Richard Morton

médecin anglais

Richard Morton (1637-1698) est un médecin anglais qui est le premier à déclarer que les tubercules sont toujours présents dans la tuberculose pulmonaire. À l'époque de Morton, cette maladie débilitante est appelée consomption ou par son nom grec de phtisie.

Richard Morton
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Son œuvre magistrale est Phthisiologia (1689), premier traité à présenter un tableau clinique complet de la maladie, corrélé avec des observations anatomopathologiques, travail qui ne sera dépassé que plus d'un siècle plus tard par René Laennec (1781-1826).

Depuis la fin du XXe siècle, Richard Morton est réputé d'être l'auteur de la première description médicale d'un cas d'anorexie mentale sous le nom de « consomption ou phtisie nerveuse ».

Biographie

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Fils de Robert Morton, un clergyman (prêtre anglican) du Worcestershire, Richard Morton nait en 1637 dans le Suffolk. Le jour précis et le lieu exact de sa naissance ne sont pas connus, mais on sait qu'il a été baptisé le 30 juillet 1637 à Ribbesford[1].

Carrière religieuse

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Désireux d'entrer dans l'Église, il fait ses études au collège Magdalen Hall de l'université d'Oxford où il est reçu Bachelor of Arts en 1656. Il devient alors chapelain du collège où il aurait rencontré Thomas Sydenham[2]

En 1659, il obtient le grade de master of Arts pour être vicaire de Kinver dans le Staffordshire. Il est aussi le chapelain de la famille fondée par Richard Foley (en) (1580-1657), famille bourgeoise aisée de maitres de forge, très influente au sein du parti whig au parlement d'Angleterre[2].

Le royaume d'Angleterre est alors déchiré par une controverse religieuse entre puritains et anglicans. En tant que puritain ou non-conformiste, Richard Morton refuse d'acquiescer à l'Acte d'uniformité (1662) à la suite de la Restauration de Charles II. Il est contraint de démissionner de l'Église, comme deux mille autres membres (environ un cinquième du clergé) évincés de leur paroisse et privés de revenus[1].

Les croyances non-conformistes de Morton tiennent probablement au fait que l'université d'Oxford, et surtout le Magdalen Hall, penchait vers le puritanisme[1].

Carrière médicale

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On ne sait pas exactement où il se trouve, ni ce qu'il fait, au cours des huit années suivantes (1662-1670). Il s'est probablement rendu en Hollande, pratiquant la médecine, ce qui à cette époque pouvait se comprendre. Jusqu'au XIXe siècle, les religieux anglais pouvaient exercer la médecine dans leur pratique quotidienne, au niveau d'une paroisse[1], Morton pouvait avoir accès à des ouvrages tels que The Castel of Helthe (1536) de Thomas Elyot, le Pharmacopeia Londinensis (1618)[3] et de vieux herbiers comme The Grete Herball. D'autres supposent qu'il aurait étudié la médecine à l'université de Leyde (l'une des plus fameuses d'Europe en médecine à cette époque) mais il n'en existe aucune trace[2],[4].

Il réapparait en 1670, pour obtenir un doctorat en médecine de l'université d'Oxford le 20 décembre 1670, sur recommandation d'un prince d'Orange, le futur Guillaume III. Il s'installe à Londres près de Newgate pour pratiquer la médecine[4] et il est admis comme membre titulaire du Royal College of Physicians en 1679[1].

En 1680, pour assurer son statut qui restait instable en tant que religieux expulsé, il s'inscrit à l'université de Cambridge pour valider ses titres médicaux. Malgré ce, en 1686, le roi Jacques II réforme le collège des médecins, et Morton fait partie des membres non reconduits, probablement pour des raisons politiques. Lorsque Guillaume III devient roi d'Angleterre en 1689, il rétablit Morton comme membre à part entière du collège, plus même : il est appointé comme médecin ordinaire du roi[1],[4].

Il est nommé censeur du Royal College of Physicians (qui nomme quatre membres pour un an renouvelable, chargés de maintenir les standards de la profession et poursuivre le illégaux) en 1690, 1691 et 1697[1].

Il meurt le 30 août 1698. Les causes de sa mort ne sont pas connues. Il est enterré à Londres, dans la nef de Christ Church Greyfriars. On pouvait voir sa pierre tombale portant ses armes jusqu'au 29 décembre 1940, lorsque sa tombe et l'église ont été détruites sous le Blitz[1].

Travaux

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Contexte

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Au XVIIe siècle la ville de Londres est en expansion démographique : 50 000 habitants vers 1500, 200 000 vers 1600, 490 000 vers 1700. À Londres même, le nombre de décès dépasse celui des naissances, et si en deux siècles la population décuple, c'est par migration rurale. Les nouveaux venus des campagnes s'entassent dans des faubourgs surpeuplés, pauvres et insalubres, sources d'épidémies et de fièvres de toutes sortes[5],[6].

Parmi ces fièvres, la phtisie ou consomption est une cause majeure de décès  : plus de 18 % de tous les décès dans la ville de Londres en 1700[2]. Cependant, avant Morton, elle restait peu étudiée au cours du XVIIe siècle. Les auteurs les plus notables sont Franciscus de le Boë (1614-1672) qui distingue la présence de tubercules pulmonaires, Christofer Bennet (en) (1617-1655) et Thomas Willis (1621-1675)[2],[4].

La médecine du XVIIe siècle reste dominée par le galénisme, mais un galénisme déclinant, travaillé en Angleterre, par un nouvel empirisme (celui de Francis Bacon et John Locke) qui cherche à intégrer les nouvelles données anatomiques, iatrochimiques et iatromécaniques[2],[4]. Une mentalité nouvelle s'affirme : les observations et expériences personnelles tendent à prendre le pas sur les textes d'autorité[7].

Phthisiologia

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L'œuvre majeure de Morton, dédicacée à Guillaume III, est Phthisiologia, seu exercitationes de phthisi, tribus libris comprehensæ. Totumque opus variis historiis illustratum, in-8, Londres, 1689[2],[8]. Francfort (1690), Ulm (1714) et Helmstedt (1780)[2].

Une traduction anglaise parait à Londres (1694) sous le titre Phthisiologia, or, A treatise of consumptions[9], de nouvelles éditions sont publiées en 1719 et 1720[4].

Tuberculose

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Phthisiologia… est le premier traité consacré entièrement à la phtisie[4]. La médecine de cette époque est encore dominée par le galénisme : Morton interprète la consomption comme une transformation d'humeurs et les tubercules comme le produit d'une dégénérescence glandulaire d'abord imperceptibles à la vue[2],[10]. Cependant son travail est essentiellement clinique : à partir de ses observations personnelles, Morton ne traite que de ce qu'il a vu et étudié[4].

L'ouvrage se compose de trois parties, subdivisées en chapitres :

  1. Dépérissement en général. Morton utilise le terme courant de consomption (pour le terme grec de phtisie) dans une série d'observations de cas cliniques et anatomopathologiques, dans diverses circonstances (hémorragie, allaitement, hydropisie, aposthème – abcès purulent –, ulcère…) ;
  2. Dépérissement par consomption des poumons. Morton liste et détaille 11 causes (dont l'infection par contagion[11]), 17 formes cliniques et deux stades d'évolution (débutant et avancé)[2]. Il discute des symptômes, du pronostic et du traitement. Par exemple, il soutient que la toux d'une consomption débutante n'est pas une toux ordinaire, mais plutôt une « toux procédant d’un gonflement glanduleux des poumons eux-même, accompagnée d'une pesanteur dans la poitrine et d'une difficulté à respirer ». Une telle toux se distingue de celle d'un catarrhe simple dont l'origine se situe dans la partie supérieure de la trachée. Après la toux, vient une fièvre puis un dépérissement avec perte progressive des masses musculaires. Une consomption confirmée des poumons se traduit par une nouvelle fièvre de type hectique (à grandes oscillations), d'abord péripneumonique (pleurésie), puis putride et intermittente, et enfin une plus grande « colliquation » (fonte des parties solides avec excrétion de liquides) du sang qui se manifeste « par des sueurs prodigieuses, une goutte de poitrine ou bien du ventre »[10].
  3. Consomption symptomatique des poumons après une maladie antécédente. Il fait le tour de diverses maladies qui, selon lui, peuvent conduire à une phtisie[2].

Richard Morton est le premier médecin depuis Galien à envisager la phtisie comme une maladie spécifique et unitaire, et le premier à déclarer que les tubercules sont toujours présents dans la phtisie pulmonaire. Il cherche à corréler ses observations cliniques avec les anomalies découvertes à l'autopsie, mais il est limité par sa fidélité à Galien, d'où ses difficultés à distinguer l'effet et la cause[2].

Morton est crédité pour la qualité de ses observations cliniques et à l'autopsie. La percussion et l'auscultation n'étaient pas encore connues, il n'a à sa disposition ni stéthoscope, ni microscope, il n'utilise que l'œil nu, la palpation et son pouvoir de déduction, mais il arrive à dresser un tableau clinique complet de la phtisie pulmonaire (formes cliniques et évolutives) en lien avec la présence de tubercules, de caséum et d'élargissement des ganglions hilaires. Son travail s'impose sur près d'un siècle et ne sera dépassé que par ceux de René Laennec (1781-1826)[2],[4].

Anorexie mentale

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Page de titre des œuvres complètes de Richard Morton, Venise 1733.

Dans sa Phthisiologia… Morton consacre trois pages au cas de la fille de Monsieur Duke, 18 ans, de St Mary Axe qui présentait en 1684 une « consomption nerveuse provoquée par la tristesse, le souci et l'anxiété, sans fièvre, ni toux, ni autre signe respiratoire ». Cette jeune fille avait une perte d'appétit, des états d'évanouissements à la prise de nourriture, avec refus de traitement et amaigrissement progressif et continu jusqu'à la mort[1].

En 1960, cette observation est considérée comme la première descriptions médicale d'une anorexie mentale, maladie rare et déconcertante pour les médecins pendant trois siècles, mais qui a pris des proportions épidémiques à la fin du XXe siècle[1],[12].

Richard Morton est l'auteur de deux ouvrages sur les fièvres, donnant une description clinique des fièvres courantes de son temps, y compris celles de sa propre personne.

  • Pyretologia, seu Exercitations de Morbis Universalibus Acutis, in-8, Londres, 1692.
  • Pyretologiæ Pars altera, sive Exercitation de Febribus inflammatoriis universalibus, in-8, Londres, 1692.

Parmi la collection de manuscrits de Richard Rawlinson, conservée à la Bibliothèque Bodléienne, se trouve un travail de Morton sur une préparation de « l'écorce du Pérou » ou quinquina[2]. En Angleterre, Morton aurait contribué, comme Thomas Sydenham, à distinguer la malaria ou paludisme des autres fièvres intermittentes par l'action curative du quinquina[13].

Ses œuvres complètes ont été publiées en latin Opera Magna ou Opera Medica à Amsterdam (1696 et 1727), Genève (1696 et 1699), Leyde (1697 et 1757), Lyon (1697, 1739 et 1754) et Venise (1733 et 1737)[2].

Notes et références

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  1. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 (en) J. A. Silverman, « Richard Morton, 1637-1698, limner of anorexia nervosa: his life and times. A tercentenary essay », Journal of Psychiatric Research, vol. 19, nos 2-3, , p. 83–88 (ISSN 0022-3956, PMID 3900363, DOI 10.1016/0022-3956(85)90002-0, lire en ligne, consulté le )
  2. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 (en) R. R. Trail, « Richard Morton (1637-1698) », Medical History, vol. 14, no 2, , p. 166–174 (ISSN 0025-7273, PMID 4914685, PMCID 1034037, DOI 10.1017/s0025727300015350, lire en ligne, consulté le )
  3. (en-GB) Edward Wawrzynczak, « The Pharmacopoeia Londinensis », sur British Society for the History of Medicine, (consulté le )
  4. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 (en) R. Y. Keers, « Richard Morton (1637-98) and his Phthisiologia », Thorax, vol. 37, no 1, , p. 26–31 (ISSN 0040-6376, PMID 7041321, PMCID 459240, DOI 10.1136/thx.37.1.26, lire en ligne, consulté le )
  5. (en) Joseph P. Byrne, Encyclopedia of the Black Death, Santa Barbara (Calif.), ABC-CLIO, , 429 p. (ISBN 978-1-59884-253-1), p. 215-216.
  6. (en) André Wear, « Early Modern Europe 1500-1700 », dans The Wellcome Institute for the History of Medicine, London., The Western Medical Tradition : 800 BC to AD 1800, Cambridge, Cambridge University Press (GB), , 556 p. (ISBN 0-521-38135-5), p. 216.
  7. (en) André Wear, « Early Modern Europe 1500-1700 », dans The Wellcome Institute for the History of Medicine, London., The Western Medical Tradition : 800 BC to AD 1800, Cambridge, Cambridge University Press (GB), , 556 p. (ISBN 0-521-38135-5), p. 359-361.
  8. (en) « Richard Morton | RCP Museum », sur history.rcp.ac.uk (consulté le )
  9. (en) Baltimore University of Maryland, Phthisiologia, or, A treatise of consumptions, London : Printed for Richard Wellington ... Arthur Bettesworth ... and Bernard Lintott, (lire en ligne)
  10. 1 2 (en) « Symptoms of Tuberculosis », sur infectiousdiseases.edwardworthlibrary.ie (consulté le )
  11. C. S. Breathnach, « Richard Morton's Phthisiologia », Journal of the Royal Society of Medicine, vol. 91, no 10, , p. 551–552 (ISSN 0141-0768, PMID 10070385, PMCID 1296924, DOI 10.1177/014107689809101021, lire en ligne, consulté le )
  12. (en) Egen L. Bliss et C.H Harding Branch, Anorexia Nervosa : Its history, psychology and biology, New-York, Paul B. Hoeber, , 210 p.
  13. (en) Frederick L. Dunn, « Malaria », dans Kenneth F. Kiple, The Cambridge World History of Human Disease, Cambridge, Cambridge University Press, , 1176 p. (ISBN 0-521-33286-9), p. 860.

Liens externes

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