Rochambeau (paquebot)
Le Rochambeau est le deuxième paquebot dit « à classe unique » de la Compagnie générale transatlantique. Il doit son nom au comte de Rochambeau, maréchal français qui dirigea une armée pendant la guerre d'indépendance américaine. Le Rochambeau entre en service en sur la ligne Le Havre—New York. C'est une version agrandie du paquebot Chicago, mis en service trois ans plus tôt.
| Rochambeau | |
Le Rochambeau, paquebot à turbine, Compagnie générale transatlantique. | |
| Type | Paquebot transatlantique |
|---|---|
| Histoire | |
| Chantier naval | Chantiers de l'Atlantique |
| Lancement | [1] |
| Mise en service | [Presse 1] |
| Statut | Démoli à Dunkerque en 1934[2] |
| Équipage | |
| Commandant | Dumont (août 1912-1915)[3] Juham (1915-1921)[4],[5] Sous (1917)[6] Leprêtre Rollin (1928) Hervé (19/09/1928) Thoreux (21/12/1930) Ligeoix de la Combre (1931-1932) |
| Équipage | 400 |
| Caractéristiques techniques | |
| Longueur | 170,5 m[7] |
| Maître-bau | 19,42 m[7] |
| Tirant d'eau | 13,2 m[7] |
| Déplacement | 17 300 tonnes[Presse 2] |
| Port en lourd | 7 737 tpl |
| Tonnage | 12 678 GRT, 6 620 NRT[7] |
| Propulsion | 2 alternateurs triple expansion 4 cylindres et 2 turbines à vapeur[7] 4 hélices[7] |
| Puissance | 13 000 ch [Presse 2] |
| Vitesse | 17,5 nœuds |
| Caractéristiques commerciales | |
| Ponts | 4 [7] |
| Passagers |
|
| Capacité | 9 416 m3 de fret |
| Équipements | Signalisation sous-marine (1912)[7] T.S.F. (1914)[7] Direction finder (1927)[8] |
| Caractéristiques militaires | |
| Armement | 2 × canons de marine (1915-1918) |
| Carrière | |
| Propriétaire | Compagnie générale transatlantique |
| Armateur | Compagnie générale transatlantique |
| Pavillon | |
| Port d'attache | Le Havre |
| Port d'enregistrement | Le Havre |
| Indicatif | 1912-1921 : KTRL[7],[5] 1922-1933 : OSAN[9],[10] |
| modifier |
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Le Rochambeau est le premier navire français à être propulsé par une combinaison de machines à vapeur alternatives (en) et de turbines à vapeur.
Il évite les pièges de la Première Guerre mondiale.
Après vingt-trois ans de carrière, il est démoli en 1934.
Construction
modifierLes Chantiers de l'Atlantique construisent le Rochambeau à Saint-Nazaire. Son projet, annoncé en par la CGT[Presse 3], est un agrandissement du Chicago (10 502 GRT)[1], que les Chantiers de l'Atlantique ont lancé en 1907 et achevé en 1908[11].
Caractéristiques
modifierLe navire a une longueur de 170,5 mètres (559,4 pi), une largeur de 19,42 mètres (63,7 pi), et un tirant d'eau de 13,2 mètres (43,3 pi). Sa jauge brute de 12 678 tonneaux.
Côté sécurité, le paquebot est doté et d'une signalisation sous-marine, qui permet de détecter des bouées côtières.
Le Rochambeau est conçu avec des couchettes pour 420 passagers de première et deuxième classe et 1 450 passagers de classe intermédiaire[1].
Esthétiquement, il a deux cheminées et deux mâts.
Le Rochambeau sera équipé en 1914 de la télégraphie sans fil. Fonctionnant sur les longueurs d'onde standard de 300 et 600 mètres, son indicatif d'appel radio (en) sera FTR[12].
La propulsion du Rochambeau est inédite en France : une combinaison de machines à vapeur alternatives (en) et de turbines à vapeur.
Combinaison de moteurs alternatifs et de turbines
modifierUne turbine est plus petite, plus simple, plus légère, plus rapide, plus douce et plus fiable qu'un moteur à pistons à triple ou quadruple expansion équivalent. Les chantiers navals britanniques ont construit le premier navire commercial à turbine, le TS King Edward (en), lancé en 1901, et les premiers paquebots transatlantiques à turbine, le Victorian et le Virginian de l'Allan Line, tous deux lancés en 1904.
Cependant, une turbine consomme plus de carburant qu'un moteur à pistons équivalent à triple ou quadruple expansion. Elle ne peut pas tourner en marche arrière et fonctionne mal à bas régime. Une autre limitation réside dans le fait que les premières turbines entraînent directement leurs arbres d'hélice, faute de réducteurs satisfaisants. La vitesse à laquelle une turbine fonctionne efficacement est plusieurs fois supérieure à celle d'une hélice marine.
La solution des chantiers navals britanniques consiste en des navires à vapeur combinant moteurs alternatifs et turbines. Le premier est le navire frigorifique SS Otaki (en)[Lien 1], suivi de près par le paquebot transatlantique Laurentic[Lien 2], tous deux lancés en 1908. L'Otaki et le Laurentic possèdent chacun trois hélices. Les hélices bâbord et tribord sont chacune propulsées par un moteur à triple expansion. La vapeur d'échappement de leurs cylindres basse pression alimente une turbine basse pression unique au milieu du navire, qui entraîne l'hélice centrale[Lien 3].
L'Otaki et le Laurentic peuvent faire marche arrière, avancer lentement ou manœuvrer en utilisant uniquement leurs moteurs à pistons. Pour des vitesses plus élevées, ils peuvent également utiliser la turbine, augmentant à la fois la puissance et le rendement énergétique. Le Laurentic s'avère à la fois plus économique et plus puissant que le Megantic, équipé de deux moteurs à quadruple expansion, mais d'aucune turbine basse pression[Lien 4]. La comparaison incite Harland and Wolff à utiliser la même combinaison triple hélice, piston et turbine dans les paquebots de la classe Olympic de la White Star.
L'option choisie pour le Rochambeau
modifierContrairement à l'Otaki, au Laurentic et aux paquebots de la classe Olympic, le Rochambeau possède quatre hélices : deux entraînées par des moteurs à quatre cylindres à triple expansion, et deux par des turbines basse pression. Ses moteurs à pistons tournent à 115 tr/min et ses turbines (lorsqu'elles sont en service) à 350 tr/min. Neuf chaudières, timbrées à 14 kg, soit un total de 36 foyers[Presse 2], fournissent de la vapeur à 1 379 kilopascals (200 psi) à ses moteurs à pistons. Les Chantiers de l'Atlantique conçoivent le Rochambeau pour atteindre une vitesse de 17 nœuds (31,5 km/h)[1].
La CGT sera satisfaite de son choix de quatre hélices. Sur ses conseils, Swan, Hunter et Wigham Richardson adopteront la même disposition lors de la construction du paquebot Reina Victoria-Eugenia (en) pour la Compañía Transatlántica Española (en) en 1912-1913[Presse 4]. L'expérience acquise avec le Rochambeau influencera également la conception du Flandre de la CGT, lancé en 1913, et du Lafayette, lancé en 1914.
Carrière
modifierVoyage inaugural
modifierLe Rochambeau est lancé le [1]. Le puissant remorqueur Titan vient spécialement du Havre pour l'opération[Presse 5]. Le navire est achevé la même année[13].
Après des essais en mer au large de Belle-Ile[Presse 1], le Rochambeau quitte Le Havre pour son voyage inaugural à destination de New York le [Presse 6],[Presse 1]. Lors de ce voyage inaugural, le paquebot heurte une baleine [Presse 7].
Le , 26 hommes du trois-mâts goëlette Sainte-Anne, sauvés par le Minnesota, reviennent en France sur le Rochambeau[Presse 8].
Lors de son départ du Havre , le Rochambeau aborde le vapeur Michel et l'endommage sérieusement. Le paquebot, légèrement endommagé, continue sa route[Presse 9].
Première Guerre mondiale
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Evacuation des Américains d'Europe
modifierAprès le déclenchement de la Première Guerre mondiale, l'ambassadeur des États-Unis à Paris, Myron T. Herrick, affrète le Rochambeau et un autre paquebot de la CGT, Espagne, pour rapatrier des citoyens américains d'Europe. Le Rochambeau doit quitter Le Havre le , avec à son bord 1 200 citoyens américains[Presse 10],[Presse 11]. Lorsque Herrick prend sa retraite en , il retourne lui aussi à New York à bord du Rochambeau[Presse 12].
Assurer le service
modifierLa CGT maintient le Rochambeau sur la même ligne jusqu'en , malgré la pression accrue exercée sur Le Havre en tant que port ravitaillant le Corps expéditionnaire britannique et le danger posé par la Guerre sous-marine à outrance de la marine impériale allemande contre les navires marchands de l'Entente. En , la CGT déplace la tête de ligne du Havre à Bordeaux[Lien 5]. Jusqu'en 1918, il assure un service régulier entre Bordeaux et New York.
Armement défensif
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Pendant la guerre, les Alliés de l'Entente arment leurs navires marchands de manière défensive, généralement avec un seul canon naval à l'arrière[Presse 13]. Les États-Unis restent neutres jusqu'en avril 1917, mais à partir de , leur Département d'État autorise un navire marchand armé d'un pays belligérant à utiliser les ports américains à condition qu'il soit armé de deux canons maximum, d'un calibre maximum de 6 pouces (152 mm)[Presse 14], qu'aucun canon ne soit monté à l'avant du navire, que sa cargaison exclue le matériel de guerre, et que ses passagers dans leur ensemble ne soient pas aptes au service militaire[Presse 15].
Attentat à la bombe
modifierEn , un attentat à la bombe (34 kg de dynamite) au départ de New-York est "déjoué". Un des instigateurs allemands se dénonce à la police.
Incidents
modifierLe , en route de New York vers Bordeaux, un incendie se déclare à bord du Rochambeau. Ses officiers mènent une enquête, mais sans parvenir à en déterminer la cause[Presse 16],[Presse 17],[Presse 18],[Presse 19]. La combustion spontanée du charbon est évoquée[Presse 20].

Des perles, estimées à 35 000 dollars, sont volées en sur le Rochambeau. Les malfaiteurs sont très vite arrêtés[Presse 21]. L'enquête met à jour une bande organisée, spécialisée dans le vol et le recel d'objets de valeur, dérobés dans les bagages des passagers de la CGT. Le montant total atteint 96 506 dollars. Parmi les objets volés, figurent un coffret à bijoux du Rochambeau, assuré 4 000 dollars, et des objets appartenant aux passagers du Chicago et de l'Espagne[Presse 22]. En , à Bordeaux, l'affaire se termine par la condamnation de treize personnes à des peines allant jusqu'à quatre ans de réclusion[Presse 23].
Renforcement de l'armement
modifierEn , l'armement du Rochambeau est porté à deux canons[Presse 24]. Outre le canon habituel sur sa dunette, il dispose d'un canon de 90 mm (3,5 po) sur son gaillard d'avant[Presse 14]. Le navire enfreint la règle des États-Unis, mais le Département d'État lui permet de continuer à utiliser le port de New York[Presse 25],[Presse 26].
Attaques
modifierLe , les artilleurs du Rochambeau ouvrent le feu sur un objet suspect situé à l'arrière, puis à tribord, à environ 750 mètres. Une douzaine de coups sont tirés, mais le ciel brumeux rend difficile d'identifier s'il s'agit d'un sous-marin opérant dans la Manche ou d'une baleine[Presse 27].
Le , à l’embouchure de la Gironde, le Rochambeau évite de peu une torpille[14].

Service d'après-guerre
modifierRapatriement des Américains
modifierEn 1919, après la Première Guerre mondiale, Rochambeau rapatrie du personnel militaire aux États-Unis. Lors d'une traversée en janvier, il rapatrie 883 hommes des 337e et 339e régiments d'artillerie de campagne, de la 88e division d'infanterie et d'unités médicales[Presse 28]. Lors d'une autre traversée en septembre, il ramène 245 Américains d'origine tchèque ou d'origine slovaque (en) ayant servi dans la Légion tchécoslovaque en France (en)[Presse 29].
Réaménagement
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Le Rochambeau quitte Bordeaux pour la dernière fois en et retourne au Havre en février[Presse 30]. Cette même année, ses cabines sont réaménagées pour accueillir 475 passagers[Lien 5], un nouveau concept lancé par la Canadian Pacific Steamship Company pendant la Première Guerre mondiale[15],[Presse 31].
En , les autorités américaine infligent une amende de 40 000 francs au Rochambeau pour introduction d'alcool aux États-Unis[Presse 32].
Incidents
modifierLe , le Rochambeau subit une rupture de vilebrequin lors de sa traversée du Havre à New York. Il poursuit sa route par ses propres moyens, à vitesse réduite[Presse 33].
Le matin du , le Rochambeau entre en collision avec le paquebot SS Tuscania (en), de l'Anchor Line, dans le port de New York, endommageant les deux navires au-dessus de la ligne de flottaison. Ils étaient au mouillage et, alors qu'ils tournaient sous l'effet de la marée, la poupe du Rochambeau a heurté la proue du Tuscania[Presse 34]. Les dommages subis par le Rochambeau sont évalués à 100 000 dollars[Presse 35].
Réaménagements et conversion au fioul
modifierLe Rochambeau subit une avarie lors d'une tempête en mer le . La CGT le retire du service, l'envoie à Toulon pour réparations et annonce qu'elle profitera de l'occasion pour le faire convertir du charbon au fioul[Presse 36]. La presse annonce son retour au Havre en [Presse 37].
La loi sur l'immigration de 1924 limite l'immigration vers les États-Unis, ce qui réduit le trafic en classe intermédiaire. En conséquence, pendant que le Rochambeau est à Toulon, la CGT fait remplacer ses couchettes d'entrepont par des couchettes de classe touriste. Il reprend du service en . Ses aménagements sont à nouveau modifiés en , passant à trois classes : cabine, touriste et troisième classe[Lien 5].
Il est ensuite modernisé en 1926. Les travaux incluent la pose de vitrages à l’avant du pont-promenade.
Le Rochambeau est régulièrement convoyeur d'or entre la France et les États-Unis : 20 M$ partent de France en [Presse 38]. Des États-Unis vers la France, sous forme de petits barils, ce sont des transferts de 20 tonnes d'or (10 M$) en , 14 M$ en et 6 M$ en [Presse 39],[Presse 40],[Presse 41].
En 1930, le paquebot relaye la position de l'avion du Point d'interrogation de Costes et Bellonte lors de leur traversée de l'Atlantique Nord d'est en ouest[Presse 42].
Incident autour d'Ouessant
modifierLe , dans la brume autour d'Ouessant, le Rochambeau rentre en collision avec le cargo italien Ungheria[Lien 6]. Le cargo coule, mais ses 29 hommes d'équipage sont secourus. Bien que les dégâts soient minimes pour le Rochambeau, il retourne au Havre[Presse 43]. L'United Press Association rapporte l'incident[Presse 44].
Fin de carrière
modifierLe Rochambeau effectue sa dernière traversée Le Havre – Vigo – New York en [Lien 5].
En 1934, son indicatif OSAN[13], et son indicatif radio FTR sont remplacés par l'indicatif FNTW[2]. Pour peu de temps, car le Rochambeau est vendu pour 1,3 million de franc[Presse 45],[Presse 46]. Il part du Havre pour Dunkerque le pour y être démoli[Presse 47].
Voir aussi
modifierPresse
modifier(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de la page de Wikipédia en anglais intitulée « Rochambeau&oldid=1212342722 SS Rochambeau » (Rochambeau&action=history voir la liste des auteurs).
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Références
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- ↑ « Cote 19800035/1239/43026 », base Léonore, ministère français de la Culture
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Bibliographie
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- (en) R.M. Wilson, The Big Ships, Londres, Cassell & Co., , 36 p. (lire en ligne)
Liens externes
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- (en) « S/S Rochambeau, C.G.T - Compagnie Générale Transatlantique (French Line) », sur Norway~Heritage Cartes postales du Rochambeau