Raymond P. Hutchinson

naturaliste canadien

Raymond P. Hutchinson ( – ) est un entomologiste amateur, naturaliste, enseignant et auteur québécois. Il est reconnu pour ses contributions majeures à l'odonatologie (étude des libellules) et à l'aranéologie (étude des araignées) au Québec. Pionnier de la vulgarisation scientifique sur les insectes aquatiques, il a profondément influencé une génération de naturalistes amateurs et professionnels grâce à ses publications, ses activités pédagogiques dans les camps d'été et son engagement au sein d'associations entomologiques.

Biographie

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Jeunesse et formation

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Raymond Hutchinson naît le à Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick, d'une mère canadienne-française et d'un père britannique immigré au Canada. Il a environ six ans lorsque sa famille déménage à Montréal. Il effectue ses études primaires et secondaires principalement en français, sauf une année dans un collège anglophone, conformément au souhait de ses parents de préserver son bilinguisme[1],[2].

Il complète son cours classique au Séminaire des Saints-Apôtres à Côte-Sainte-Catherine de Laprairie et suit des cours au baccalauréat ès Arts à l'Université de Montréal. En 1961, il obtient un brevet d'enseignement lui permettant d'exercer au niveau secondaire. En 1962, il se voit décerner un diplôme de compétence en traduction par l'Institut de Traduction de l'Université de Montréal, en plus de suivre des cours de littérature anglaise à l'Université Concordia pour son enrichissement personnel[1].

Carrière d'enseignant

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Raymond Hutchinson enseigne diverses matières — anglais, sciences et religion — aux niveaux secondaire I, II et III pendant une vingtaine d'années. Il commence sa carrière au Collège Saint-Viateur à Outremont (Montréal), puis se consacre de 1972 à 1981 au Collège Bourget à Rigaud, deux établissements gérés par les Clercs de Saint-Viateur. Au sein de ces institutions, il anime d'innombrables activités parascolaires en sciences naturelles, portant principalement sur les protozoaires et les insectes aquatiques. Il participe également à la fondation de l'organisme Jeunes du Monde, contribue à l'aménagement d'un laboratoire naturaliste au Collège Bourget et y animera de 1972 à 1981 le Club des Jeunes Biologistes du père Louis Genest[1].

Traducteur et technicien scientifique

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De 1983 à 1986, il occupe un poste de traducteur au ministère fédéral de l'Environnement à Gatineau, ville où il déménage en raison de ce travail. Fort de son expérience amateur en entomologie, il est ensuite employé de 1986 à 1997 par Agriculture et Agroalimentaire Canada au Centre de recherches biosystématiques à Ottawa (aujourd'hui Centre de recherches de l'Est sur les céréales et oléagineux), où il effectue diverses tâches techniques reliées aux collections entomologiques, aranéologiques et mycologiques, ainsi qu'à la banque phytogénétique. À sa retraite en 1997, il poursuit bénévolement ce travail jusqu'en 2015 à la Collection nationale canadienne d'insectes, d'arachnides et de nématodes (CNC), l'une des cinq plus grandes collections du genre dans le monde[1].

Activités pédagogiques dans les camps d'été

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Raymond Hutchinson a fait de l'éducation aux sciences naturelles la cause de toute une vie. La congrégation des clercs de Saint-Viateur, particulièrement active au Québec dans la promotion des sciences naturelles, a exercé une influence importante. Parmi les personnages marquants de cette congrégation, signalons les frères Adrien Robert [1906−1964], Joseph-Clovis Ouellet [1869−1952], Léo Brassard [1954−2019], Wilfrid Gaboriault [1913−2004] et André Larochelle ainsi que les pères Louis Genest [1923−2023] et Jean-Baptiste Genest [1927−2015]. C'est notamment sous l'influence de ce dernier, que Raymond Hutchinson s'investit à partir de 1965 comme animateur en sciences naturelles au Camp d'écologie Saint-Viateur (appelé ERE de l'Estuaire depuis 2002), situé sur la rive sud du havre du Port au Saumon en Charlevoix. Il participe également à l'animation du Centre écologique de Port-au-Saumon, fondé en 1969 par le père Louis Genest sur le cap de l'autre rive du même havre. Durant ses années d'enseignement, il alterne entre les deux camps lors de séjours de deux à quatre semaines ; au cours des 40 dernières années de sa vie, il se consacre exclusivement au Camp Saint-Viateur, où il enseigne aux jeunes campeurs la biologie marine, la microscopie et l'entomologie[1].

En outre, pendant une dizaine d'étés au tournant des années 1980, il anime des stages de découverte de la nature soutenus par les Cercles des Jeunes Naturalistes, notamment aux camps Adrien-Rivard à Chertsey (Lanaudière) et à Saint-Jovite (Laurentides).

Dès 1973, Raymond Hutchinson est engagé au sein de l'Association des Entomologistes Amateurs du Québec (AEAQ). dans le mouvement Il est aussi rédacteur du bulletin Nouv'Ailes de l'AEAQ de 1999 à 2005[1].

Naturaliste

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Raymond Hutchinson a été un naturaliste dont l'approche pédagogique et scientifique a reposé sur une méthodologie rigoureuse et structurée. Sur le plan de la formation, il a préconisé un cycle complet allant de la documentation à la communication, en passant par l'observation, la collecte, l'identification et la publication. Il a insisté sur la maîtrise du lexique entomologique et sur la qualité de l'expression écrite et orale. Il a considéré comme indispensables la constitution d'outils taxinomiques actualisés ainsi que l'établissement d'un état des connaissances faunistiques propre au territoire étudié, n'ayant pas hésité à les élaborer lui-même en l'absence de références existantes. Le naturaliste accompli, selon lui, se devait de disposer d'une bibliothèque fournie, d'équipements de terrain, de carnets de notes, d'un laboratoire personnel, d'une collection de référence et d'un outil de rédaction — dactylo ou ordinateur[1].

Sur le plan scientifique, Raymond a privilégié la méthode inductive, caractéristique de la démarche naturaliste classique : partant d'une observation issue de la littérature savante, il s'est rendu sur le terrain — souvent accompagné de jeunes naturalistes ou d'un compagnon d'excursion régulier — afin de vérifier, nuancer ou infirmer le phénomène étudié. Cette démarche l'a amené à remettre en question les techniques établies et les idées reçues, sur la base de faits nouveaux recueillis avec rigueur[1].

Raymond Hutchinson est mort dans la nuit du , à l'âge de 82 ans, à Gatineau. Selon ses dernières volontés, une partie de ses cendres est répandue dans le havre du Port au Saumon dans Charlevoix lors d'une cérémonie commémorative tenue le , ainsi que dans la tourbière Chapelle avoisinante[1],[2],[3].

Travaux scientifiques

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Odonatologie

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L'intérêt de Raymond Hutchinson pour les libellules (Odonates) s'éveille au début des années 1970. Influencé par l'entomologiste André Larochelle[4], il s'engage dès 1973 dans le mouvement amateur propulsé par la fondation de l'Association des Entomologistes Amateurs du Québec (AEAQ)[1].

En 1975, avec Larochelle, il fonde le périodique Cordulia et ses suppléments, qui paraîtront jusqu'en 1980 en six volumes totalisant 804 pages. Cette publication attire jusqu'à 200 abonnés, dont une cinquantaine d'instituts et de sociétés scientifiques à travers le monde, et permet à de jeunes entomologistes de publier leurs premiers travaux en français[1].

En 1977, il publie deux ouvrages de référence fondamentaux :

Catalogue des libellules du Québec (Cordulia, Supplément 3, coécrit avec André Larochelle) ;

Manuel d'identification des libellules du Québec (Cordulia, Supplément 4), initialement tiré à 100 exemplaires mais qui s'écoule à environ 1 200 copies, représentant une véritable innovation pour l'initiation à l'étude de ce groupe d'insectes[1].

Pour les Cercles des jeunes naturalistes (CJN), il rédige en 1976 trois feuillets d'activités portant sur la chasse aux adultes et la pêche aux naïades — alors les seuls documents vulgarisés en français sur la biologie des libellules depuis le livre Les libellules du Québec d'Adrien Robert[5],[6]. Il rédige également une cinquantaine d'articles de vulgarisation en entomologie pour la revue des CJN, et effectue plus de 250 représentations dans les écoles primaires et secondaires sous l'égide de l'organisme Les Innovateurs à l'école[1].

À partir de 1989, après une période d'orientation vers l'aranéologie, il reprend ses activités odonatologiques et publie jusqu'à la fin de sa vie plus de 70 nouveaux articles faunistiques sur les libellules. Il documente notamment la richesse de l'odonatofaune de l'Outaouais, de Charlevoix et de la Gaspésie. Sa description originale de la naïade de la Somatochlora brevicincta (cordulie de Robert), réalisée avec Benoît Ménard en 2000, constitue une contribution taxinomique reconnue par la communauté scientifique internationale[1].

En 2016, il co-publie avec Benoît Ménard le guide Naïades et exuvies des libellules du Québec : clé de détermination des genres[7],[8]. Il participe également aux rencontres annuelles de l'Initiative pour un atlas des libellules du Québec (2009–2019).

Ses contributions à la connaissance des odonates du Québec sont soulignées dans la liste taxinomique des odonates du Canada publiée en 2024[9].

Aranéologie

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Vers la fin des années 1980, Raymond Hutchinson découvre les araignées et s'y consacre avec la même rigueur naturaliste. De 1986 à 1997, il étudie intensivement les araignées du Québec tout en maintenant ses activités odonatologiques[1].

En 1992, avec Gilbert Bélanger et l'appui des taxinomistes Charles Dondale et Jim Redner de la CNC, il publie la Liste annotée des araignées (Araneae) du Québec , répertoriant 548 espèces après trois années de compilation et d'identification. La même année, il contribue à la fondation de l'Association des arachnologues du Québec[10] et au lancement du périodique semestriel Pirata[1].

En 1994, il co-publie avec Bélanger la Liste annotée des Araignées (Araneae) susceptibles de se trouver au Québec (171 espèces). Son article de 1990, « Premier aperçu sur les araignées (Araneae) du Québec » (Fabreries 15(5):90–104), constitue un texte majeur sur l'histoire de l'aranéologie au Québec. Il rédige par la suite pas moins de 78 articles à titre d'auteur ou de co-auteur, dont une trentaine d'additions d'espèces à la liste de la province[1].

Il anime également de 2007 à 2009, avec Claude Simard et Denis Turcotte, un stage de perfectionnement sur l'inventaire et l'identification des araignées. Ses efforts, combinés à ceux de Pierre Paquin et Nadine Dupérré (qui publient en 2003 le Guide d'identification des araignées du Québec, Fabreries, Supplément 11), propulsent l'aranéologie québécoise à un niveau exceptionnel, reconnu internationalement[1]. Une nouvelle édition est parue en 2026[11].

Publications scientifiques

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Distinctions

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Notes et références

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  1. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 Michel Savard, « Raymond Hutchinson, l'érudit naturaliste des libellules et des araignées (1937–2020) », Hutchinsonia, vol. 1,‎ , p. 51–57 (lire en ligne, consulté le )
  2. 1 2 Michel Savard, « Raymond Hutchinson (1937-2020) : un ténor des sciences naturelles », Le Naturaliste canadien, vol. 145, no 1,‎ , p. 48–50 (DOI 10.7202/1077993ar)
  3. ↑ Claude Simard, « La dernière demeure des cendres… Hommage à Raymond Hutchinson », Nouv'Ailes, vol. 30, no 2,‎ , p. 20 (lire en ligne)
  4. ↑ « Raymond Hutchinson | IQBIO » (consulté le )
  5. ↑ Adrien Robert, Les libellules du Québec, Québec, Service de la Faune, Bulletin 1, Ministère du Tourisme, de la chasse et de la pêche, , 223 p. (lire en ligne)
  6. ↑ Paul Benoit, René Beique, Jean-Paul Laplante et Michel Savard, « Additions et corrections », dans Les Libellules du Québec, (lire en ligne)
  7. ↑ Raymond Hutchinson et Benoît Ménard, Naïades et exuvies des libellules du Québec : clé de détermination des genres, Saguenay, Entomofaune du Québec (EQ) inc., , 71 p.
  8. ↑ Lise Chiricota, « Lancement du guide Naïades et exuvies », sur YouTube, (consulté le )
  9. ↑ (en) Robert A. Cannings, John Klymko, Paul M. Catling et Michel Savard, « The Dragonflies and Damselflies (Insecta: Odonata) of Canada: species list, geographical distribution, status, and conservation ranks », Zootaxa, vol. 5410, no 1,‎ , p. 1–48 (ISSN 1175-5334, DOI 10.11646/zootaxa.5410.1.1, lire en ligne, consulté le )
  10. ↑ L'association est radiée d'office le 8 mai 1998 par le registraire des entreprises du Québec (NEQ 1143290345) https://www.registreentreprises.gouv.qc.ca/ (consulté le 17 mars 2026)
  11. ↑ Pierre Paquin et Nadine Dupérré, Les Araignées du Québec, Natureweb, , 340 p.

Voir aussi

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