Robert Filliou
Robert Filliou, né le à Sauve et mort le à Peyzac-le-Moustier, est un artiste et poète franco-américain.
| Naissance | |
|---|---|
| Décès | |
| Nom de naissance |
Robert Florent Filliou |
| Nationalité | |
| Activités |
| Mouvements | |
|---|---|
| Représenté par |
Peter Freeman, Inc. (d) |
Il est proche du mouvement Fluxus.
Biographie
modifierEn 1943, alors qu’il est lycéen à Alès, Filliou participe aux actions de la Résistance communiste (FPT) par les communistes[1]. Après la guerre, il émigre aux États-Unis. Il travaille, dans un premier temps, comme manœuvre pour la société Coca-Cola et obtient plus tard un diplôme d’économie à l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA)[2]. Cela lui permet de participer en tant que fonctionnaire de l’ONU, à la création d’un programme de reconstruction et de développement économique de la Corée du Sud. Il en profite pour découvrir le Japon, où il découvre la philosophie zen[3].
Il démissionne en 1954 et voyage en Égypte, en Allemagne, en Espagne et au Danemark, où il rencontre et épouse, Marianne Staffeldt[3].
Lors de son périple, il écrit son premier manuscript Peter Wept (dramatic composition) qui n'est pas publié. Il revient alors à Paris avec l'intention d'écrire et c'est dans les années 1960 qu'il développe particulièrement cette activité. Ses rencontres, comme Daniel Spoerri ou Arthur Køpcke (de) l'inspirent[2]. Ce dernier lui permet en 1961 d'effectuer sa première exposition personnelle Poïpoï à Copenhague. Il expose ses premiers poèmes transcrits au pastel sur du papier d’emballage. Par ailleurs il approfondit la poésie d’action avec Lille Kirkestrade, A 53 kilos Poem, appelé par la suite Père Lachaise ou Poème Poïpoï. Il met ainsi en place une nouvelle forme d’écriture et d’interprétation. Dans une même optique, il traduit l’écriture en images dans ses poèmes-objets, Suspense Poem - Étude d’acheminement de poème en petite vitesse. Il propose de l’acheter par correspondance et de le recevoir en plusieurs envois. Ces premières actions poétiques se développent un peu partout en Europe dans des projets comme L’Homme est solitaire (1961), L’autrisme (manifeste-action 1962), le poème d’action Kabou’inema où l’élément sonore est fourni par la traduction en japonais de noms de quelques célébrités (1962), L’aujourd’hui de demain (1963), le Filliou idéal ou le secret absolu de la création permanente (1964), ou encore Longs poèmes courts à terminer chez soi. Ce dernier sera réalisé en public par Emmett Williams, Jean-Loup Philippe et Robert Filliou lui-même. Il diffuse ainsi une nouvelle forme de théâtre/poésie avec des collaborations entre artistes des arts visuels, poètes et musiciens.
Il réalisera aussi des œuvres comme La galerie Légitime, une galerie personnelle itinérante et miniature. Elle est contenue dans une casquette et Filliou y présente ses créations ou celles d’autres artistes (1962).
Entre 1965 et 1968, Filliou ouvre à Villefranche-sur-Mer, avec George Brecht, La Cédille qui sourit, une non-boutique conçue comme un centre international de création permanente[4]. Y sont nées des idées de films et de poèmes visuels, d’acheminements de poèmes en petite vitesse (imaginées dès 1961), et de Telefon-poems (avec Dick Higgins). Par ailleurs l’artiste Ben y exposera ses œuvres en 1966.
En 1967, installé à Düsseldorf, où il rejoint Spoerri et Dieter Roth, il rédige un livre d’enseignement en collaboration avec Joseph Beuys, George Brecht, John Cage et Allan Kaprow : Teaching and Learning as performing Arts (traduit ensuite en français sous le titre Enseigner et apprendre - Arts Vivants). Il présente pour la première fois son Principe d’équivalence : bien fait - mal fait - pas fait, à l’exposition Création Permanente - Principe d’Équivalence à la galerie Schmela. En 1970, lors de l’exposition Strategy : Get Arts à Edimbourg, Robert Filliou est réellement reconnu sur la scène artistique contemporaine. Ainsi, en 1971, une exposition personnelle lui sera consacré à Anvers : 15 Works of Robert Filliou to be looked upon as Exhibition for 3d Eye. En 1972, il participe à la documenta 5 à Cassel et en 1973 à la 36e Biennale de Venise, exposant ainsi un peu partout en Europe.
Filliou participe à la réunion entre Joseph Beuys et le dalaï-lama en à Bonn[5].
Il décide ensuite de s’installer en France, à Flayosc dans le Var puis aux Eyzies en Dordogne près du centre bouddhiste tibétain de Chanteloube à Saint-Léon-sur-Vézère[6] dans lequel il effectuera une retraite de trois ans, trois mois et trois jours avec son épouse Marianne à la suite du lancement de la Biennale de la Paix en 1985. Son dernier projet prendra la forme de cartes funèbres envoyées le jour de sa mort, en 1987, à ses proches. Il y sera inscrit :
« Comme il est très probable que l’on va crever, on se rendra compte que c’était une vie, simplement au moment où l’on crève. Fin de la vie. Fin du poème. »
Cette dernière action poétique illustrera une dernière fois l’idée de Robert Filliou que « le poème est l’expérience de tout le monde. »[Interprétation personnelle ?]
En 1990, après la mort de Joseph Beuys et de Robert Filliou, un colloque ayant pour thème la rencontre de l'art, de la science et de la spiritualité dans une économie changeante s'est tenu au Stedelijk Museum à Amsterdam, auquel participa notamment le dalaï-lama[7].
Concepts artistiques
modifierRobert Filliou se définissait comme « un génie sans talent », une plaisanterie qui dénote une pratique privilégiant le comportement artistique à l’objet lui-même. Grâce à l'éclectisme de ses expériences et un parcours très riche, aussi bien d’un point de vue géographique que social, il possède une grande source d’inspiration et de connaissances retranscrite à travers ses œuvres. Pour cet artiste l’art et la vie détiennent des philosophies confondues. Pensée comme un jeu, son œuvre s’articule autour de trois concepts — création permanente, réseau éternel et fête permanente — qui trouvent un prolongement dans la fondation de la République géniale, pour le développement du génie humain, et du Poïpoïdrome (1963) avec Joachim Pfeufer.[Interprétation personnelle ?]
Action et poésie sont intimement liées dans l’œuvre de Robert Filliou. Il fonde son art sur une esthétique participative et n’hésite pas à donner de sa personne. Ses œuvres sont celles d’un bricoleur de génie, nomades, transposables et précaires. Faites de bouts de ficelle, de carton, de fil de fer, d’objets de rebuts, elles peuvent être réalisées partout, en toute circonstance, même dans un total dénuement.[Interprétation personnelle ?]
Se référant au « créateur suprême » qui a engendré le monde avec ses aspects positifs comme négatifs, il avance dans l'art le principe d'équivalence entre le « bien fait », le « mal fait » et le « pas fait ». Refusant de juger ses réalisations sur le seul critère du talent, il s'inscrivait volontairement dans le « mal fait » et dans la « création permanente ».[réf. nécessaire]
L'économie poétique
modifierDans les années 1960 se développe le marché de l'art, dans lequel certaines oeuvres, notamment du pop-art atteignent des prix historiquement élevés. C'est à cela que les artistes de Fluxus, ains que Robert Filliou, s'opposent. Ce dernier développe alors le concept d'économie poétique, qu'il précise particulièrement dans son ouvrage Enseigner et apprendre, arts vivants, paru en 1970[8]. Il veut s'affranchir des « principes d’économie politique », expliqués par l'économiste John Stuart Mill. L'idée est de sortir du système capitaliste pour proposer un nouvel « art de vivre », non plus fondé sur les échanges monétaires, mais sur des rapports sociaux harmonieux qui prônent la joie, le désir et le plaisir[9]. Il critique le système du marché de l'art qui contraint les artistes et leur enlève leur liberté, la créativité ne pouvant être soumise à la necéssité de distribuer les oeuvres à un bon prix. Il propose ainsi de « créer sans se soucier de savoir si les œuvres seront distribuées ou non »[8].
Œuvres
modifier- Projet de magnanerie, 1981, bois peint, corde, feuilles de papier, objets métalliques sur panneau, 216 x 75,5 cm, musée d'Art de Toulon
- Autoportrait bien fait, mal fait, pas fait, 1973, planches, bois, photographie, clous, fil, 33 x 96,5 cm, musée Reina Sofía
- La joconde est dans les escaliers, 1969, seau, balai, serpillière, carton, musée du Louvre
- Projects for sky Writing[10], suite indissociable de vues de ciel où s'inscrivent des textes destinés à être écrits par un avion, 1971, Frac Bretagne
- Eins, un, one…, 1984, dés en bois peints. Il n'y a qu'un seul point sur chaque face de dés. Cela représente l'humanité et l'individualité.
Expositions rétrospectives
modifier- 2003-2004 : « Robert Filliou, génie sans talent »[11] au musée d'art moderne de Lille, Villeneuve-d'Ascq, du au
- 2006 : « 1 000 043ème Anniversaire de l’Art »[12] au Immanence, Paris,
- 2023 : « Robert Filliou, Là où tout a commencé, cela commence à nouveau »[13] au Immanence, Paris, du au
Expositions collectives
modifier- 2007 : « Au tour de Robert »[14] au Immanence, Paris, du 16 au
- 2008 : « Archive Station »[15] au Immanence, Paris, du
- 2008 : « Cover Record »[16] au Immanence, Paris, du au
- 2008 : « Journées du patrimoine »[17] au Immanence, Paris, du 20 au
- 2010 : « Something Else Press... »[18] au Immanence, Paris, du 10 au
- 2012 : « Ich bin ein Pariser »[19] au Immanence, Paris, du au
- 2013 : « B.A.B.E, The Best Artists Books and Editors »[20] au Immanence, Paris, du au
- 2013 : « Filliou au pied de la lettre »[21] au Immanence, Paris,
- 2017 : « Trésors »[22] au Immanence, Paris, du au
- 2018 : « Christmas Project »[23] au Immanence, Paris, du 19 au
- 2020 : « Les Mauvaises herbes »[24] au Immanence, Paris, du au
- 2024 : « Archive Station »[25] au Immanence, Paris, du 3 au
- 2026 : « Les écritures de l'art, panorama de livres d'artistes 1950-2022 » à la médiathèque Michel Crepeau, La Rochelle, 6 mars au
Postérité
modifierChaque année, Sauve - son village natal - célèbre l'Anniversaire de l'art (Art's Birthday), en son hommage. Cet anniversaire est aussi célébré de plus en plus largement, le , selon sa proposition[26].
Notes et références
modifier- ↑ « Mamco / Robert Filliou », sur archive.mamco.ch (consulté le )
- 1 2 « Robert Filliou - Les presses du réel », sur www.lespressesdureel.com (consulté le )
- 1 2 Encyclopædia Universalis, « Biographie de ROBERT FILLIOU (1926-1987) : La Cédille qui sourit et La Fête permanente », sur Encyclopædia Universalis (consulté le )
- ↑ Fleurice Würz, Fluxus Nice, Saarbrücken 2011, p. 70.
- ↑ (en) Chris Thompson, Felt: Fluxus, Joseph Beuys, and the Dalai Lama, Univ Of Minnesota Press, 2011 (ISBN 0816653550).
- ↑ Robert Filliou et sa recherche – Les enjeux plasticognitifs de La recherche sur l’origine.
- ↑ Le Labo1_ferdinand(corte).
- 1 2 (en) Cécile Mahiou, « L'utopie non-art : Fluxus, Robert Filliou et ses « Principes d’économie poétique » », Contemporary French and Francophone Studies, vol. 19, no 4, , p. 440–448 (ISSN 1740-9292 et 1740-9306, DOI 10.1080/17409292.2015.1066190, lire en ligne, consulté le )
- ↑ « Robert Filliou dans les collections du Musée - Dossier pédagogique - Centre Pompidou », sur mediation.centrepompidou.fr (consulté le )
- ↑ Voir sur fracbretagne.fr.
- ↑ Voir sur mam.cudl-lille.fr.
- ↑ Voir https://www.art-immanence.org/1-000-043eme-Anniversaire-de-l-Art.
- ↑ Voir https://www.art-immanence.org/Robert-Filliou-La-ou-tout-a-commence-cela-commence-a-nouveau.
- ↑ Voir https://www.art-immanence.org/Au-tour-de-Robert.
- ↑ Voir https://www.art-immanence.org/Archive-Station.
- ↑ Voir https://www.art-immanence.org/Cover-Record.
- ↑ Voir https://www.art-immanence.org/Journees-du-patrimoine.
- ↑ Voir https://www.art-immanence.org/Something-Else-Press.
- ↑ Voir https://www.art-immanence.org/Ich-bin-ein-Pariser.
- ↑ Voir https://www.art-immanence.org/B-A-B-E-The-Best-Artists-Books-and-Editors.
- ↑ .
- ↑ Voir https://www.art-immanence.org/Tresors.
- ↑ Voir https://www.art-immanence.org/Christmas-Project.
- ↑ Voir https://www.art-immanence.org/Les-Mauvaises-herbes.
- ↑ Voir : https://www.art-immanence.org/Archive-Station-1437.
- ↑ L'anniversaire de l'Art
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- [Bastide et Durand 1999] « Filliou, Robert », dans Bernard Bastide et Jacques-Olivier Durand, Dictionnaire du cinéma dans le Gard, Montpellier, Les Presses du Languedoc, (ISBN 2-85998-215-9), p. 117-118.
- Pierre Tilman, Robert Filliou. Nationalité poète, Dijon, Les Presses du réel, 2007.
- Robert Filliou. Catalogue raisonné des éditions et multiples, Dijon, Les Presses du réel, 2003.
- Pierre Tilman, On recherche le dénommé Filliou, Robert, Paris, Coprah Éditions, 1994.
- Robert Filliou, Génie sans talent, Villeneuve-d'Ascq, musée d'art moderne de Lille, 2003.
- Wollt Ihr das totale Leben? Fluxus und Agit-Pop der 60er Jahre in Aachen. Neuer Aachener Kunstverein, Aachen, 1995 (ISBN 3-929261-24-3).
- Catherine Bernié-Boissard, Michel Boissard et Serge Velay, Petit dictionnaire des écrivains du Gard, Nîmes, Alcide, , 255 p. (présentation en ligne), p. 101-102.
- Nie wieder störungsfrei! Aachen Avantgarde seit 1964, Kerber Verlag, Bielefeld, 2011 (ISBN 978-3-86678-602-8).
- Frédéric Vincent, FILLIOU - RIMBAUD, Comme une évidence qui était là mais invisible à tous, sauf à quelques-uns. , Paris, Éditions Immanence, 2020.
- Frédéric Vincent, Robert Filliou, la fragilité des choses, Paris, Éditions Immanence, 2023.
Liens externes
modifier- Ressources relatives aux beaux-arts :
- Ressource relative à la littérature :
- Ressource relative au spectacle :
- Ressource relative à la musique :
- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :
