Rex sacrorum

prêtrise de la religion romaine

Dans la Rome antique, le rex sacrorum (parfois appelé aussi rex sacrificulus) et son épouse, la regina sacrorum, sont un couple sacerdotal[1],[2],[3],[4].

Origine du rex sacrorum

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D'après la tradition annalistique romaine, le rex sacrorum ne préexisterait pas à la République : celle-ci l'aurait créé ex nihilo[5] et dès , après le départ de Tarquin le Superbe[6] ; d'après Tite-Live, il serait ab initio subordonné au pontifex maximus[7] ; sa création aurait été motivée par la nécessité de maintenir certains sacrifices et rites religieux auparavant effectués par le roi[6].

Après que le dernier roi, Tarquin le Superbe, eut été chassé de Rome, les fonctions politiques et religieuses du roi sont partagées entre deux nouveaux magistrats (les consuls) et un prêtre. Ce dernier, le rex sacrorum (en latin « roi des choses sacrées »), est strictement limité au domaine religieux, et on lui impose de renoncer à toute autre fonction, pour éviter le rétablissement éventuel du pouvoir royal[8].

Le rex sacrorum présente une forme très ancienne de la royauté : sacrale et annuelle. Il sacrifie à Janus lors des Agonalia du 9 janvier, donc au début de l'année astronomique et à Junon, en compagnie de son épouse, la regina, aux calendes, donc au début du mois. Sa fuite rituelle au regifugium coïncide avec la fin de l'année[9].

L'origine du rex sacrorum reste discutée. Pour le premier quart du XXe siècle, les critiques les plus citées de la tradition semblent être celles publiées par Aleksandr Koptev en , Charles Goldberg en , Michel Humm en et Fay Glinister la même année[10],[11]. Pour Koptev, nul roi de Rome n'aurait été un optimo jure rex (c'est-à-dire un roi doté à la fois de fonctions sacrées et politiques), car ils auraient tous été des reges sacrorum[10]. Pour Humm, comme pour Glinister, les trois derniers rois de Rome  Tarquin l'Ancien, Servius Tullius et Tarquin le Superbe  n'auraient été que des magistrats[10]. Pour Goldberg, le rex sacrorum aurait continué à jouer un rôle important dans la vie sociale et religieuse romaine aux IIIe et IIe siècles av. J.-C.[10].

Rôle religieux

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Le rex sacrorum doit être : patricien[12] ; fils de patriciens mariés selon le rituel de la confarreatio[13],[14] ; et être lui-même marié selon le même rituel[15]. Cependant, pour l'époque républicaine, nous connaissons au moins un rex sacrorum plébéien : M. Marcius, au milieu du IIIe siècle av. J.-C., d'après Tite-Live ; et Rex, cognomen adopté par certains Marcii à partir du début du IIe siècle av. J.-C., en serait le témoignage[16].

Le rex sacrorum est choisi par le grand pontife sur une liste de trois noms, vraisemblablement établie par les pontifes[17].

Le rex sacrorum est consacré à vie, par les mêmes rites que les anciens rois : inauguratio, par lequel l'augure impose sa main droite sur la tête du roi, et auspicatio, la prise des auspices[8].

Le rex sacrorum continue ainsi à remplir toutes les fonctions sacerdotales des anciens rois : il fait les sacrifices au foyer public ; il habite la Regia, et sa femme s'appelle regina. Il lui est rigoureusement interdit de joindre à ses prérogatives religieuses une magistrature qui donne quelque pouvoir politique, et s'il en possède quelqu'une avant d'être roi, il est tenu de s'en démettre.

L'historien romain Tite-Live relate qu'en 180 av. J.-C. le grand pontife Servilius aurait désigné le décemvir naval Lucius Cornelius Dolabella nouveau rex sacrorum. En conséquence, celui-ci se trouvait dans l'obligation d'abandonner sa magistrature actuelle, ce qu'il refusait. Ce refus peut se comprendre par les contraintes liées au sacerdoce et notamment l'interdiction d'exercer toute magistrature jusqu'à la fin de sa vie signifiant donc la fin du cursus honorum. Dolabella provoqua la réunion des comices pour contester ces mesures. Les citoyens assemblés confirmèrent la décision du grand pontife de le nommer rex sacrorum tout en retirant son amende. Tite-Live mentionne toutefois que Dolabella ne fut finalement pas investi dû à des auspices défavorables[18].

Le rex et l'ordo sacerdotum

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D'après Festus, le rex sarorum occupe la première place de la hiérarchie sacerdotale : il précède les trois flamines majeurs  le dial, le martial et le quirinal, servant respectivement Jupiter, Mars et Quirinus  ainsi que le grand pontife[19].

Le rex, les calendes et les nones

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Le rex sacrorum intervient au début de chaque mois, à savoir le jour des calendes[20]. Après qu'un pontife mineur lui a annoncé avoir observé l'apparition de la nouvelle lune, il accomplit un sacrifice, avec le grand pontife ; puis il convoque le peuple sur le Capitole, près de la curie Calabre, pour lui annoncer le nombre de jours  cinq ou sept  qui doit s'écouler jusqu'aux nones du mois[20]. Le jour des nones, il annonce les fêtes du mois en cours[20].

Le rex et les Agonalia

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Le , le rex sacrorum préside à la première des Agonalia[20]. Il sacrifie un bélier à Janus, dans la Regia, sur le forum[20]. Par son service à Janus, il peut être comparé aux flamines aux services de divinités particulières[20].

Le rex sacrorum participe aux trois autres dies agonales du calendrier  les , et   pour lesquels nul lien avec Janus n'est établi[20].

Le rex et les jours QRCF

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Les calendriers assortissent les et de la mention QRCF comprise comme l'acronyme de « Quando rex comitiavit, fas »[21]. Le rex sacrorum accomplit, au Comitium, un sacrifice par lequel le jour, qui auparavant était nefas, devient fas[22].

Le rite du regifugium

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Cette interdiction stricte de cumuler à la fois un pouvoir politique en même temps que la fonction de rex sacrorum est illustrée par le rite du regifugium, dans lequel, après avoir accompli le sacrifice rituel avant la tenue des comices, il doit s'enfuir précipitamment de la place publique pour montrer qu'il n'influerait pas sur les élections.

Toutefois, pour Jacques Heurgon, le rite du regifugium, hérité de la période royale, ne pouvait avoir ce sens. Comme il était célébré le et vu l'importance du rôle royal dans la détermination du calendrier romain, il est probable que cette fuite symbolique représentait le départ de l'année, qui se terminait en février à l'époque[23].

Évolution du sacerdoce

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À partir du IIIe siècle, le rex sacrorum a pour supérieur hiérarchique le grand pontife, qui ne lui laisse qu'un rôle minime[8]. Il est seulement chargé du culte de Janus lors des Agonalia.

Autres reges sacrorum

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L'épigraphie latine atteste de la présence d'un rex sacrorum dans d'autres cités du Latium[24] : à Bovillae ; à Lanuvium ; à Lavinium ; à Tusculum ; et à Velitrae.

Notes et références

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  1. Charles-Laforge 2019, no 16.
  2. Montremy et Scheid 2008, p. 79.
  3. Van Haeperen 2006, p. 73, col. 1.
  4. Van Haeperen 2019, no 19.
  5. Humm 2017, p. 147, col. 1.
  6. 1 2 Humm 2017, p. 132, col. 1.
  7. Humm 2017, p. 137, col. 2.
  8. 1 2 3 Mireille Cébeillac-Gervasoni, Alain Chauvot et Jean-Pierre Martin, Histoire romaine, Paris, Armand Colin, 2003 (ISBN 2200265875), pp. 29 et 50
  9. Jean Haudry, Sur les pas des Indos-Européens : Religion - Mythologie - Linguistique, Yoran Embanner, 2022, p.131-132
  10. 1 2 3 4 Bianchi 2018, résumé.
  11. Fazio 2021.
  12. DiLuzio 2016, p. 19.
  13. DiLuzio 2016, p. 20.
  14. DiLuzio 2016, p. 64-65.
  15. DiLuzio 2016, p. 65.
  16. DiLuzio 2016, p. 64, n. 85.
  17. Van Haeperen 2006, p. 71, col. 1.
  18. (la) Tite-Live, Histoire romaine, ier siècle av. j.-c. (lire en ligne), p. XL, 42, 8
  19. Guittard 2018, p. 16.
  20. 1 2 3 4 5 6 7 Guittard 2018, p. 18.
  21. Guittard 2018, p. 19.
  22. Guittard 2018, p. 20.
  23. Jacques Heurgon, Rome et la Méditerranée occidentale jusqu'aux guerres puniques, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Nouvelle Clio : l'histoire et ses problèmes » ((no) 7), 1993 (1re éd. 1969), p. 205
  24. Fazio 2021. – réf. n. 13.

Bibliographie

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Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article. « Rex sacrorum », dans Charles Victor Daremberg et Edmond Saglio (dir.), Dictionnaire des Antiquités grecques et romaines, 1877-1919 [détail de l’édition] (lire en ligne) (« quelques transcriptions d'articles », sur mediterranees.net)