Robert Cruau

Résistant français

Robert Cruau, né le à Fégréac (Loire-Inférieure) et mort le à Brest (Finistère), abattu par la police nazie. Militant trotskiste, il est l'un des principaux animateurs du « travail allemand » en Bretagne, une tentative clandestine de fraternisation et de politisation des soldats de la Wehrmacht, menée avec le journal clandestin Arbeiter und Soldat (Le Travailleur et le Soldat). Arrêté par la Gestapo, il est abattu à l'âge de 22 ans.

Robert Cruau
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 22 ans)
BrestVoir et modifier les données sur Wikidata
Sépulture
Cimetière La Chauvinière (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Nom de naissance
Robert Joseph Armel CruauVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activités
Résistant, syndicaliste, militant, facteur, animateurVoir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
Parti politique
Membre de
Conflit
Distinctions

Biographie

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Jeunesse et premiers engagements

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Fils de Louis Cruau, un facteur des postes à Fégréac, et de Louise Cruaud, couturière, Robert Cruau grandit en Loire-Inférieure[1]. Suite au décès de son père le 11 juillet 1933, la famille déménage à Nantes, 38 rue de la Distillerie, afin que son frère cadet, Serge, né le 10 février 1925, paraplégique suite à une méningite, puisse recevoir des soins. Pour subvenir aux besoins de la famille, Robert Cruau est embauché, à 16 ans, par l'administration des Postes, Télégraphes et Téléphones (PTT)[1],[2]. D'abord affecté aux Chèques postaux, il rejoint ensuite la Recette principale de Nantes[1].

Parallèlement à son travail, il adhère à la fédération postale de la Confédération générale du travail (CGT) et s'investit activement dans le mouvement des Auberges de jeunesse[1],[2]. C'est dans ce milieu associatif qu'il rencontre des militants du Parti socialiste ouvrier et paysan (PSOP) de Couëron ainsi que des partisans de la IVe Internationale, alors animée par Yvan Craipeau[1].

Entrée dans la clandestinité et résistance à Nantes

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Au début de la Seconde Guerre mondiale, Robert Cruau devient membre du comité régional de Bretagne des Comités pour la IVème internationale (organisation trotskiste clandestine)[1]. Il assure alors le rôle d'agent de liaison entre les groupes de Nantes, Brest et Paris[1]. À l'aide d'une ronéo acheminée depuis Paris, il participe activement à l'impression et à la diffusion des journaux clandestins destinés aux travailleurs de la région nantaise, L'Etincelle en 1940, Bretagne Rouge en 1941 et 1942, Le Front Ouvrier en 1943[1],[2],[3]. Il collabore étroitement avec d'autres jeunes militants, parmi lesquels les frères Henri et Georges Berthomé, Gérard Trévien et Yves Bodénez[1],[4].

En octobre 1942, le groupe participe à l'agitation ouvrière contre les réquisitions de main-d'œuvre, incitant aux débrayages dans les usines et les chantiers navals Dubigeon de Nantes[1],[2]. En mars 1943, accompagné de quatre autres militants nantais, Serge Tuauden, Alex Bourguilleau et les frères Georges et Henri Berthomé, Robert Cruau quitte Nantes pour Quimper, puis Brest[1],[2],[5].

L'expérience du « Travail allemand » à Brest

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À Quimper, l'appartement de la militante Éliane Ronël devient la plaque tournante du réseau trotskiste breton, où est planifiée la stratégie dite du « travail allemand » (Soldatenarbeit)[1],[2]. Cette démarche, propre à l'internationalisme prolétarien, vise non pas à tuer des soldats allemands, mais à fraterniser avec ceux qui ne se reconnaissent pas dans le nazisme pour les convaincre de s'organiser pour stimuler le défaitisme révolutionnaire au sein des troupes d'occupation et à les inciter à saboter l'effort de guerre nazi[1],[2],[6].

Seul membre du groupe à parler couramment l'allemand, Robert Cruau est désigné pour diriger cette action à Brest[1]. Opérant sous la fausse identité de Roger Albert Cosquer , comptable, et utilisant le pseudonymes de Max, il aborde les soldats de la Wehrmacht dans les rues brestoises en feignant de demander du feu ou en lançant des phrases rituelles telles que « Scheisse Krieg hein ! » (« Putain de guerre, hein ! »)[1],[2],[7].

Grâce à cette méthode, il parvient à nouer des contacts solides avec une quinzaine de soldats, puis à constituer des cellules clandestines comptant entre quinze et une trentaine de militaires et marins allemands antinazis et à les convaincre d'éditer leur propre journal clandestin Zeitung für Soldat und Arbeiter im Westen[1],[2],[8]. Les frères Berthomé, embauchés sur les chantiers du Mur de l'Atlantique, transmettent quant à eux des plans topographiques à Londres, permettant à la Royal Air Force de bombarder la base sous-marine de Brest en juin 1943[1].

À partir de juillet 1943, le réseau distribue le journal Arbeiter und Soldat (Le Travailleur et le Soldat), édité par la IVème internationale et rédigé par des trotskistes allemands à Paris (notamment Martin Monath). Leur bulletin clandestin local, Zeitung für Soldat und Arbeiter im Westen, est ronéoté localement à Brest chez le militant André Calvès[1],[2],[9]. Ce journal appelle les soldats allemands à ne pas être les « chiens de garde du capitalisme » et à soutenir la résistance ouvrière française[2],[9]. Des complicités permettent également de falsifier des cartes de travail pour les réfractaires français grâce à des tampons officiels de l'Organisation Todt[1],[2].

Arrestation et mort

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Le cloisonnement du groupe s'avère insuffisant : lors d'une réunion clandestine, un nombre trop important de soldats allemands est réuni simultanément[2]. L'un d'eux, Konrad Leplow, originaire de Hambourg et affecté à la DCA, trahit le réseau en dénonçant ses membres au service de sécurité allemand (le Sicherheitsdienst ou SD)[1],[2],[10].

Le 6 octobre 1943, la Gestapo déclenche un vaste coup de filet qui décapite le POI à Paris et en Bretagne[1],[2]. Robert Cruau est arrêté le jour même à Brest[1]. Conduit dans la cour de l'école de Bonne-Nouvelle, alors siège du SD, il tente probablement de s'échapper ou oppose une résistance, et est grièvement blessé par balle par les sentinelles allemandes[1],[2]. Transporté mourant à l'hospice Ponchelet de Brest sous son identité d'emprunt (Roger Cosquer), il y meurt le soir même à l'âge de 22 ans[1],[2],[11].

L'arrestation de Robert Cruau marque le début du démantèlement complet du réseau : onze militants bretons sont arrêtés et déportés (plusieurs, comme Yves Bodénez ou Georges Berthomé, mourront dans les camps)[1],[2],[4]. Du côté allemand, une quinzaine de soldats du réseau antinazi auraient également été découverts et exécutés par l'armée allemande[1],[2],[6].

Distinctions

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Hommages

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  • Robert Cruau est inhumé dans le carré des fusillés au cimetière de la Chauvinière à Nantes, où des hommages lui sont régulièrement rendus par des organisations syndicales et politiques[1],[12].
  • La municipalité de Brest ainsi que diverses associations ont rendu des hommages officiels à l'action de ces résistants trotskistes longtemps occultés par l'histoire officielle[13],[14]. Une plaque commémorative rappelle leur souvenir au 87, rue Richelieu à Brest[2].

Notes et références

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  1. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 Jean-Pierre Besse, Claude Pennetier, « CRUAU Robert, Joseph, Armel (Pseudonymes dans la Résistance : Pléton, Max, Cosquer Roger) », dans *Le Maitron*, [en ligne](https://maitron.fr/cruau-robert-joseph-armel/).
  2. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 « CRUAU Robert - Pseudonyme : Cosquer », *Résistants et Brestois sous l'Occupation*, [en ligne](https://www.resistance-brest.net/article242.html).
  3. « Hommage aux militants trotskystes du POI (IVe Internationale) », *Groupe Marxiste*, [en ligne](https://groupemarxiste.info/2013/11/17/422/).
  4. 1 2 « Ils ont eu un comportement héroïque », *Ouest-France*, [en ligne](https://www.ouest-france.fr/pays-de-la-loire/nantes-44000/ils-ont-eu-un-comportement-heroique-24b1c23c-2fa2-11ee-844f-9b2035f8fdcf).
  5. « De Nantes à Brest : les trotskystes face aux nazis », *Révolution Permanente*, [en ligne](https://www.revolutionpermanente.fr/De-Nantes-a-Brest-les-trotskystes-face-aux-nazis-36652).
  6. 1 2 « Fraterniser avec des soldats allemands au nom de l'internationalisme prolétarien », *Bécédia - Bretagne Culture Diversité*, [en ligne](https://bcd.bzh/becedia/fr/fraterniser-avec-des-soldats-allemands-au-nom-de-l-internationalisme-proletarien).
  7. « Histoire : à Brest, les trotskistes et le travail allemand », *Actu Bretagne*, [en ligne](https://actu.fr/bretagne/brest_29019/histoire-a-brest-les-trotskistes-et-le-travail-allemand_60319304.html).
  8. « Robert Cruau et le travail allemand à Brest », *Association RADAR*, [en ligne PDF](https://association-radar.org/IMG/pdf/13-471000-02.pdf).
  9. 1 2 « Arbeiter und Soldat », *Les Utopiques*, [en ligne](https://www.lesutopiques.org/arbeiter-und-soldat/).
  10. Gaby Ohayon, « Robert Cruau, l’étincelle brestoise d’Arbeiter und Soldat », *Europe Solidaire Sans Frontières*, [en ligne](https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article76612).
  11. François Preneau, « Hommage à Robert Cruau, abattu par les nazis le 6 octobre 1943 à Brest », *Le Club de Mediapart*, [en ligne](https://blogs.mediapart.fr/francois-preneau/blog/061025/hommage-robert-cruau-abattu-par-les-nazis-le-6-octobre-1943-brest).
  12. « Hommage à Robert Cruau et aux résistants inhumés au cimetière de la Chauvinière à Nantes », *Résistance 44*, [en ligne](https://resistance-44.fr/hommage-a-robert-cruau-et-aux-resistants-inhumes-au-cimetiere-de-la-chauviniere-a-nantes/).
  13. « L'hommage tardif au résistant trotskiste », *Ouest-France*, [en ligne](https://www.ouest-france.fr/pays-de-la-loire/lhommage-tardif-au-resistant-trotskiste-1597604).
  14. « Premier hommage aux résistants trotskistes », *L'Anticapitaliste*, [en ligne](https://lanticapitaliste.org/actualite/politique/premier-hommage-aux-resistants-trotskistes).

Voir aussi

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Ouvrages :

- Robert Hirsch, Henri Le Dem, François Preneau Résistance antinazie, ouvrière et internationaliste. De Nantes à Brest, les trotskystes dans la guerre (1939-1945), Editions Syllepse (2023[1])

- Les amis d'Arbeiter und Soldat Sous la terreur nazie, un travail de fraternisation internationaliste au sein de l'armée allemande. Compte-rendu de la journée de commémoration du 5 octobre 2024. Editions du Travail (2024[2])

Les amis d'Arbeiter und Soldat Dans l'enfer des camps de concentration, la déclaration des communistes internationalistes de Buchenwald - IVème internationale le 20 avril 1945 - Editions du Travail (2025[3])

Articles connexes

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Liens externes

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  1. « Recherche », sur Editions Syllepse (consulté le )
  2. « Arbeiter und Soldat (deutsche Version) », sur éditions du Travail (consulté le )
  3. « La déclaration des communistes internationalistes de Buchenwald - IVᵉ Internationale », sur éditions du Travail (consulté le )