Richard de Grenville
Sir Richard de Grenville (mort après 1142), est l'un des Douze Chevaliers de Glamorgan ayant servi sous les ordres de Robert FitzHamon (mort en 1107), dans la conquête de Glamorgan au Pays de Galles[1]. Il obtient de FitzHamon la seigneurie de Neath dans laquelle il bâtit le Château de Neath et, en 1129, fonde l'Abbaye de Neath. Il est, par tradition, le fondateur ainsi que l'ancêtre de la famille Grenville de Stowe, éminente famille du West Country dans la paroisse de Kilkhampton aux Cornouailles ainsi que de Bideford dans le Devon, dont le chef ultérieur de la famille était John Granville (1er comte de Bath). Le nom de famille de ses descendants présumés, la famille Grenville du West Country, s'écrivait traditionnellement « Grenville » jusqu'en 1661 lorsqu'il a été modifié pour devenir « Granville »[1].
Seigneur de Neath
modifierEn récompense de ses services durant la conquête de Glamorgan, son frère Robert FitzHamon lui attribue la seigneurie de Neath, où Richard construit le Château de Neath. Dans une charte du Glamorgan, il est désigné comme « connétable du comte de Gloucester », donc de Robert de Gloucester (mort en 1147), le gendre de son frère ainsi que son héritier[1].
Fondation de l'Abbaye de Neath
modifierEn 1129, Richard de Grenville fonde l'Abbaye de Neath au sein de sa seigneurie en tant que filiale de l'Abbaye de Savigny bénédictine à proximité du village de Savigny-le-Vieux en Normandie occidentale[1]. Suite à l'intégration de l'ordre de Savigny à l'ordre cistercien en 1147, l'Abbaye de Neath devient également une maison cistercienne. Il lui fit don de nombreuses terres, tant au Pays de Galles qu'à Devon, qu'il détenait depuis l'Honneur de Gloucester, dont Littleham, non loin de Bideford au nord du Devon[1]. Une charte de confirmation ultérieure accordée à l'Abbaye de Neath en 1207 par le roi Jean confirma aux moines les concessions antérieures de Richard de Grenville [2]:
« Johannes Deo Gratia etc. Sciatis nos dedisse et concessisse et presenti carta nostra confirmasse Deo et ecclesie sancte Trinitatis de Neth et monachis ibidem Deo servientibus locum ubi castellum Ricardi de Granavilla quondam fuit cum omnibus pertinentiis suis et totam terram quam idem Ricardus habuit inter Thawy et Neth, in bosco et plano cum omnibus partinentiis suis; habenda et tenenda in liberam puram et perpetuara elemosinam, quieta ab omni servicio sicut predictus Ricardus ea illis prius dedit et carta sua confirmavit. Salvis tenementis burgensium nostrorum de Neth...Datum per manum W. de Gray cancellarii nostri apud Wudestock, v. die Augusti, anno regni nostri ix. » (« Jean, par la grâce de Dieu, etc. Sachez que nous avons donné, concédé et confirmé par notre présente charte, à Dieu, à l'église de la Sainte-Trinité de Neath et aux moines qui y servent Dieu, le lieu où se dressait autrefois le château de Richard de Granville, avec toutes ses dépendances, ainsi que toutes les terres que ledit Richard possédait entre la Thawy et la Neath, tant dans les bois que dans les plaines, avec toutes leurs dépendances ; le tout devant être tenu en aumône libre, pure et perpétuelle, exempt de tout service, tout comme ledit Richard les avait précédemment donnés et confirmés par sa charte. Sont exceptées les tenures de nos bourgeois de Neath... Donné par la main de W. de Gray, notre chancelier, à Woodstock, le 5 août, en la neuvième année de notre règne. »)
Mariages et enfants
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On pense que Richard de Grenville s'est marié deux fois. En premier lieu, d'après Orderic Vital (mort vers 1142), à Isabel Giffard, la fille unique de Gautier II Giffard (mort en 1102), Seigneur de Longueville en Normandie, cohéritière avec sa tante Rohesia (épouse de Richard FitzGilbert, Seigneur de Clare) des grandes possessions ainsi que des seigneuries de la famille Giffard[3]. La deuxième femme de Grenville est une certaine « Constance », mentionnée comme son épouse dans sa charte de fondation de l'Abbaye de Neath. Elle agit conjointement avec lui dans la fondation de cette abbaye, ce qui a laissé penser à Round qu'elle était peut-être une Galloise de naissance ainsi que l'héritière de Neath[1]. Granville pensa qu'elle était la fille de Caradoc ap Arthur, seigneur de Glyn Nedd[3]. Aucune charte conservée le concernant ne mentionne d'enfants et le fait que la seigneurie ainsi que le château de Neath firent retour au suzerain, le Comte de Gloucester et Seigneur de Glamorgan, le gendre et héritier de Robert FitzHamon laissèrent penser à Round qu'il ne laissa aucun enfant pour hériter de ses biens[1]. De même, il possèda quelques manoirs dans le Devon de la baronnie féodale de Gloucester, l'un d'entre eux étant Naissa (Ashreigney), ayant été concédé à nouveau après sa mort par le suzerain à la famille de Reigny[1]. Cette preuve que les terres de Richard de Grenville ne furent pas transmises à la famille Grenville du West Country, qui leur succéda, laissa penser à Round que bien que cette dernière famille prétendît descendre du seigneur de Neath, cela ne fut pas le cas[1].
Titres présumés
modifierSelon la tradition et comme l'a confirmé rétrospectivement l'ordonnance du roi Charles II de 1661, on prétend que Richard de Grenville était le frère et le l'héritier mâle de Robert FitzHamon, qui était censé avoir été comte de Corboile et seigneur de Thorigny et de Granville, en Normandie. Bien que les terres de FitzHamon ont été transmises par sa fille Mabel FitzHamon à son époux Robert de Gloucester (mort en 1147) ainsi qu'à leurs descendants, on prétend, de manière inexplicable, que les titres normands de FitzHamon étaient passés à son frère Richard de Grenville en tant qu'héritier mâle ; Round souligne qu'en réalité, selon l'ancienne loi normande, les titres pouvaient en effet être hérités des lignées maternelles[1]. C'est en vertu de la patente royale de 1661 que la famille Granville, de Stowe et Bideford — qui se disait descendante de Richard — obtint l'autorisation d'utiliser ces titres, même rétrospectivement sur les monuments qu'ils érigèrent ultérieurement à leurs ancêtres. Ces titres n'étaient que de simples curiosités historiques et n'impliquaient aucun droit sur la Pairie de Grande-Bretagne.
Retraite et décès
modifierD'après Round, Richard de Grenville meurt après juin 1142[1]. Cette déduction repose sur le fait que la dernière mention le concernant le signale — sous le nom de Richard de Greinvill — comme signataire d'une charte datée de « juin 1142, probablement », en qualité de garant juré de Robert de Gloucester, dans le cadre du traité d'alliance de ce dernier avec Miles, comte de Hereford.
Par tradition, Prince (mort en 1723) affirme (apparemment en suivant les écrits de Fuller sur les valeurs fondamentales) que Richard de Grenville, après avoir fondé l'Abbaye de Neath et lui ayant légué toutes ses prises de guerre pour assurer son entretien, « retourna dans son domaine de Bideford, où il vécut dans le plus grand honneur et la plus haute considération le reste de ses jours »[1],[4]. Toujours est-il que d'après Round, aucune preuve n'existe concernant le fait que Richard de Grenville ait jamais détenu le manoir de Bideford, qui fut par la suite l'une des principales demeures de la famille Grenville du West Country. Il s'agissait cependant certainement d'un des manoirs composants de l'Honneur de Gloucester accordé par le roi Guillaume le Roux à Robert FitzHamon[1]. Richard de Grenville est connu pour avoir détenu sept fiefs de chevalier de l'Honneur de Gloucester soit qui lui ont été accordés par son frère FitzHamon ou le gendre et héritier de ce dernier Robert de Gloucester. Round suppose plutôt que les Grenville de Bideford et de Stowe descendaient d'un certain « Robert de Grenville » (alias de Grainville, de Grainavilla, etc.), qui figura parmi les témoins subalternes de la charte de fondation de l'abbaye de Neath par Richard et qui, dans le relevé des Cartae Baronum de 1166, est mentionné comme détenant un fief de chevalier relevant du comte de Gloucester, baron féodal de Gloucester. Le lien de parenté de Robert avec Richard, s'il en existe un, est inconnu.
Un arbre généalogique de la famille Grenville datant de 1639 indiqua que dans ses vieux jours, Richard entreprit un pèlerinage à Jérusalem, ville dans laquelle il mourut[1]. Cette histoire semble provenir de la Chronique de Gwentian ou d'Aberporgwm Brut, qui ajoute qu'il ramena de la région de Canaan un homme nommé Lalys qui était « très versé dans la science de l'architecture, qui érigea des monastères, des châteaux ainsi que des églises. » et qui, après cela, se rendit à Londres en tant qu'architecte du roi Henri Ier.
Représentation de 1860 à Kilkhampton
modifierUne représentation imaginaire de Richard de Grenville ainsi que de son frère aîné Robert FitzHamon (mort en 1107), figure dans l'un des deux vitraux Granville réalisés par Clayton and Bell et érigés en 1860 par des descendants présumés de la famille Granville dans la chapelle Granville de l'église Saint-Jacques, à Kilkhampton (Cornouailles)[1]. Le siège de la famille Grenville (« Granville » après 1661, date à laquelle elle fut élevée au rang de Comte de Bath) se trouvait à Stowe, dans la paroisse de Kilkhampton[1].
L'inscription suivante figure sous la figure de gauche est incrit : « Rob. FitzHamon Earl of Corboyle » (« Rob. FitzHamon Comte de Corboyle ») accompagné des armoiries qui lui sont attribuées : D'azur, au lion rampant et contourné d'or, accolé d'azur, au lion rampant d'or à la bordure du même. La figure de droite représente Richard de Granville, le frère cadet de Robert FitzHamon et l'un des Douze Chevaliers de Glamorgan ayant suivi son frère en conquérant Glamorgan. Il détient dans ses mains l'église de sa fondation : l'Abbaye de Neath, Glamorgan. L'inscription suivante figure ci-dessous : « Ric. de Granville Earl of Corboyle » (« Ric. de Granville, accompagnée des armoiries qui lui sont attribuées : de gueules à trois clarions d'or (les armoiries du dernier suzerain des Grenville et l'héritier de Robert FitzHamon au sein de la baronnie féodale de Gloucester, Richard de Clare, Comte de Gloucester, dont les armoiries furent ultérieurement adoptées par les Grenville) sur le tout de gueules à trois lions passant d'argent[1],[5]. Au XVIIe siècle, les Granville affirmèrent avoir été les héritiers mâles de Robert FitzHamon (qui ne laissa qu'une fille unique comme son unique héritière), de son supposé comté de Corboil[1].
Les vitraux furent installés en 1860 par les héritiers de la famille Grenville : George Sutherland-Leveson-Gower (2e duc de Sutherland), John Thynne (4e marquis de Bath), George Egerton (2e comte d'Ellesmere), John Thynne, docteur en théologie, chanoine de Westminster, fils cadet de Thomas Thynne (2e marquis de Bath), KG.
Notes et références
modifier- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Richard de Grenville » (voir la liste des auteurs).
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 (en) J. Horace Round, Family Origins and Other Studies [« Origines familiales et autres études »], Londres,
- ↑ (la) George Thomas Clark, Cartae et Alia Munimenta Quae ad Dominium de Glamorgancia Pertinent [« Chartes et autres fortifications appartenant à la seigneurie de Glamorgan »], vol. 2, p. 309
- 1 2 (en) Roger Granville, The history of the Granville family : traced back to Rollo, first duke of Normandy with pedigrees, etc. [« L'histoire de la famille Granville : retracée jusqu'à Rollon, premier duc de Normandie, avec généalogies, etc. »], Exeter,
- ↑ (en) John Prince, The Worthies of Devon [« Les Hommes illustres du Devon »],
- ↑ (en) Ivor John Sanders, English Baronies : A Study of Their Origin and Descent, 1086-1327 [« Les baronnies anglaises : étude de leur origine et de leur transmission, 1086-1327 »], Oxford, , 203 p., p. 6