Route du Littoral

route de La Réunion, en France

La route du Littoral, route en corniche, ou encore ancienne route du Littoral depuis 2022, est une section de treize kilomètres de long de la route nationale 1 reliant Saint-Denis et La Possession, à La Réunion.

Route du Littoral
Image illustrative de l’article Route du Littoral
La route du Littoral entre la Grande Chaloupe et la Possession en 2026.
Autres dénominations Route en corniche
Historique
Ouverture 1er juin 1963
Fermeture 1er mars 2023 entre Saint-Denis et Grande-Chaloupe
Caractéristiques
Longueur 12,4 km
Direction nord - sud
Extrémité nord Saint-Denis
Extrémité sud La Possession
Réseau Réseau routier de La Réunion
Exploitation
Gestionnaire Direction de l'Exploitation et de l'Entretien des Routes - Région Réunion

Construite dès 1959, elle a pour but d'assurer une liaison directe entre Saint-Denis et La Possession afin de décharger la route de La Montagne, très sinueuse et peu adaptée au transport de marchandises. Depuis 2022, elle est progressivement remplacée par la Nouvelle route du Littoral construite en parallèle sur la mer au moyen d'une succession de chaussées et de viaducs.

Histoire

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Tétrapodes de la route du Littoral au pied de la pointe du Gouffre en 2009.
La route du Littoral vue depuis Le Barachois à l'est en 2005.

La Réunion, ayant subi un long blocus durant la Seconde Guerre mondiale, ressort particulièrement affaiblie de ce conflit et, comme partout en France, a grandement besoin de relancer son économie.

Dès [1] est remise sur la table une idée du gouverneur Louis Henri Hubert-Delisle datant de la fin du XVIIIe siècle d'une route contournant la montagne par la côte lors de débats au Conseil général sur le plan de modernisation et d’équipement de l’île. Une étude est commandée par Émile Hugot, P.-D.G. des Sucreries de Bourbon pour une route entre Saint-Denis et La Possession au bord de la falaise dominant la mer.

Néanmoins, le projet est victime de longues tergiversations politiques concernant le choix de la solution technique et n'est déclaré d'utilité publique qu'en 1952[1]. L’ingénieur réunionnais Marcel Cerneau fournit une analyse détaillée de trois solutions possibles : l'amélioration de la route de La Montagne, la création d'une route au sommet ou bien d'une route en corniche au pied de la falaise[1].

En 1955, l'ingénieur général Jean Bourgoin écarte l'option d'un redressement et élargissement de la route de la Montagne et ne retient que les deux options offrant une nouvelle route : en haut ou en bas de la falaise. Le choix d'un tracé en corniche est entériné quelques années plus tard.

La première pierre est posée le par le préfet Philip à proximité de la préfecture[1]. Une première phase de travaux s'étire jusqu'en 1959, consistant en la réalisation d'un tronçon de 1,3 km entre Le Butor et la rivière Saint-Denis et d'un pont permettant son franchissement[1].

Mis en chantier en [1], les travaux de terrassement ont été réalisés par l'artillerie de la Marine Française lors d'exercices militaires à partir des destroyers positionnés au large de la côte. Les conditions de sécurité inexistantes entraîneront le décès de 8 ouvriers lors des 4 ans de travaux de la route[1].

Elle est ouverte à la circulation le [1], réduisant le trajet de parcours entre Saint-Denis et La Possession à 20 minutes (contre 1h40 auparavant)[1], pour un coût final de 3 100 000 000 francs CFA[1]. Elle comporte 27 ponts : 20 ouvrages hydrauliques et 7 viaducs indépendants à poutre précontrainte[2].

Très rapidement victime de son succès, l'élargissement de la route par construction d'une deuxième chaussée fait l'objet de discussions dès le début des années 1970[1]. Celle-ci est construite pour 230 millions de francs en 39 mois entre 1973 et 1976[2] pour une ouverture le [3].

De part son positionnement au niveau de la mer et au pied d'une falaise géologiquement instable, la sécurisation de la paroi rocheuse, la réfection continuelle des voies de circulation endommagées par les éboulis et des montants érodés par la mer la rend très chère à entretenir (environ 6,1 millions d'euros par an)[2].

Dès 1982, les premiers filets de protection sont posés[3]. Au total, plus de 450 000 m2 de filets anti-chute ont été installés[4] et plus de 110 millions d'euros investis depuis 1976 pour les divers travaux de sécurisation[5], dont 83 millions d'euros entre 2006 et 2008[2]. Il est néanmoins estimé qu'environ 150 tonnes de roches sont tombées sur la route chaque année entre 1992 et 2000 et que la falaise s'effondre au rythme de 10 000 tonnes par an[6].

L'ouverture en de la route des Tamarins fait augmenter le trafic de 15 %[7] et pousse la région à réfléchir à une solution sécuritaire et pérenne pour préserver cet axe critique pour l'île.

Le , le président du Conseil régional de La Réunion, Paul Vergès a signé l'arrêté modifiant les seuils de basculement de la route du littoral[8].

L'ouverture dans les deux sens du premier tronçon de la Nouvelle route du Littoral le entre Saint-Denis et Grande-Chaloupe entraîne la fermeture de l'ancien tracé en corniche sur cette section[9].

Processus de basculement

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Basculement de la route en 2009.
Vidéo externe
Vidéo explicative sur le fonctionnement du basculement sur YouTube

Le positionnement de cette 2 x 2 voies au pied d'une falaise géologiquement instable d'où tombent régulièrement de très gros blocs rocheux, particulièrement après un épisode pluvieux, a fait 23 morts de l'ouverture de la route à 2012. Aussi, en cas de houle cyclonique, la route est basculée, c’est-à-dire interdite pour moitié et devient une 2+1 voies. Ce fut le cas en moyenne 69 jours par an entre 1992 et 2010, même si la tendance est à la baisse[5].

Il y a donc, selon les conditions météorologiques, un basculement côté mer ou côté montagne. Le basculement côté mer est pratiqué après de forte intempéries pour éloigner la circulation des possibles éboulements. Le basculement côté montagne est quant à lui pratiqué pendant les épisodes de forte houle, lorsque la mer submerge les voies côté mer. Ce basculement permet d'éviter une coupure totale de cet axe et une déviation du trafic par la route de La Montagne, dont le tracé tortueux et impraticable pour les poids-lourds, ralentit fortement le passage des voitures vers le nord et l'ouest de l’île.

En place depuis fin 1998[10], le basculement de la route est effectué par le service des routes de la Région Réunion grâce à deux engins surnommés Lady et Lafé (un "ladilafé" désigne en créole réunionnais une rumeur) pour fluidifier le trafic croissant de 3% par an[10]. Ces deux engins opérant toujours ensemble servent à déplacer les chaînes de blocs parcourant la route du littoral sur toute sa longueur. C'est le déplacement de ces chaines de blocs qui permet de diviser les voies en 2+1 et ainsi de basculer la route. Une bascule prend environ 2 heures[11] et cause régulièrement des bouchons pouvant atteindre les 5 km[10].

Projets d'amélioration

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La route du Littoral avec les travaux de la Nouvelle route du Littoral à la Grande Chaloupe depuis le chemin Crémont en 2015.
La route du Littoral doublée par le viaduc de la Grande Chaloupe de la Nouvelle route du Littoral en 2022.
Vidéo externe
Nouvelle route du Littoral - Animation

La conception de la route dans les années 1960 l'a rendue sous dimensionnée face aux évènements climatiques (houles cycloniques centennales et hausse du niveau de la mer)[2].

Dès 1995, de premières études sont lancées et des débats publics tenus pour la réalisation d'un nouvel itinéraire visant à remplacer la route actuelle[12]. En , la commission Süter rend son rapport affirmant que la route doit être abandonnée[12].

En 2006, des études préliminaires spécifiques sont lancées afin de trouver un tracé nouveau, ne réutilisant pas de tronçons de l'ancienne route. Des tracés par les Hauts, en tunnel et littoraux sont étudiés[10].

Le , un éboulement de 35 000 m2 de roche tue trois automobilistes et provoque la fermeture de la route pendant un mois[12]. Le , Dominique Perben, alors Ministre des Transports, se rend sur place et annonce l'accélération du projet[12].

Le , à la suite d'une concertation avec les experts et d'une consultation indicative de la Région[2], l’État annonce sa préférence pour un tracé comportant une digue entre La Possession et la Grande Ravine puis un tunnel de 3,7 km jusqu'à Saint-Denis. Une solution entièrement en mer est maintenue à l'étude pour éviter les inconvénients d'un tunnel[12].

Le , les Accords de Matignon I sont signés pour la réalisation de la Nouvelle route du Littoral et du Tram-train, pour des montants respectifs de 930 et 1315 millions d'euros. Dans cette version, la route aurait été à 2 x 2 voies, sans voie dédié aux transports collectifs et à péage[12].

Le , la Région se voit transférer par l’État, dans le cadre de la Loi de décentralisation de 2002, la compétence de gestion du réseau routier national et devient donc maître d'ouvrage du projet[12].

Fin 2008, après des concertations publiques à Saint-Denis et à La Possession, la Région annonce l'abandon des solutions impliquant un tunnel et la solution entièrement en digue. La Nouvelle route du Littoral se composera d’une alternance de digues et viaducs en mer[5].

Le , le vice-président de la région chargé de l'aménagement Philippe Berne a annoncé que la programmation des travaux de la route du littoral est prévue pour 2012 et sa livraison en 2020[13].

Suite à l'abandon en du projet de tram-train pour des raisons budgétaires, Didier Robert, ayant succédé à Paul Vergès à la tête de la région, annonce la modification des emprises du projet afin d'intégrer une voie dédiée à un transport collectif en site propre par sens, initialement routier mais pouvant devenir ferré[10].

Le , la Nouvelle route du Littoral est déclarée d'utilité publique[14].

En 2013, le préfet délivre l'autorisation à la région de travailler sur le domaine public maritime[15]. Le projet s'éclaircit : la route sera composée de deux digues de 1 et 5,7 km et d'un viaduc de 5,3 km[16]. Le projet sera mené par les groupes Vinci, Bouygues et GTOI. Les travaux devraient coûter 1,66 milliard d'euros, ce qui ferait de cette route la plus chère au kilomètre en France[5]. En comparaison, la route des Tamarins avait coûté 1,3 milliard d'euros[17]. Le chantier a démarré en 2015 et s'est achevé en 2020.

Des associations et élus de La Réunion ont exprimé leurs inquiétudes face à l'impact financier et écologique du projet[18]. Dénonçant l'absence d'évaluation environnementale préalable à l'autorisation d'exploitation des carrières, les communes et associations locales obtiennent en 2018 l'annulation, par la Cour administrative d'appel de Bordeaux, de l'arrêté du préfet de la Réunion modifiant le Schéma départemental des carrières (SDC) qui devait permettre l'exploitation de quatre sites dédiés à la construction de la Nouvelle route du Littoral[2]. Le ministère de la Transition écologique du gouvernement Macron a alors formé un pourvoi en cassation dans l'optique d'annuler cette décision, et par extension de garantir l'exploitation des carrières. Le Conseil d'État a cependant estimé qu'aucun des arguments du Gouvernement n'était « de nature à permettre l'admission du pourvoi »[19].

Le , le sens nord-sud de circulation du premier tronçon (Saint-Denis - Grande Chaloupe) est ouvert. Le , le second sens ouvre[20].

L'impossibilité de pouvoir exploiter de nouvelles carrières pour construire la digne du second tronçon de la route (Grande Chaloupe - La Possession) entraînent un changement du projet, consistant en la construction d'un second viaduc[21]. Le projet du second tronçon est relancé fin 2025 pour une mise en service en 2030[22].

Dans la culture

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Le ségatier Michel Admette a chanté La route en corniche.

Références

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  1. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 Yvan Combeau, « La route du littoral à la Réunion (1956-1963) », Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques, vol. 127, no 6, , p. 77–84 (lire en ligne, consulté le )
  2. 1 2 3 4 5 6 7 « Chambre régionale des comptes de La Réunion - Rapport d’observations définitives et ses réponses - Région La Réunion : La Nouvelle route du Littoral » [PDF], sur Chambre régionale des comptes, (consulté le )
  3. 1 2 « J- 2 avant l’ouverture partielle de la NRL : retour sur l’histoire de l’actuelle route du Littoral », sur Réunion la 1ère (consulté le )
  4. « NRL (La Réunion) », sur Projet Linéaire (consulté le )
  5. 1 2 3 4 « Avis délibéré transmis à la Ministre de l'écologie, du développement durable, des transports et du logement en sa qualité d'autorité environnementale sur le projet de Nouvelle Route du Littoral à la Réunion » [PDF], sur Autorité environnementale, (consulté le )
  6. « Les solutions pour finir la NRL », sur Clicanoo | Premier de l'actualité à La Réunion et dans l'Océan Indien, (consulté le )
  7. (fr)« 3 700 voitures en plus sur la route du littoral », Le Quotidien de La Réunion, (lire en ligne)
  8. (fr)« Deux fois moins de basculement en 2010 », Le Quotidien de La Réunion, (lire en ligne)
  9. « Mise en circulation totale du viaduc de la NRL : que faire de l’ancienne Route du Littoral ? », sur Réunion la 1ère (consulté le )
  10. 1 2 3 4 5 « Nouvelle route du Littoral - Dossier d'Enquête Préalable - E1 : Étude d'impact - Résumé non technique » [PDF], sur Banque européenne d'investissement, (consulté le )
  11. « Un ladilafé, ça marche comment ? », sur Réunion la 1ère (consulté le )
  12. 1 2 3 4 5 6 7 « De la Corniche à la NRL : une route Réunionnaise » [PDF], sur Conseil régional de La Réunion, (consulté le )
  13. (fr) « « La route du littoral sera bien livrée en 2017 » », Le Quotidien de La Réunion, (lire en ligne)
  14. Nicolas Morbé et Bernard Chiesa, « La nouvelle route du littoral (Ile de La Réunion – Océan indien) », Journées de l'hydraulique, vol. 33, no 1, , p. 1–9 (lire en ligne, consulté le )
  15. Nouvelle route du Littoral : un chantier sous surveillance écologique
  16. Nouvelle route du Littoral à La Réunion.
  17. La route la plus chère de France sera réunionnaise.
  18. Nouvelle route du Littoral : craintes de 4 associations.
  19. Batiactu, « La Réunion : décélération en vue pour la Nouvelle Route du Littoral », sur Batiactu, (consulté le )
  20. « Nouvelle Route du Littoral : le viaduc totalement ouvert à la circulation », sur Réunion la 1ère (consulté le )
  21. « A La Réunion, un second viaduc pour terminer la nouvelle route du littoral », Le Monde.fr, (lire en ligne, consulté le )
  22. « Nouvelle Route du Littoral : début des travaux de la seconde portion en 2027, fin du chantier en 2030 », sur Réunion la 1ère (consulté le )

Voir aussi

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