Robert Margouleff
Robert Margouleff (né le à New-York), dit Bob Margouleff, est un producteur musical et ingénieur du son américain.
| Naissance | |
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| Surnom | Bob Margouleff |
| Nationalité | |
| Activités | |
| Période d'activité |
Années 1960 - 2000 |
| Genre artistique |
|---|
Considéré comme l'un des pionniers de la musique électronique dès la fin des années 1960[1],[2], il étend l'usage du synthétiseur auprès des artistes et contribue ainsi à la diffusion de l'instrument dans la musique populaire[3].
Il met sur pied le projet musical TONTO's Expanding Head Band avec Malcolm Cecil et élabore un instrument unique combinant plusieurs synthétiseurs et modules électroniques qu'ils nommeront par l'acronyme T.O.N.T.O. Produisant deux albums dont Zero Time (en) en 1971, le duo attire Stevie Wonder avec qui ils collaborent durant la première moitié des années 1970 : les quatre albums Music of My Mind, Talking Book, Innervisions et Fulfillingness' First Finale définiront la période dite 'classique' de l'auteur-compositeur-interprète américain, leur travail sur Innervisions leur offrant un Grammy Award en 1974.
Séparés en 1975, Margouleff continue la production musicale, travaillant notamment avec Devo, les Doobie Brothers, Quincy Jones, ou encore les Isley Brothers[4].
Biographie
modifierRobert Margouleff nait le à New-York[5]. Il obtient son diplôme d'études secondaires en 1958 dans le lycée de Stockbridge (en), une école mixte, internationale et interraciale de la Nouvelle-Angleterre. Contemporain des événements du pont Edmund-Pettus, des meurtres de la Freedom Summer et de l'ascension de Martin Luther King, il s'implique tôt dans les mouvements des droits civiques[4].
Il devient photographe pour l'armée puis, en 1967, reçoit des fonds pour créer une société de production cinématographique. Il est alors engagé en tant que coproducteur pour le film Ciao! Manhattan de David Weisman, un film semi-biographique consacré à l'actrice des années 1960 Edie Sedgwick[6]. Lors d'une soirée en discothèque, il voit un synthétiseur Moog dans la cabine du DJ. Il l'entend fonctionner entre deux sets et comprend à ce moment que c'est le moyen de créer des bandes son, et en l'occurrence, pour Ciao! Manhattan[4]. Malheureusement, le tournage sera rendu compliqué par la vie de Sedgwick[7] : plus d'un an et demi sans matériau probant et une dette de 130000$ le détourne du cinéma, Margouleff recentrant alors sa créativité sur la musique[4].
Le synthétiseur Moog et la naissance du TONTO
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L'expérience vécue en discothèque conduit Margouleff à contacter Robert Moog, docteur en électronique, et inventeur du synthétiseur du même nom, qui devient son ami et à qui il achète un Moog Serie IIIc, l'un des premiers synthétiseurs de la marque au début de l'année 1968[8]. Ayant produit l'album Presenting ... Lothar and the Hand People du groupe éponyme (en)[9] pour Capital Records[7], c'est Tom Flye, l'un des membres, accompagné de Walter Sear (en) qui lui livre son premier Moog alors qu'il travaille chez Broadway Recording Studio. Il y fera ses premières armes avec des artistes tels Richie Havens et Tito Puente[4].
Margouleff reçoit une offre d'emploi émanant du studio Mediasound (en), studio d'enregistrement établi dans une église désacralisée de la 57ème rue, où il est engagé en tant que musicien résident. Il réalise des capsules publicitaires le jour (il évoque la publicité Duracell), et travaille sur la musique la nuit[4]. Il voit dans le Moog un moyen de faire des économies sur le cachet des musiciens[10].
Dans l'un des appartements construits au dessus du studio, un ingénieur du son britannique nommé Malcolm Cecil vient d'être embauché en tant qu'ingénieur en chef et passe beaucoup de temps dans le studio. Alors que Margouleff cherche à faire fonctionner une console de mixage, Cecil, curieux, lui propose de l'initier en échange de conseils quant à l'utilisation et l'exploitation du Moog[11]. Margouleff lui joue Aurora, un titre de 27 minutes qu'il a composé mais qu'il n'est pas certain de pouvoir nommer 'musique'. Cecil lui répond que oui, mais qu'il faut un montage adapté, réduisant sa durée à environ 7 minutes[4].
En quelques semaines, le duo se noue et entame la construction de ce qui sera le plus grand synthétiseur du monde, le TONTO. Ils forment le groupe TONTO's Expanding Head Band par l'intermédiaire duquel ils exploreront les capacités presque illimitées de leur machine, enregistrant l'album Zero Time (en) en 1971, attirant ainsi l'attention de nombreux artistes intéressés par les technologies musicales émergentes[12].
La rencontre avec Stevie Wonder
modifierÀ partir de 1972, Margouleff et Cecil travaillent avec Stevie Wonder, qui avait découvert des sonorités originales à travers leur premier album[10]. Crédités en tant que producteurs associés, ingénieurs et programmeurs des synthétiseurs, ils participent aux albums Music of My Mind (1972), Talking Book (1972), Innervisions (1973) et Fulfillingness' First Finale (1974).
Le TONTO est le point central de leur collaboration, l'instrument laissant à l'auteur-compositeur-interprète américain la possibilité d'intervenir à chaque étape de l'enregistrement de ses titres. Margouleff décrit[13] la relation du trio comme "trois météores dans le ciel, se dirigeant tous les trois l'un vers l'autre. Pendant une brève seconde, il y a cette lumière immense et éclatante lorsque les trois météores se croisent au même moment, une lueur éblouissante… puis plus rien. C’était comme ça entre Steve, Malcolm et moi."
En 1974, Margouleff et Cecil reçoivent un Grammy Award pour leur travail sur l'album Innervisions, mais le trio se sépare la même année à la suite d'un désaccord quant aux répartitions des royalties[14],[12].
Margouleff ne retrouvera Stevie Wonder qu'en 1995 sur l'album Conversation Peace[15].
Après Wonder
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En 1974, le TONTO's Expanding Head Band sort un second et dernier album, It's About Time, alors que le duo travaille avec Billy Preston sur son album It's My Pleasure (en). Mais la même année, Margouleff et Cecil décident de mettre un terme à leur collaboration : le développement du TONTO devient coûteux et Margouleff préfère se recentrer sur la production musicale. Cecil lui rachète les parts de l'instrument et en devient l'unique propriétaire[11].
Margouleff travaille ensuite avec de nombreux artistes tels que Jeff Beck, Robin Trower, David Sanborn, Oingo Boingo, the Doobie Brothers, Quincy Jones, the Isley Brothers, Stephen Stills, Joan Baez, Gwar[16] mais aussi Billy Preston, Weather Report ou encore Depeche Mode[4].
En 1980, Margouleff produit Freedom of Choice (en) du groupe de new wave Devo, attiré par l'usage intensif qu'ils font du Moog sur une série de démos de l'album[17]. Gerald Casale, cofondateur du groupe, dira de lui dans une interview à Variety que Margouleff apporta le ton et l'énergie nécessaire à l'utilisation de leurs mini-Moogs[18]. Au milieu des années 1990[19], le TONTO déménagera temporairement aux studios Mutato Muzika (en) de Mark Mothersbaugh. Celui-ci lui avait proposé d'héberger l'instrument dans ses studios afin de le faire revivre : Margouleff y avait vu l'occasion de retrouver Cecil durant un an ou deux, permettant la remise en état de l'appareil[20].
En 1997[21], Margouleff ouvre le studio Mi Casa Multimedia à Hollywood, dans une ancienne propriété de Béla Lugosi. Avec Brant Biles, ingénieur et musicien, ils se spécialisent dans le mixage audio spécifique aux systèmes DTS et DVD/HD DVD employés par les studios cinématographiques de l'époque.
A la fin des années 2000, il se consacre à la production de documentaires[22] réalisant notamment Tall Ships: Privateer Lynx, coproduit avec Dan Kavanaugh[1]. En 2010[1], il participe à une keynote lors de la 129e convention AES au Moscone Center à San Francisco, consacrée à l'influence des nouvelles technologies sur la créativité dans l'industrie musicale.
En 2019, Margouleff est toujours producteur musical[1].
Dans une interview d'Anthony Marinelli (en) en 2024[4], plusieurs claviéristes américains (Greg Phillinganes, Steve Porcaro et Mike Dean) lui rendent hommage en le remerciant pour son travail et citant son influence dans leur carrière.
Vie privée
modifierRobert Margouleff est le fils de Jean Margouleff[6], d'origine française[23] et devenu maire de Great Neck Estates, un village du comté de Nassau dans l'État de New York[24].
Il est le parrain de la fille de John Storyk[4].
Récompenses et nominations
modifierEn 1974, Margouleff remporte un Grammy Award lors de la 16e cérémonie dans la catégorie 'Meilleure ingénierie d'album - hors Classique' (Best Engineered Recording - Non Classical (en)) pour son travail avec Malcolm Cecil sur l'album Innervisions de Stevie Wonder, en compétition avec The Dark Side of the Moon (Alan Parsons, pour Pink Floyd), No Secrets (en) (Robin Cable et Bill Schnee (en), pour Carly Simon), Goodbye Yellow Brick Road (David Hentschel, pour Elton John) et Long Train Runnin' (Donn Landee (en), pour les Doobies Brothers)[25],[26]
Discographie
modifierCrédits non exhaustifs issus de AllMusic[27] et Discogs[28], sauf mention complémentaire.
En tant que TONTO's Expanding Headband
modifier- 1970: Caldara - A Moog Mass (le duo n'est pas encore nommé, mais l'album contient la voix de Cecil et des interludes créés par Margouleff)[29]
- 1971: Zero Time (en)
- 1974: It's About Time (en)
- 1996: Tonto Rides Again (une réédition de Zero Time (en) accompagné de titres issus de It's About Time)
- 2006: Tonto's Expanding Head Band (une remasterisation de Tonto Rides Again, avec une piste bonus)
Comme musicien (synthétiseur)
modifier- 1971 : The Great Blind Degree - Richie Havens
- 1973 : The Captain and Me - The Doobie Brothers
- 1974 : Martha Reeves (en) - Martha Reeves
- 1974 : Good Old Boys – Randy Newman
- 1974 : Body Heat (en) - Quincy Jones
- 1975 : It's My Pleasure (en) - Billy Preston
- 1976 : I Heard That!! (en) - Quincy Jones
- 1977 : The Gap Band (en) The Gap Band
- 1977 : Carole Bayer Sager (en) Carole Bayer Sager
Production et ingénierie
modifierPour Stevie Wonder
modifier- 1972 : Music of My Mind
- 1972 : Talking Book
- 1973 : Innervisions
- 1974 : Fulfillingness' First Finale
- 1995 : Conversation Peace (mixage)
Autres
modifier- 1968 : Presenting ... Lothar and the Hand People – Lothar and the Hand People (en)
- 1972 : Syreeta (en) - Syreeta Wright
- 1972 : Seventh Sojourn - The Moody Blues
- 1973 : 3+3 – The Isley Brothers
- 1973 : Kindling (en) – Gene Parsons
- 1973 : Hat Trick (en) – America
- 1973 : Cul de Sac - Eric Kaz
- 1973 : Crazy Eyes (en) - Poco
- 1973 : Beck, Bogert & Appice - Beck, Bogert & Appice
- 1974 : Live It Up (en) – The Isley Brothers
- 1974 : Perfect Angel - Minnie Riperton
- 1974 : Shankar Family & Friends (en) – Ravi Shankar
- 1975 : The Heat Is On (en) – The Isley Brothers
- 1975 : Join Me and Let's Be Free – Wilson Pickett
- 1975 : Tale Spinnin' – Weather Report
- 1975 : Stills - Stephen Stills
- 1975 : It's My Pleasure (en) - Billy Preston
- 1975 : Home of the Brave - Chris Rainbow
- 1975 : Diamonds & Rust - Joan Baez
- 1976 : Billy Preston (en) – Billy Preston
- 1976 : 2nd Resurrection – The Five Stairsteps
- 1976 : The Promise (en) Mike Pinder
- 1977 : Motivation Radio – Steve Hillage
- 1977 : Ready for the World – Inner Circle
- 1980 : Minimum Wage Rock & Roll – The BusBoys (en)
- 1980 : Freedom of Choice (en) – Devo
- 1980 : Now We May Begin (en) - Randy Crawford
- 1982 : As We Speak – David Sanborn
- 1983 : Good for Your Soul (en) – Oingo Boingo
- 1983 : Language - Gary Myrick (en)
- 1984 : The Big One - Jamie James (en)
- 1985 : bande son des pilotes La Cage et Où l'homme dépasse l'homme de Star Trek – Alexander Courage[30]
- 1986 : All I Need (single) – The Manhattans
- 1986 : But Not Tonight (single) – Depeche Mode
- 1987 : Renaissance – Branford Marsalis
- 1987 : American Soul Man (en) – Wilson Pickett
- 1987 : Passion (en) - Robin Trower
- 1988 : Take What You Need (en) - Robin Trower
- 1989 : Kings of Boogie - Savoy Brown
- 1989 : Just in Time - The Controllers (en)
- 1989 : Past and Present – Live in Concert (en) - Anvil[31]
- 1990 : The Odd Get Even (en) – Shadowfax (en)
- 1990 : Welcome to the St. James' Club (en) - The Rippingtons
- 1991 : Live in Concert (en) – 2 Live Crew
- 1991 : Curves Ahead (en) - The Rippingtons
- 1992 : Weekend in Monaco (en) - The Rippingtons
- 1992 : Monkey - Jai Uttal (en)
- 1992 : Megalith (single) - T-Square
- 1992 : Just Between Us (en) - Norman Brown
- 1992 : In Every Moment - Nelson Rangell
- 1992 : Freedom to Fly (en) – Tony MacAlpine
- 1994 : II - Boyz II Men
- 1994 : Hell Freezes Over - Eagles
- 1994 : Freedom (en) - Yothu Yindi
- 1994 : After the Storm (en) - Norman Brown
- 1995 : Senorita - Malo (en)
- 1995 : Ragnarök (en) - Gwar
- 1995 : Closer than Close (en) - Rosie Gaines (en)
- 1996 : On Air - Alan Parsons
- 1997 : Talk Memphis to Me - Cybill Shepherd
Notes et références
modifier- 1 2 3 4 (en-US) Susan Short, « The Legendary Sonic Sounds of Robert Margouleff », sur Family Beautiful, (consulté le )
- ↑ (en) « Robert Margouleff | NAMM.org », sur www.namm.org, (consulté le )
- ↑ « Bob Margaloff - Encyclopaedia Metallum: The Metal Archives » [archive du ], sur www.metal-archives.com (consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 [vidéo] « Stevie Wonder & the Synth that Changed Music | Robert Margouleff Story », Anthony Marinelli Music, , 94:0 min (consulté le )
- ↑ « Robert Margouleff | Équipe de supervision sonore, Production, Réalisation », sur IMDb (consulté le )
- 1 2 (en) Heidi Julavits, « Not All Disaster Movies Contain Explosions », sur Vulture, (consulté le )
- 1 2 (en-US) X et Instagram, « Malcolm Cecil, synthesizer pioneer and Stevie Wonder collaborator, dies at 84 », sur Los Angeles Times, (consulté le )
- ↑ « Biography of Robert Margouleff », sur www.biographies.net (consulté le )
- ↑ Lothar n'est pas un artiste mais le surnom donné au thérémine, l'instrument principal du groupe.
- 1 2 Frédéric Adrian, Stevie Wonder, Le Castor Astral, , 164 p. (ISBN 979-10-278-0410-8)
- 1 2 Ernie Rideout, Keyboard Presents Synth Gods, BackBeat, , 202 p. (ISBN 978-0879309992), p. 23-31
- 1 2 « Stevie Wonder et le TONTO : l'orchestre de synthés, et les secrets de production de ses albums phares », sur reverb.com, (consulté le )
- ↑ Histoires d'instruments, « Stevie Wonder et le TONTO : l'orchestre de synthés, et les secrets de production de ses albums phares », sur reverb.com, (consulté le )
- ↑ (en) Chris Williams, « 'I Thought He Was a Messenger': Making Stevie Wonder's 'Talking Book' », sur The Atlantic, (consulté le )
- ↑ « L’histoire du synthé fou qui a sauvé la carrière de Stevie Wonder », Jack, (lire en ligne [archive du ], consulté le )
- ↑ (en) « Robert Margouleff Songs, Albums, Reviews, Bio ... », sur AllMusic (consulté le )
- ↑ (en) « Interview: Gerald Casale of Devo », sur Rhino (consulté le )
- ↑ (en-US) Charlie Amter, « ‘Freedom Of Choice’ at 40: Devo’s Gerald Casale Discusses Their Landmark Album (and Those New Face Shields) », sur Variety, (consulté le )
- ↑ (en-US) « Remembering Malcolm Cecil, Synth Pioneer and Stevie Wonder Producer », sur NYS Music, (consulté le )
- ↑ « Devo | Mark Mothersbaugh », sur Soundonsound.com (consulté le )
- ↑ (en-US) Maureen Droney, « Mi Casa Multimedia », sur Mixonline, (consulté le )
- ↑ (en) « Can Hollywood Help LinkedIn? (Published 2008) », New York Times, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en-US) « Jean Margouleff Family History Records - Ancestry® », sur www.ancestry.com (consulté le )
- ↑ (en-GB) Jon Ewing, « Living for the City - Stevie Wonder », sur a Playlist by musicto, (consulté le )
- ↑ « 16th Annual GRAMMY Awards | GRAMMY.com », sur grammy.com (consulté le )
- ↑ « Robert Margouleff | Artist | GRAMMY.com », sur grammy.com (consulté le )
- ↑ (en) « Robert Margouleff Songs, Albums, Reviews, Bio ... », sur AllMusic (consulté le )
- ↑ « Robert Margouleff », sur Discogs (consulté le )
- ↑ Caldara - A Moog Mass, (lire en ligne)
- ↑ Alexander Courage - Star Trek® - "The Cage" And "Where No Man Has Gone Before" - Original Television Soundtrack, (lire en ligne)
- ↑ https://www.metal-archives.com/albums/Anvil/Past_and_Present_-_Live_in_Concert/4385