Rennes nageant

sculpture magdalénienne en ivoire

Les Rennes nageant, aussi appelés Deux rennes nageant ou Rennes se suivant, sont une sculpture en ivoire datant d'environ 11 000 ans av. J.-C. Découverte en deux morceaux vers 1866 dans l'abri Montastruc en Tarn-et-Garonne, elle n'est reformée qu'en 1905. Elle est désormais conservée au British Museum et est sélectionnée dans les années 2010 pour le projet Une histoire du monde en cent objets.

Rennes nageant
Artiste
InconnuVoir et modifier les données sur Wikidata
Date
XIe millénaire av. J.-C.Voir et modifier les données sur Wikidata
Matériau
Dimensions (H × L × l)
3 × 20,7 × 2,7 cmVoir et modifier les données sur Wikidata
Lieu de découverte
Localisation

Description

modifier

La sculpture représente deux rennes imbriqués l'un dans l'autre. Ils sont en train de nager : ils doivent relever leur tête et leurs bois, et leurs jambes sont tendues, donnant l'impression qu'ils effectuent un effort. Le renne placé à l'avant est une femelle, reconnaissable à sa taille plus réduite et à ses mamelons, et celui situé à l'arrière est un mâle, comme en témoignent ses bois imposants et un appareil génital sculpté en-dessous. Le soin accordé aux détails est important et il est possible de reconnaître le sternum ou encore les côtes des deux animaux[1].

Un renne nageant dans la Laisälven en 2017.

La sculpture mesure 20,7 cm de long, 3 cm de haut, et 2,7 cm de large[2].

Histoire

modifier

Création

modifier

La sculpture est créée dans de l'ivoire lors du Magdalénien, vers 11 000 ans av. J.-C.[2]. Le sculpteur utilise le bout d'une défense de mammouth, probablement d'une femelle ou d'un jeune[3]. Plusieurs outils en pierre sont utilisés pour couper l'ivoire, tailler les contours des rennes et sculpter les principaux éléments. Une fois les formes terminées, un mélange de poudre d'oxyde de fer et d'eau est utilisé pour le polir. Enfin, un dernier outil permet d'inciser précisément les détails, comme ceux des yeux[1].

Découverte

modifier
Abris sous les châteaux de Bruniquel en 1889.

Les Rennes nageant sont découverts entre 1866 et 1868 dans l'abri Montastruc, une cavité située dans la commune de Bruniquel en Tarn-et-Garonne. Elle fait partie d'un ensemble d'abris sous roche enfoncés dans la falaise en roche calcaire du Jurassique située sous les châteaux de Bruniquel. L'abri Montastruc est fouillé à partir d'octobre 1866 par Peccadeau de l’Isle, un employé de la Compagnie du chemin de fer de Paris à Orléans envoyé pour superviser la construction d'un chemin de fer le long de l'Aveyron. Il y trouve la sculpture séparée en deux morceaux sans créer un lien entre les deux. Cette découverte atteste néanmoins que les hommes du paléolithique côtoyaient les rennes et les mammouths, qui avaient disparu depuis longtemps d'Europe de l'Ouest[2],[4].

Dessins des Rennes nageant par Peccadeau de l'Isle en 1868.

Exposition en France

modifier

Les Rennes nageant sont exposés à l'exposition universelle de 1867 de Paris. Il est supposé qu'il s'agit de manches de poignards en silex, même si aucun élément ne permet de penser que des lames aient pu leur être attachées. Selon une autre hypothèse, il aurait pu s'agir de fragments de propulseurs mais les sculptures sont trop fragiles pour avoir eu une telle fonction[2]. En 1884, la sculpture est présentée à Toulouse[5].

Acquisition par le British Museum

modifier

Le British Museum acquiert en 1887 la collection de Peccadeau de l’Isle, dont les Rennes nageant, pour 500 livres sterling payés grâce à une donation de Henry Christy[6]. L'institution réunit en effet depuis les années 1860 des objets d'art du paléolithique supérieur en provenance d'Aquitaine. À l'époque, la sculpture est encore séparée en deux morceaux[7].

Les pattes arrières du renne mâle, situé au bout de la sculpture, se brisent durant ces premières décennies après sa découverte. En 1905, les pièces sont étudiées par Henri Breuil et ses dessins montrent que ces pattes ont disparu. Il est le premier à réaliser le lien entre les deux rennes. La sculpture, formée par l'assemblage des deux morceaux auparavant séparés, est alors complète à nouveau[2],[8].

Les Rennes nageant ne sont pas présentés au public au British Museum[2]. Il s'agit de la plus ancienne œuvre d'art présente dans les collections des musées britanniques. Elle est conservée dans une boîte spéciale, à la température contrôlée, et est rarement déplacée pour ne pas la fragiliser. Elle est sélectionnée dans les années 2010 pour faire partie du programme d'émissions Une histoire du monde en cent objets proposée par la BBC Radio 4 et le British Museum[1].

Les Rennes nageant.

Interprétation

modifier

Les animaux sont représentés à l'automne, comme en témoignent plusieurs éléments de la sculpture. Les rennes sont dépeints avec le gras qu'ils ont accumulé durant l'été, avec une fourrure plus épaisse en préparation de l'hiver ou encore avec des bois développés en perspective de la reproduction. Il s'agit aussi de la période de l'année durant laquelle les rennes migrent, suivis par les chasseurs pour qui ces animaux représentent un symbole important. Il ne semble cependant pas que l'abri Montastruc, où a été trouvée la sculpture, ait été utilisé durant l'automne. Il s'agissait plutôt d'un abri occupé durant le début de l'été[2].

La fonction de la sculpture reste aujourd'hui inconnue[2].

Notes et références

modifier
  1. 1 2 3 Neil MacGregor, « Swimming Reindeer », BBC Radio 4, Une histoire du monde en cent objets, (lire en ligne)
  2. 1 2 3 4 5 6 7 8 « The Swimming Reindeer », sur British Museum
  3. Cook 2010, p. 29.
  4. Cook 2010, p. 9.
  5. Cook 2010, p. 10.
  6. Cook 2010, p. 10-11.
  7. Franck Joubin, « Gaston Lachaise en préhistoire », Transatlantica, no 2, (DOI 10.4000/15i2b, lire en ligne)
  8. Cook 2010, p. 15.

Voir aussi

modifier

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie

modifier

Liens externes

modifier