Rossella Casini

figure italienne de la lutte contre la mafia (1956-1981)

Rossella Casini, née le à Florence et morte assassinée par la 'Ndrangheta à Capri le [1], est une jeune étudiante italienne emblématique de la lutte des femmes contre la mafia. Tombée amoureuse de Francesco Frisina, un jeune membre de la 'Ndrangheta de Palmi, elle tente de le soustraire à la violence de la faide de Palmi (it), dans lequel le père de Francesco est tué. Lorsque Francesco est grièvement blessé à son tour à la tête, elle le fait transférer à l'hôpital de Florence et tente de le convaincre de parler à la police. Avertie, la famille Frisina oblige Francesco à se rétracter. Malgré les menaces, la jeune femme signe quand même ses aveux définitifs auprès de la cour de justice de Palmi et persiste dans sa résistance contre l'omerta (loi du silence). La famille Frisina donne alors l'ordre d'assassiner la jeune fille, sans que Francesco ne s'y oppose. Elle est enlevée le , violée, torturée et découpée en morceaux, puis ses restes sont jetés dans le piège à thon de la plage de Palmi.

Rossella Casini
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Biographie
Naissance
Décès
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Nationalité
Activité
Plaque commémorative.

Le procès ouvert en 1997 se termine en 2006 et acquitte définitivement les accusés, faute de preuve.

En 2019, le président de la République italienne Sergio Mattarella lui décerne la médaille de la valeur civile. L'écrivain Roberto Saviano lui consacre un roman en 2026, intitulé en italien L’amore mio non muore.

Elle est considérée comme un symbole de la résistance aux pratiques mafieuses après que son histoire ait été pratiquement oubliée pendant 20 ans.

Biographie

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Enfance et formation

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Rossella Casini nait le 29 mai 1956 à Florence. Elle est enfant unique et ses parents sont Clara, une femme au foyer et Loredano, ancien employé de Fiat à la retraite. La famille vit dans un immeuble du 19ème siècle à Borgo la Croce n. 2[2].

Rossella obtient son diplôme à l'Istituto Magistrale Capponi à Florence et poursuit ses études à la Faculté de Magistère, un cours de pédagogie de l'Université de Florence. Rossella participe à des manifestations étudiantes sans être particulièrement engagée en politique[2].

Rencontre avec Francesco Frisina en 1977

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En novembre 1977, elle rencontre Francesco Frisina, un étudiant calabrais. Leur premier contact est tendu : la jeune femme frappe sa porte pour demander moins de bruit et n'est pas reçue cordialement[3]. Ils entament une relation amoureuse, mais elle ignore que la famille de Francesco appartient à une famille mafieuse, la 'Ndrina Gallico (it) de Palmi de la 'Ndrangheta[4].

Francesco Frisina étudie l'économie à l'Université de Sienne. Il vit dans le même immeuble que la famille de Rossella et a vécu avec d'autres étudiants dans le même bâtiment où Rossella vivait avec ses parents à Borgo La Croce (it), Florence. Il hébergeait des membres de son village venus commettre des vols[5]. Le couple est très amoureux et décide de descendre à Palmi rencontrer la famille de Francesco. Malheureusement, cette période est marquée à Palmi par une faide entre deux clans rivaux de la 'Ndrangheta, le clan Condello – Parrello et le clan Gallico – Frisina[6].

En 1979, la jeune femme retourne à Palmi avec sa mère. Le 4 juillet 1979, le père de Francesco, Domenico Frisina, un agriculteur richissime, est assassiné à Contrada Pirara di Palmi par deux tueurs du clan rival[2]. Rossella renvoie sa mère à Florence et décide de rester soutenir son petit ami dans l'épreuve qu'il traverse[2]. Toutefois, après trois mois, et sous la pression de ses parents, elle décide de rentrer et poursuivre ses études. Arrivée à Rome, elle apprend le 9 décembre que Francesco a été grièvement blessé par balle à la tête lors des représailles organisées par sa famille contre Francesco Condello, membre de la 'ndrina rivale[5]. Compte tenu de la gravité de ses blessures, Francesco est immédiatement hospitalisé au service de neurochirurgie des Ospedali Riuniti de Reggio de Calabre. Rossella, alors en route pour Florence ce jour-là, retourne précipitamment à Palmi pour être à ses côtés[5].

Elle reste avec lui plusieurs mois, et afin de lui procurer les meilleurs soins possibles, elle réussit à le convaincre en février 1980[2] de se faire transférer dans le service de neurochirurgie de l'Hopitâl universitaire de Careggi (it) à Careggi à Florence pour qu'il reçoive de meilleurs soins[5].

À Florence, il est également plus facile de soustraire Francesco à sa famille et loin de son contexte famille en Calabre, Rossella réussit à le convaincre de parler à un de ses amis policiers, A. Cariola, des violences de la faide à Palmi[2]. Le , Rossella et Francesco témoignent devant le procureur florentin Francesco Fleury[3].

Les déclarations de Francesco décrivent des crimes commis dans le cadre de la faide de Palmi dans lesquels sont impliqués plusieurs de ses proches. Il donne aussi des informations sur les auteurs d'un vol commis dans un château de Florence. Ses aveux ont pour conséquence l'arrestation immédiate de Giuseppe et Vincenzo Manzullo à Turin[2],[7].

Quand le dossier est transmis au parquet de Palmi, la famille de Francesco est mise au courant de ses aveux et force Francesco à se réfugier à Turin[3],[6]. Dès ce moment, Rossella subit des menaces et des pressions, mais continue sur la voie qu'elle a choisie de l'omerta (loi du silence de la mafia)[pas clair][6]. Le beau frère de Francesco, Pino Mazzullo, mari de Concetta Frisina, la sœur de Francesco, part à Turin pour essayer de faire rentrer Francesco dans les rangs : il risque d'être exécuté pour trahison[8]. Peu après les arrestations des Manzullo, Francesco revient sur les aveux qu'il a faits, prétendant ne pas se souvenir et que sa tête lui joue des tours[2].

Rossella apprend sa rétractation, mais continue également à aller par amour à Palmi pour essayer de sauver son petit ami de sa famille en se rétractant aussi[8], subissant l'hostilité de Concetta, sa belle-mère et Cettina, sa belle-sœur[3]. Après la rétractation de Francesco, tout le blâme de la famille Frisina pour avoir rompu l'omerta retombe sur Rossella[2]. Rompre l'omerta est considéré comme un affront à l'honneur du clan, affront qui se lave par le sang en principe.

Rossella prend donc peur et revient, elle aussi, sur ses aveux. Elle fait part aussi aux enquêteurs d'un enlèvement dont elle aurait été victime pour la forcer à convaincre Francesco de témoigner contre la 'ndrina Gallico dont fait partie la famille Frisina[2].

Assassinat le 22 février 1981

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Cependant, le , Rossella Casini dit à ses parents qu'elle retourne en Calabre parce qu'elle est convoquée par un juge, alors qu'il s'agit de sa propre initiative pour remettre un mémoire écrit contenant ses aveux définitifs[2].

Elle disparait ensuite sans laisser de traces. Elle est assassinée le [9]. Son corps n'a jamais été retrouvé[6],[10]. La mère de Rossella meurt de chagrin peu de temps après sa disparition, et son père reçoit des menaces pour l'empêcher de chercher le corps de sa fille[3].

Révélations de 1994

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L'enquête sur sa mort est bâclée et insuffisante, mais en 1994, un collaborateur de justice, un repenti de Palerme, Vincenzo Lo Vecchio, fait des aveux. Le 26 août 1979, il s'était échappé et réfugié dans le clan Mazzullo-Frisina. Il participe aux représailles du clan dans la vendetta qui suit le meurtre de Domenico Frisina[8].

La famille Frisina aurait donné alors l'ordre d'assassiner la jeune fille, considérée comme une traitresse[6],[5]. Elle est enlevée le , violée, torturée et découpée en morceaux, puis ses restes sont jetés dans le piège à thon de la plage de Palmi. Les familles de la 'Ndrangheta de Palmi ont donné l'ordre de Uccidete la straniera (« tuer l'étrangère »)[6] et la famille Frisina est chargée de laver l'honneur du clan. Francesco ne se serait pas opposé à la sentence[11]. Rossella a juste le temps d'appeler son père au téléphone afin de lui annoncer qu'elle va rentrer, et qu'elle se trouve avec des amis dans une maison près de la « Tonnara » de Palmi. Elle indique aussi que les relations avec la famille Frisina ne sont plus bonnes[2].

Vicenzo Lo Vecchio indique qu'il tient ce qu'il a appris en prison par Pino Gallico qui lui aurait dit que Rossella avait été découpée en morceaux et jetée à la mer par Domenico Gallico, Piero Managò et d'autres[2]. Il aurait aussi appris de Giuseppe Gallico, Piero Managò et Delphine que Rossella Casini avait été violée et interrogée par Gallico Domenico et Piero Managò, avant d'être assassinée. Pour sa part, Vicenzo Lo Vecchio pensait que la jeune fille avait été enterrée, car il ne pensait pas que Gallico aurait pris le risque de la transporter après le meurtre. Il a indiqué aussi que le meurtre avait été approuvé par Francesco Frisina, depuis son lit d'hôpital au centre clinique de Messine. Afin de faire porter les soupçons de sa disparition sur le clan Condello, Rossella aurait également été envoyée auprès des Condello[2]. Francesco a été épargné pour être rentré dans le rang[8].

Loredano, le père de Rossella, apprend le sort réservé à sa fille dans le journal La Nazione en juillet 1994[6],[12].

L'enquête sur sa mort est menée par les magistrats du procureur de district de Reggio de Calabre, l'adjudant Salvatore Boemi et le substitut Giuseppe Verzera.

Procès 1997 - 2006

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Ces aveux sont confirmés en 1997 dans le procès qui s'ouvre par Vincenzo Lo Vecchio, un sicilien fugitif protégé par le clan Gallico. Il indique aussi que la famille de Francesco a tenté d'accuser le clan Condello du meurtre[2].

Durant le procès, Concetta Frisina est accusée d’avoir ordonné la mort de Rossella. Elle est enseignante au collège public De Zerbi - Milone de Palmi, où elle enseigne l’histoire, l’éducation civique, la Constitution et l’italien. Giuseppe Frisina, son mari, a fait l'objet de plusieurs jugements. Son fils Alessandro, avec son frère Francesco, est soupçonné d'investissements mafieux à Rome[8].

En 2000, le procès de première instance se termine par l'acquittement des accusés Pietro Managò, Domenico Gallico et Francesco et Concetta Frisina, pour insuffisance de preuves[2]. Le verdict est confirmé par la Cour d'appel de Palmi le 25 mai 2006[2],[6],[3]. En 2025, toutes ces personnes étaient encore en vie et Concetta Frisina était encore enseignante dans un collège[3].

Hommage et postérité

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L'Università della Ricerca, della Memoria e dell’Impegno (« Université de Recherche, de Mémoire et d’Engagement ») située à Limbadi dans une propriété confisquée à la 'Ndrangheta et dirigée par Don Ennio Stamile porte son nom[6].

Depuis 2020, une rue de Palmi, en Calabre, porte son nom, ainsi qu'un jardin sur la plage du piège à thon de Palmi, à l'endroit où son corps a été jeté à la mer[13].

En 2016, une plaque commémorative est apposée sur la maison où elle vivait à Florence avec ses parents[13]. La médaille d'or du mérite civile est décernée à Rossella Casini en 2019 par le président de la République Sergio Mattarella[6].

Roberto Saviano (Berlinale 2019)

L'écrivain Roberto Saviano lui consacre un roman en 2026, intitulé en italien L’amore mio non muore[14],[15]. Selon lui, l'histoire de Rossella Casini a été presque oubliée, parce que sa famille a souhaité se soustraire du débat public toxique, qui soit considérait que Rossella était une romantique naïve, soit qu'elle était elle-même incriminée comme compagne d'un 'ndranghtista[14]. Selon lui, son histoire montre tout de même que les mafias craignent la poursuite individuelle du bonheur et que Rossella Casini a été tuée pour avoir osé défier les règles en pensant qu'elle pouvait aimer Francesco et qu'ils pouvaient être heureux ensemble[14].

Bibliographie

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Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • (en) Women and the mafia: female roles in organized crime structures, Springer, coll. « Studies in organized crime », (ISBN 978-0-387-36537-4), p. 37. Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article.

Références

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  1. ↑ Silvia Bombino, « Roberto Saviano: «Aujourd’hui je parle d’amour car ça me manque» », sur Vanity Fair, (consulté le )
  2. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 (it) Pasquale Salemme, « Rossella Casini uccisa per amore per aver infranto la regola del silenzio dei criminali », sur Polizia Penitenziaria, (consulté le )
  3. 1 2 3 4 5 6 7 (it) Redazione, « Rossella CASINI: vittima della mafia », sur La Pagina, (consulté le )
  4. ↑ (it) « Medaglia d’oro alla memoria a Rossella Casini, la studentessa fiorentina che sfidò la ‘ndrangheta », sur Corriere della Sera, (consulté le )
  5. 1 2 3 4 5 (it) « Cosa successe a Rossella Casini che oggi avrebbe sessant'anni », sur la Repubblica, (consulté le )
  6. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 (it) Redazione Corriere, « «Uccidete la straniera», Rossella Casini: la condanna a morte emessa dalla 'ndrangheta », sur Corriere della Calabria, (consulté le )
  7. ↑ (it) « “Uccidete la straniera”. Rapita, fatta a pezzi e gettata in mare dalla ‘ndrangheta – Progetto San Francesco », (consulté le )
  8. 1 2 3 4 5 (it) Franca Selvatici, « Il clan non perdona l'amore di Rossella », Archivio - la Repubblica.it,‎ (lire en ligne [archive du ], consulté le )
  9. ↑ (it) « Cosa successe a Rossella Casini che oggi avrebbe sessant'anni », sur la Repubblica, (consulté le )
  10. ↑ (de) « Roman von Roberto Saviano: Ihre Leiche wurde nie gefunden », sur FAZ.NET, (consulté le )
  11. ↑ (it) Riccardo Michelucci, « Rossella, l’amore tradito », Fuori-Binario, no 249,‎ , p. 7 (lire en ligne Accès libre [PDF])
  12. ↑ (it) Sandra Bonsanti, « Il martirio di Rossella » Accès libre, sur Archivio - la Repubblica.it, (consulté le )
  13. 1 2 (it) « Una strada per Rossella Casini a Palmi in Calabria | Città di Firenze », sur www.comune.firenze.it (consulté le )
  14. 1 2 3 « Rossella Casini : L'amour face à la 'Ndrangheta », sur www.ilmattino.it, (consulté le )
  15. ↑ « L'amour dans l'ombre de Palmi », sur www.ilmattino.it, (consulté le )

Articles connexes

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Liens externes

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