Rainer Eckert
Rainer Eckert, né le à Potsdam, est un historien et politologue allemand. Spécialiste de l'histoire du XXe siècle, il a consacré l'essentiel de ses travaux au national-socialisme, à l'émigration allemande sous le Troisième Reich, à la dictature du Parti socialiste unifié en République démocratique allemande, ainsi qu'aux formes d'opposition, de répression politique et de surveillance étatique. Après 1989, il s'est imposé comme un acteur majeur de la médiation publique de l'histoire contemporaine en Allemagne, notamment par son travail muséal et institutionnel, et il a dirigé le Zeitgeschichtliches Forum Leipzig de 1997 à 2015.
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Artur Becker Medal in Bronze (d) () Ordre du Mérite de l'État libre de Saxe () Chevalier de l'ordre du Mérite de la République fédérale d'Allemagne |
Jeunesse et formation en RDA
modifierRainer Eckert grandit à Potsdam dans le contexte politique et social de la République démocratique allemande d'après-guerre. Il effectue sa scolarité dans sa ville natale et obtient son Abitur en 1968. Dès la fin des années 1960, il manifeste une attitude critique à l'égard du régime est-allemand. En 1968, il vote contre la Constitution de la République démocratique allemande et participe à des actions de protestation, notamment contre l'intervention militaire du Pacte de Varsovie en Tchécoslovaquie en . Ces prises de position pèsent sur ses perspectives d'études et de carrière dans un système où l'accès aux trajectoires universitaires est étroitement lié à la conformité politique.
Admis initialement dans une formation d'enseignant, il y renonce pour des raisons politiques. Après une année de travail comme aide-archiviste, il entreprend des études d'archivistique et d'histoire à l'université Humboldt de Berlin-Est de 1969 à 1972[1]. En 1972, il est exclu de l'université à la suite de persécutions politiques et se voit imposer une interdiction de séjour à Berlin[2]. Il travaille ensuite dans une entreprise de construction de 1972 à 1975, occupant différents emplois ouvriers et administratifs, tout en achevant un cursus par correspondance et en poursuivant un travail intellectuel autonome[3].
Son parcours de jeunesse est également marqué par des expériences familiales liées à la division allemande. Sa grand-mère maternelle réside à Berlin-Ouest et, à plusieurs reprises, son état de santé nécessite une hospitalisation. Les démarches entreprises par la famille pour obtenir des autorisations de visite se heurtent aux restrictions de circulation, ce qui limite fortement les contacts personnels. Eckert évoque rétrospectivement ces épisodes comme une confrontation précoce avec l'arbitraire bureaucratique et avec les conséquences humaines de la séparation entre les deux États allemands[4].
Durant ces années, le ministère de la Sécurité d'État mène des enquêtes à son encontre pour agitation hostile à l'État et formation de groupes hostiles. Malgré diverses tentatives de pression, aucune collaboration ne s'instaure. Jusqu'à la fin des années 1980, ces circonstances freinent son insertion institutionnelle dans les structures universitaires et scientifiques de la République démocratique allemande[5].
Parcours académique
modifierÀ partir de 1975, Rainer Eckert parvient progressivement à rejoindre des institutions scientifiques. Il travaille d'abord comme assistant scientifique, puis comme collaborateur scientifique au Zentralinstitut für Geschichte de l'Académie des sciences de la République démocratique allemande, où il devient ensuite chercheur[6]. Ses travaux portent sur l'histoire du national-socialisme, l'antisémitisme, la persécution et la résistance, ainsi que sur la politique d'occupation allemande pendant la Seconde Guerre mondiale. Dans le contexte est-allemand, la recherche historique est encadrée par le marxisme-léninisme officiel, ce qui influe sur les cadres d'analyse et sur les conditions de publication.
En 1984, il obtient le doctorat avec un travail intitulé « Die leninsche Imperialismustheorie als Grundlage der marxistisch-leninistischen Analyse des Faschismus », portant sur la théorie léniniste de l'impérialisme comme fondement de l'analyse marxiste-léniniste du fascisme[4].
Après la chute du mur de Berlin et la réunification allemande, Eckert participe à la transformation des structures de recherche issues de la République démocratique allemande. Il occupe de 1990 à 1991 le poste de directeur adjoint de l'Institut pour l'histoire allemande. De 1992 à 1996, il est assistant universitaire à l'Institut des sciences historiques de l'université Humboldt de Berlin. Il soutient son habilitation en 2001 à l'Otto-Suhr-Institut de sciences politiques de la Freie Universität Berlin. Il enseigne ensuite l'histoire contemporaine et la science politique, notamment à Berlin et à Leipzig. À partir de 2006, il est professeur extraordinaire de sciences politiques à l'université de Leipzig[6].
En parallèle de son activité universitaire, il joue un rôle important dans la mise en récit publique de l'histoire contemporaine. À partir de 1997, il dirige le groupe de projet de Leipzig, puis le Zeitgeschichtliches Forum Leipzig, institution rattachée à la Stiftung Haus der Geschichte der Bundesrepublik Deutschland. Il occupe cette fonction jusqu'en 2015. Sous sa direction, le Forum développe des expositions permanentes et temporaires consacrées à la République démocratique allemande, à la division allemande, à la Révolution pacifique de 1989 et aux transformations sociales de l'Allemagne réunifiée. Son action vise à articuler recherche, sources d'archives, témoignages et dispositifs pédagogiques, afin de rendre accessible au grand public une histoire longtemps controversée[6].
Appartenances associatives
modifierRainer Eckert participe à la vie scientifique et mémorielle à travers plusieurs engagements. Il est membre du comité directeur de l'Unabhängiger Historikerverband à Berlin de 1993 à 1996. Il exerce des responsabilités au sein de la Kurt-Schumacher-Gesellschaft à Bonn de 1996 à 2005, notamment comme vice-président fédéral. Il est membre du conseil d'administration de la Gesellschaft für Deutschlandforschung à Bonn de 1998 à 2002. Depuis 2014, il siège au conseil de fondation de la Stiftung Ettersberg. Il participe également à des comités scientifiques et à des instances de politique mémorielle en lien avec l'histoire de la République démocratique allemande et avec la comparaison des dictatures européennes.
Distinctions
modifier- 1968 : Lettre de reconnaissance du ministre de l'Intérieur et chef de la Police populaire allemande (Deutsche Volkspolizei) pour un grand sens des responsabilités et un courage personnel exceptionnel lors du sauvetage d'une personne en danger de mort
- 1973 : Médaille Artur-Becker en bronze
- 1991 : Prix de soutien du ministre fédéral de la Recherche et de la Technologie pour des scientifiques de la RDA
- 1991 : Boursier Humboldt et Krupp
- 2004 : Prix des citoyens pour l'unité allemande
- 2008 : Médaille constitutionnelle de la Saxe
- 2009 : Croix fédérale du Mérite sur ruban
- 2009 : Certificat d'honneur du SPD pour les membres de la social-démocratie est-allemande durant sa phase fondatrice
- 2009 : Prix du tourisme de Leipzig
- 2014 : Médaille de reconnaissance du Centre européen Solidarnosc à Gdańsk
- 2014 : Distinction pour les fondateurs de la social-démocratie est-allemande
- 2018 : Prix d'honneur du mémorial de l'ancien centre fermé de rééducation pour jeunes de Torgau
- 2019 : Certificat d'honneur pour un engagement particulier au sein du Parti social-démocrate d'Allemagne
- 2020 : Ordre du Mérite de l'État libre de Saxe
- 2020 : Ordre du Mérite de l'État libre de Thuringe[7]
Notes et références
modifier- ↑ (de) « Rainer Eckert », sur Leipziger Universitätsverlag (consulté le )
- ↑ (de) « Rainer Eckert – ein kritischer Geist in der DDR », sur Archiv der Bürgerbewegung (consulté le )
- ↑ (de) Rainer Eckert, Leben im Osten, Halle, mitteldeutscher Verlag, , 649 p. (ISBN 978-3-96311-487-8), p. 187-195
- 1 2 (de) Rainer Eckert, Leben im Osten, Halle, mitteldeutscher Verlag, , 649 p. (ISBN 978-3-96311-487-8), p. 362
- ↑ (de) Rainer Eckert, Leben im Osten, Zwischen Potsdam und Ost-Berlin 1950-1990, Halle, mitteldeutscher Verlag, , 649 p. (ISBN 978-3-96311-487-8), p. 1-106
- 1 2 3 (de) « Rainer Eckert », sur Zeitzeugenbüro (consulté le )
- ↑ La liste des distinctions est reprise de l'article de Wikipédia en allemand
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- Opposition, Widerstand und Revolution : Widerständiges Verhalten in Leipzig im 19. und 20. Jahrhundert, Halle (Saale), Mitteldeutscher Verlag, 2014.
- Kommunistische Diktatur in der DDR und 20 Jahre Erinnerungsarbeit : Eine Auswahlbibliographie zu Widerstand, Opposition und politischer Repression, Berlin, Bundesstiftung zur Aufarbeitung der SED-Diktatur, 2011.
- Wohin treibt die DDR-Erinnerung ? Dokumentation einer Debatte, sous la direction de Martin Sabrow, Rainer Eckert et Monika Flacke, Göttingen, Wallstein Verlag, 2007.
- Von Deutschland Ost nach Deutschland West : Oppositionelle oder Verräter ?, sous la direction de Uwe Schwabe et Rainer Eckert, Leipzig, Leipziger Universitätsverlag, 2003.
- Halbherziger Revisionismus : Zum postkommunistischen Geschichtsbild der PDS, sous la direction de Rainer Eckert et Bernd Faulenbach, Munich, Oldenbourg, 1996.
- Krise – Umbruch – Neubeginn : Eine kritische und selbstkritische Dokumentation der DDR-Geschichtswissenschaft 1989/90, sous la direction de Rainer Eckert, Wolfgang Küttler et Gustav Seeber, Stuttgart, Franz Steiner Verlag, 1992.
- Wendezeiten – Zeitenwände : Zur « Entnazifizierung » und « Entstalinisierung », sous la direction de Rainer Eckert, Alexander von Plato et Jörn Schütrumpf, Hambourg, VSA-Verlag, 1991.
Liens externes
modifier- Publications de et sur Rainer Eckert dans le catalogue de la Bibliothèque nationale allemande
- Curriculum vitae sur le site de la « Fondation fédérale pour l'étude de la dictature du SED » (Bundesstiftung Aufarbeitung)
- Rainer Eckert sur le site de l'Université de Leipzig (version archivée du sur Internet Archive)
- Entretien avec Rainer Eckert pour la Deutsche Welle
- Entretien avec Rainer Eckert sur la Révolution pacifique de 1989
- Rainer Eckert sur le portail des témoins contemporains (Zeitzeugenportal)
