resté marqué par la douleur et la colère, révélant les tensions sous-jacentes entre la communauté et la police[82].

Brunilda Reyes, directrice de l'organisation d'aide alimentaire « Les Fourchettes de l’espoir », a indiqué que la mort de Villanueva reflétait le mécontentement latent du quartier, marqué par des pénuries et un manque d'opportunités. Inés Melara, une résidente de la région, a souligné les inégalités persistantes à Montréal-Nord et comment, 15 ans plus tard, des dynamiques similaires menant à l'événement tragique peuvent encore être observées[82].

Allégations de racisme au poste de quartier 39

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En juin 2026, le poste de quartier 39 du Service de police de la Ville de Montréal, situé à Montréal-Nord, fait l’objet d’une controverse après la révélation d’allégations de comportements racistes, discriminatoires et violents sur des résidents noirs et arabes. Selon les informations rapportées, seize policiers rattachés à une unité de patrouille du poste sont visés par une enquête interne ; deux d’entre eux sont suspendus, tandis que quatorze autres sont retirés de leurs fonctions auprès du public ou réaffectés. Les faits allégués comprennent du profilage racial, des traitements violents lors d’interventions policières et, selon La Presse et Radio-Canada, des cas où des policiers auraient coupé des mèches de cheveux de personnes racisées pour les conserver comme « trophées » [85].

Profilage racial et interpellations policières

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Au-delà des cas individuels, des rapports de chercheurs indépendants commandés par le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) ont quantifié le profilage racial dans les interpellations de rue. Un premier rapport (Victor Armony, Mariam Hassaoui et Massimiliano Mulone, 2019), portant sur les données de 2014 à 2017, conclut que les personnes noires et autochtones étaient quatre à cinq fois plus susceptibles d'être interpellées que les personnes blanches[86]. Un second rapport, remis en 2023, ne constate aucune amélioration : cette année-là, les personnes noires avaient 3,5 fois plus de probabilité d'être interpellées que les personnes blanches, les personnes arabes 2,5 fois et les personnes autochtones jusqu'à six fois ; le SPVM a rejeté la recommandation phare d'un moratoire sur les interpellations non justifiées par une enquête[5]. En septembre 2024, un jugement a ouvert la voie à l'indemnisation des personnes victimes de profilage racial lors de ces interpellations[87].

1982-1984 : Discrimination dans l'industrie du taxi à Montréal

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Deux vagues d'immigration haïtienne ont marqué l'histoire du Québec. La première, entre 1968 et 1972, a principalement attiré des professionnels et des universitaires fuyant la dictature de Duvalier. Leur formation et leurs compétences répondaient aux besoins du Québec dans des domaines tels que l'éducation et la santé[88]. La deuxième vague, de 1973 à 1980, était différente. Elle a attiré des ouvriers et des travailleurs, plus ruraux et moins éduqués. Beaucoup ont trouvé un emploi dans les usines ou l'industrie du taxi, faisant face à des conditions de travail difficiles et des salaires bas. Cette situation les a rendus plus vulnérables à la discrimination et au racisme, et la crise économique des années 80 n'a fait qu'aggraver leurs problèmes[88]. L'historien Sean Mills a montré que les chauffeurs de taxi haïtiens, comme plus largement la communauté haïtienne, ont occupé une place importante dans l'histoire sociale et intellectuelle du Québec[89].

À partir de 1974, des chauffeurs haïtiens ont commencé à travailler dans l'industrie du taxi à Montréal. Malgré les longues heures et le salaire minimum, leur nombre est passé de 300 à 800 entre 1978 et 1982. La récession des années 80 a réduit la valeur des licences de taxi et les revenus des propriétaires, augmentant les tensions raciales dans le secteur. En 1982, La Presse a souligné comment la crise économique intensifiait les tensions raciales dans le secteur du taxi[88].

Protestations et Solidarité

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Le , la Commission des Droits de l'Homme (CDPQ) a décidé indépendamment de mener une enquête publique et générale sur l'industrie du taxi à Montréal en raison de nombreuses accusations de discrimination raciale impliquant divers acteurs du secteur. Cette décision a été influencée, entre autres facteurs, par de profondes répercussions dans les Caraïbes anglophones et l'expulsion de certains étudiants du Canada[10].

En juin et , les rues de Montréal étaient remplies de manifestants, pour la plupart des chauffeurs de taxi d'origine haïtienne, exprimant leur mécontentement[88]. Ils tenaient des banderoles devant le palais de justice avec des messages s'adressant aux gouvernements et à la communauté, tels que « Bonjour! Ottawa Québec Montréal. Assumez vos responsabilités » et « Vouloir être fort et libre au Québec ». La principale raison des protestations était de dénoncer le racisme et la discrimination dans l'industrie du taxi de Montréal, en plein milieu d'une crise économique qui affectait également le secteur du taxi[88].

Le rapport final, présenté à l'automne 1984, traitait des conclusions sur la discrimination individuelle et systémique directe et proposait des recommandations pour traiter ces problèmes. Il fournissait également une analyse détaillée du cadre législatif, réglementaire et administratif régissant l'industrie du taxi de Montréal et examinait les opérations des entités gouvernementales connexes, proposant des solutions législatives et réglementaires[10].

L'enquête a révélé que le racisme dans cette industrie était utilisé comme un outil de concurrence déloyale et que, dans ce contexte, il indiquait des problèmes structurels affectant l'industrie bien avant l'arrivée significative de chauffeurs noirs, principalement d'origine haïtienne. Ce racisme, intensifié par la couleur de peau, n'était qu'un aspect d'un problème plus vaste[10]. À la suite de cette enquête, d'importantes mesures gouvernementales ont été adoptées, entraînant une nette amélioration dans l'industrie du taxi. Parmi les actions mises en évidence figurait un plan de rachat de licences de taxi par le gouvernement. Grâce à ces mesures, la situation de tous les travailleurs du secteur s'est améliorée, pas seulement celle des chauffeurs noirs. Cette enquête a souligné l'importance de s'attaquer et de combattre le racisme dans tous les domaines et la nécessité d'une réglementation et d'une action gouvernementale pour garantir l'équité et la justice[10].

Défilé de la Fête nationale du Québec 2017

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Le défilé de la Fête nationale du Québec de 2017 suscite une controverse après la diffusion d'une vidéo, rapidement virale, montrant un char allégorique tiré par des adolescents noirs autour duquel dansent des femmes blanches, scène que de nombreux spectateurs jugent évocatrice de rapports historiques d'oppression[90]. Publiée sur Facebook avec le commentaire « Je doute que les organisateurs aient compris le concept de diversité », la vidéo est vue plus d'un million de fois en moins de vingt-quatre heures et alimente le mot-clic #villeneuvegate[90].

Le comité organisateur juge les critiques « disproportionnées » : son président, Maxime Laporte, défend la diversité du défilé et évoque une « coïncidence », tandis que Steve Lubin, entraîneur des adolescents de l'institut Louis-Joseph-Papineau, regrette que « les gens se concentrent davantage sur la couleur que sur les participants »[90].

Racisme envers les Latinos

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L'analyse des situations vécues par les travailleurs et résidents latino-américains au Québec mobilise plusieurs registres distincts : exploitation économique, vulnérabilité juridique liée au statut migratoire temporaire, frictions interculturelles, et discrimination à composante raciale ou ethnique au sens strict. La littérature universitaire (notamment l'anthropologue Marie-Claude Haince) souligne que ces registres ne se réduisent pas l'un à l'autre, même lorsque leurs effets se renforcent mutuellement[91]. La présente section décrit des situations documentées dans chacun de ces registres ; le caractère spécifiquement raciste d'une partie d'entre elles est l'objet de débats dans les sources citées.

Ouvriers agricoles

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Ferme à Saint-Damase, Montérégie (Québec).

Les conditions de vie et de travail des travailleurs agricoles temporaires latino-américains au Québec sont étudiées notamment par l'anthropologue Marie-Claude Haince, qui analyse comment le statut juridique restrictif (Programme des travailleurs agricoles saisonniers, PTAS) place ces travailleurs dans une situation de vulnérabilité structurelle distincte du racisme proprement dit, tout en pouvant en aggraver les effets[91],[92]. La représentation des ouvriers agricoles dans la société québécoise évolue en fonction des vagues d'embauche ; certaines analyses soulignent la coexistence d'une valorisation économique (« main-d'œuvre indispensable ») et d'une mise à distance sociale (« externe à la communauté ») susceptible de produire des stéréotypes. Depuis l'arrivée des travailleurs temporaires, en particulier d'origine latino-américaine, au Québec, des attitudes discriminatoires et réjectantes ont été observées de certains secteurs de la population, souvent basées sur des préjugés raciaux et culturels[92]. Ces attitudes se manifestaient de diverses manières, des commentaires péjoratifs dans la vie quotidienne aux décisions politiques et de travail marginalisant ces travailleurs. Pourtant, en même temps, le besoin de ces ouvriers dans l'industrie agricole était indéniable, leur travail acharné permettant à l'agro-industrie québécoise de prospérer[92].

À partir des années 1980, l'embauche saisonnière de travailleurs non-québécois dans les fermes maraîchères de la Montérégie s'intensifie ; l'arrivée de travailleurs mexicains via les programmes PTET et PTAT prolonge la durée de leur présence et accroît leur visibilité dans la communauté[92]. Une étude exploratoire menée à Saint-Rémi en 2019 par l'anthropologue Aaraón Díaz Mendiburo documente une représentation duale chez certains résidents (main-d'œuvre perçue à la fois comme indispensable et comme « extérieure » à la communauté), ainsi que la circulation d'un vocabulaire d'altérité (« étrangers », « invasion ») dans le débat local sur l'usage des espaces publics[92]. L'auteur attribue à ces représentations un effet structurel sur les conditions de vie et de travail, mais souligne que sa portée empirique est limitée à un terrain local et ne saurait à elle seule étayer une généralisation à l'ensemble du Québec[92].

Autres situations documentées

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En , le Centre des travailleurs immigrants de Montréal demande l'autorisation d'un recours collectif contre le traiteur aérien Newrest et l'agence de recrutement Trésor, au nom de plus de 400 travailleurs étrangers majoritairement hispanophones qui auraient été recrutés sur la promesse de permis de travail jamais délivrés ; présentée comme une fraude à l'embauche, l'affaire n'allègue pas de motivation raciale[93].

En 2017, une consultation sur la discrimination systémique et le racisme, proposée par l'aile jeunesse du Parti libéral du Québec, suscite l'opposition du Parti québécois et de la Coalition avenir Québec, qui jugent les termes « discrimination systémique » et « racisme » stigmatisants pour la population, avant que son mandat ne soit confié à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse et l'initiative renommée « Forum sur la valorisation de la diversité et la lutte contre la discrimination »[94].

Politiques linguistiques

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Politiques de francisation et insécurité linguistique

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La question des politiques de francisation au Québec, en particulier dans leur dimension touchant les immigrants, a fait l'objet de débats interprétés tantôt comme une protection légitime d'une langue minoritaire en Amérique du Nord, tantôt comme une politique d'assimilation. La distinction juridique entre discrimination linguistique et discrimination raciale est constamment rappelée dans la littérature universitaire et n'est pas neutralisée par les corrélations statistiques observées entre origine ethnique et langue maternelle[95].

Selon l'écrivain Marco Micone (Le Devoir, 2017), l'insécurité culturelle des francophones de patrimoine canadien-français découle en partie de leur statut minoritaire au Canada et en Amérique du Nord ; elle s'est traduite par un discours mobilisateur de défense de la langue française, qu'il distingue d'un discours anti-immigrant[95].

Loi 96 : Protection linguistique

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La loi 96, intitulée Loi sur la langue officielle et commune du Québec, le français et adoptée par l'Assemblée nationale du Québec en 2022, modifie la Charte de la langue française pour renforcer le statut du français comme langue d'usage dans l'administration, la justice, l'enseignement collégial et les petites entreprises. Une de ses dispositions les plus discutées prévoit que les nouveaux arrivants devront, après un délai de six mois, accéder aux services publics provinciaux en français, sauf dans les cas prévus par la loi[96].

Préoccupations exprimées par les organisations communautaires

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Plusieurs organismes communautaires montréalais œuvrant auprès des immigrants, des travailleurs migrants et des réfugiés ont publiquement exprimé des préoccupations quant à l'effet potentiel de la loi sur les communautés racisées et allophones. Pour Evelyn Calugay, directrice de l'organisme PINAY (défense des droits des travailleuses philippines), de nombreuses personnes nouvellement arrivées occupent des emplois précaires qui leur laissent peu de temps pour suivre des cours de français ; Rose Ndjel, directrice d'Afrique au Féminin à Parc-Extension, note pour sa part que la loi peut affecter des familles installées depuis des années, jusqu'à conduire des enfants à manquer l'école pour servir d'interprètes à leurs parents ou grands-parents ; Mostafa Henaway, du Centre des travailleurs immigrants, estime que la combinaison entre les nouvelles exigences linguistiques et le recours croissant aux travailleurs étrangers temporaires fragilise un même public, sans encadrement équivalent[97].

Position gouvernementale

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Le premier ministre François Legault a soutenu que la loi est nécessaire à la pérennité du français au Québec et a indiqué que son gouvernement a fait passer la proportion de candidats francophones dans les admissions provinciales sélectionnées par le Québec de 55 % à 84 %, alors que le pourcentage des admissions francophones décidées par le gouvernement fédéral reste autour de 50 %[97].

Notes et références

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Articles connexes

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Bibliographie

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Ouvrages généraux

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Esclavage et histoire coloniale

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Communautés noires et haïtiennes au Québec

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Politiques linguistiques, laïcité et islamophobie

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  • Solange Lefebvre (dir.) et Patrice Brodeur (dir.), La transformation des religions et leurs débats publics au Québec, Québec, Presses de l'Université Laval, (ISBN 978-2-7637-3387-6)
  • Leila Celis (dir.), Dia Dabby, Dominique Leydet et Vincent Romani, Modération ou extrémisme ? Regards critiques sur la loi 21, Presses Universitaires de Laval, (ISBN 978-2-7637-4975-4, lire en ligne)
  • Jocelyn Maclure et Charles Taylor, Laïcité et liberté de conscience, Montréal, Boréal, (ISBN 978-2-7646-2007-6)
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  • Leila Benhadjoudja, « Laïcité narrative et sécularonationalisme au Québec à l'épreuve de la race, du genre et de la sexualité », Studies in Religion/Sciences Religieuses, vol. 46, no 2,‎ (DOI 10.1177/0008429817697281)
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Stérilisations forcées

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  • Karen Stote, « La législation et la pratique de la stérilisation forcée des femmes autochtones au Canada », Recherches féministes, vol. 27, no 2,‎ , p. 83-100 (DOI 10.7202/1028119ar, lire en ligne)

Liens externes

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